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Srebrenica, des larmes, des tambours, des chants, des prières...

10 ans déjà que Srebrenica a vécu une tragédie dont on ne se souvient que par quelques reportages destinés à rappeler les célébrations et la concrétisation d’un cimetière. Les corps n’ont pas encore été tous identifiés, mais entre prières, chants, larmes et tambours, les coeurs parlent...

Il y a en moi comme une attache, forte et irrepressible à ces terres sombres, terres de convoitises, si souvent partagées, trop ravagées d’ancienne Yougoslavie... Pourtant, tout m’y ramène sans cesse, au cours de mes divers voyages, car ce coeur des Balkans qui n’a rien de commercial ou de touristique est aussi une source de leçons pour la médiocre occidentale que je suis, loin de l’enfer de cette guerre qu’a connue l’Ex-Yougoslavie et loin de l’enfer du présent sans perspective ... J’entends presque les tambours, les pleurs, les chants d’enfants qui montent vers des cieux qui ont vu en silence tant d’horreurs à quelques milliers kilomètres de notre confortable pays... Je vois presque les ombres, celles des vivants qui n’ont pas perdu encore tout espoir et celles des morts qui hantent les souvenirs ... Pardonnez moi de n’accorder que cinq minutes à ce sujet cher, mais j’espère qu’il touchera...

Régulièrement, des charniers sont découverts un peu partout en Ex-Yougoslavie, pays où trop de vivants habitent à côté de fantômes... C’est sûrement à Srebrenica que les soldats de l’ONU se sont le plus déshonnorés pendant cette terrible guerre civile entre Serbes, Croates, Bosniaques... Après deux ans de résistance, Srebrenica semblait le dernier bastion protégé où l’on pouvait rester Musulman en Bosnie, mais quand les Serbes ont pris la ville, affirmant que les habitants étaient en sécurité, ce fut le début d’un carnage. Tous les Bosniaques Musulmans qui avaient le malheur d’avoir entre 14 et 80 ans ont été sacrifiés devant des Occidentaux passifs... lâches...

Camps de concentration où sont entassés des milliers de personnes, transferts vers Touzla pour des femmes démunies, marchant souvent avec leurs enfants ou enceintes vers un enfer moins violent, mais tout aussi terrible, un avenir brisé. Début du massacre des hommes alors que la communauté internationale se mure dans le silence. Toute l’horreur imaginable s’est produite là-bas, des femmes cachées sous leurs voiles pour leur rappeler qu’elles n’étaient rien, humiliées par les insultes, des hommes plus humiliés encore, invités à enterrer un peu partout aux alentours de la ville, presque devant les soldats néerlandais de l’ONU, ceux qu’ils viennent de voir fusillés, avant de subir le même sort...

Plus de 8000 hommes de tous âges ont été exécutés froidement par les Serbes et aujourd’hui encore, quasiment personne en République Bosnique de Serbie ou en Yougoslavie (Serbie) reconnaît le massacre le plus important en Europe depuis la Shoah ! En tout plus de 20 000 personnes auraient été sacrifiées dans cette guerre sale qui a sanctionné l’impuissance de l’Europe à assurer la paix en dehors des frontières de l’Europe Unie...

Aujourd’hui, c’est l’heure du flot de larmes des filles, des mères, des femmes qui ont parfois tout perdu, c’est l’heure de la cruelle incarnation de la douleur, quand une famille apprend que son enfant, son père a été identifié. C’est aussi l’heure des prières devant ces champs de tombes en hommages aux victimes. Srebrenica pleure, mais étrangement. Seuls un tiers des morts ont pourtant été identifiés en 10 ans et les deux principaux responsables de ce massacre Radovan Karadzic et Ratko Mladic, inculpés par le Tribunal pénal international (TPI) de génocide en 1995, et toujours en fuite, continuent à se ballader probablement en Ex-Yougoslavie, sûrement en Bosnie sans que personne s’en soucie mis à part aujourd’hui, en cette triste date...

