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Accueil du site > Actualités > International > Salvador Allende : la part d’ombre

Salvador Allende : la part d’ombre

Le Chili fête en ce moment le centenaire de la naissance de Salvador Allende, le dernier président élu démocratiquement avant le coup d’État de Pinochet et mort en martyr durant l’assaut du palais de la Moneda. D’Allende, on retient surtout la bravoure, le sens de l’honneur, la fidélité et le courage, transmis à travers les générations par son dernier discours depuis le palais assiégé. Mais, au delà de l’icône, Salvador Allende était surtout un homme doté de beaucoup de force et aussi de nombreuses faiblesses. Dommage que, pour l’instant, seuls les historiens « militants », qu’ils soient de gauche ou de droite, s’emparent du travail de mémoire si nécessaire aux Chiliens.

Quand les mentalités ne sont pas prêtes pour un véritable travail historique, il vaudrait mieux laisser du temps au temps, comme disait un vieux sage, François Mitterrand, qui lui aussi n’était pas dépourvu de forces comme de faiblesses.

Et le portrait de Salvador Allende ne peut pas se détacher lui aussi de sa part d’ombre. Le livre de Victor Farias, Allende. La face cachée. Antisémitisme et eugénisme (éditions Grancher) en est une preuve. « Avec une hâte compréhensible, beaucoup opteront pour le silence et l’oubli le plus rapide. [...] En ce qui me concerne, je crois que tout ce qui a été jusqu’ici apporté dans ce livre doit être dénoncé, inlassablement », déclare l’auteur, qui aurait commencé son travail en cherchant à comprendre le refus du président socialiste d’expulser et de livrer à la justice le nazi Walther Rauff.

Il a retrouvé en particulier le premier écrit « scientifique » d’Allende dans les archives de l’hôpital psychiatrique de la faculté de médecine du Chili, intitulé Hygiène mentale et délinquance. De sa lecture, dit-il, il est « sans doute possible de déduire qu’à cette époque Salvador Allende non seulement assumait, mais qu’il avait aussi radicalisé de façon extrême les convictions antisémites, qui en 1933, s’étaient déjà articulées de façon programmée dans les partis nazis-fascistes allemands et à l’étranger ».
La thèse de Salvador Allende, souligne l’auteur, avec des références à l’appui, recommande notamment l’emprisonnement définitif des prétendus patients incurables, évoque les races prédéterminées à un certain type de délinquance - les Juifs, les Gitans, les Arabes -, affirmant que « la race influence la délinquance ».

Ces thèses, loin d’être un péché de jeunesse, réapparaîtront en 1939-1941, alors que, ministre de la Santé du gouvernement de Front populaire, S. Allende les intègre dans un « Projet de loi de stérilisation » rédigé avec l’aide d’une commission de scientifiques. Y est préconisée la stérilisation de milliers de personnes considérées comme « aliénés irrécupérables » ou éléments « pathologiquement asociables », ayant contracté une « maladie mentale héréditaire [...] pour obtenir de meilleures générations futures ». Le projet préconisait notamment la création de tribunaux de stérilisation, traitant les demandes pouvant émaner des directeurs des asiles privés ou publics, des directeurs des hôpitaux possédant des sections pour aliénés, des malades mentaux majeurs, des représentants des malades mentaux incapables. Une fois la décision prise par le tribunal, la stérilisation, selon le projet, aurait dû être effectuée même contre la volonté de la personne. "Le projet en question n’atteint pas le stade de la discussion parlementaire, refoulé après sa présentation devant la Société de neurologie, psychiatrie et médecine légale, qui remit en question le caractère scientifique de ses affirmations sur l’hérédité, soulignant notamment qu’il s’appuyait sur des personnalités emblématiques de la médecine allemande servant de légitimation à l’euthanasie nazie."

Il va de soi que ces thèmes de la stérilisation et de l’eugénisme sont récurrents dans tous les pays où de nombreuses voix s’élèvent pour demander "d’encadrer juridiquement" des pratiques qui sont souvent laissées à la décision de "professionels", mais, en ce qui concerne l’histoire de Salvador Allende, un travail sérieux ne peut pas refuser par principe d’aborder "la part d’ombre" d’une personne dont le comportement héroïque n’est absolument pas mis en doute.


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18 réactions à cet article    


  • Michel Frontère Michel Frontere 30 juillet 2007 15:27

    Une insulte à la mémoire de Salvador Allende.

