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SuperBowl : Grandeur et décadence

En Amérique tout est grand !
L’Amérique est et restera le pays de la grandeur : de sa vision impériale à sa structure géographique, de la taille de ses bâtiments à la beauté de ses sites naturels, c'est un fait établi pour beaucoup et les exemples ne font que se succéder. La vision des Pères Fondateurs perdure encore, malgré les nombreuses trahisons des gouvernements successifs. Et ce depuis le jour même de la signature de la fameuse "Déclaration of Indépendance" si chère à un certain animateur de radio bien connu des internautes.
La démesure se retrouve dans toutes les strates de la société, des requins de Wall Street aux gangs criminels des banlieues de Los Angeles. Ne nous étonnons donc pas si le sport est un reflet parfait de cet american way of life. Au contraire, traitons cela comme un laboratoire afin de trouver des similitudes entre l’état actuel de la société américaine et l'apparence qu'elle donne d'elle même aux pauvres petits européens que nous sommes. Nous n’essaierons pas d'en tirer des conclusions. Comme nos amis d'outre-Atlantique nous l’ont démontré il y a peu : spéculer ne produit absolument rien.

Show must go on !
Le spectacle de la mi-temps fut à la mesure de l’événement. Bien sûr certains spectacles sont de bien meilleure qualité que d'autres... Les goûts et les couleurs ! U2, The Rolling Stones, Paul McCartney ou encore Tom Petty… la liste est longue. Chaque année le suspens est de rigueur dans l'annonce du choix de l'artiste, tant pour l'hymne national que pour le show principal.
La médiocrité actuelle de l'industrie musicale fut bien représentée par la performance d'une Beyoncé remise au goût du jour après sa prestation lors de la réélection d'Obama. Sans surprise, donc, elle fut choisie pour nous divertir pendant 15 minutes. Pour moi une torture insoutenable ! Chacun son truc... L'hymne national fut confié à Alicia Keys, bien plus agréable malgré les interruptions des supporters attirés par les images de leurs tristes idoles sur le grand écran. A part ça, il parait que le patriotisme est exacerbé chez nos confrères américains. Une première pour l’événement : une coupure de courant dans le stade plongea le stade dans le noir pendant trente minutes ! Ce qui a permis une rediffusion du concert de Beyoncé, deuxième séance de torture. Guantanamo à porté ses fruits !

Lutte fratricide !
Lors de la Guerre de Sécession, Nord et Sud s'affrontèrent, tout comme les frères Harbaugh lors de cette rencontre. Une première dans toute la jeune histoire de cet événement. Un parallèle intéressant : dans les deux cas la raison principale de l'affrontement ne sert que de prétexte aux masses endormies. L'histoire nous enseigne que la Guerre de Sécession fut une réponse du Nord envers le Sud au refus de ces derniers d'abolir l'esclavage dans les plantations si rentables des vallées agricoles. Une étude plus approfondie nous montre que les raisons économiques étaient bien plus prépondérantes dans l'esprit de Lincoln (Sud prospère Nord déclinant) qui, avec le poids des responsabilités incombant à sa charge de président, trouvait un certain réconfort à être pomponné par une armée d'esclaves Noirs au sein de la "Maison Blanche". Encore une ironie de l'histoire !
La gratification de la victoire, qui récompense tout homme dépassant ses propres limites afin d'accomplir un acte extraordinaire, se trouve amoindrie dans l'esprit des compétiteurs aux profits de récompenses bien plus matérielles. La grandeur d'un homme se mesure chez nos amis par le nombre de zéros affichés sur le solde d'un compte en banque.

Question économie ?
La première économie du monde est en grande difficulté à ce jour. L'Amérique perd de sa superbe un peu plus à chaque minute à en croire l’horloge de la dette fièrement affiché a Wall street.
Quand le coût d'un tel spectacle revient à des centaines de millions de dollars alors que 1 américain sur 6 ne survit quotidiennement que grâce au programme de ticket alimentaire. Quant le salaire accordé aux joueurs sur une année suffirait à nourrir des centaines de milliers d'enfants du tiers-monde.
Quant le prix d'un billet atteint le montant astronomique de 300.000 dollars alors que dans cette même ville la population souffre encore des effets de l'ouragan Katrina plusieurs années après la catastrophe. Quand le prix de trente secondes de publicité atteint les 3.8 millions de dollars.
Tout ceci rappelle les jeux du cirque si nécessaires à la bonne santé mentale de la plèbe et au maintien au pouvoir de l'aristocratie romaine....
Comment justifier, sur le plan humain le plus élémentaire, un tel mépris pour la réalité du niveau de vie de ses propres concitoyens. Comment est ce que la "Terre de la Liberté" en est arrivée à un tel degré de schizophrénie ? Peut-être en reniant tout ce qui, de sa naissance jusqu'aux heures les plus sombres du 20ème siècle, a fait de l'homme l’espèce dominante de cette planète : ses capacités d'endurance, d'inventivité et d'adaptation.

Et l'égalité raciale ?
Assurément les minorités raciales sont bien représentées lors de l'évènement. Mais bien souvent seulement au niveau du terrain, la foule est étrangement monochrome au pays de l'égalité. Hormis le personnel nécessaire à la tenue d'un tel spectacle où la diversité raciale est bien représentée, il faut se tourner vers les loges privées à 300.000 dollars : on pouvait y apercevoir quelques rappeurs célèbres toujours prompts à étaler les richesses durement acquises. Élitisme, quand tu nous tiens !
Il semblerait donc que l'égalité raciale soit essentiellement réservée à l'amusement des riches populations blanches judéo-protestantes si prestes à imposer la Démocratie libérale aux quatre coins du monde, excepté au cœur même de l’Amérique, mais là rien de nouveau pour qui observe.

Quid de l'avenir ?
Que penser donc du futur d'un tel événement ? Car la crise financière faillit ébranler les fondements de cette institution quand les joueurs décidèrent de se mettre en grève, il y a quelques temps, pour des raisons économiques évidemment. Mais il se peut aussi que la rupture vienne des adeptes de ce rassemblement car à 1800 dollars la place la moins chère, auquel se rajoute le coût total de l'hébergement et de tous les produits dérivés, la facture devient de plus en plus difficile à assumer pour le yankee moyen. Peut être une réforme profonde sauvera le sport préféré du peuple. Sinon de telles distractions atteindront des prix si prohibitifs que seule une certaine élite pourra encore en apprécier le spectacle.

Le citoyen moyen, lui, a certainement d'autres préoccupations aujourd'hui, mais s’il est une leçon à retenir d'outre-Atlantique c'est que la créativité et la stupidité sont toutes deux infinies...

Johan Laubertin


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JL33


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