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Syrie : un meurtrier en France

Printemps arabe : les nouveaux opposants n'ont pas toujours les mains propres

Les anciens caciques des régimes arabes corrompus retournent leurs vestes à une vitesse qui donne enfin une idée de l’infini.

Défections, fuites vers l’Europe, vers la Crête et Chypre, c’est une véritable hémorragie.

Les médias, en manque de spécialistes sur le printemps arabe, se ruent sur cette manne de nouveaux experts, leur offrant plateaux et micros.

Les anciens collaborateurs des dictateurs regorgent d'aise, assènent des évidences. Ils auraient tort de se gêner. Il n’y a personne pour les contredire.

Et rares sont les journalistes qui leur posent les questions définitives : Vous avez servi le régime pendant tant d’années. Vous avez largement profité de ses largesses. Pourquoi faites-vous défection maintenant ? Pourquoi ne pas vous en être aperçu plus tôt ?

Quand la question leur est posée, ces nouveaux spécialistes invoquent pêle-mêle des raisons de sécurité pour leurs familles, les excuses de cécité provoquée par les tyrans.

Bien peu avouent franchement qu’ils ont été très heureux, durant cette longue période, de s’en être mis plein les poches.

Le peuple, ils ignoraient même jusqu’à son existence, protégés par des armées de petits soldats dévoués.

Le tueur venu de Syrie

C’est ainsi qu'Abdel Halim Khaddam, l'ancien vice-président de la Syrie, a assuré jeudi, lors d'une conférence de presse à Bruxelles, que le régime de Bachar al-Assad "allait céder et que la jeunesse aspirait à une société plus juste".

L’agence Belga a largement reproduit les propos de l’ancien homme fort de la Syrie qui « appelle maintenant à la mise en place d’un régime démocratique ».

Et pourquoi demande t-il cela ? Par pur amour de la liberté ? Par jalousie, et ambition personnelle, parce qu’il aurait été chassé du parti Baas ?

Pour mémoire, rappelons que cet homme, qui se promène tranquillement en Europe, a ordonné et dirigé le massacre de Hama en 1982.

Entre 20 000 et 25.000 personnes, chiites pour la plupart, ont été massacrées à l’arme lourde en 27 jours.

Pas un journaliste n’a eu l’outrecuidance de le questionner sur ce crime contre l'humanité.

Pas un avocat ne s’est levé, pas un juge d’instruction n’a lancé un mandat d’arrêt international contre lui au nom d’une supposée compétence universelle.

Aucune réaction contre la présence de ce meurtrier de masse dans la capitale européenne.

Même en France

Pas une association de défense des Droits de l’Homme parisienne n’a porté plainte.

Aucun parti politique français ne lui demande des comptes. Les défenseurs des Droits de l’Homme ne manifestent pas devant son immeuble.

Il réside pourtant à Paris. Son domicile est connu de tous. À 74 ans, il mène une existence paisible et rédige ses mémoires.

Le voilà promu « opposant » et invité à s’exprimer comme tel.

Conférer ce titre à un des pires acteurs du régime syrien montre bien le désarroi des médias et des chancelleries occidentales devant ce qu'il est convenu d'appeler "le printemps arabe".

Abdel Halim Khaddam, tragique hirondelle, a affirmé ce jeudi que "le changement en Syrie se fera pacifiquement". Si c’est lui qui le dit !

Le lendemain, les affrontements faisaient plus de 30 morts répertoriés, beaucoup plus selon la véritable opposition syrienne et les hôpitaux.

Mais, pour l’ancien vice-président syrien, plus de 150 morts en trois semaines, c’est peu, comparé à ses propres performances en 1982.

Personne ne semble lui en tenir rigueur

Complaisance

Il a quitté la Syrie en décembre 2005, quelques mois après l’assassinat de Rafic Hariri.

Il semblerait que ce monsieur dispose d’appuis efficaces. Il était l’oreille, le confident d’Al Assad et a recueilli quelques informations essentielles lors du complot contre le Premier ministre libanais.

Le monsieur sait des choses et aurait senti le vent tourner. Dans certains milieux, on le nomme "gorge profonde". D’où, certainement, une certaine mansuétude des autorités et des médias à son égard.

Les journalistes le reçoivent sirupeusement sur leurs plateaux. Même Le Monde Diplomatique n’a rien dit sur lui.

Il faut dire que les directeurs successifs de cette confidentielle feuille de chou, Alain Gresh en tête, cachetonnent depuis des années à l’Institut Français des Études Arabes de Damas, devenu l’IFPO. Cela crée des liens.

C’est émouvant, le journalisme discret et modeste !


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4 réactions à cet article    


  • Julien 9 avril 2011 18:55

    Vous savez, la FRANCE est une terre d’asile. Et puis, la réal-politique a des raisons que la raison...il est sans doute dans notre intérêt de laisser vaquer cet homme à ses occupations.
    La Syrie devrait rentrer dans le rang avant d’être dans le collimateur.


    • Deneb Deneb 9 avril 2011 20:38

      C’est avec ce genre de raisonnement que l’on a recu en grandes pompes Kadhafi à Paris il y a quelques années.


    • OMAR 9 avril 2011 21:20

      Omar 33

      Il y a une analogie écoeurante entre la Lybie et la Syrie :

      Les dictateurs Bachar et Kadafou sont honnis par leur peuple (et une grande partie de l’humanité).
      Mais ce sont des assassins, des criminels, des tortionnaires qui tiennent actuellement le role d’opposants.

      Et ce qui est grave, incomprehensible et inacceptable, c’est que l’Occident leur défile le tapis rouge.


      • Julien 9 avril 2011 21:35

        ben oui OMAR. Pareil en mieux.
        Il n’y a rien de grave, d’incompréhensible ou d’inacceptable en cela.
        Kadhafi a planté sa tente à Paris...mais il a souillé la pelouse, et ça, c’est impardonnable. 
        La FRANCE n’est pas un paillasson
        kadhafi est devenu kadhafou...tant pis...pour lui !

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Auteur de l'article

Paul Lémand


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