    Ecœurant, n’est pas Edwy Plenel qui veut.


    • Armand G. Schaeffer 31 juillet 2007 11:16

      Monsieur Frontère, Loin de vouloir vous dénier le droit d’être choqué par cet article et espérant ces allégations fondées (et vérifiées), je crois qu’il est sain de livrer à l’histoire toutes les facettes de ceux qui la font ! Le soleil ne tourne pas autour de Mr Plenel et S. Allende, que l’on peut honorer pour son action en faveur de son peuple, n’en demeure pas moins un être humain doué de faiblesses.. A la lecture de votre prestigieux CV, on pourrait être en droit de s’attendre à une argumentation plus étayée.. Mes salutations républicaines AG Schaeffer


    • Manu 30 juillet 2007 15:40

      Allez aux sources

      Le texte intégral de la thèse universitaire de Salvador Allende “Hygiène mentale et délinquance” (1933) est accessible dans le site de CLARIN-Chile (http://www.elclarin.cl/fpa/hemeroteca.html ) ainsi que le télégramme de protestation que le jeune Député socialiste Allende avait adressé au Chancelier Hitler en novembre 1938, deux semaines après le massacre des juifs durant la Kristallnacht.

      Les documents originaux publiés on line dans CLARIN-Chili montrent combien sont fausses toutes et chacune des forfaitures mises en circulation par M. Farias à propos d’Allende.

      Par exemple, dans sa thèse universitaire de 1933 (page 115) on voit Allende rejeter les rapprochements entre certains types de crimes et certaines races établis par le célèbre criminologiste italien Lombroso dans “Le crime, ses causes et remèdes” (1899).

      En 1939, en sa qualité de Ministre de la Santé du Front Populaire, Allende avait rejeté la rédaction que lui avait été proposée par une Commission de médecins indépendants de son Ministère concernant la stérilisation des aliénés. Il n’a jamais existé un “projet de loi d’Allende” sur ce sujet, contrairement à ce que prétend la campagne diffamatoire en cours (qui, bien entendu, n’a jamais trouvé un pareil “projet de loi” portant la signature du Ministre Allende).

      Voir plus dans les interventions de Ignace Prada : http://passouline.blog.lemonde.fr/?name=2005_07_allende_au_pilo#comment-5032

      Cordialement,

      M. Cariz


      • finael finael 31 juillet 2007 12:45

        Merci pour ce lien !

        Salvador Allende est de ces hommes qu’on voudrait tuer deux fois : en l’assassinant d’une part et en salissant sa mémoire de l’autre.

        Il pleut sur Santiago !


      • Serpico Serpico 30 juillet 2007 17:48

        C’est incroyable cette volonté de salir à tout prix !

        Y en a marre de ces histoires d’antisémitisme à répétition : RAS LE BOL !


        • ZEN ZEN 31 juillet 2007 08:00

          Journaliste,Mr Roman ?...


          • masuyer masuyer 31 juillet 2007 08:12

            M. Roman,

            Victor Farias semble s’être fait une spécialité du débusquage de Nazis. Avant Allende, il y a eu Heiddeger.

            http://www.denistouret.net/textes/Roudinesco.html

            Ensuite que doit-on tirer comme conclusion de cet exercice, qu’il fallait absolument renverser Allende pour mettre un fameux progressiste comme Pinochet au pouvoir ?


            • maxim maxim 31 juillet 2007 08:37

              je vais apporter quelques petites précisions sur ce qu’était en réalité Salvador Allende.....

              en 1953 Allende était à Moscou pour rendre hommage à Staline venant de déceder ....... Allende par la suite a été forme pour devenir agent de liaison du Kgb.... il était partisan de la lutte dure ,avait déclaré : « Santiago sera repeint en rouge et sang si je ne suis pas élu président ».... Allende était président de L’olas : organisation de subversion pro communiste ..... aux élections il n’avait été obtenu que 36,2% des voix ..... Allende etait pour la prise de pouvoir brutale et pour une revolution socialiste sans concessions pour ses opposants ....etait soutenu par Castro ..... n’oublions pas que nous étions en pleine guerre froide et que l’Urss voulait à tout prix s’implanter en Amérique Latine ......


