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Transitions démocratiques en Afrique : l’introuvable formule magique

L’expérience démocratique en cours depuis plusieurs années en Afrique est en péril. Parce que les transitions sont toujours mal gérées. Des conférences nationales souveraines aux gouvernements d’union nationale, des coups d’État jugés salvateurs aux rébellions armées, on aura tout essayé. En vain. Il semble que la méfiance et la mauvaise foi manifeste l’emportent toujours, même aux lendemains d’élections transparentes, ouvertes, libres et crédibles, consacrant l’alternance ou le retour de l’ancien régime sous diverses formes.

De plus en plus, la classe politique africaine, toutes tendances confondues, a mal à sa carrière. Outre que l’appareil d’État et les économies sont très souvent mal gérés, un mal ronge continuellement et dangereusement les pays du continent : la faillite des acteurs politiques. Nouveaux ou anciens, tenants du pouvoir et opposants se montrent habiles manoeuvriers pour détruire, mais piètres architectes lorsque vient le temps de se concerter pour rebâtir ensemble. Exit alors cohésion et respect mutuel, vive intrigues, trahisons et complots qui montrent que la confiance ne dure jamais que le temps du passage des médiateurs.

Plusieurs conflits ont pour origine le déficit démocratique. Parfois, pourtant, des opposants parvenus au faîte du pouvoir, par le jeu de l’alternance démocratique font davantage preuve d’opportunisme. En voulant se débarasser de l’ancien régime, ils n’hésitent pas à pactiser avec le diable au risque de compromettre les acquis et de mettre en danger le fonctionnement de l’appareil d’État.

Plus sérieusement se pose la question des mécanismes de la transition. Ceux-ci ne sont pas toujours aussi viables, l’instinct de conservation du pouvoir pour soi l’emportant sur les autres aspects. Tel est le cas en Côte d’Ivoire où la tentation est grande d’accentuer la division au sein des nouveaux venus à la conquête de l’électorat. Des difficultés subsistent également au Burundi, au Congo démocratique, en Ouganda et au Soudan où subsistent des vélléités de reprise des combats suite à un mauvais partage du gâteau.

La classe politique pèche du fait de l’inobservance de la morale et du non-respect des principes de vie démocratique. Cela se ressent à travers la gestion même de l’appareil d’État : les nouveaux venus brillent par leur inexpérience, pendant que les anciens tenants du pouvoir sont à l’affût, tissent des intrigues et exploitent la moindre faiblesse.

De manière générale, la faillite dans la gestion des institutions publiques est aussi tributaire de la création et de la vie interne des partis politiques. En effet, un grand nombre d’entre eux réflètent la personnalité du fondateur qui se croit généralement exempt de toute critique. Aidé de ses proches et de ses inconditionnels, il cultive l’anti-démocratie au sein du parti, tout en exigeant l’alternance au pouvoir. Comment donc s’étonner que par le jeu de la reproduction sociale, de nouveaux autocrates s’installent au pouvoir, tout aussi assoifés de mégalomanie que leurs prédecesseurs ?

La reconversion est surtout difficile pour ceux qui viennent par les coups d’État militaires, les rébellions et autres formes de lutte armée. En règle générale, la méfiance règne entre les ennemis d’hier, soudainement alliés pour la cause de la transition. On le voit au Tchad où il apparaît fort hasardeux de se mettre dans la peau d’un démocrate après des décennies de vie dans les maquis aux frontières de la Libye, du Soudan ou de la RCA. En Côte d’Ivoire, la crise de confiance et les incertitudes des lendemains minent la concrétisation du programme DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion). Dans les pays qui l’ont expérimentée, la pertinence de la formule de la commission vérité-justice-réconciliation reste encore à prouver dans une Afrique où de multiples facteurs socio-culturels font obstacle à la lutte contre l’impunité, matérialisés par les violences faites aux femmes et le non-respect des droits humains.

En fait, de nos jours, la cruauté de la vie politique réside dans le manque de confiance entre acteurs politiques, l’indignité, la mauvaise foi manifeste. Au manque de courage d’oser répond le manque de courage de partir. De sorte que la transmission de valeurs d’intégrité et de probité morale manque cruellement entre générations. Les repères manquent.

La bonne démocratie ? Elle suppose que sont résolus les problèmes de droits humains, de l’alternance à tous les niveaux, de ceux d’une jeunesse consciente des enjeux et qui s’implique. Elle nécessite surtout une véritable reconversion des mentalités au sein de la classe politique, et donc un dépassement de soi. D’où l’importance de la médiation.

Deux dictateurs ne pouvant s’entendre, le mythe et le charisme d’un médiateur averti peuvent forcer l’admiration et préparer les protagonistes à faire contre mauvaise fortune bon coeur. Ainsi en est-il de Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations-unies, qui est parvenu non sans mal, à convaincre les acteurs politiques kényans de la nécessité d’œuvrer de concert pour le mieux-être de la population.

Des lueurs d’espoir cependant : la Sierra Leone et le Liberia. Même si l’influence des USA et de la Grande-Bretagne, qui accompagnent le processus, n’est pas négligeable. À l’évidence, l’Afrique est toujours à la recherche de cette formule magique qui sauverait ses filles et fils des griffes de certains dirigeants mafieux, corrompus et sans scrupules.

Débutante, balbutiante, bancale ou même acceptable, l’expérience de la transition démocratique semble traduire presque partout l’incapacité des acteurs politiques à aller au bout de leur propre engagement, à respecter l’éthique, sinon à honorer tout simplement leur signature. Faudrait-il se résoudre à les contraindre à respecter la parole donnée en impliquant continuellement ceux qui, hier seulement, infantilisaient les Africains ?


