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Accueil du site > Actualités > International > Suites de l’affaire « Mérimée »

Suites de l’affaire « Mérimée »

  • La presse française parle abondamment de l’affaire Mérimée, et, du fait, la diplomatie française est éclaboussée. Dans le Figaro :
« On ne pourra pas dire qu’il s’agit de lampistes. À travers eux, c’est la maison qui est éclaboussée », souligne un diplomate, en esquissant une comparaison : « Un peu comme lorsque survient un cas de pédophilie dans l’Église, l’opprobre rejaillit sur toute l’institution. »
Mais bizarrement, pour le Figaro, comme pour RFI, Libé et le Monde, la carrière de Mérimée semble s’arrêter en 1998, à la fin de sa mission d’ambassadeur de France à Rome. Il a pourtant été par la suite conseiller spécial (avec rang de secrétaire général adjoint), pour les affaires européennes, de Kofi Annan, jusqu’en 2002, ce que mentionnent bien les dépêches des agences de presse (par exemple Reuters) ! LCI

va même jusqu’à mentionner le rôle de conseiller qu’il occupait (en 1999 ou 2000) à la Banque marocaine du commerce extérieur (BMCE) ! Dans la presse française, on peut donc critiquer le Quai d’Orsay, mais l’ONU serait un sujet tabou ?

Merci justement à Sylvain Attal (qui a abordé le sujet au cours de On refait le monde sur RTL) de me signaler les recherches de la journaliste américaine Claudia Rosett (qui vient de recevoir un prix pour sa couverture du scandale "Pétrole contre nourriture") sur Jean-Bernard Mérimée et l’influence qu’il a pu avoir sur Kofi Annan.

Now comes the French investigation into Merimee, who was hired by Annan in 1999 to work “as needed” as “Special Adviser of the Secretary-General for European issues.” Merimee served from 1991-1995 as French ambassador to the United Nations, and then as French ambassador to Italy.

Until this week, Merimee figured on the U.N. Web site’s list of “Special and Personal Representatives and Envoys of the Secretary-General,” with the rank of Under Secretary-General. Following a query this past Tuesday into Merimee’s whereabouts, the United Nations quietly removed his name from the list. Asked about the revision, U.N. spokesman Stephane Dujarric explained that Merimee has not worked for the United Nations since Feb. 14, 2002, and that his name had remained on the list for more than three years due to an “oversight.”

According to Dujarric, Merimee’s job as special adviser to Annan was to help the United Nations negotiate a framework for “the disbursement of funds” from the European Commission to the world body, leading to a deal that was signed in 2003. Presumably, that entailed no direct link to Iraq. But it did place Merimee in the sensitive spot of negotiating for the Secretary-General over arrangements for European funding for the United Nations.

Merimee was still doing that job in the months following the Sept. 11, 2001, terrorist attacks on the United States, as the debate began turning hot over Iraq - a debate that ultimately polarized with Annan lining up with European heavyweights Germany and France to protest the U.S.-led coalition’s overthrow of Saddam.

In his position as Annan’s special adviser on Europe - whether Merimee knew it or not - he would have made a logical target for Saddam’s attempts to lobby both the European Union and by extension the United Nations, especially with European funding at issue. Certainly Merimee would have been a familiar figure to some of Saddam’s veteran senior diplomats.

Rosett en a remis une couche hier ici (merci, JC Durbant) :

Even the French have finally discovered the United Nations Oil-for-Food scandal. With the arrest in Paris this week of a former French ambassador to the U.N., Jean-Bernard Merimee, alleged to have received illicit and lucrative contracts to buy oil from Saddam Hussein’s U.N.-sanctioned regime, the French newspapers are now aflutter over "petrole contre nourriture."

The funny thing is, while France had plenty to do with Oil-for-Food, Merimee’s main trail leads not to the Quai d’Orsay, but to the doorstep of the U.N. secretary general. Authorities at the French foreign ministry have said the allegations against Merimee concern his activities after he retired as French ambassador to the U.N., and they’re probably right. During the period most in question - late 2001
- Merimee was working primarily not for La France, but with the rank of U.N. undersecretary general, as a handpicked high-level "special adviser" for Kofi Annan.

Comme je le dis plus haut, la France ne semble pas s’intéresser aux liens Mérimée-Annan. Ça va venir.

