“Depuis deux jours, l'armée syrienne bombarde plusieurs faubourgs populaires de Damas. Jamais depuis le début de la révolution en mars 2011, les affrontements n'avaient été aussi intenses dans la capitale. Les bombardements de l'armée syrienne ont repris ce lundi sur le quartier populaire al-Tadamone à Damas, au lendemain d’affrontements d'une violence sans précédent dans plusieurs quartiers du sud et de l’ouest de la capitale, qui auraient fait 105 morts“ France 24 lundi 16 juil. 2012
Invention des temps présents, la guerre médiatique – une guerre à part entière avec ses cadavres et son cortèges d’atrocités – se déroule sous nos yeux avec ses tirs nourris au coin des rues, ses quartiers populaires d’où partent les éclairs des explosions et que monte vers le ciel la lueur des incendies… Mais comment aujourd’hui distinguer le vrai du faux dès lors que notre perception des événements est totalement tributaire des images et des commentaires que nous délivrent des médias dont la fonction première est de façonner et relayer une toute puissante tyrannie consensuelle ?
Souvenons-nous, un avant la guerre du Kossovo, le film de l’Américain Barry Lewinson “Des hommes d’influence“ – Wag the Dog1 1997 – montrait le déroulement d’un conflit imaginaire dans les Balkans… la guerre virtuelle était née ! Non qu’il n’y ait pas actuellement de combats en Syrie mais en l’occurrence les médias y ont créé et véritablement “monté“ de toutes pièces une “guerre intérieure“ – c’est-à-dire une guerre civile dans la terminologie des institutions internationales – là où il n’y a vraisemblablement qu’une guerre subversive conduite depuis l’extérieure par des troupes formées à cet effet dans l’unique but de renverser l’État existant… Guerre de mercenaires et de fondamentalistes musulmans plus ou moins azimutés – al-qaïdistes, salafistes wahhabites, djihadistes manipulés2 – qui tentent effectivement d’amorcer en Syrie une guerre confessionnelle, Sunnites contres Chiites alaouites, Chrétiens et Druzes…
Ce tableau apocalyptique est-il la réalité vraie… ou une réalité “augmentée“ ?



Ce tableau apocalyptique correspond-il réellement à la réalité sur le terrain ? Peut-être bien qu’oui ! Mais peut-être faudrait-il aussi tempérer l’ardeur des médias vendeurs de peau d’ours avant de l’avoir tué. Parce qu’après tout ce ne sont que six cents hommes aguerris, acheminés par les bons soins logistiques de l’Otan et conduits par un djihadiste, Abdelhakim, qui ont fait tomber Tripoli le 1er septembre 2011… Belhadj devenu commandant militaire de la capitale libyenne avant de transporter ses talents et sa ferveur religieuse en Syrie ! Reste qu’apparemment la violence et sa mise en scène - celle de terribles combats mettant aux prises un peuple mû en principe par une puissante dynamique libératoire et des forces gouvernementales ou paramilitaires de répression - n’ont pas suffit en seize mois d’affrontements à détruire un État syrien résistant à l’ouragan de guerre… médiatique. D’un côté la résistance et la bonne tenu des structures d’État – un fait constatable – qui ont su organiser dans la tourmente un référendum de changement constitutionnel et soumettre au suffrage populaire une nouvelle chambre pluraliste, de l’autre un déchainement inouï des médias annonçant quotidiennement la chute imminente d’un régime criminel. Une chute qui tarde cependant à venir.
Car à lire les grands médias étatiques, la chose est déjà acquise. Alors pourquoi vouloir forcer la main aux Russes, exercer sur eux toute sorte de “chantage“ pour qu’ils avalisent une Résolution du Conseil de Sécurité adossée à l’Article 7 de la Charte des NU devant permettre in fine une intervention armée extérieure ? Ainsi « selon un ancien diplomate européen en poste dans la région, contacté par France 24, “la bataille de Damas montre à quel point le régime baasiste est en train de perdre pied “. Et de conclure : “Si le clan Assad ne parvient à reprendre le contrôle de ces faubourgs rebelles, c’est l’ensemble de la capitale qui pourrait lui échapper, et précipiter sa chute“… ». On appréciera au passage le flou artistique entourant la source que cite la chaine publique, parce qu’enfin, en quoi cet “ancien diplomate“ est-il habilité à porter une appréciation sur la situation prévalant dans les faubourgs de Damas alors qu’il n’est apparemment pas sur place ?
