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Accueil du site > Actualités > International > Tectoniques impériales, vestiges impériaux, vertiges impérialistes

Tectoniques impériales, vestiges impériaux, vertiges impérialistes

 

Récemment, deux articles parus dans Le Figaro ont fait allusion à la question de l’Empire. Umberto Eco nous interpelle sur l’effondrement de l’Union soviétique en évoquant ses effets sur les dérives nationalistes et populistes dans les nations d’Europe centrale et orientale. Si l’on observe en effet la situation de ces pays, on doit reconnaître ce fait, mais le relativiser car l’idéologie soviétiste ne valait guère mieux. Eco avait demandé à Jacques le Goff de diriger un ouvrage d’historiens consacré au coût de la fin des Empires, en soulignant que les Balkans ont payé un lourd tribut après la chute de Rome, et pareillement pour le Moyen-Orient à la suite de l’effondrement de l’Empire ottoman. Et donc, suivant cette thèse, Eco laisse entendre que nous n’en avons pas terminé avec la fin de l’Empire soviétique, dont les conséquences ne seront évaluées que d’ici deux ou trois décennies. Pour l’instant, il faut se méfier des populismes montants, affirme-t-il.

Suivant une toute autre idée, Alexandre Adler scrute les tractations entre la France, l’Allemagne et la Russie, ce qui le conduit à rappeler d’autres faits, en d’autres temps et d’autres lieux. Plus précisément, après la Guerre de 1870, lorsque Bismarck menait des tractations avec l’Empire austro-hongrois et la Russie afin de s’assurer une stabilité, cherchant des alliances ou, à défaut, une bienveillante neutralité en cas de conflit. Adler reprend ainsi la doctrine de Bismarck sur l’alliance des Trois Empereurs pour signaler les triangulations entre Chirac, Merkel et Poutine qui, en fin de compte, ne sont pas des empereurs mais les chefs d’Etat de ce qu’il faut convenir d’appeler encore des grandes puissances, en réservant le terme d’hyper-puissance aux Etats-Unis ainsi qu’à la Chine dans dix ans. Mais je crains que la comparaison ne desserve l’interprétation des événements géopolitiques actuels. Adler se livre à un exercice périlleux dont l’intérêt est évident, sous réserve qu’on puisse tracer des différences permettant de bien saisir la spécificité de notre monde contemporain en tant que différencié d’un contexte où ni les techniques, ni les médias n’avaient atteint un tel développement. Rien ne dit que les ressorts et les fins déterminant la politique actuelle soient comparables à la situation de 1880, excepté le pouvoir en général. Car ces jeux stratégiques engagent des dispositifs dotés d’arguments autoritaires, persuasifs et puissants dans les domaines militaires et économiques.

Empire, le mot n’est pas à prendre à la légère. Des hommes d’Etat, d’histoire, se sont considérés comme empereurs, des historiens ont retrouvé les indices attestant l’existence passée d’ensembles humains répandus sur une grande surface et méritant d’être désignés comme empires. La philosophie politique a comme objet l’Etat. L’empire est soit une entité différente par essence de l’Etat, soit un super-Etat. Un conglomérat d’Etats ne constitue par pour autant un empire. Un empire ne considère pas pour autant ses zones d’influence et de pouvoir comme des Etats. Une chose est sûre, la question de l’impérialisme est cruciale pour qui veut comprendre le monde actuel. Et le livre Empire de Négri et Hardt n’a pas épuisé le sujet. Ce croisement de deux propos d’intellectuels semble représenter un indice des tendances géopolitiques actuelles. Témoignage d’une tendance, ou lubie de penseurs ?