Je comprends d’autre part que Rosett s’intéresse avant tout à l’ONU mais les aveux (sans regrets ni remords) de Boidevaix (voir l’article de dessous), et l’implication de la diplomatie française qu’ils révèlent, me laissent penser qu’il est trop simple de penser que l’affaire Mérimée ne concerne que l’ONU.

Selon le Monde, Mérimée a pris sa retraite du Quai en 1998. Selon le Washington Post, "It remains unclear whether Merimee was serving with the French government at the time he allegedly received rights to buy Iraqi oil." Moi, je ne crois pas (et vais vérifier) que Mérimée ait pris sa retraite avant l’âge de 65 ans,, en décembre 2001. Quelqu’un a-t-il des informations à ce sujet, ou pourrait m’indiquer comment vérifier ?

  • Séance des questions à l’Assemblée nationale, mercredi 12 ocrobre 2005 : question de Bernard Derosier, député socialiste du Nord (depuis 1978) et président du Conseil général du Nord. Notez comme Derosier suggère une manipulation politique des Américains qui "font la loi" en Irak, d’où la révélation de malversations. Bizarre quand même pour un membre du groupe d’amitié avec les États-Unis...

M. Bernard Derosier -

Monsieur le Premier ministre, lorsque fut institué le programme « Pétrole contre nourriture », la France a soutenu l’ONU dans cette démarche. Puis les initiatives de l’ONU en Irak ont été contestées, critiquées par l’administration Bush. Aujourd’hui, la presse de notre pays nous informe de la mise en examen de plusieurs personnes ayant exercé des responsabilités politiques et diplomatiques, au motif de malversations liées à ce programme. Les représentants de la nation et les Français ont besoin d’en savoir plus que ce qu’ils apprennent par les médias. Vous avez été ministre des Affaires étrangères, puis ministre de l’Intérieur, avant de diriger le gouvernement. Avez-vous eu connaissance, à un moment ou à un autre, de ces malversations, et si oui, qu’avez-vous fait ? On ne peut mettre en avant le secret de l’instruction, car il s’agit d’abord d’un problème politique, et de la mise en cause de hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères. C’est la presse irakienne qui a révélé ces malversations il y a quelques semaines ; or, dans ce pays, les États-Unis font la loi. Aujourd’hui, la presse mondiale en fait état et apporte chaque jour de nouvelles révélations. Monsieur le Premier ministre, nous attendons de vous des explications claires. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et sur certains bancs du groupe des députés communistes et républicains)

M. Pascal Clément, garde des sceaux, ministre de la justice - Cette question d’une dérive possible du programme « pétrole contre nourriture » nous trouble tous. Vous avez évoqué deux hauts diplomates, mais ils ont été mis en cause après leur départ en retraite. De ce fait, aujourd’hui, rien n’est connu de personne, sauf sans doute du juge d’instruction. Vous comprendrez donc que, dans ces conditions, ni moi-même, Garde des sceaux, ni personne, ne puisse vous dire ce qui relève de l’instruction en cours. (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste). Comme vous, je souhaite que dans cette affaire toute la lumière soit faite, et que l’aide internationale conserve toute sa crédibilité, dans le monde entier. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP)

  • Le gérant d’Aredio Petroleum (Jean-Loup Michel, un ancien d’Elf-Aquitaine et de Technip), une société agréée par l’ONU pour commercer avec Bagdad, auquel Jean-Bernard Mérimée (ainsi que Gilles Munier des Amitiés franco-irakiennes) aurait eu recours, s’est donné la mort fin juillet 2005.
  • Selon Wikipedia, Mérimée est un vieux copain de Jospin. C’est d’ailleurs sous le gouvernement Jospin que Mérimée a été élevé au rang d’ambassadeur de France.

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  • (---.---.194.28) 19 octobre 2005 03:01

    http://unwatch.org/wed/135fr.html

    THE WEDNESDAY WATCH

    Analyse et commentaire de UN Watch à Genève

    28 septembre 2005

    Numéro 135

    De grands appétits

    Septembre 2005 s’est ouvert sur les grands appétits des amis des Nations Unies et la voracité de ses détracteurs. Puisque le mois touche à sa fin, il est vraisemblable que les deux restent sur leur faim.

