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Scolariser, enseigner, éduquer

Si toute l’aide au développement devait se résumer à trois choses, ce serait celles-là. Donner des milliards si le niveau de scolarisation stagne, c’est comme lancer des sous dans la mer et attendre qu’elle donne du poisson en retour. Scolariser, c’est apprendre à lancer des filets. C’est tellement plus efficace. Si scolariser veut dire éduquer.

C’est la journée internationale des enseignants, en ce 5 octobre. Qui le sait, à part les enfants qui vont à l’école et les parents attentifs à ce qu’ils y vivent ?

Pourtant, essayez un instant d’imaginer un monde sans enseignement.

Les formidables transformations que le monde a connues, du moins le monde des pays riches et les îlots les plus branchés sur ce monde riche dans les autres pays, sont dues à la scolarisation.

Pendant ce temps, le taux de scolarisation des enfants et des femmes chute en RDC.

L’auteur Eduardo Galeano raconta un jour qu’il existe en Inde une école du crime. Précisément dans la ville de Muzaffarnagar, à l’Ouest de l’Etat indien d’Uttar Pradesh. Enlèvements, coups et blessures, exécutions, enseignement pratique du vol sur les grandes routes et les autoroutes, rien n’est laissé au hasard pour bien préparer les enfants au métier de criminel.

Cette école répond au besoin du marché. Ailleurs, en RDC par exemple, les enfants apprennent à être de valeureux soldats. Besoin du marché. Encore ailleurs, des fillettes apprennent à donner du plaisir. Autre besoin du marché.

Combien d’enfants répondent aux besoins du marché sans être passés, ou si peu, par l’école ?

Alors, les petits moralisateurs qui prétendez que c’est une honte de scolariser les enfants dont le travail permet à la famille de vivre, elle est belle, votre morale.

Galeano se demande ce qu’il adviendra « des pauvres maîtres des écoles traditionnelles, déjà punis par des salaires de famine et par l’attention faible sinon inexistante que leur accordent leurs élèves ».

Le drame réel des pays peu scolarisés, ce n’est pas le retard scolaire. Le drame réel, ce serait que ce retard soit comblé par un type d’enseignement qui ne rend pas libre.

« Le manque d’enseignant est l’un des principaux obstacles à l’amélioration du taux de scolarisation de plusieurs pays. » C’était la toute dernière phrase d’un article sur les activités qui soulignent la journée mondiale de l’enseignement au Sénégal.

L’Unesco estime à 15 millions le déficit d’enseignants dans le monde. Scolariser oui, encore faut-il suffisamment d’éducateurs.

Mais ce n’est pas tout, là où il y a des enseignants, beaucoup ont une formation insuffisante et manquent d’encadrement (Campagne mondiale pour l’éducation). Manque d’éducateurs...

Coût total supplémentaire de la scolarisation de tous les enfants jusqu’à la fin du primaire, enseignants qualifiés (éducateurs) inclus : autour de 10 milliards USD.

Ce n’est pas une question de sous. Reste l’explication inavouée : scolariser est un mot prononcé pour faire plaisir aux pays donateurs, sans vraiment y croire.

L’éducation fait peur. Les peuples pourraient se mettre à poser des questions embarrassantes à leurs dirigeants.


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10 réactions à cet article    


  • gem (---.---.117.250) 6 octobre 2006 12:17

    article qui n’apprend rien à personne, utile seulement pour ressasser des évidences que personne ne discute.

    Mais concretement ???


    • Michel Monette 6 octobre 2006 13:15

      Enseigner aussi c’est ressasser des évidences, pourtant cela se fait générations après générations.

      Combien de fois faudra-t-il redire que le coût de la scolarisation n’est pas la cause de la sous-scolarisation dans trop de pays ? Si ce n’est la résistance des classes dirigeantes dans les pays sous-scolarisés, vous avez une autre explication ?


    • gem (---.---.117.250) 6 octobre 2006 16:03

      et encore une autre évidence. Vous n’avez que ça en magasin ?


    • Michel Monette 6 octobre 2006 18:50

      Je suis curieux de savoir sur quelle(s) étude(s) vous basez votre jugement. Pour ma part, je ne vois pas de changements qui démontreraient que ce que j’avance est évident pour tout le monde. Mais vous avez le droit de penser le contraire et de nous le démontrer.