Il semblerait que les « manœuvres impériales » se soient transformées en devenant un peu plus « visibles » ces temps-ci. Ce billet d’actualité n’est qu’un feu follet mettant en lumière, à travers quelques propos et événements, une évolution géopolitique que tout le monde connaît sans en comprendre les tenants ni les aboutissants. Des rapports de pouvoirs que l’on devine motivés par des enjeux non plus culturels, religieux, souverainistes, mais économiques. Les manœuvres impériales se situent dans le prolongement des tectoniques internationales ayant composé et recomposé les équilibres géostratégiques depuis l’avènement des grands groupes industriels. En fait, le processus a été enclenché bien avant, avec des conquêtes territoriales et les colonisations. Grâce à la technique. Mais on saura distinguer les intentions et motifs. La colonisation met en avant une mission de diffusions morales, politiques, culturelles, voire cultuelles. Et c’est ce motiva l’entreprise de Napoléon Bonaparte, puis des gouvernants français, britanniques, pendant le XIXe siècle. En revanche, les manœuvres impériales après la Grande Guerre ont souvent eu des motifs d’ordre matériel et économique. Rappelons que l’objectif militaire d’Hitler était d’assurer un espace vital, ressources matérielles incluses, à l’Allemagne ; avec en plus l’orgueil national, d’où cette guerre-éclair lancée dans toutes les directions. En 1926, le district de Mossoul fut rattaché à Bagdad par les Anglais exerçant un mandat depuis 1920. Leur tâche fut d’établir des frontières précises afin de garantir des accords pétroliers stables dans cette région aux réserves aussi importantes que convoitées.

Les tectoniques impériales ne sont pas près de se s’éteindre, et sans doute déterminent-elle les contours de l’histoire qui se joue actuellement, et contrairement à ce que laissent entendre les anti-libéraux, le marché n’est pas seul en cause. Les Etats jouent. Les confusions sont entretenues, volontairement ou non, par paresse médiatique souvent, mais aussi sous l’égide de travaux universitaire critiquables. Dans Le choc des civilisations, Samuel Huntington avait prédit une recomposition de la politique globale selon des axes culturels et non plus idéologiques, comme au moment de l’affrontement entre blocs soviétique et atlantiste. Les peuples ayant des cultures semblables se rapprochent, alors que ceux dont les cultures sont dissemblables s’éloignent, affirme-t-il dans le sixième chapitre de son livre. Huntington pense alors à des tensions, conflits et compétitions menées par les grands ensembles civilisationnels unis par leur culture. Or, la nouvelle donne qui se présente montre que des manœuvres d’ordre politique, avec des visées économiques, jouent également sur la scène internationale.

Dans l’actualité toute récente, on voit se dessiner des tensions et des tractations portant sur la question de l’énergie. L’intervention en Irak a jeté les soupçons sur les compagnies pétrolières américaines. Il y a quelques mois, L’Ukraine et la Russie se sont accrochées sur une question de gaz. Les différends de ces derniers jours entre Géorgie et Russie orientent les regards vers le pétrole azéri. Mais Poutine montre les signes d’un retour à la Russie impériale et influente. Les Iraniens ont proposé une collaboration avec la France, forte de son expérience, dans le domaine du nucléaire civil, ce qui ne plaît guère aux Américains. Pendant ce temps, Chine et Russie se jaugent sur le plan économique, entre séduction et crainte, notamment celle du pouvoir d’achat de l’Etat chinois, avec son trésor de guerre économique lui permettant d’acheter des groupes multinationaux. Le cas Mittal ne sera plus qu’un épisode lointain de la nouvelle donne. Quant à la fusion EDF-Suez tant controversée, elle s’inscrit également dans cette géopolitique de l’énergie.

