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Accueil du site > Actualités > International > SYRIE/GENÈVE II - Nouveau tournant dans le conflit syrien : Bashar al-Assad (...)

SYRIE/GENÈVE II - Nouveau tournant dans le conflit syrien : Bashar al-Assad reprend la main...

À deux jours de l’ouverture de négociations sur la crise en Syrie pour un second tour de table, à Genève, les espoirs d’aboutir à une issue politique sont quasiment nuls. Analyse d’un conflit en perpétuelle évolution…

Le conflit syrien, qui n’a cessé de rebondir depuis près de trois ans, d’une révolution timide et pacifique qui s’était soudainement radicalisée et militarisée pour se transformer ensuite en guerre civile et finalement sombrer dans le jihadisme, connaît en ce moment un tournant de plus : forts d’une caution internationale tacite face à la menace croissante de l’islamisme militant, le régime baathiste et son chef, le président Bashar al-Assad, semblent bien décidés à reprendre la main.

Depuis plusieurs semaines, en effet, la deuxième ville du pays, Alep, poumon économique de la Syrie, est en proie à une recrudescence spectaculaire de la violence exercée par l’armée gouvernementale sur les quartiers tenus par les multiples factions rebelles, qui sont désormais la proie de bombardements massifs et extrêmement destructeurs. Cette reprise de l’offensive vise à enfoncer la ligne de front et à en finir avec le statu quo qui s’était figé depuis juillet 2012. Et ce que d’aucuns appellent déjà la « nouvelle bataille d’Alep » survient alors que le régime, depuis avril 2013, a commencé de reprendre à la rébellion plusieurs positions importantes…

Abandonnée par les démocraties occidentales, l’Armée syrienne libre (ASL), la composante majoritairement laïque et démocratique de l’opposition armée à la dictature baathiste, a peu à peu cédé le terrain aux mouvements islamistes radicaux nombreux et divers qui ont commencé à faire leur apparition en août 2012 déjà et n’ont cessé de se développer, avec le soutien des monarchies du Golfe.

Plus récemment, une partie de ces brigades djihadistes se sont fédérées sous la bannière d’un nouvel acteur, l’État islamique de l’Irak et du Levant (EIIL), qui, depuis juin 2013, fort de l’apport de combattants étrangers (Tchétchènes, Nord-Africains, Irakiens, Afghans, combattants venus des anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale et des métropoles européennes à forte immigration arabo-musulmane…), a déferlé sur la Syrie et établi un califat indépendant, dans le nord-est, autour de la ville d’ar-Raqqa, avec pour objectif d’étendre la guerre sainte sur tout le monde arabo-musulman et, au-delà, en Espagne, terre médiévale d’Islam, et en Europe.

Toutefois, phénomène spectaculaire, les factions djihadistes demeurées indépendantes se battent aujourd’hui entre elles et plusieurs mouvements islamistes proprement syriens se sont attaqués, sans grand succès cela dit, aux positions de l’EIIL, confirmant le hors-jeu manifeste de l’ASL…

C’est donc principalement contre cette lame de fond djihadiste que le régime baathiste se bat à présent, multipliant les succès, conséquences logiques de trois facteurs majeurs constitutifs de la nouvelle conjoncture syrienne :

Premièrement, la dictature baathiste bénéficie d’un changement d’attitude très sensible de plusieurs États occidentaux, qui commencent à prendre la mesure du danger que constitue la poudrière islamiste syrienne et, cyniquement, font aujourd’hui le choix de laisser les mains libres au gouvernement syrien pour y faire obstacle.

Le revirement spectaculaire de Washington est à ce propos très symptomatique, lorsque la Maison banche a renoncé à l’intervention armée dont elle avait pourtant menacé Damas si la « ligne rouge » que constituait l’utilisation d’armes chimiques contre la population était franchie : si le doute persiste sur la responsabilité de l’attaque au gaz sarin qui a eu lieu le 21 août 2013 dans la banlieue damascène d’al-Ghouta (un faisceau croissant de preuves incrimine de plus en plus formellement une faction rebelle), l’empressement du président états-unien Barack Obama d’emprunter la porte de sortie que lui a ouverte le président russe Vladimir Poutine, en proposant la simple mise sous tutelle internationale de l’arsenal chimique syrien, trahit sans équivoque le renoncement définitif de la première puissance mondiale à soutenir un processus insurrectionnel dont l’évolution est de plus en plus problématique.