    Les champions d’un organisme doté des pleins pouvoirs voyaient dans le Sommet mondial à New York, le plus large rassemblement des dirigeants de l’histoire, une opportunité pour rehausser le prestige de l’O.N.U. et un moyen d’étendre sa juridiction. Cependant, ce rassemblement très médiatique n’a évité l’échec complet que grâce à la production de 16.739 mots qui, de surcroît, ne disaient que très peu de choses d’une réelle importance.

    Les sceptiques, pendant ce temps, regardaient ailleurs : vers la publication attendue du rapport définitif de 800 pages portant sur le programme des Nations Unies « pétrole contre nourriture. » Mais eux aussi semblaient amèrement déçus, puisque le Comité d’enquête indépendant dirigé par Paul Volcker, ancien directeur de la Réserve Fédérale américaine, n’a trouvé aucune preuve de l’intervention du secrétaire général Kofi Annan en faveur de l’entreprise associée à son fils, Kojo Annan.

    Les déclamations retentissantes, comme « l’ONU est corrompue » ou à l’opposé « l’ONU est à l’avant-garde du progrès international », ont dominé les discussions autour de l’institution pendant au moins toute l’année passée. Elles ont atteint leur acmé avec la publication du rapport concernant le programme « pétrole contre nourriture », exactement une semaine avant le Sommet, menaçant de faire éclater la bulle.

    En effet, beaucoup ont spéculé sur la principale motivation du Secrétaire général à déclencher maintenant un grand processus de réformes. Espérait-il que le débat sur les réformes le prémunisse de l’orage se préparant avec le scandale de la corruption ? Ces insinuations se sont exprimées le jour de la publication du rapport de Volcker, lorsque le sous-secrétaire général pour les communications de Annan, Sashi Tharoor, a distribué aux fonctionnaires de Nations Unies une liste de points de discussions sur les moyens de déplacer le sujet de la corruption des Nations Unies vers celui, bien plus attrayant, de l’imminent Sommet.

    Bien que Annan lui-même n’ait pas été suspecté coupable de corruption, le rapport demeure un document complètement accablant qui, suivant les mots de The Economist, « peint un tableau sinistre de la corruption à la fois interne et externe au système des Nations Unies, avec des preuves de pots-de-vin, ristournes, contrebandes et autres transactions illicites ayant eu lieu pendant plus de sept ans à travers un vaste programme de 100 billions de dollars. »

    Si les auteurs du rapport Volcker ont été trop souvent précautionneux et indulgents dans leurs conclusions, ils ne l’ont pas été dans le corps du texte. En effet, les détails abondent d’obstructions de la justice déconcertantes et de flagrantes corruptions des fonctionnaires clefs aux Nations Unies.

    Nous apprenons, par exemple, comment en 1997 Maurice Strong, alors fraîchement nommé coordinateur des réformes de l’O.N.U. par le secrétaire général Kofi Annan, a reçu un chèque d’une valeur d’un million de dollars grâce à son ami, Tongsun Park. Park avait quant à lui obtenu cet argent en Irak, sous la forme d’une liasse de billets, de la part de l’ancien vice-président de Saddam Hussein, Tariq Aziz.

    Au début, Strong a dit aux enquêteurs qu’il ne pourrait jamais se souvenir d’avoir reçu le chèque. Evidemment. La plupart d’entre-nous pouvons nous souvenir quand nous avons trouvé cinq dollars dans la poche d’un pantalon. De même, nous n’aurions sans doute guère de difficultés à nous remémorer le temps d’un déjeuner avec un ami qui, après être revenu via la Jordanie d’une petite visite à l’adjoint de Saddam, nous a remis un chèque d’un million fraîchement tiré d’une banque jordanienne (Pour voir une copie du chèque, cliquez ici, à la page 110.)

    Mais voilà que par quelque curieux hasard, Strong, lui, ne pouvait pas se souvenir de tout cela. Il ne le pouvait pas, jusqu’à ce que les investigateurs de Volcker lui aient montré une copie du chèque, avec sa signature pour l’endosser. Soudainement, la mémoire du mandarin canadien a été rafraîchie. N’épiloguons pas, il est clair que le rapport fournissait une mise en accusation dévastatrice d’un nombre important de haut-fonctionnaires de l’O.N.U.