L’historien Eric Hobsbawn a publié un livre retentissant évoquant la spécificité d’un court XXe siècle, commençant en 1914 avec la Grande Guerre puis s’achevant en 1991 avec l’effondrement de l’Union soviétique. Cette période fait suite à celle qu’il désigne comme l’ère des empires, de 1875 à 1914. En fait, ce court XXe siècle a été marqué par la fin des empires modernes, Allemagne, Autriche-Hongrie, Empire ottoman, alors qu’un événement majeur intervient dans l’histoire des Etats-Unis. En avril 1917, le président Wilson se décide à participer au conflit européen, initiant un effort de guerre conséquent, puis intervenant pour préparer l’armistice du 11 novembre. C’est donc en 1917 que commence une nouvelle ère, avec la naissance concomitante de la future Union soviétique, tandis que le pouvoir fédéral des Etats-Unis se renforce et que se prépare l’influence planétaire et impériale de cette hyper-puissance naissante. Tout ceci se termine en 1987, 1989 ou 1991, peu importe. Le nouvel ordre mondial se construit sur un fond de chaos communicationnel (médias, Internet) et surtout de nouvelles stratégies impériales avec des alliances fluctuantes, bref, pas très lisibles, du moins pas comme au temps des deux blocs impériaux. Enfin, les empires sont aussi commerciaux, intervenant dans les affaires politiques sans qu’on sache qui commande qui, tout étant confus. La Chine, pays où la politique et l’économie sont fusionnés, peut être considéré comme un nouvel empire qui, pour l’instant, se cantonne à être une hyper-multinationale aux têtes de ponts planétaires, notamment en Afrique.

Le mot de la fin ? Il coule de source qu’à la suite des « empires culturels » de 1850-1920 et des « empires idéologiques » de 1920-1990, vont apparaître d’autres empires (1990-2060 ?) ou plutôt des luttes d’influence, des « tectoniques impériales » hypermodernes, basées sur les Etats et l’économie certes, mais aussi sur le pouvoir médiatique. La troisième phase de la modernité impériale transparaît à travers l’actualité. Il se peut bien que le vote de 2005 contre le TCE marque la défiance des citoyens français contre un empire mal constitué, qui n’aurait pas de raison d’être dans sa tendance actuelle, un empire bancal, et en « taquinant » Umberto Eco, je dirai que la construction des empires a aussi un coût qu’il faut chiffrer. La seule question qui vaille est la suivante : l’Europe mérite-t-elle des efforts politiques et financiers ? L’Europe sait-elle ce qu’elle veut, entre le culturel, le politique et l’économique ? Seule une philosophie de l’empire pourra éclaircir cette question. Toujours est-il que le monde « s’impérialise », autrement dit crée des zones d’influences étendues à partir de structures centrales où se développent et concentrent des dispositifs de technique politique (Etats) ou productives (grands groupes industriels et financiers). Les empires culturels persistent, sans pour autant déterminer le cours du monde. Et on est loin d’en avoir fini avec ces jeux impérialistes et autres tectoniques d’influence.


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15 réactions à cet article    


  • Marsiho Marsiho 6 octobre 2006 09:33

    Les questions économiques n’ont-elles pas été de TOUS temps derrière cahque conflit et chaque tension ? Autre question : comment lire les derniers événements de Russie, à savoir la brusque répression contre les Géorgiens de la part d’un Poutine qui semble penser, lui, que l’empire Russe reste à reformer ?


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 6 octobre 2006 11:16

      à la première question, je répondrait par un contre exemple, les conflits de religion au 16ème siècle, et bien d’autres. Mais il semble que plus l’homme entre dans la sphère productive, plus les conflits d’ordre matériel et économique jouent

      Poutine et la Géorgie, assez inquiétant le sort fait aux Géorgiens. Il faut dire que la Géorgie a été annexée à la Russie depuis 1800, alors, je ne sais pas si ça joue


    • faxtronic (---.---.183.158) 6 octobre 2006 22:15

      Erreur

      Les conflits religieux furent en partie des guerres economiques. Les conflits religieux c’est ma specialité, ma marotte, mon livre de chevet.

      Par exemple la guerre de 30 ans entre 1618 et 1648 en allemagne, qui a ruine l’allemagne pendant au moins 100 ans

      la paix d’augsburg s’etait fonde sur un partage des biens de l’eglises selon le principe "la religion du prince est la religion de l’etat%.

      Oui mais les nouveaux princes protestants confisquaient les biens des eglises dans leur etats, ce qui a generé des tensions quand l’état redevenait catholique quand le prince changeait.

      Ce probleme economique, conjugué avec la revolution nationaliste de Boheme ’defenestation de prague’ a jete l’allemagne dans sa guerre de religion : 10 millions de morts.

