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Téhéran, La Saga des Ombres Diplomatiques

Le charme diplomatique du président Hassan Rouhani lors de son passage au Conseil de Sécurité en septembre dernier est loin d’avoir dissipé les nuages diplomatiques entre l’Occident et Téhéran. L’antinomie génétique diplomatique entre Téhéran et l’Occident a la carapace dure. Ce qui provoque des coups de freins au recadrage politique et économique de Rouhani. Aussitôt le parfum du charme diplomatique de Rouhani dissipé, la saga des ombres politico-diplomatiques a repris le contrôle de la communication nationale en Iran. Les Gardiens de la Révolution se démarquent de l’agenda réformiste de Rouhani. L’Ayatollah Ali Khamenei, invariable dans les tranchées de sa ligne idéologique semble tourner le dos à la main tendue de Téhéran vers Washington. Rouhani semble avoir été investi pour un mandat aux dividendes à somme nulle. Reprendre la main dans la rationalisation de l’économie nationale par une levée des sanctions économiques. Aplanir les brèches beyantes des relations Iraniennes avec l’Occident tout en assurant la survie de l’ambition nationale de puissance nucléaire. Pourquoi la saga de l’activisme diplomatique de Téhéran accouchera t-elle d’un théâtre d’ombres diplomatiques sans conséquence politique ? D’abord, le code génétique de l’ambition de Téhéran comme hegemon régional reste un héritage invariable. Ensuite, la saga nucléaire du régime Iranien repose sur le postulat d’un credo national quasi infaillible. Le nucléaire iranien est à l’identité Shiite ce que représente le sacro saint site national de “l’infaillible Fatima” à Qom.

Téhéran porte l’étendard de plus d’un double millénnaire d’hégémonie régionale. Pendant plus de 2500 ans, avec seulement une halte de 600 ans pendant les conquêtes Mongoles et Arabes, l’Iran fut l’hegemon principal, le pouvoir incontestable de l’Asie du sud ouest. Une simple mémoire des origines de l’Iran. L’Iran fut la plus grande civilisation dans la région, bien au-delà des Turcs, des Arabes, des Afghans, des Asiatiques du sud et des Asiatiques du centre. Puisant sa sève nourricière de ce sceau identitaire glorieux, le credo national fut et demeure. L’Iran doit demeurer le pouvoir dominant, l’hegemon de la région. La profession de foi immuable demeure. L’Iran fort, indépendant et auto-suffisant. Shahram Chubin, politologue Iranien résume l’immuable ligne politique et diplomatique de Téhéran. Sous son regard, l’Iran souffrirait d’un “narcissisme national” qui le prédispose à rester insensible aux préoccupations des autres. Le shiisme politique interdit du reste toute apostasie à l’essence de l’identité Iranienne. Téhéran ne peut s’interdire de flirter avec la confrontation Arabo-palestinienne, la politique Libanaise, la guerre civile au Yemen, l’Afrique du Nord et les Balkans. En 1998, l’Iran déploya 200.000 troupes aux frontières avec l’Afghanistan après le massacre par les Talibans de 11 diplomates Iraniens à Mazar-e Sharif. L’Iran ne peut rester indifférente au sort de Damas. L’Iran ne peut occuper un profil bas dans les affaires de la région sans compromettre et renier fortement son passé, son futur et son identité nationale. Téhéran comme hegemon régional reste une donne immuable.

Ce code immuable de la diplomatie Iranienne navigue sur l’autre aile du moteur biréacteur de la politique de Téhéran. Il s’agit du factionalisme endémique du système politique Iranien qui incline vers la promotion de l’obscurité. R. K. Ramazani qualifie la politique de la République Islamique de “Kaléidoscopique” - divisée en un millier de petites factions politiques. La Taqiyyah entâche de part et d’autre la psychologie politique et sociale de la société Iranienne. La notion de taqiyyah renvoie à la nature secretive, manipulative, poreuse dans les comportements et les affiliations socio-politiques. La mise en avant plan de la stratégie politique de la taqiyyah complique davantage le décryptage diplomatique de la communication politique Iranienne. Sous cette boussole politique, l’agenda diplomatique de Rouhani accoucherait d’une réforme politico-sociale aux épices conformes au format des origines Perses.