    • Senatus populusque (Courouve) Courouve 6 octobre 2006 12:20

      Sans oublier : INSTRUIRE


      • Bulgroz (---.---.121.236) 6 octobre 2006 12:25

        Voir le récent rapport (20/09/2006) du groupe de travail conduit par André Rossinot sur le thème de La laïcité dans les services publics


        • TEO (---.---.76.217) 17 octobre 2006 16:33

          Sujet capital s’il en est. Hélas, vous me semblez l’écraser en empilant « scolariser », « enseigner », « éduquer »... et on pourrait en ajouter d’autres. Je crois qu’on gagne en inventivité et en efficacité pragmatique en les distinguant. Par exemple s’il faut scolariser tous les filles du RD-Congo pour les éduquer, alors reconnaissons de suite que c’est perdu, vus les moyens qu’il faudrait déployer pour y arriver. Si en revanche on part du principe qu’on peut éduquer relativement à certains thèmes vitaux sans passer par la scolarisation, alors on pourrait méthodiquement mettre en oeuvre de moyens d’éducation de masse infiniment moins coûteux.

          Au risque de vous choquer, je crois que relativement à certains objectifs, il vaut mieux n’avoir pas été instruit que de l’avoir été. Prenons un certain nombre de disciplines inadapté au marché de l’emploi ; en particulier, lorsqu’en plus d’être en inadéquation fonctionnelle, les deux sont en inadéquation culturelle : le cas par exemple en Afrique de formations calquées sur ce qui se fait en France, alors que le marché de l’emploi ne saurait les acclimater. Or de se savoir pourvu d’un haut niveau d’instruction rend plus coûteux narcissiquement l’idée de se reconvertir dans une activité de moindre niveau.

          etc. etc. ll aurait bien des choses encore à dire et je veux bien qu’on se les dise, mes alors de façon plus créative.


          • Michel Monette 18 octobre 2006 01:32

            Je ne comprends pas pourquoi il serait impossible de scolariser tous les enfants (garçons et filles) du RD Congo. Bien sûr, il faut des enseignants qualifiés et il faut des programme d’enseignement, mais en quoi est-ce une démarche perdue d’avance ? Dans mon pays (le Québec), il y a eu jadis la « guerre des éteignoirs ». Le terme « Éteignoir » vient du fait que les gens s’opposant aux législations scolaires étaient considérés comme des éteignoirs qui étouffaient la flamme du savoir. En fait, le monde changeait et la scolarisation massive de tous les enfants du Québec était inéluctable. N’empêche qu’il a fallut encore plusieurs décennies avant que les enseignants aient une meilleure formation et que les programmes scolaires publics soient améliorés.

            Croire que c’est impossible, c’est comme si un enfant ne marcherait jamais parce qu’il ne croit pas qu’il le peut. Quand à savoir si quelqu’un est ou non trop instruit pour les besoins de la société, là je me permets d’être fâché. Léopold Senghor, dont on célébrait récemment le centenaire de la naissance, était-il trop instruit pour son pays ? Mais il est vrai que l’instruction fait peur en haut lieu dans certains pays.


          • Bill (---.---.76.11) 17 octobre 2006 16:37

            @ teo

            Pour respecter ton droit de réponse, je t’ai répondu sur le dessin des excuses de benoit XVI.


            • TEO (---.---.76.217) 19 octobre 2006 14:19

              « Je ne comprends pas pourquoi il serait impossible de scolariser tous les enfants (garçons et filles) du RD Congo » : il le serait simplement parce qu’en l’occurrence le RDC n’en a pas les moyens et ne paraît pas près de les avoir. Je serais le premier heureux de me tromper.

              « Quand à savoir si quelqu’un est ou non trop instruit pour les besoins de la société, là je me permets d’être fâché. Léopold Senghor... » Senghor, évidemment pas... mais tout le monde n’est pas Senghor, et il serait problématique que tout le monde le fût. Un plombier n’a peut-être pas besoin d’être docteur en « philologie de l’Araméen » au Benin, par exemple. Au démeurant avec un tel diplôme, il serait plus probablement conducteur de « taxi-moto » comme ils disent. Et considérant que les « taxi-moto » suppléent très intelligemment les carences de l’Etat quant aux infrastructures... il vaudrait mieux former en 12 semaines des Béninois à devenir des conducteurs de taxi-moto, que former en 12 ans des philologues qui finiront de toute façon par conduire des taxi-moto... au mieux !

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