      De meme en france, le conflit religieux vient du fait de la montee en puissance de la bourgeoisie. Riche mais sans pouvoir, elles se sont tournées vers le protestantisme, pour trouver un debut d’independance. De meme a fait la petite noblesse, sans le sous. Les grands du royaume, et la paysannerie pauvre du fait de la demographie galopante (partage des terres) resterent dans le catholicisme. Le roi tres chretien se devait de maintenir la cohesion du royaume, mais etait aussi roi de tous ses sujets. Les nobles protestants voulurent s’attirer les faveurs du roi (Francois 2 en occurence) en 1560, organiserent un coup afin de supplanter les grands catholiques, car le roi etait mineur et tres influencable. C’est la conjuration d’amboise qui mis la marmite en ebullition, tous les protestant de la conjuraion d’amboise furent tués. En 1562, sur les terres du tres catholique duc de Guise (parent de marie stuart), les protestant furent massacrés a Wassy en 1562. C’est le feu au poudre. Guerre economque donc, qui se terma en 1594 avec l’edith de Nantes.

      En france encore en 1625. Le roi est tres catholique, Richelieu aussi, mais soutient les suedois protestants pendant la guerre de 30 ans, contre les catholiques, car l’espagne aussi est catholiques, et la France est en guerre continue avec l’espagne depuis 1598, car cela detourne les ardeurs des nobles qui sortait a peine de la dite guerre de religion terminer en 1594. Donc roi ami des protestants. Mais a l’interieur du royaume les protestants sont de plus en plus independant et forme un etat dans l’etat (la rochelle, montauban). Ils refusent de payer les taxes. Siege de la rochelle, siege de Montauban. Guerre economique, et raison d’etat aussi.

      Angleterre. henri 8 n’a que des filles avec Catherine d’aragon. Pour eviter une crise dynastique, il veut divorcer. Refus du Pape. Henri 8 change de religion pour adapter l’anglicanisme, pareil que le catholicisme, mais le roi est le chef religieux. Guerre de religion ? Non raison d’etat encore. Les pretes catholiques sont massacrés en angleterre, jusqu’en 1605 (guy fawkes), non pas en fait pour leur religion,mais pour leurs infeodations au pape, qui a voué Henry 8, puis elizabeth I, aux enfers. Apres la conjuration de guy fawkes, agent papiste, qui voulait faire sauter le parlement, le culte catholique fut delaissé par tous le monde en angleterre, interdit et maudit.

      La religion est un pretexte, car elle mobilise les foules. Mais la raison de la guerre est : Economie, raison d’etat


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 6 octobre 2006 22:49

      Intéressantes précisions, bien documentées et qui sans doute, illustrent un trait de la Modernité. Difficile de faire la part des choses mais effectivement, il y a conflit et le conflit repose sur des intérêts, politiques ou économiques.

      C’est d’ailleurs ce que j’ai suggéré dans cet article, mais votre intervention semble indiquer que, industrie ou pas, le pli était déjà pris dès le 17ème siècle, crucial moment

      Pour les conflits non économiques, je pensais à la saint Bartélémy ou aux Croisades, peut-on parler de conflit dans le sens moderne ? Je ne pense pas.


    • ZEN zen 7 octobre 2006 10:56

      @Faxtronic

      Trés bien vu,

      n’oublions pas non plus que si Constantin a épousé et s’est évertué à diffuser le christianisme dans l’empire romain, ce n’était pas pur prosélytisme, car il s’agissait de l’unité de à reconstituer sous l’égide d’une croyance unique et fédératrice.L’idée d’un Dieu unique ,d’une église bien hiérarchisée et soumise (grâce aux textes de Saint-Paul)allait aussi tout à fait dans le sens de son intérêt


    • armand (---.---.103.233) 7 octobre 2006 11:10

      @zen

      On ne peu pas exclure, chez Constantin, une part importante de conviction personnelle. Il semblerait même qu’il ait envisagé le christianisme sous une forme « vétérotestamentaire », proche du judaïsme (à l’époque le judaïsme convertissait volontiers, et on estime que 10% de la population de l’Empire était juif). L’Empire avait déjà sa religion officielle, le culte du Soleil invaincu, à laquelle Constantin avait souscrit pendant toute sa jeunesse, et son pendant ésotérique, à l’usage des militaires, le culte de Mithra. Il est vrai que le christianisme avait comme avantage celui de s’adresser à la population toute entière, femmes, paysans, esclaves. Mais le christianisme n’est que l’aboutissement d’un afflux de cultes à mystères orientaux qui ont largement remplacé les vieux cultes païens à travers l’Empire.