    Ce rapport comprenait également des mots forts sur les échecs du Secrétaire général et de sa vice-secrétaire générale, Louise Frechette. Selon les enquêteurs, Annan et Frechette ont montré « leur répugnance à reconnaître leur propre responsabilité dans les défauts du Programme, leur échec à s’assurer que des preuves sévères aient été apportées à l’attention du Conseil de Sécurité et leurs efforts minimums dans la prise de sanctions en réponse aux violations des hauts-fonctionnaires iraquiens. »

    Au total, dit le rapport, « il y a eut un manque de surveillance concernant l’administration du programme Pétrole contre nourriture de 100 billions de dollars et, par-dessus tout, un échec partagé par eux deux pour fournir une surveillance du directeur exécutif du programme, Benon Sevan. » Le rapport conclut que « les performances de gestion cumulées du secrétaire-général et de la vice-secrétaire générale dérogent aux règles dont l’organisation des Nations Unies devrait s’efforcer d’être à la hauteur. » Il ne fait guère de doute que les informations contenues dans le rapport entament le moral des employés de l’O.N.U. à travers le monde, jusqu’à sérieusement le mettre à mal.

    Heureusement pour l’O.N.U., le Sommet mondial a cependant fini par détourner le plus gros de la tempête, et l’histoire de la corruption liée à « pétrole contre nourriture » est retombée rapidement, laissant place à des titres épinglant les négociations de dernières minutes au Sommet et leurs résultats.

    Le document final du Sommet couvrait des douzaines de sujets, dont l’aide au développement pour le Tiers Monde, le terrorisme et les droits de l’homme.

    Concernant l’aide au développement, les Etats-Unis ont refusé de s’engager sur des contributions annuelles obligatoires s’élevant à 0.7 % du PNB, mais ont laissé une référence à cet objectif pour les engagements des autres états.

    Sur le terrorisme, l’O.N.U. est arrivée à condamner le terrorisme « sous toutes ses formes », sauf qu’elle a refusé de dire ce qu’est le terrorisme. Etant donné que le terme est hautement contesté, le document du Sommet a finalement réussi à faire apparaître une condamnation de toutes les formes de x, tel que la variable reste indéfinie.

    Presque tous les avant-projets précédents comprenaient une simple mais bonne définition du terrorisme. A la fin, cependant, on a abouti à un consensus sur une non-définition du terrorisme, le même que celui auquel on avait abouti lors des précédentes tentatives de l’O.N.U., ceci du fait de l’insistance des états arabes et islamiques pour faire un cas d’exception de l’assassinat des civils israéliens. Dans le code de l’O.N.U., ce non-terrorisme a été nommé « le droit légitime des peuples sous occupation étrangère à combattre pour leur indépendance et en défense de leur droit à l’autodétermination. » En pratique, il veut dire que l’assassinat des femmes et des enfants dans les magasins de pizzas, les cafés et les clubs est toujours justifié, et jamais considéré comme du terrorisme.

    Ce document final était tout de même constitué d’une partie notable : la reconnaissance pour la première fois que « Chaque Etat a la responsabilité de protéger ses populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité. » Là où les états échouent dans leur responsabilité, comme au Soudan, la communauté internationale, à travers les Nations Unies, aura la responsabilité d’utiliser des moyens diplomatiques et pacifiques pour protéger les populations. Si ces moyens échouent, l’utilisation de la force sera considérée suivant les lignes directrices du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies.

    A propos des droits de l’homme, le Sommet n’a pas réussi à adopter la plupart des propositions audacieuses de Kofi Annan, ni d’autres propositions qui auraient plus significativement institué des mécanismes empêchant certains des plus terribles abuseurs des droits de l’homme d’être membres d’un nouveau Conseil des droits de l’homme. A la fin, tout le monde est tombé d’accord pour créer un nouveau Conseil dont les détails de fonctionnement seront précisés ultérieurement.

    Alors que la réforme du Conseil de Sécurité est arrivée dans un cul de sac, c’est au tour des négociations sur la composition, le mandat et le fonctionnement d’un nouveau Conseil des droits de l’homme d’être au centre de la scène. Si le projet du Secrétaire général, et tout l’engouement qu’il avait suscité, ne sont plus au menu, il semble que le moment soit venu pour les forces démocratiques aux Nations Unies de scruter avec encore plus d’acuité les tractations à venir. Autrement, il est clair que les réformes des Nations Unies conserveront leur même goût fade, masqué simplement par un changement de nom, de la « Commission des droits de l’homme » en un « Conseil des droits de l’homme. »

    Texte traduit de l’original par Eve Gani

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