Le 26 juillet M. Rebaine Slimane un citoyen algérien âgé de 36 ans a été tabassé par la brigade de la police judiciaire de Beni Douala en Kabylie, car il a été surpris en train de boire durant le jour du carême. Pour revenir sur cette affaire nous avons rencontré M. Arezki Abboute, coordinateur de la Maison des Droits de l’Homme et du Citoyen Tizi-Ouzou et membre fondateur de la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme pour plus d’amples informations.
Dans une déclaration que vous avez rendue publique, vous avez dénoncé le passage à tabac, par un policier d’un citoyen qui a été surpris en train de boire de l’eau. Pouvez-vous nous donner d’amples informations ?
Arezki Abboute : En effet, après que l’interpellation me parvenue par le biais d’un citoyen de la commune de Beni Douala concernant le comportement d’un policier à l’égard de M. Rebaine Slimane surpris en train de boire de l’eau, et après l’avoir vérifiée auprès des militants de la Maison des Droits de l’Homme et du Citoyen de Tizi-Ouzou (MDHC-TO) résidant dans cette même commune, j’ai, en ma qualité de coordinateur de cette structure de la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (LADDH) rendu publique une déclaration dans laquelle j’avais, à la fois dénoncé les violences dont fut victime M. Rebaine et la récurrence de ces actes, presque chaque année, au mois de carême et rappelé que la liberté de conscience et la liberté de culte sont toutes les deux garanties par la constitution algérienne et par les deux Pactes Internationaux relatifs aux Droits de l’Homme que notre pays a ratifiés avant de conclure par un appel à plus de mobilisation et de vigilance pour faire échec à l’intolérance.
-Et pourtant la Direction Générale de la Sureté Nationale (DGSN) a apporté un démenti ?
J’ai effectivement, lu le démenti de la DGSN dans la presse et, sincèrement, je pense que c’est exactement le genre de repenses qu’il faut s’interdire de produire particulièrement quand on ne prend pas suffisamment de temps pour savoir ce qui s’est réellement passé.
La Kabylie garde encore en mémoire la malheureuse sortie médiatique de l’ex-ministre de l’intérieur, M. Zerhouni, qui avait déclaré que Guermah Massinissa, assassiné à l’intérieur de la brigade de gendarmerie de Beni Douala après son interpellation, n’était pas un lycéen mais un voyou, avant de se rétracter et d’avouer qu’il a été induit en erreur. Nous savons tous ce qu’il en a coûté à la Kabylie en terme de morts et de blessés. A l’évidence, le pouvoir algérien ne semble pas avoir tiré de leçons et, pour s’en convaincre, il suffit de voir la photo de M. Rébaine parue dans le journal électronique Tout Sur Algérie.
-Avez-vous rencontré la victime, et pensez-vous déposer plainte où entreprendre d’autres actions ?
Oui, j’ai en effet rencontré la victime. Elle m’a raconté, dans le détail, comment les choses se sont réellement passées. Inutile de vous dire combien cela m’avait remué. Je l’avais écouté avec beaucoup de compassion, et une fois son témoignage terminé, je lui avais renouvelé le soutien de notre structure et lui ai réaffirmé, de vive voix, notre disponibilité à l’accompagner dans le cas où il voudrait entreprendre une action en justice contre l’auteur des violences dont il est victime.
J’ajoute que lorsque j’avais rencontré M. Rebaine Slimane, celui-ci était accompagné de deux militants connus pour leur engagement pour Tamazight et l’autonomie de la Kabylie.
Concernant le dépôt de plainte où d’autres actions à entreprendre, pour le moment, je vous avoue que nous préférons nous limiter à la déclaration que nous avons rendue publique et où nous avons dénoncé l’agression et la récurrence des interpellations de non-jeûneurs et les violences commises sur M. Rebaine.
Concernant l’éventualité d’un dépôt de plainte, la Maison des Droits de l’Homme et du Citoyen Tizi-Ouzou a choisi de laisser toute latitude à la victime pour décider de la suite à donner à cette affaire. Ceci dans l’immédiat. Plu tard, à la rentrée sociale probablement, la MDHC-TO n’exclut pas d’envisager d’autres actions avec d’autres associations pour amener le pouvoir à mettre un terme à ces interpellations.
-En 2010, deux citoyens ont été arrêtés à Aïn El Hemmam pour non observance du jeun et ont été acquittés lors de leur procès. Dans d’autres wilayas, pour les mêmes chefs d’accusation, des citoyens ont été condamnés à de la prison ferme. Comment l’expliquez-vous ?
Je n’ai pas souvenance de cas de non-jeûneurs condamnés à de la prison ferme mais, par contre, je me souviens parfaitement de l’affaire des non-jeûneurs d’Aïn El Hemmam, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, et celle des jeûneurs d’Ighzer Amokrane, dans la wilaya de Béjaïa, en 2010. Et, si tel est le cas, je vous avoue, franchement, que cela ne me surprend pas du tout, car l’expérience m’a appris qu’à chaque fois que les citoyens décident de faire reculer l’arbitraire, l’arbitraire recule, et dans le cas des non-jeûneurs d’Aïn El Hemmam et d’Ighzer Amokrane, il n’y a pas eu d’exception à celle que je considère être une règle. La mobilisation de la société civile, l’élan de solidarité qui s’est manifesté à l’endroit des accusés dès les premiers jours de l’interpellation, la mise en place d’un collectif d’avocats bénévoles … n’ont laissé planer aucun doute sur l’issue des procès d’Aïn El Hemmam et d’Ighzer Amokrane : l’acquittement. La population avait voulu cet acquittement et elle l’avait obtenu.
Propos recueillis par Madjid SERRAH

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