    • Gérard Ayache Gérard Ayache 6 octobre 2006 11:26

      Bonjour Bernard Dugué.

      Merci pour cet excellent article. Les nouveaux empires contemporains « basés sur les Etats, l’économie et le pouvoir médiatique » ne sont-ils pas les germes de ce que j’appelle l’Hypermonde ?

      Cette expression a été employée dès 1990 par Pierre Berger pour désigner l’espace immatériel créé par la convergence des technologies de l’information. En 1998, Jacques Attali apporte la dimension géopolitique au terme en intégrant dans sa définition l’nfluence des lois du marché.

      Dans « La Grande confusion » je développe l’idée que l’hypermonde n’est pas seulement une expression métaphorique, mais un concept. L’hypermonde est consubstantiel du marché mondialisé ET de l’hyper-information. Le marché et l’information ont un lien organique avec l’hypermonde. Ils en sont l’effet et la cause. Ils le produisent en créant, multipliant et organisant ses interconnexions ; ils le structurent en lui conférant du sens et de l’imaginaire ; ils en sont ainsi les facteurs. Mais ils en sont aussi les produits, ordonnés, amplifiés et véhiculés dans tous ses rouages. Le concept de « mondialisation » qui est utilisé désormais communément sur l’ensemble de la planète, apparaît insuffisant pour comprendre le monde actuel. Il limite l’analyse à la seule prédominance de l’économique ; il connote des concepts dépassés tels que l’impérialisme pour rendre compte de la réalité ; il ne traduit pas suffisamment le poids de l’hyper-information dans la reconfiguration de la société et des individus ; il ne permet pas d’envisager son processus comme un phénomène anthropologique, obéissant aux lois de l’espèce humaine.

      Je pense que l’hypermonde, né du marché et de l’information n’en est pas une forme transcendantale, extérieure à eux, mais un ordre immanent, à l’intérieur d’eux. L’hypermonde est une hyperpuissance immanente. Il ne correspond à aucun régime d’historicité ; c’est un concept qui suspend le temps et le cours de l’histoire. Il fixe, dans un présent dilaté, l’ordre du monde, pour un instant éternel. Délivré du passé, l’hypermonde n’intègre pas l’avenir dans son présent. Dans son univers temporel, les choses sont créées et pensées de toute éternité. L’hypermonde n’a pas d’histoire ce qui ne signifie pas qu’il se situe à la fin de l’histoire.

      L’hypermonde n’a pas de territoire ; son espace est la planète tout entière. Il n’a ni frontières, ni centre, ni extérieur, ni territoire. Son espace est en perpétuel mouvement, traversé du flux des réseaux en reconstruction et déconstruction permanentes. L’hypermonde absorbe dans le même concept les États, les nouvelles formes supra-nationales, les sociétés, les cultures et les individus. Il crée le monde réel et modifie non seulement les interactions humaines mais la nature humaine elle-même.

      Je ne pense pas que l’hypermonde soit dirigé ; il n’est pas le produit d’une puissance cachée, omnipotente et transcendante. En revanche il architecture de facçon autopoieitque un ordre du monde dont rien n’interdit qu’il puisse évoluer, muter pour créer de nouvelles formes réagencées en fonction de nouveaux rapports d’équilibre de ses forces internes. C’est là qu’une « révolution humaine » a toute sa place.


