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« So called Kurdistan »

Nouvel attentant lié au PKK en Turquie : analyse de la situation entre ce géant et ce « prétendu Kurdistan ».

29b71982ac43c02a10feedf6050d11e6.jpg C’est ainsi que l’on nomme le Kurdistan dans beaucoup de pays et en particulier en Turquie. La traduction la plus appropriée serait "prétendument Kurdistan" selon Gülay Göktürk. C’est cet homme, dans un éditorial pour le journal Bugün, qui traite très habilement de la politique turque face à la minorité kurde. Ainsi, il déclare que "la Turquie en est ainsi encore à devoir affronter cette ’prétendue’ problématique, qui a pris de telles proportions qu’on ne sait même plus lui trouver un début de solution. Dans ces conditions, y a-t-il un sens à répéter ce même type d’erreur en refusant et en niant la réalité de l’État fédéré kurde qui existe aujourd’hui dans le nord de l’Irak ?"
Évidemment on ne peut nier cette réalité. Mais une meilleure problématique est encore formulée dans cette phrase, assez courte, mais qui démontre bien l’état d’esprit actuel d’Ankara : "En effet, ce dont nous avons peur, c’est que les Kurdes habitant du côté irakien de la frontière vivent de mieux en mieux, que nos Kurdes à nous les envient et qu’ils souhaitent in fine se séparer de la Turquie pour les rejoindre." Et d’ajouter de suite : "Mais, bon sang, combien de siècles allons-nous vivre avec cette phobie ! Le maintien de l’unité du territoire turc ne dépend-il vraiment que du maintien dans la pauvreté et sous l’oppression des Kurdes vivant au-delà des frontières de la Turquie ? Plus les Kurdes d’Irak vivront dans la peur et dans la misère et plus notre unité territoriale et notre sécurité s’en trouveront assurées ?"

c8effe0a554cead83bdc934012149ef8.jpg On comprend bien alors les intrusions de l’armée turque en territoire irakien, et même si Talabani ne semble pas s’en offusquer, on pense assez rapidement à une atteinte à la souveraineté du pays. De plus, depuis le départ des troupes britanniques de Bassorah, voilà que le Kurdistan irakien, lui, se retrouve dans une situation d’autonomie assez impressionnante. Bien sûr, les immenses réserves de pétrole de la région ne peuvent qu’aider au développement, mais il n’empêche.
Dans l’actualité, c’est 70 blessés et plus de 5 morts qui viennent s’ajouter 37 000 personnes mortes depuis 1984, année des premiers heurts entre le PKK (considéré comme entité terroriste selon l’UE, les Etats-Unis et la Turquie) et Ankara.


Cette fois-ci, c’est à Diyarbakir que la bombe a explosé, visant probablement un véhicule militaire qui passait par là, mais aussi une caserne située à une centaine de mètres de la déflagration. Cet acte a été vivement condamné, que ce soit par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan ("Le terrorisme a ressorti son horrible visage. Mais ce type d’événements n’infléchira pas notre détermination à combattre le terrorisme à la fois dans le pays et à l’extérieur"), que par les Etats-Unis qui, de leur côté déclarent qu’ils "réitèrent leur détermination à se tenir aux côtés de la Turquie dans la lutte contre tous les types de terrorisme".


Difficile donc de donner ne serait-ce qu’un semblant d’avis sur la question kurde en Turquie, sachant que ce peuple se bat certes pour une autonomie, voire une indépendance ; mais les moyens mis en oeuvre ne sont absolument pas bien choisis et, la plupart du temps, les civils souffrent plus qu’ils n’obtiennent. Pourtant, il est tout autant difficile de ne pas montrer du doigt le rôle qu’a joué la Turquie et qu’elle joue encore aujourd’hui dans la "résolution du problème". Et pour conclure, redonnons donc la parole à Gülay Göktürk  : "Voyez donc où nous a menés cette politique consistant à nier systématiquement la réalité. Les généraux turcs, qui dans le passé se sont avérés de véritables champions de ce type d’exercice, n’en finissent plus aujourd’hui de faire leur autocritique et d’admettre qu’ils ont commis une erreur en niant la problématique kurde."
Certains diront que c’est un peu comme "le prétendu génocide arménien"...

Sources :
- L’article de Gülay Göktürk en français sur Courrier international
- TV5 : "Turquie : 5 morts dans l’explosion d’une voiture piégée dans le Sud-Est"
- Al Jazeera : "Deadly blast hits Turkish city"
- "Turquie et PKK : nouvelles tensions" par Shyankar



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Les réactions les plus appréciées

  • Par Gazi BORAT (---.---.---.39) 4 janvier 2008 19:02

    @ trabzon

    La communauté arménienne d’Istanbul au début du vingtième siècle représentait la moitié de la population grecque de la ville..