La France donneuse de leçons
Alain Juppé, ex-ministre des Affaires étrangères du dernier cabinet Fillion - et maire de la ville de Bordeaux - vitupérait ce lundi 16 juillet sur France Inter, avec de pauvres mots, contre « l'attitude criminelle" de la Russie qui maintient son soutien au régime de Bachar al-Assad en Syrie… La Russie s'entête dans une opposition à une intervention des Nations-Unies Il faut dénoncer cette attitude qui est criminelle, je crois que le mot n'est pas trop fort »… Enjoignant à la Communauté internationale d’« arrêter la mission de Kofi Annan [ancien Secrétaire général des NU], qui est un échec, et mettre la pression au Conseil de sécurité pour faire adopter une résolution sous le chapitre 7, qui permette l'utilisation de la force, pour faire plier ce régime criminel ». On se demande bien à quel titre M. Juppé qui n’est plus rien – il ne s’est d’ailleurs pas présenté au suffrage législatif – se permet de décider de la guerre et de la paix ? À quel titre ? Qui lui donne autorité pour s’exprimer ainsi ?
Pour qui roule donc le second couteau de la guerre de Libye, lequel fut comme chacun sait, une guerre de l’Otan et de son mentor invisible, Israël, par le truchement entre autre de M. Lévy3 éminence grise de M. Sarkozy en matière d’ingérence humanitaire. Car il faut à M. Juppé un aplomb phénoménal pour déclarer que « l'embargo est déséquilibré puisque l'on sait que le régime syrien reçoit des armes, y compris vraisemblablement de la Russie, alors que l'armée de libération nationale n'en reçoit pas. Il faut corriger ce déséquilibre. Il faut qu'aux Nations unies, là aussi, on pose clairement la question de l'embargo sur les armes ». Nul n’ignore pourtant - n’est-ce pas de notoriété publique ? - que les armes affluent vers les poches de “résistance“ depuis la Jordanie, le Liban et la Turquie, financées ou fournies par l’Arabie Saoudite et le Qatar. On aura compris que M. Jupé obéissant à l’on ne sait quelle consigne souterraine veut priver Damas du soutien matériel de la Russie4. Constatons ici que la désinformation ou la sous-information des Hexagonaux est telle que l’ancien factoton du Quai peut falsifier les faits sans vergogne et en toute impunité.
« … Bachar el-Assad ne restera pas au pouvoir. C'est désormais impossible. C'est un criminel, il sera d'ailleurs, je le souhaite, poursuivi devant la Cour pénale internationale. Nous sommes en train de rassembler des éléments en ce sens »… M. Juppé joue sur du velours et peut chanter impunément le grand air de la calomnie, pourtant il n’ignore pas que toute fonction présidentielle - fût-elle celle d’un pays étranger – est en France protégée par la Loi. M. Juppé est à ce titre un “délinquant“ auquel personne, hélas, ne demandera de rendre des comptes… pas même pour le bain de sang libyen – 160 000 morts – dont il s’est rendu co-responsable, au bout de six mois de guerre d’agression sous couvert de protéger les tribus de la Cyrénaïque contre le pouvoir tripolitain. Notons en passant que les Misrati - tribu de la ville de Misrata où le Raïs Kadhafi a trouvé la mort ignominieuse que l’on sait - conservent des liens de mémoire vive, historiquement établis, avec la grande Tribu que représentait dans ce conflit l’ineffable M. Lévy !
Que nous dit le “Renseignement“ américain à propos de la situation syrienne
Parmi les officines d’analyses du renseignement Outre-Atlantique, l’Institut d’études polémologiques5, partant du constat des profondes divisions – voire des antagonismes - existantes au sein de l’opposition syrienne, en a conclu que ce conglomérat de personnalités exilées, coupées de leurs racines syriennes, en conflit permanent et rédhibitoire entre elles, ne peuvent représenter utilement la société civile syrienne proprement dite. Parmi ces groupes disparates et d’intérêts divergents, Ankara - associée par le truchement de l’Otan aux objectifs occidentaux – jouent, à l’instar de Doha, la carte des Frères musulmans, tandis que Riyad – l’Arabie saoudite – manipule les éléments salafistes/takfiristes. Malgré une multitude de rencontres – sous l’égide du Département d’État - les oppositions ne sont en effet jamais parvenues à s’entendre et ne s’entendront vraisemblablement jamais… Pas plus que les tribus libyennes n’entendent désarmer et cesser leurs luttes intestines pour le “partage“ des richesses et du pouvoir.