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 6 octobre 2006 11:59

        Bonjour Gérard,

        Merci pour ce commentaire qui ouvre un débat puisque je serais d’un avis divergent, je pense au contraire que dans un monde dominé par la technique, par-delà l’écume des informations et l’hypercommunication, les centres de pouvoirs poursuivent leurs jeux d’influence et que la complexité systémique impose des centralisations. (voir par exemple les analyses du milieu technique par Leroi-Gourhan). On est donc face à une superpositions de dynamiques impériales, culturelles, politiques, économiques, et là-dessus se greffe l’hypermonde et cette écume citoyenne internationale dont on ne peut mesurer la puissance réelle, mais que pour ma part, je jugerais assez faible. Sans une organisation avec ses pôles, le Net peut difficilement constituer un contre pouvoir médiatique. (mais ceci est un autre débat)


      • armand (---.---.103.233) 7 octobre 2006 11:35

        Merci pour cette belle description de l’hyper-monde, Mais ne fallait-il pas ajouter qu’il est indissociable de ce qu’Attali appelait l’hyper-classe, à laquelle il attribue désormais une « exubérance » se traduisant par des revenus stratosphériques à mille années-lumière du commun des mortels (même dans les pays riches). Et cette classe utilise notamment mes moyens de communication immédiats pour s’affranchir de toutes les règles contraignantes qui régissaient l’économie jusqu’alors : l’hyper-classe ne connaît pas les règles traditionnelles de l’économie de marché qui s’appliquent encore au commun des mortels : son véhicule de prédilection sur les marchés financiers, les hedge funds. En effet, ne se contentant pas des milliards dont on dispose, on achète avec effet de lévier, d’ailleurs, on n’achète pas, on prend des positions, des options d’achat ; on vend ce qu’on n’a pas, et ces énormes flux spéculatifs d’une heure à l’autre, peuvent déstabiliser l’économie réelle. On s’affranchit de toutes les règles de vie en société liée à la nation, au pouvoir politique, au fisc, au territoire, s’installant de préférence dans des paradis fiscaux, et s’entourant d’organismes de sécurité privée, on fait valoir, par tous les médias qu’on contrôle, que la « mondialisation » est une vérité révélée, que rien ne doit entraver. Dans ce sens, vous avez raison, on assiste à l’émergence d’un véritable empire de l’hyper-monde, ne reconnaissant comme contrainte que son seul momentum à phagocyter toute la richesse du monde, et offrant à une population précarisée comme seule consolation une sous-culture décérébrée et des biens de consommation à bas prix. C’est pour cela que j’imagine que la seule question qui mérite d’être posée aux politiques est la suivante : avez-vous l’intention de rétablir la primauté du politique ? Ou allez-vous vous contenter d’exercer la gouvernance pour le compte des milliards d’humains exclus de l’hyper-monde, qui s’appauvrissement lentement mais sûrement ?


      • ZEN zen 7 octobre 2006 12:00

        @ Armand

        Tu y vas fort , mais tu as parfaitement raison

        Intéressant article hier dans le Monde (5/10) : « Mon patron est un fonds d’investissement » montrant que les fonds n’ont pas de vision industrielle et considèrent l’entreprise comme un vulgaire produit à revendre, du fait que les actionnaires sont de trés court terme.


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 6 octobre 2006 12:00

        Je t’associe, tu amènes tes jolies copines et ce sera une chaire à canons

        Quoique, Bergson l’avait déjà inventée, avec son assistance de belles parisiennes


      • ZEN zen 6 octobre 2006 13:48

        Article intéressant et stimulant, malgré la complexité des problématiques.

        Je me méfie des « prophéties » d’un ADLER, omniprésent et qui s’est souvent contredit

        Le problème essentiel me semble résider dans ce que vous disiez ici :

        « Des rapports de pouvoirs que l’on devine motivés par des enjeux non plus culturels, religieux, souverainistes, mais économiques. Les manœuvres impériales se situent dans le prolongement des tectoniques internationales ayant composé et recomposé les équilibres géostratégiques depuis l’avènement des grands groupes industriels »

        Je considère moi aussi que c’est le facteur économique qui explique, non pas seul, mais en dernière instance,les rapports de force entre puissances, du moins depuis le 19° siécle.