La France du président François Hollande, va-t-en-guerre au verbe très haut jusque récemment, a aussi adopté un profil plus bas concernant la Syrie… Et plusieurs gouvernements européens envisagent désormais, si ce n’est déjà fait, de rouvrir leur ambassade à Damas.

Deuxièmement, si les rangs de l’ASL se sont amenuisés en faveurs des organisations djihadistes, ils se sont aussi fissurés du fait du développement presque systématique d’un phénomène de banditisme qui détourne les miliciens rebelles des objectifs de la révolution. Et il n’est pas rare d’observer des rixes parfois meurtrières entre différentes factions de l’ASL, au sein d’une même agglomération, les combattants se disputant le contrôle de tel ou tel quartier marchand ou industriel pour s’assurer le monopole de l’impôt qu’ils prélèvent sur la population et les commerces encore en activité.

Cette involution de la révolution a considérablement affaibli l’ASL et a permis au gouvernement syrien de lui reprendre plusieurs villes et villages des gouvernorats de Damas et de Homs, notamment, victoires dont le siège d’al-Qousseyr, entre avril et juin 2013, constitue un exemple significatif. La Syrie occidentale ou « Syrie utile », la partie la plus peuplée du pays, qui va de Deraa et Damas, au sud, à Homs et Hama, au centre, jusqu’à Alep, au nord, est ainsi peu à peu reconquise par le gouvernement de Bashar al-Assad.

Troisièmement, enfin, l’affaiblissement de l’ASL a également profité aux islamistes de l’EIIL, qui n’hésitent plus à attaquer les brigades de l’ASL pour en enlever les positions, comme Azaz, ville frontière avec la Turquie tenue par l’ASL et conquise en septembre 2013 par les combattants de l’EIIL. Et, à Alep même, les brigades de l’ASL sont régulièrement la cible d’attaques islamistes qui se sont déjà soldées par la mort de plusieurs centaines de miliciens rebelles.

Cette guerre interne à la rébellion, qui oppose les démocrates aux islamistes (hostiles tant à la dictature baathiste qu’à toute forme d’État démocratique inspiré du modèle occidental) et dorénavant les islamistes syriens aux islamistes venus de l’étranger, fait bien évidemment le jeu du gouvernement syrien.

Ce dernier, avec en outre l’appui de milliers de combattants du Hezbollah libanais, peut donc espérer, aujourd’hui, reprendre le contrôle de l’intégralité du territoire syrien, des villes en tout cas, et poursuit dès lors ses efforts de reconquête, d’où la reprise de l’offensive à Alep.

Dans ce contexte, il convient de s’interroger sur l’opportunité de réunir à Genève la conférence prévue ce 22 janvier 2014 (« Genève II »), qui a pour ambition de réunir tous les acteurs du conflit syrien autour de la table des négociations, dans le but d’aboutir à une solution politique à la crise actuelle.

Quels acteurs, en effet, seront-ils présents ?

Le gouvernement du président al-Assad, certainement, qui a beau jeu d’accepter des négociations et joue en la matière « l’interlocuteur responsable », tout en sachant que le processus n’aboutira pas.

La branche politique de l’opposition (les différents mouvements qui constituent la Coalition nationale syrienne – CNS, solidaire de l’ASL) et des officiels de ASL, peut-être, qui sont tous très partagés sur l’opportunité d’accorder ce gain de temps au régime et dont le poids réel, sur le terrain, n’est cela dit plus bien lourd…

Mais, en aucun cas, les islamistes de l’EIIL et des autres mouvements intégristes actifs sur le terrain.

Des négociations n’ont bien évidemment aucun sens pour ces acteurs majeurs du conflit, pour lesquels le renversement de Bashar al-Assad n’est qu’une étape vers un objectif global et qui n’ont pas l’intention non plus de s’entendre avec les démocrates. La guerre sainte, le service de Dieu et la recherche du martyre ne souffrent aucune forme de concession.

Avec qui, dès lors, le gouvernement al-Assad va-t-il discuter à Genève ? Et de quoi ?

La dégénérescence du conflit syrien, dans laquelle les États-Unis et l’Europe ont une lourde responsabilité, a sans nul doute mené la crise à une impasse diplomatique totale. Et ce seront les armes, dès lors, qui départageront le régime et les « Fous de Dieu », les deux seuls protagonistes désormais en lice.


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20 réactions à cet article    


  • soi même 20 janvier 2014 21:32

    Syrie : Plus de 250 rebelles de l’ASL se rendent à l’armée syrienne Barzé

    http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?fromval=3&cid=29&frid=18&seccatid=37&eid=148663

    Syrie : le premier chargement d’armes chimiques évacué..
    http://www.lemonde.fr/proche-orient...

