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Syrie : jusqu’ici, tout va bien entre la France et les États-Unis

Aujourd’hui commencent au Conseil de sécurité de l’ONU les travaux sur les suites à donner au rapport Mehlis.

Depuis la résolution 1559 de septembre 2004, la communauté internationale est unie et résolue face à la Syrie, grâce notamment à l’alliance franco-américaine (aux intérêts divergents) qui a jusqu’ici prévalu, avec des résultats appréciables : le retrait des troupes syriennes du Liban, et l’enquête internationale qui a mis en cause le plus haut niveau des dirigeants syriens, Bachar al-Assad lui-même excepté.

Mais l’alliance franco-américaine au Levant, avec une France très en pointe contre la Syrie, serait-elle maintenant en train de s’effilocher ? C’est ce que suggèrent les réactions très différentes des deux pays au rapport Mehlis, sorti jeudi soir dernier.

Dès vendredi, les États-Unis ont réclamé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, et George Bush évoquait déjà les "suites qui s’imposent".

La France, quant à elle, s’est faite plus discrète, peut-être prise de court par l’impatience américaine. Si l’interprétation que la France a donnée au rapport Mehlis est sans appel, et ne laisse pas entendre d’indulgence vis-à-vis de la Syrie, les suites diplomatiques envisageables sont moins claires. C’est qu’une certaine tension, toute relative encore, semble s’être installée entre les deux pays. Quand on suit les déclarations émanant du porte-parole du Quai d’Orsay, cette relative détérioration est très perceptible. Voyez plutôt.

Le mercredi 19, le porte-parole ne dément pas, donc admet, les informations parues dans la presse américaine, selon lesquelles la France et les États-Unis travaillent déjà à une résolution du Conseil de sécurité condamnant la Syrie.

Q  : Avez-vous des commentaires sur les informations du Washington Post de ce jour, selon lesquelles Paris et Washington travaillent à une résolution du Conseil de sécurité condamnant la Syrie ?

R : Les rapports de MM. Mehlis et Roed-Larsen seront remis dans les prochains jours au Secrétaire général des Nations Unies, puis transmis au Conseil de sécurité pour examen.

Dans ce contexte, il est naturel que notre délégation auprès des Nations Unies ait tous les contacts utiles avec nos différents partenaires pour préparer les étapes ultérieures.

Le lendemain, jeudi 20, le porte-parole dément ce qu’il a reconnu la veille :
Q  : Selon le vice-ministre des Affaires étrangères syrien Walid Mouallem, Français et Américains souhaitent voir l’ONU prendre des sanctions économiques contre la Syrie. Paris et Washington travaillent-ils pour cela à une nouvelle résolution au Conseil de sécurité ?

R : Les indications de presse évoquant un travail en cours entre certains membres du Conseil de sécurité sur une ou plusieurs résolutions liées aux rapports de MM. Melhis et Roed-Larsen sont inexactes.

La France, pour ce qui la concerne, attend que ces rapports soient déposés, rendus publics et discutés au Conseil de sécurité, pour décider des suites qu’il conviendra de leur donner.

Et le vendredi 21, le porte-parole reconnaît certaines divergences avec les États-Unis, et ne manque pas de souligner que la France n’hésite pas à s’appuyer aussi sur d’autres partenaires.

Q  : On a remarqué une certaine ambiguïté ces dernières 48 heures entre vous et l’administration américaine, surtout concernant le Liban et la Syrie. On aimerait bien savoir ce qui se passe, surtout qu’il y a quelques jours, à Paris, les autorités françaises et américaines ont dit publiquement que nous sommes, avec les États-Unis, sur la même longueur d’onde. Que s’est-il donc passé, ces dernières 48 heures ?

R : Deux éléments sont importants à comprendre.

Sur ce dossier, nous avons, depuis le début, maintenu une très étroite concertation avec les Américains, et nous avons l’intention de continuer à travailler en très étroite concertation avec eux.

Nous avons également d’autres partenaires, et ce n’est donc pas une affaire exclusivement franco-américaine. Nous devons aussi travailler avec nos autres partenaires sur ce dossier. C’est sur ce point que nous avons été amenés à apporter quelques précisions.

Des informations ont filtré dans la presse sur les divergences franco-américaines. Washington pousserait pour que la Syrie ne soit pas condamnée au Conseil de sécurité seulement pour son manque de coopération dans l’enquête Mehlis, mais aussi pour son comportement face au terrorisme (islamistes irakiens, jusqu’auboutistes palestiniens, Hezbollah, etc.) et qu’elle soit menacée de sanctions économiques, au cas où son comportement en la matière ne changerait pas.

Mais la France ne veut pas en entendre parler. On a ainsi appris lundi de Philippe Douste-Blazy

que la France souhaitait une résolution pour "exiger" de la Syrie sa pleine collaboration à l’enquête sur l’assassinat d’Hariri, sans sanctions dans un premier temps. De plus, Douste-Blazy a tenu à se démarquer de l’approche américaine en précisant : "nous voulons la justice, toute la justice, rien que la justice" dans ce dossier, sans "arrière-pensée politique" (suivez mon regard), les conséquences pour Damas devant porter "uniquement sur ce sujet".

En somme, la position de la France est avant tout pro-libanaise (protéger le Liban de la Syrie) et anti-américaine (ne pas faciliter la tâche des États-Unis en Irak, ne pas rentrer dans le jeu du remodelage du Moyen-Orient). (voir plus de détails ici).

Les positions des uns et des autres sont-elles irréconciliables ? Va-t-on à l’affrontement à l’irakienne ? Pas du tout. Au fond, la position française est tout à fait acceptable pour les Américains, qui seront ravis d’apparaître plus modérés et conciliants qu’on ne le pensait. John Bolton, l’ambassadeur américain à l’ONU, qu’on a connu moins accommodant, ne disait-il pas hier :

Alors que nous réfléchissons, en termes de contenu, à d’éventuelles résolutions, je crois, à en juger par les consultations que nous avons eues jusqu’ici, qu’il y a un haut degré d’unité d’objectifs (au sein du Conseil) pour insister pour que le gouvernement syrien coopère pleinement avec la commission Mehlis et cesse de faire obstacle à son travail.
C’est que la position très légaliste des Français n’en met pas moins une pression formidable sur le régime syrien, puisque c’est l’entourage proche (et familial) de Bachar Assad qui est visé par l’enquête Mehlis. Si Bachar "coopère pleinement", il va lui falloir livrer à la justice libanaise ou internationale son beau-frère Assef Shawkat, et probablement aussi son frère Maher, ce qui signifierait, à coup sûr, ou presque, la fin du régime Assad. Les Américains n’ont donc pas besoin de se mettre en avant, pour un résultat tout aussi efficace.

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