        En illustration, je me permets de renvoyer à mon article sur :Chine-USA, où c’est mis en évidence.


        • Sam (---.---.210.35) 7 octobre 2006 10:42

          Pas tout compris...Long et manquant d’aération, ce texte. L’auteur devrait faire plus de paragraphes et couper ses longues phrases.

          Ca me semble tout à fait ps évident cette histoire de dette d’empire en destruction ou en construction.

          Quant aux exergues de l’auteur, on accepte évidemment Eric Hobsbawn et Umberto Eco, dont les oeuvres sont majeures. Les mettre en regard des aneries de Adler est d’une tartufferie totale.

          A.Adler est un g...co qui ne sait que brayer des aneries libérales en défense unilatérale du gouvernement américain ou israelien et considère, du haut de Sa Sublimissimme Bouffissure que les altermondialistes sont « des veaux ».

          A sa décharge, il est qd même plus c.n que gros. smiley


          • Zéro pour cent de matière grise 7 octobre 2006 10:43

            Merci pour cette belle synthèse ! Si l’on excepte le faux prophète radiophonique Adler, que je ne mettrais pas au même niveau qu’Eco ou Le Goff...

            Cette idée de « tectonique » correspond bien à la réalité.

            L’idée d’Empire de Negri et Hardt, en revanche, sorte d’avatar néo-post-marxiste de l’impérialisme de Lénine, me semble très loin de la réalité actuelle.

            Mais comme vous dites, l’ère des Empires est très loin d’être révolue.


            • herbe (---.---.50.248) 7 octobre 2006 12:52

              Je remercie à mon tour l’auteur de cet article et les commentateurs qui ont enrichi le débat.

              Il y aurait peut-être aussi un rapprochement à faire avec cet extrait concernant le « cerveau global » d’Howard Bloom (Le Principe de Lucifer, tome 2 : Le Cerveau global ) :

              "Les possibilités du cerveau global risquent donc d’être confisquées, soit par des pays soit par des groupes (de type militaro-industriel) dotés dès aujourd’hui d’une suprématie économique et politique. On assiste en fait alors à une guerre pour l’information et par l’information (information war) entre sociétés développées, qui s’organise au détriment des plus faibles.

              Dès lors, il est vital pour ces dernières et la démocratie en général que s’élargisse lec ercle des sociétés les plus avancées fondatrices et utilisatrices du cerveau global, afin que celui-ci soit étendu progressivement à l’humanité entière. Pour cela, il faudrait faire en sorte de « globaliser » ou mondialiser le cerveau global. Idéalement, chaque individu devrait pouvoir devenir l’un des milliards de neurones le composant. Dans une telle perspective, étudier et mettre en oeuvre les processus permettant cette globalisation représente désormais un enjeu majeur.

              Il est possible d’esquisser le cahier des charges d’une politique en ce sens. La pensée systémique/matricielle générée et transmise au sein des réseaux se développera d’autant mieux que les informations et savoirs seront accessibles à tous. Outre la question récurrente de l’accès universel à Internet, ceci pose celle de la mise en compatibilité formelle des contenus, s’ajoutant à l’interconnectivité des infrastructures. Tous les contenus ne peuvent être mathématisés. Il faudra donc adopter des outils performants de traduction automatique vers quelques langues communes. On devra également s’entendre sur des dictionnaires de concepts communs. Par ailleurs, les processus permettant la simulation, la discussion, la décision et l’innovation doivent être accessibles à tous, et pas seulement aux scientifiques et experts. Ceci inclut aussi bien les citoyens de la base que les décideurs, peu portés en général à la pensée systémique/matricielle. Le cerveau global doit donc se décliner en de multiples aires cognitives et faisceaux neuronaux adaptés à des populations multiples."

              Eh ! on dirait bien que des sites du type Agoravox font parti du remède....

              Pour approfondir suivre le lien chapitre 6 (je radote car déjà proposé sur d’autres fils) mais bon la répétition ça a aussi du bon...

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