    .


    • Gieller Gieller 21 janvier 2014 06:24

      La seule issue prévue depuis le départ dans l’affaire syrienne c’est une guerre : La propagande est en marche dans notre beau pays...

      http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/01/20/syrie-le-regime-accuse-de-torture-a-grande-echelle_4351376_3218.html

      Je ne remet pas en cause la véracité de l’article ou du dossier, je ne suis pas qualifié pour le faire, mais reconnaissez que c’est très étonnant que ce genre de dossier sorte juste la veille de la conférence de Genève, peu après la remise de celui des 45 enquêteurs qui mettent en cause les états unis, la Turquie, le Qatar, Israël et l’arabie saoudite dans le soutien des factions jihadistes qui violent et torturent des femmes et des enfants, massacrent des villages entiers, jouent au football (il faut biens avoir se détendre) avec des têtes...

      Peuple de France, dort bien, le gouvernement se charge de te montrer qui sont nos ennemis, et s’en occupe par la même occasion...
      De toute façon l’important n’est pas ce qui se passe en Syrie, l’important c’est Julie Gayet, Dieudonné, l’IVG, les ROMS, les prostituées et les inondations... Le reste ne te regarde pas.


      • joelim joelim 21 janvier 2014 13:52

        En plus : rapport basé sur un seul témoin et diligenté par le Qatar. Parfaitement crédible donc. smiley Source : commentaires sous l’article du Monde, plus crédibles que l’article lui-même, cela devient une habitude...


      • claude-michel claude-michel 21 janvier 2014 07:47

        L’opposition.. ?
        Mais ce sont des rebelles payés par Fabius (soutenu par Israël) pour former un gouvernement fantoche.. ?
        Que viennent faire des bandits dans cette négociation.. ?


        • claude-michel claude-michel 21 janvier 2014 08:15

          Tiens..un bandit m’a répondu..clic


        • cevennevive cevennevive 21 janvier 2014 11:34

           « Et ce seront les armes, dès lors, qui départageront le régime et les « Fous de Dieu », les deux seuls protagonistes désormais en lice. »


          Parce que vous croyez que les armes n’ont pas assez parlé là-bas ?

          Une « conférence de négociation pour la paix » doit accepter et écouter tous les protagonistes, sinon, c’est une réunion amicale, avec rodomontades et cocktail...

          Pierre Picinin, n’en rajoutez pas !

          • JMBerniolles 21 janvier 2014 14:35

            Quel intérêt de nous servir ici la « soupe » habituelle sur le sanguinaire dictateur Assad, l’armée syrienne soi-disant libre... ?


            Si Assad n’avait pas l’appui de la majorité de la population qui reste encore en Syrie, ainsi que de mouvements d’exilés syriens comme celui de Bassan Tahhan, il y a très longtemps qu’il aurait été renversé. D’ailleurs il y a apparemment des milices pro Assad qui se battent contre les islamistes extrémistes.

            Comme l’agression extérieure financée, armée et entrainée par l’Otan, complétée à sa manière par les islamistes extrémistes wahhabites de l’Arabie saoudite et ceux du Qatar, n’a pas suffi, une frappe de missiles a été planifiée pour palier l’impossibilité de reproduire le « couloir humanitaire » type Lybie.

            Cette option a échoué dans le silence médiatique et avec l’opportune diplomatie russe, qui a permis à Obama de sauver la face.

            Le conseil syrien de la résistance, organisation fantoche montée et sponsorisée au départ par Juppé, soutenu jusqu’à plus soif par Hollande/Fabius ne représente quasiment plus rien sur le terrain.

            L’idée de l’utiliser à Genève pour obtenir par la voie diplomatique ce qui n’a pu être obtenu par les armes justement, c’est à dire le départ d’Assad, est absurde.

            Cela traduit bien l’incapacité de la diplomatie américaine a se tenir à une nouvelle ligne de conduite au profil un peu plus bas. C’est une vraie valse hésitation de la part de Kerry entre avancées vers l’Iran, couplée à la prise de distance d’avec Israél et Arabie saoudite alliés improbables, et mesures répressives au plan diplomatique vis à vis de l’Iran qui n’expose aucune attitude agressive au contraire d’Israél.

            Cette manoeuvre est vouée à l’échec. Qu’obtiendront les américains ?
            Rien si ce n’est l’évidence qu’ils sont incapables de déboulonner Assad. D’où, pour lui, un prestige accru dans le monde arabe sans doute. 