L’Iran a inauguré la construction dans le village de Fordow d’un site d’enrichissement d’uranium en 2006. Fordow abrite au moins 2800 centrifuges. Le second site de Natanz abrite au moins 2.8000 centrifuges opérationnels. Ce site enrichit entre 3.5% et 19.75% d’uranium. Le village de Fordow est doublement emblématique pour la mémoire nationale. Ce village représente l’ère de la défense sacrée en ce qu’il a enregistré le plus grand nombre de soldats ayant versé leur sang pendant les huit ans de guerre de l’Iran contre l’Irak. Ensuite, Furdow se situe à moins de 48 kms de la cité sainte de Qom où se trouve la tombe de “l’infaillible Fatima”, soeur du 8 ème imman shiite, Ali al-Reza. Le sacro saint programme nucléaire Iranien est à l’Iran ce que Qom represente à l’identité nationale shiite. Un trait d’union lie la spiritualité Iranienne à sa politique, son économie, son programme nucléaire et son ambition militaire. Pour l’Iran, renoncer à son ambition de puissance nucléaire se resumerait à endosser le brassard d’un apostat qui rejette les talismans de ses dieux millenaristes. Le nucléaire Iranien emprunte par conséquent la ferveur d’une quasi profession de foi, que pas même d’éventuelles sanctions économiques ne feraient renoncer.

Les analyses empiriques révèlent une chute des exportations de brut Iranien de 2.3 million de barils par jour en 2011 à environ 1.1. million de barils par jour en 2012. En 2013, cette chute des exportations Iraniennes coûtait près de $ 4-8 milliards de dollars de pertes de revenus de brut mensuel. De décembre 2011 à 2012, le rial, la devise Iranienne a connu une chute de 300%, soit une perte de 35.000 par rapport au dollar. Pendant la même période, le chômage a connu une flambée de 36% tandis que les prix grimpaient de 87% a 112%. En septembre 2012, le taux d’inflation en Iran atteignait 50%. Ces analyses empiriques ont poussé l’opinion publique à des conclusions hâtives selon laquelle Téhéran plierait l’échine devant les pressions de la Communauté Internationale pour un abandon définitif de son ambition nucléaire. Ces chiffres masquent pourtant une autre façade de la capacité de resurgence Iranienne. Tandis que des efforts d’isolement contre Téhéran comme nation paria convergent, l’Iran a développé d’autres partenaires commerciaux pour remplacer les candidats au départ. Aujourd’hui, la Chine est sur le point de supplanter l’Union Européenne comme le plus grand partenaire commercial ainsi que le plus grand investisseur étranger en Iran. La Chine compte plus de 100 entreprises actives dans la République Islamique. Entre 2009-2012, la Chine a investi pres de $ 16.8 milliards de bons de trésor en Iran. En 2012, l’Iran a engrengé près de $ 45 milliards de revenus de brut, ce qui représente doublement ses dividendes de pétrole en 2000. Le commerce Sino-Iranien a connu une croissance de $3 milliard en 2002 à plus de $ 44 milliards en 2012. Un sourire politique doublé d’une conversation téléphonique entre Rouhani et Obama sont loin de nous convaincre que la saga des ombres diplomatiques de l’Iran accoucherait d’une ouverture sur l’Occident.
 

Narcisse Jean Alcide Nana

International Security Studies, Leicester, UK

 

Bibliographie

- Kenneth M. Pollack, Unthinkable : Iran, the Bomb, and American Strategy (NY, Simon & Schuster, 2013)

- Aaron Morris, “From Silk to Sanctions and Back Again : Contemporary Sino-Iranian Economic Relations,” in Al Nakhlah, Journal on Southwest Asia & Islamic Civilization, Winter 2012


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1 réactions à cet article    


  • Henri Diacono alias Henri François 14 octobre 2013 12:45

    A l’auteur 
    S’agit-il, pour le nouveau pouvoir iranien « d’une ouverture sur l’Occident » ou plutôt la tentative de de ce même pouvoir de se faire enfin respecter et « dé-diaboliser » par l’Occident ?

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