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Syrie : Khaddam le survivant

Les ondes de choc combinées de la victoire des Frères musulmans palestiniens du Hamas et de l’assassinat de Rafiq Hariri au Liban ne tarderont pas à atteindre Damas. Un personnage veut incarner ce changement : Abdelhalim Khaddam - l’ex-vice-Président syrien évincé au congrès du parti Baas, en juin dernier, accuse Bachar El Assad d’avoir soutenu l’assassinat du Premier ministre libanais. Depuis Paris, où il vit en exil sous protection policière, il multiplie les contacts avec les Frères musulmans syriens.

C’est bien le même Abdelhalim Khaddam qui - le 11 juin 2000, en sa qualité de Président intérimaire - nommait l’ophtalmologue Bachar El Assad commandant général de l’Armée syrienne avec rang de Fariq, le plus élevé dans la hiérarchie militaire. Celui qui clamait, il y a quelques années, que la Syrie était « le plus stable des pays du Tiers-Monde » a aujourd’hui rejoint la poignée d’opposants syriens, privés de soutien populaire, et pressés de voir Bachar traîné devant un tribunal international.

La crise née de l’assassinat de Rafiq Hariri a en effet nettement rétréci la base politique du président syrien. La plupart des anciens lieutenants de Hafez El Assad ont été écartés ou se sont éloignés du sérail damascène : le chef d’état-major de l’armée syrienne, le général Hikmat Shihabi s’est réfugié aux États-Unis (mais vient régulièrement se faire soigner à Paris), le patron des services de renseignement militaire, le général Ali Douba, a été placé en résidence surveillée à Damas, tandis que le ministre de l’intérieur Ghazi Kanaan y a été "suicidé" le 12 octobre.

Khaddam a survécu. Il a d’abord été le seul notable syrien admis aux funérailles de Hariri, dont il était le principal interlocuteur et ami, avant de se réfugier dans un hôtel particulier de l’avenue Hoche, offert par ce dernier. Musulman sunnite comme 72% de la population, Khaddam est marié à une Alaouite (minorité chiite au pouvoir), ce qui faisait de lui l’alibi sunnite du régime syrien. Le triomphe électoral du Hamas vient conforter les scénarios dans lesquels, après avoir livré l’Irak aux chiites, Washington rétablirait un certain équilibre en favorisant l’émergence d’un pouvoir sunnite à Damas.

Selon une agence d’analyse géopolitique bénéficiant d’un réseau de sources rémunérées, Khaddam avait fait part dès juin dernier à Saad Hariri, le fils de Rafiq, de ses projets de renverser le président Assad. Ces derniers mois, il a multiplié les contacts avec d’autres opposants, comme Rifaat El Assad, l’oncle de Bachar qui réside à Marbella et surtout le chef des Frères musulmans syriens à Londres, Ali Sadreddine Bayanouni. Khaddam veut apparaître comme un interlocuteur représentatif.

Mais cet exercice a plusieurs limites. La bourgeoisie sunnite n’a toujours pas pardonné à Khaddam son ralliement à Hafez El Assad. De plus, il a fait l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat par les Frères musulmans dans les années 1970 et 1980. Khaddam aura donc du mal à convaincre qu’il pourrait jouer en Syrie la partition d’un Iyad Allawi en Irak, en tant que leader laïque de la confession majoritaire du pays. D’autant que le chemin vers Damas passe par une Arabie saoudite qui n’en finit plus d’envoyer des signaux contradictoires.

D’un côté, la chaîne Al Arabiyya, sur laquelle Khaddam s’est copieusement exprimé, a pour actionnaire l’un des fils de Fahd, le précédent souverain saoudien. De l’autre, le roi Abdallah a reçu Bachar El Assad à Djedda le 8 janvier. Le prince Bandar, ancien ambassadeur à Washington pendant vingt ans, et fils du ministre de la défense saoudien, a visité Damas trois fois ces derniers mois. En réalité, Khaddam pourrait n’être qu’une carte dans le jeu saoudien, l’assassinat de Hariri ayant été très désagréablement ressenti par le roi Abdallah, dont l’épouse est syrienne.

En dernière analyse, l’activisme médiatique de Khaddam est une manifestation de l’agacement saoudien face à l’axe Damas-Téhéran. La récente visite de Bachar El Assad en Iran et le fait que les deux pays aient partie liée au sud Liban depuis cinq ans expliquent en grande part la phase de tension dans laquelle est entrée la Syrie. Après avoir été discrètement rappelé au silence par les autorités françaises, Khaddam envisage désormais de partir pour un pays du Golfe, probablement le Qatar. A 74 ans, son avenir politique en Syrie est incertain, même si, dans la Cuba du Moyen-Orient, l’histoire n’est jamais écrite par avance.

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Né à Jablé en 1932, dans le nord de la Syrie, Abdelhalim Khaddam est avocat au Barreau de Damas de 1954 a 1964. Il rejoint le parti Baas à son accession au pouvoir en 1963. Quatre ans plus tard, il est nommé Gouverneur de Damas. Il entre au gouvernement en 1969 en tant que ministre de l’Economie et du Commerce extérieur. Khaddam a toujours fait cause commune avec Hafez El Assad dans les luttes d’influence au sein du Baas. Lorsque ce dernier prend le pouvoir en 1970, il devient son ministre des Affaires étrangères, puis vice Premier ministre. Il est depuis 1983 l’un des trois vice-Présidents, en particulier responsable de la politique syrienne au Liban. Il fut un des principaux initiateurs des Accords de Taëf, en Arabie Saoudite, qui mirent fin à la guerre civile libanaise. Constitutionnellement, Khaddam était un successeur potentiel de Hafez El Assad.


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