    Aujourd’hui, la proportion s’est exactement inversée, les Arméniens représentent le double des Grecs présents dans l’ancienne capitale...

    De plus, si vous connaissez l’histoire du génocide, vous saurez que les Arméniens d’Istanbul ont été (relativement) plus préservés que ceux du reste du pays..

    Pourquoi ?

    Les rafles ont été moins importantes car, selon les historiens, la présence d’un grand nombre de consulats étrangers incitaient la junte au pouvoir à plus de discrétion..

    Il existe encore aujourd’hui un quotidien arménien à Istanbul (j’ai un trou de mémoir concernant le titre) auquel collabora le journaliste Hrant Dink..

    gAZi bORAt

  • Par Gazi BORAT (---.---.---.192) 4 janvier 2008 16:45

    La Turquie a choisi un modèle politique inspiré de la France : celui du jacobinisme intransigeant..

    Par dessus s’est rajouté le conflit avec la Grêce.

    Paradoxalement, l’AKP est plus tolérant que les Kémalistes pour les questions de tolérance religieuse et aussi - fait particulier - de l’entretien des lieux de culte - chrétiens notamment - dont les kémalistes laïques ne veulent entendre parler..

    Ce qui a permis à Erdogan d’attirer des voix arméniennes...

    Pour l’assassinat d’Hrant Dink, les Loups Gris sont incriminés et quant à celui des pasteurs évangélistes, cette histoire est trouble..

    Les Alevis sont dans la ligne de mire de beaucoup de monde : ils sont hétérodoxes, votent à gauche et ont refusé toute concession à l’AKP..

    gAZi bORAt

  • Par Gazi BORAT (---.---.---.160) 5 janvier 2008 15:57

    A noter aussi que la question du « séparatisme kurde » est LE tabou suprème en Turquie, ceci lié au poids qu’exerce sur la société le MGK (Conseil de Sécurité National), composé de l’état major des Forces Armées Turques et viscéralement attaché à l’intégrité territoriale et aussi à la laïcité.. et aux accords avec l’état d’Israel.

    Ce qui explique qu’Erdogan joue au chat et à la souris avec lui et espère de l’Europe qu’elle imposera, par le biais de la question des Droits de l’Homme, un allégement du poids de l’institution militaire sur la politique nationale..

    Le problème kurde se trouve ainsi au coeur d’un conflits d’influences complexe..

    On peut le voir avec le cas de l’écrivain Orhan Pamuk.

    Celui-ci, plutôt « atlantiste-libéral » et marqué ses années de vie aux Etats Unis, est spécialistes des « provocations contrôlées »..

    Il a ainsi pris position pour la reconnaissance du génocide arménien, a été facilité dès sa nomination par le chef actuel du gouvernement et critiqué dans la presse par les milieux nationalistes.

    De plus, dans son avant dernier ouvrage « Neige », il évoque les mouvements fondamentaliste en Turquie, plus légèrement « l’état profond », mais se garde bien de parler du séparatisme kurde, qui lui vaudrait de possibles ennuis avec la justice.. et n’a jamais fait état du problème dans aucune de ses interview.

    A titre personnel, je ne lui aurait pas accordé le Prix Nobel, lui préférant Yachar Kemal, à l’oeuvre nettement plus conséquente... mais qui a le tort d’être trop marqué à gauche et peut être aussi trop kurde !

    gAZi bORAt

  • Par Gazi BORAT (---.---.---.160) 5 janvier 2008 15:20

    @ Ghirlandaio

    Merci pour le nom du journal.. Il s’agit effectivement d’Agos, écrit et imprimé en langue et caractères arméniens..

    Pour ce qui est de l’exhibition du drapeau turc par le meurtrier d’Hrant Dink avec les policiers, vous touchez ici à un problème récurrent en Turquie : celui de l’« Etat profond ».

    On y voit ici l’infiltration dans la police d’éléments d’extrème droite depuis des années, favorisés par une politique mené par l’OTAN et sa version locale du Gladio, dans le contexte de la guerre froide.

    On y trouve aussi, lié à des organes de l’Etat comme en France au temps du SAC, des éléments maffieux comme Cakici ou Abdüllah Catli..

    Ce funeste « mélange des genres » a très bien survécu à la chute du Mur de Berlin et s’est très vite adapté à la lutte contre l’extrème gauche turque et l’indépendantisme kurde.. On lui doit aussi des manoeuvre d’intox, comme dans le cas des agissemnts de groupuscules curieux comme les « TAK » (Faucons de lea Vengeance du Kurdistan) et « Tek Yol Islam » mouvement intégriste organisé autour de la confrérie des Nakchbandi et actif principalement contre le PKK marxiste..

    gAZi bORAt

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