            Malheureusement j’ai un peu peur que tout cela débouche sur une initiative de guerre de la part d’Israél ; Avec le Liban pour première cible. 


            • leypanou 21 janvier 2014 15:28

              « Cette manoeuvre est vouée à l’échec. Qu’obtiendront les américains ?Rien si ce n’est l’évidence qu’ils sont incapables de déboulonner Assad. D’où, pour lui, un prestige accru dans le monde arabe sans doute. » : détrompez-vous, ils peuvent et veulent obtenir un gouvernement de transition.

              Vous voyez un peu le chaos que cela va entraîner : dans un même gouvernement, des djihadistes de pacotille qui ne représentent pas grand chose et incapables de gagner des élections et de l’autre la majorité des Syriens qui veulent une Syrie modifiée même avec Assad où les premiers sont là pour saboter tout ce qui est sabotable, aidés en sous-main par l’Arabie Saoudite et autres. Quand l’empire n’a pas de laquais locaux capables de gagner des élections, elle impose un gouvernement de transition.


            • JMBerniolles 21 janvier 2014 15:46

              Justement les américains ne peuvent plus imposer le départ d’Assad.

              On va le voir très vite à Genève.

              Et cette incapacité pour l’administration Obama d’avoir une politique claire au MO risque de déboucher sur une erreur d’Israél qui serait de se lancer dans un nouvelle guerre. Avec l’orgueil qui caractérise le clan sioniste ils sont sûrs de la gagner.

              Ce serait un grand malheur pour toutes les populations de la région, israéliens compris.
              Mais ce n’est pas un chose qui préoccupe les dirigeants actuels d’Israél.



            • Xenozoid Xenozoid 21 janvier 2014 14:51

              berniol,j approuve ton commentaire, avec une ommission,la turquie. mais depuis que tu parle de l’otan,c’est presque pareil.le kurdistan va jouer un role important dans l’histoire,
              le liban cera ce qu’ill a été un bon plan,l’egypte va s’enlisé dans la banalité,c’est la fête au village.....
              ps:cela se bouscule au portillon


              • JMBerniolles 21 janvier 2014 19:07

                merci du commenataire.

                C’est exact ; mais la Turquie c’est aussi l’Otan.

              • Xenozoid Xenozoid 21 janvier 2014 19:24

                c’est aussi l’otan, j’ai jamais dis le contraire


              • Shawford Shawford43 21 janvier 2014 19:25

                Hello Croc- mignon


                2000 ans, une paille, hein buddy smiley ?

              • Xenozoid Xenozoid 21 janvier 2014 19:28

                2000 ans de quoi ducon ?


              • Shawford Shawford43 21 janvier 2014 19:30

                D’empapaoutage man, rendors toi, je te ramenderai un crapaud le jour venu pour te réveiller smiley smiley


              • howahkan Buddha Marcel. 21 janvier 2014 15:11

                Poutine a dit niet.............................le rêve du grand Israël est fini , ça n’arrivera plus, Jérusalem ne sera jamais capitale mondiale, la terre n’a pas besoin de capitale mondial on s’en tape les gars......quoiqu’il arrive maintenant le meilleur comme le pire F I N I..., faut comprendre la frustration non ? alors c’est dieudo qui trinque.....faute de l’armée russe on s’attaque à un seul homme, qui est loin d’être seul,... mesquin, menteur et lache....voila le politique dans toute sa farce.....que la farce soit avec vous...


                • Xenozoid Xenozoid 21 janvier 2014 15:16

                  marcel, d’ou le portillon, la compétition


                • howahkan Buddha Marcel. 21 janvier 2014 15:30

                  oui.................. smiley


                • zygzornifle zygzornifle 22 janvier 2014 08:51

                  Si Bashar reprend la situation en main il y aura une chasse aux sorcières et une vague d’immigration sans précédente vers l’Europe (chance pour la France) par contre si les révolutionnaires prennent le pouvoir ce sera rapidement nos chers barbus Islamistes adorateurs de la Charia qui seront à sa tête, dans un cas comme dans l’autre la situation ne sera pas résolue avant bien longtemps et le sang continuera à couler entre répression et attentats ....


                  • zygzornifle zygzornifle 22 janvier 2014 08:57
                    SYRIE/GENÈVE : Bon restaurant , belle promenade en ville, hôtel confortable le tout aux frais des contribuable ,c’est pour cela que ça ne se fait jamais par vidéo conférence devant un « jambon beurre » et un verre d’eau ....Par contre le problème de la Syrie lui ne sera pas réglé ....Faudra qu’on y retourne ....

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