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Traiter du ’’problème’’ des réfugiés : en l’évitant ?

Après les barbelés hongrois, bulgares et slovènes, c'est au tour de l'Autriche d'ériger des remparts pour de protéger de l'afflux de migrants arrivant du Proche Orient. Une clôture métallique de moins de quatre kilomètres sur le long de la frontière avec la Slovénie, la première au sein même de l'espace commun de libre échange

 

Cette dernière a beau pouvoir se targuer d'être, selon le gouvernement, ''rapidement démontable [et] conforme à Schengen''1, elle suscite sans surprise la contestation des milieux de la gauche dite alternative. Ces derniers, par solidarité à échelle internationale, se prononcent plus que favorablement sur la question de l'accueil de ces réfugiés de guerre. Mais n'est-ce pas une solution de facilité, non-viable à long terme, que d'offrir le gîte et le couvert à des populations qui, n'ayant été délogées de leur terre natale que par plus de quatre ans de combats particulièrement violents, ne demandent que la paix, chez eux ? Sans entrer dans le débat du potentiel appel d'air dangereux que des politiques généreuses pourraient générer, il est légitime de s'interroger sur la pureté du caractère humaniste de telles aides, et surtout, sur leur durabilité. En effet, nul besoin de s'inscrire dans un courant de pensée xénophobe pour s'inquiéter des conséquences de la surpopulation et de l'excès de main-d’œuvre ; une situation qu'aucun philanthrope ne peut raisonnablement souhaiter à son prochain, contrairement à un contexte de paix.

 

Cependant, un arrêt des bombardements et la conciliation entre Daesh et les troupes loyalistes

semble bien indissociable d'une cessation de l'entretien économique de l'État Islamiste, qu'il s'agisse de ventes d'armes ou d'achat de pétrole. Y mettre un terme est une tâche qui évolue dans un autre registre que la distribution de vivres et couvertures le long des colonnes de familles marchant vers l'Europe, mais qui consisterait en un traitement du problème à sa source, pour une résolution, en théorie du moins, stable et durable. En effet, contrairement aux réfugiés économiques, les ressortissants syriens ont enduré plus de quatre années de bombardements meurtriers avant de perdre espoir selon les uns, ou de se rendre à l'évidence pour les autres, et d'opter pour l'exil, pour la survie. Quatre années et demi de guerre, avant d'entraîner les enfants, à pied ou en radeau, sur un chemin périlleux vers un avenir incertain : c'est bien à contre-coeur que les départs se sont faits. La logique voudrait donc que la manière la plus sûre de stopper ces flux migratoire indésirables soit simplement de fermer le robinet, soit d'éradiquer la situation d'insécurité extrême qui règne dans le pays.

 

Cependant, on assiste plutôt, en pratique, à des réactions dites ''sécuritaires'' comme celles des pays de l'Est directement concernés, qui consistent en des mesures physiques de frein à l'immigration (soit des barbelés), ou à une stigmatisation de ces pays, pointés du doigt comme racistes par des gouvernements à qui on impute souvent une responsabilité bien plus conséquente vis-à-vis du conflit syrien. Une certaine hypocrisie est à relever, dans la mesure où les politiques des pays géographiquement éloignés en matière d'accueil de réfugiés sont souvent remises en question, et ce quand bien même plane le sentiment d'une certaine justice réparatoire due.

 

Sur ce point, force est de constater que l'Histoire, ou plutôt les erreurs historiques, se répètent telles une rengaine sans fin. En 1948, l'Europe se relevait de la Deuxième Guerre Mondiale et, ne voulant ''plus jamais ça'', trouver une solution pour le peuple juif semblait impératif. Ainsi, on a chargé le peuple palestinien d'offrir réparation pour la Shoah, pourtant perpétrée par le l'Allemagne nazie. Loin de là l'idée de chercher un coupable ou de répartir les responsabilités entre les membres du Conseil de Sécurité de l'ONU, le Troisième Reich, James Balfour ou même les Sages du Protocole de Sion ; le fait est qu'imputer à un pays extra-européen la tâche, sur le plan effectif, d'assumer les conséquences de l'Holocauste, a découlé sur la Nakhba, une catastrophe, à savoir un exil massif de Palestiniens. Et ces réfugiés furent pris en charge par les pays voisins, à nouveau extérieurs au problème. Ainsi, en 2013, les Palestiniens représentaient le 60% de la population jordanienne2, et ils ont eu beau n'être ''que'' 25% au Liban en 19753, les tensions induites par l'exportation du conflit ne sont pas innocentes dans les causes de la guerre civile qui a ravagé le Pays du Cèdre quinze ans durant4.

 

Un exemple qui, sans justifier d'aucune façon, peut amener à relativiser la diabolisation de la politique des barbelés choisie par Victor Orban et certains de ses voisins. Aussi choquante et inhumaine qu'on puisse la trouver, force est de constater que la responsabilité des pays de l'est de l'Europe dans la situation humanitaire en Syrie est minime si ce n'est nulle ; en effet, ni la Hongrie ni la Bulgarie ni la Slovénie ne comptent parmi les premiers pays exportateurs d'armes et importateurs de pétrole. Par contre, le climat socio-économique laisse supposer, avec peu de doutes possibles, que ce n'est pas par mauvaise volonté que le marché du travail peinerait considérablement à absorber une main-d’œuvre conséquente ; la conjoncture est telle que l'économie vacille dangereusement même sans afflux de réfugiés à la charge de l'État. Un constat qui ne s'applique pas partout, notamment outre-atlantique.

 

Tout ceci signifierait-il qu'il est recommandable, et dans l'intérêt-même des migrants, de ne fournir qu'une aide des plus spartiates, voire à prendre des mesures de renvoi, afin de ne pas créer un appel d'air qui déboucherait immanquablement sur une catastrophe humaine simplement décalée dans l'espace ? Ou est-on en train d'omettre une distinction entre les situations d'urgence humanitaire et les problématiques plus profondes, à caractère politique ? Permettons-nous une analogie avec la médecine : de la bouche d'Hippocrate : lorsque le temps est compté, et uniquement lorsque le temps est compté il convient d'accorder la priorité aux symptômes, et non aux syndromes. Mais entendons-nous : ceci s'applique aux conditions exceptionnelles suscitées, et il s'agit uniquement d' un sursis avant de s'atteler au traitement aux syndromes. Après la distribution de vivres et médicaments, guérir les racines pour la bonne santé de l'arbre, jusqu'au bout des feuilles ; essuyer la flaque avant de glisser, puis réparer la fuite d'eau pour éviter l'inondation ; offrir le poisson à l'affamé pour ensuite lui donner les moyens de pêcher. Il est juste regrettable que traiter un problème à la cause soit plus coûteux et laborieux que travailler en aval...

 


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Alicia


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