              • debonsens 31 juillet 2007 10:05

                honte a vous et un peu de courage « maxim », dites que ce qu’il lui est arrive, ce n’est que justice et qu’un democrate comme « pinochet » qui a massacre des milliers d’opposants, parfois dans des conditions atroces, c’est ce qui pouvait arriver de mieux au « chili »,sauf que lui il est mort paisiblement dans son lit.je vous rappelle que « allende » a ete democratiquement elu a deux reprises et qu’il s’est comporte en democate.quand aux russes qui voulaient s’implanter en amerique latine ,vous avez peut etre raison ,mais en attendant ce sont les « usa » qui ce sont implantes presque partout dans le monde—permettez moi de ne pas vous saluer—

                .


              • maxim maxim 31 juillet 2007 10:27

                Debonsens,je ne fais que rapporter des faits et n’y voyez aucun jugement personnel de ma part,n’étant ni admirateur d’Allende ni de Pinochet ... celà vous hérisse certainement que je n’idôlatre pas un communiste ,mais je n’idôlatre personne ..... je ne vous demande pas de me saluer non plus,ici sur Avox,c’est un débat citoyen et non une citadelle communiste ... vous pouvez vous rendre sur celui de L’Humanité ,vous serez dans votre élément ......


              • debonsens 31 juillet 2007 10:49

                pas plus que je ne vous ai pas qualifie de « fasciste » je ne vous permets pas de pretendre que je suis « commmuniste ».en outre je ne suis pas abonne a l’humanite ni a aucun autre journal,d’autre part les faits que j’avance sont au moins aussi vrai que les votres et je vous repetes que au de la de ce que vous pouvez dire « allende » a ete elue et a dirige le « chili » democratiquement


              • finael finael 31 juillet 2007 13:04

                N’importe quoi !

                Salvador Allende a participé à la fondation du Parti Socialiste chilien en 1933 et y restera toute sa vie.

                1er tour des élections de 1970 :

                Allende (Frente popular) : 36.29% Alessandri (conservateur) : 35.76% Tomic (populiste) : 27.95%

                Wikipédia :

                A Washington, Richard Nixon ordonne d’éviter qu’Allende devienne président. La CIA met en place deux plans pour empêcher qu’Allende prenne ses fonctions grâce au vote du Congrès, prévu pour le 24 octobre), qui seront connus comme le Track One et le Track Two :

                Le Track One[23] (aussi connu sous le nom de « gambito Frei ») a pour objectif de faire élire Alessandri par le Congrès. Une fois élu, ce dernier renoncerait à sa charge et de nouvelles élections où la droite soutiendrait alors Eduardo Frei seraient organisées. Cependant, ce plan n’a pas fonctionné. La DC et l’UP sont arrivées à une entente après la victoire d’Allende et l’on révèle l’existence d’un pacte secret entre les deux candidats de gauche (Tomic et Allende). Dans ce pacte chacun renonce à la victoire de l’autre si les différences de votes sont supérireurs à 5 000, et celle d’Alessandri seulement si elle est supérieure à 100 000 votes. Finalement, pour accorder son support lors du vote du Congrès, la démocratie chrétienne exige la promesse qu’Allende respectera la constitution et les libertés fondamentales, nonobstant le fait que les socialistes s’étaient déclarés partisans d’un état révolutionnaire lors du congrès de Chilan en 1967. Le Track One n’ayant pu fonctionner, il restait à se rabattre sur le Track Two : Le Track Two[24] consistait à créer une instabilité politique telle que les forces armées chiliennes interviennent et annulent les élections. Le général Roberto Viaux se chargea de mettre en place ce plan. La sédition au sein de l’armée chilienne fut favorisée en coordination avec le mouvement d’extrême-droite Patrie et Liberté. Le 22 octobre 1970, le chef d’état-major Schneider, susceptible de s’opposer à un coup d’État fut grièvement blessé par ces éléments séditieux menés par le général Roberto Viaux, lors d’une tentative d’enlèvement[25],[26]. Bien que son chauffeur l’ait amené dans un hôpital militaire, il allait décéder le 25 octobre. La veille, le 24 octobre, à 10h39, le Congrès commence à voter. Le président du sénat est Tomás Pablo. Il y a 195 parlementaires. À la fin du vote le porte-parole du sénat, Pelagio Figueroa, annonce : Salvador Allende Gossens, 153 votes ; Jorge Alessandri Rodríguez, 35 votes ; en blancs, 7 votes.