Dans cette curieuse région de Serbie qui ampute la Bosnie-Herzégovine d’un tiers de son territoire mais continue à s’appeler "République serbe de Bosnie", il ne reste plus beaucoup de Musulmans, ils ont fui, sont morts ou n’ont pu faire autrement que rester et subir la barbarie ou en être les témoins ... A Banja Luka, la capitale, seuls 5% sont revenus, alors qu’ils étaient 20% avant la guerre et le chômage estimé à 50% cache mal le malaise d’une économie toujours menacée par un boycott, puisque la Bosnie reste un protectorat dirigé par les grandes puissances et qu’on reproche aux Serbes de ne pas faire leur travail de mémoire, au point qu’ils réécriraient l’histoire. Difficile en effet d’oublier que les Serbes sont les principaux responsables, mais que les choses ne sont pas si simples et que 1269 Serbes auraient aussi été tués dans des circonstances semblables par des activistes bosniques. Les Serbes ne manquent pas de le rappeler, au risque de réécrire l’Histoire, pour se dédouaner...

Même dix ans après, ces Musulmans parlent peu, ont peur, subissent la latente haine de leur voisin, qui il y a 40 ans était Yougoslave comme eux sous le règne certes dictatorial mais finalement unificateur de Tito. Au mieux, ils ont pu abandonner leurs maisons pour un camp de réfugiés de fortune, avant de revenir faute de mieux peupler des ruines, remplies de souvenirs de morts, de sang et d’impacts sur les pierres. Et la cohabitation est difficile, parfois même qualifiée d’impossible par les Serbes qui estiment être les victimes et qui jugent que les Musulmans leur volent toutes les chances de voir leur République réhabilitée.

Le procès qui s’éternise de Milosevic n’apportera pas grand chose au constat actuel. L’Ex-Yougoslavie a cédé la place à 5 pays, pauvres, chargés de souffrances, riches pourtant de leurs cultures, de leur Histoire, de la différence de leurs peuples qu’ils n’ont pas su accepter. Certains s’en sont bien sortis, l’un d’eux a même rejoint l’Union Européenne qui faisait aussi rêver la Croatie, de plus en plus eurosceptique depuis que son adhésion a l’Europe est différée sans date pour l’instant et qu’elle est priée de rester dans la salle d’attente de l’Union, car elle n’a pas encore livré Gotovina, le "héros" défenseur de Zadar et probable criminel de guerre comme tant d’autres. Mais la Serbie est démantelée, moralement écrasée sous le poids de son passé qu’elle n’accepte pas. La Bosnie-Herzégovine n’existe plus guère que dans les esprits avec deux régions qui survivent entre les aides de Bruxelles et la foi des survivants. Sarajevo est presque redevenue une capitale ordinaire, mais toujours aussi fière. Banja Luka, la capitale accordée à la Serbie en Bosnie et pour laquelle les Serbes se sont battus pendant plus de quatre ans, est une ville en apparence, mais seulement en apparence, paisible et moderne. Puis, il y a les autres villes, dont Srebrenica, toujours ravagée. Seule une petite partie de la population est restée sur cette terre brûlée, dans ces maisons qui ont masqué les privations, les souffrances, les blessés, les morts, derrière ces frontières imaginaires qui ont caché un massacre sans nom. Il n’y a pas une maison qui ne soit pas éventrée par les armes de fous, d’inconscients, de gens aveuglés par des enjeux politiques, raciaux, religieux et civils qui les rendaient incapbles d’accepter que la Bosnie échappe à la Serbie et inversement... La domination à quel prix ?

Entre la négation du crime, souvent qualifié de génocide, et les représailles économiques et d’embargo annoncées contre la République Serbe de Bosnie (capitale Banja Luka) si elle ne collabore pas mieux à l’arrestation et la traque de ces criminels, que penser de la situation dans cette zone ? Faut-il encore accabler ces régions ou les aider à s’intégrer ? L’Europe Unie peut-elle aider ces Européens à se réconcilier ou à participer à la reconnaissance génocidaire par les Serbes qui restent incrédules, sceptiques voire carrément convaincus du mensonge des Musulmans à propos du carnage, du grossissement des chiffres des morts... ? Reconnaissance aussi de l’incapacité de l’ONU à sauver des vies, à protéger des civils...

J’ai visité Srebrenica, il y a un an encore, huit ans après mon premier passage, j’en garde une image indicible qui ne rend pas justice à la Douleur des regards que j’ai croisés, des larmes que j’ai perçues, du fatalisme si "balkanique" que j’ai éprouvé comme tous ces gens face à leur Avenir (peut-être ?) vain...


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