Par conséquent, bloqués par les deux doubles vétos russo-chinois au Conseil de sécurité, la diplomatie armée américaine comme celle de leurs supplétifs européens – au premier rang desquels la France qui espère, une fois de plus revenir sur la scène Proche-Orientale, manne gazière oblige ! – va de sorte mettre le paquet sur le soutien des forces mercenaires en augmentant sans limites leurs capacités offensives, leurs télécommunications et moyens logistiques6.
Pragmatiques et réalistes, les Centres d’analyses et de prévisions satellite du Pentagone considèrent que l’expérience libyenne « s’est soldée par un échec puisqu’il aura fallu sept mois à la coalition » Otan et islamistes salafistes réunis “pour venir à bout de l’armée d’un pays de 6 millions de citoyens. Les É-U se trouvent, en 2012, dans une situation budgétaire inextricable en raison d’un déficit public désormais non maîtrisable… cette situation est celle du Japon en novembre 1941 et de l’Union soviétique en août 1988, le premier forcé à la guerre par Roosevelt en raison d’un insoutenable blocus pétrolier, la seconde entraînée dans une course aux armements ruineuse pour son économie, la conduisant finalement à la dissolution du Pacte de Varsovie“. Le secrétaire à la Défense américain - depuis le 1er juil. 2011 - et ancien directeur de la CIA, “Léon Panetta doit donc jongler avec d’une part la nécessité de maintenir l’avance technique et militaire acquise par rapport à la Chine et la Russie, d’autre part privilégier les conflits de basse intensité - low intensity - parce que “low cost“. Il s’agira enn tout état de cause de toujours davantage privatiser la guerre en recourant à des armées de mercenaires hautement professionnalisées, tels ceux de Blackwater ou de Dyn Corp, ou encore à des combattants ayant gagné leur galons sur différents fronts de guerre djihadistes, de la Bosnie à la Libye en passant par le Kossovo, l’Afghanistan, l’Irak et la Libye, tous rémunérés grâce à la profusion des pétrodollars dont la source n’est pas encore prête de se tarir“.
“… Ceci explique la crise qui s’est développée en mars 2012, au lendemain notamment de l’écrasement début mars à Homs de l’Émirat islamique de Baba Amr, entre Washington et Tel-Aviv, Léon Panetta ayant à cette époque de convaincre ses homologues israéliens d’intégrer dans leurs plans certains paramètres aussi défavorables qu’incontournables alors que ceux-ci exigeaient une intervention immédiate contre l’Iran et la Syrie“7.
Les massacres s’enchainent et se ressemblent, surtout dans le pathos médiatique

| Don défiscalisé 10€ ou plus |
|
Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.
|
Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
Le nouveau président de la république française, « garant de l’indépendance nationale, de (...)
30/07 23:20 - AnalisArticle orienté, mais fourni et bien documenté par ailleurs. Sur le fond, tout n’est pas (...)
30/07 10:12 - gébéAlors il faudrait que le régime Syrien officiel laisse la place sans se défendre (...)
29/07 20:58 - volpa@Par FRIDA (xxx.xxx.xxx.119) 25 juillet 23:20 Vous dites : "Mais je ne suis pas très loin de (...)
27/07 17:58 - Leo Le SageDans l’Empire Romain finissant, juste avant les invasions barbares et le schisme (...)
26/07 17:52 - Pierre-Marie BatyJe remercie ceux qui se sont sentis visés ... d’avoir eu ... heu ... l’intelligence (...)
26/07 13:26 - Hijack
L’Agora reçoit Alain Minc !
Journée mondiale de la liberté de la presse : quel bilan en Europe ?
L’étoile du nord : un théâtre dédié aux auteurs contemporains
Le contrôle des médias, une question d’actualité brûlante
Odyssées : un projet et une distribution internationales Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.
Site hébergé par la Fondation Agoravox
Mentions légales Charte de modération