                Tomás Pablo ferme la session en déclarant ceci : « Selon les articles 64 et 65 de la Constitution Politique, le Congrès proclame président de la République du Chili pour la période comprise entre le 3 novembre 1970 et le 3 novembre 1976 le citoyen Salvador Allende Gossens. La session se termine »

                Si c’est cela être agent du KGB ! (au fait en 1953 c’était l’OGPU - ou « gépéou » - et le NKVD).

                Quant à l’OLAS :

                En 1948 est fondée à Bogota, l’OEA (Organisation des Etats Américains) qui regroupe aujourd’hui 28 Etats dont les Etats-Unis et Cuba. Les tensions politiques qui affectent les divers participants ne lui permettent de promouvoir qu’une action de type social et culturel. Le poids déterminant des Etats-Unis dans l’OEA explique les attaques dont celle-ci est l’objet de la part de l’OLAS ( Organisation Latino-Américaine de Solidarité) qui réunit depuis 1967 les Etats d’Amérique Latine hostiles aux Etats-Unis.

                http://www.webzinemaker.com/admi/m7/page.php3?num_web=20128&rubr=4&id=133827

                De telles diffamations ne sauraient que valoir mépris à leur auteur.


              • CAMBRONNE CAMBRONNE 2 août 2007 14:06

                Salut à toi Maxim

                Tu dis vrai et s’il faut reprocher quelque chose à Allende ce n’est pas d’être un supôt du nazisme mais bien du communisme .

                Le chili est un des meilleurs pays d’amérique latine le plus prospère et le plus sur .

                Non Pinochet n’était pas un philanthrope mais Allende aurait fait de son pays une république populaire de plus ou il fait si bon vivre . Il a été élu démocratiquement ecrit on oui et alors Sarkozy aussi et cela embète bien du monde . Je ne parlerais même pas d’adolphe .

                Salut et fraternité .


              • Gilles Roman 31 juillet 2007 10:16

                Je vous remercie de vos commentaires et des liens vers des réponses circonstanciées aux écrits de Victor Farias, en particulier les lettres de Simon Wiesenthal mises en ligne par la fondation en Espagne. Il faut prendre cet article comme un appel aux historiens à ne pas se borner à des informations militantes et partisanes. On peut voir sur internet comment les négationistes font leur pain blanc à partir d’un document censuré ou passé sous silence. Lorsqu’on veut faire un travail d’histoire, il vaut mieux prendre en compte toutes les facettes du personnage et ne pas refuser la confrontation des idées. On peut aussi lire une réponse détaillée au livre de Victor Farias à cette adresse : http://www.denistouret.net/textes/Roudinesco.html


                • masuyer masuyer 31 juillet 2007 10:26

                  M. Roman,

                  Ce commentaire rééquilibre l’article.

                  Mais, il aurait été bon de le faire dans l’article lui-même.


                • Thomas Thomas 31 juillet 2007 19:42

                  Prudence un peu tardive...

                  Ecrire un article paraphrasant ou, au mieux résumant, un ouvrage, n’a rien de journalistique et n’apporte guère au lecteur. Une critique objective du même ouvrage aurait été plus intéressante.


                • ZeusIrae 31 juillet 2007 12:49

                  « d’autre part les faits que j’avance sont au moins aussi vrai que les votres et je vous repetes que au de la de ce que vous pouvez dire »allende« a ete elue et a dirige le »chili« democratiquement »

                  C’est exact,cela n’empêche qu’il n’avait aucune legitimité pour imposer une republique socialiste au Chili.L’adoration dont il est objet est passablement déplacé.C’est un phenomene assez similaire au culte du Che,lui aussi très déplacé.


                  • Michel Frontère Michel Frontere 1er août 2007 12:38

                    A Armand G Schaeffer : justement, il ne s’agissait pas d’une argumentation, car je subodorais de la part de monsieur Roman une forme de provocation, mais d’une réaction affective, dirais-je ; et je partage le point de vue de “Manu” et “Masuyer”.

                    Salvador Allende a eu le courage, et le mérite, de refuser de confisquer les libertés et de tenir son cap, maintenir la démocratie, contre tous les totalitarismes. La diplomatie de l’administration américaine a joué un rôle peu glorieux dans cette période, c’est le moins qu’on puisse dire.

                    J’ai cité Plenel car il a publié « La part d’ombre » ...

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LYonenFrance


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