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5 réactions à cet article    


  • Innsa 19 juillet 2008 16:44

    La démocratie, installée depuis plusieurs siècles en occident pose problème : on retrouve des Le Pen au second tour, des Sarkozy au pouvoir, des Bush élus 2 fois etc. au moyen orient on retrouve des Hamas au pouvoir
    Pourquoi les africains ne cherchent t’ils pas eux même leur propre système de fonctionnent ? qui peut lier tradition (chefs traditionnels) et modernisme ? Ça ne marcherait pas mieux ? Au lieu de vouloir a tout prix appliquer un système étranger qui marche plus ou moins bien chez leurs inventeurs qui ont une réalité économique et sociale autre ?
    Les pays africains on entièrement rejeté leurs traditions. Il y avait une organisation sociale avant l’arrivée du colon. Apres son départ, les africains ont tout oublié de leurs traditions, et tentent depuis 50 ans de s’organiser comme l’ex-colon.
    La démocratie marche en Europe parce la population sait lire et écrire, la majorité des gens mangent a leur faim, peut se soigner, vit en ville etc.
    Dans un pays comme le Burkina, ou 90% de la population vit dans les campagnes, parfois dans des régions coupées du monde pendant la saison des pluies, ou 70% de la population ne sait ni lire ou écrire, ou 10% de la population a accès a l’électricité et a l’eau, ou 1% a accès a Internet etc etc. Comment voulez appliquer le même système politique que la France ou les USA ?
    Au Burkina il suffit de promettre un sac de riz au chef du village pour que tout le village vote pour vous. Une population qui a faim ne vote pas pour un programme politique sur 5 ans. Il vote pour avoir a manger tout de suite.
    Ce ne sont pas les mêmes réalités.
    Les africains doivent chercher eux même leur voie. Et arrêter de vouloir copier l’Occident. Ca marchera mieux. Pour les Africains, « Il faut vivre Africain, c’est la seule façon de vivre libre » : Sankara.


    • kako 19 juillet 2008 22:56

      Pas tout à fait d’accord ; vous occulter le fait que les occidentaux ont façonné l’Afrique d’aujourd’hui et font preuve d’hégémonie quant aux systèmes politiques des pays du sud ; hors du modèle démocratique occidental, pas de salut. Or, les dictateurs ont été mis en place par eux même afin de servir et de protéger leurs intérets. Vous oublier que la colonisation est passée par là et que les pays en voie de développement en subissent encore les effets.
      Quand on essaye en Afrique ou ailleurs de renverser un dictateur, qui arrive à la rescousse ? La France, l’Angleterre, la Belgique, les USA etc... Encore récemment, au Tchad, quand Deby à failli se faire virer, qui l’a aidé à sauver sa tête ? La France !!! Et c’est ainsi depuis quarante ans, c’est à dire depuis les indépendances.
      La démocratie dans les pays occidentaux donne des résultats pour le moins surprenants et on pourrait en effet chercher une formule plus équitable ; sauf que les occidentaux ont la prétention d’imposer leur modèle au monde entier ; fut-il inadapté... Même le FMI et la Banque Mondiale s’y mettent ; les pays souhaitant bénéficier de leur aide, doivent faire des efforts pour installer la démocratie chez eux ... Vous comprenez donc mon désaccord ; tant que l’occident aura cette attitude hégémonique et tant qu’elle ne renoncera pas à cette nouvelle forme de colonialisme, qui lui permet de continuer à soumettre les peuples, l’Afrique et les autres pays en voie de développement auront du soucis à se faire. Nous sommes directement responsable de ces situations.


    • Iren-Nao 22 juillet 2008 09:26

      @ Kako

      Vous avez raison l’Afrique manque de Vercingetorix, (qui certes pris une patee) de Louis XI etc et de grands liberateurs bien megalos mais talentueux et surtout suffisament Negres. (Vous avez qq talentueux, des megalos plein, des Gengis Khan pas encore, des Cesars ca coure pas les rues,,,)

      Au jeu du costume cravate attache case, organisme internationaux, lap top bonne manieres et putes ukrainiennes etc.... les Africains ne font pas le poids parce que c’est le jeu des Blancs et tant que vous vous contenterez d’imiter les blancs ils vous baiseront car c’est leur jeu et pas le votre.

      Et voila les chinetoques qui arrivent...

      Amusez vous bien

      Amicalement

      Iren-Nao


    • Bois-Guisbert 20 juillet 2008 10:42

      Avant d’émettre toutes sortes de théories sur ce sujet, il faudrait commencer par avoir le courage iconoclaste de se demander si la démocratie partitocratique est compatible avec les diverses identités subsahariennes.

      Pour ma part, je pense que la réponse est NON.

      Parce que j’ai expérimenté sur place que les Noirs ne sont pas simplement des Blancs pauvres à la peau foncée.


      • Iren-Nao 22 juillet 2008 09:11

        @ l’auteur

        Laissez donc tomber cette connerie de Democrasouille, ca ne marche d’ailleurs pas si bien que cela et mene l’occident a sa perte fort rapidement.

        Avant la Demomachin nous avons eu un bon millier d’annees de divers Rois qui avaient en general une seule qualite : de la suite dans les idees quant a la fondation de leur Royaume.

        Et Rome mille ans de plus avant...

        Hors la presence somme toute fort breve des empires europeen, l’Afrique en etait tout au plus a l’organisation des gaulois .... et je suis charitable

        Je ne crois pas que la situation des democraties modernes occidentales soit si admirable avec leur soit disant droits de l’homme pour bobo ; il vous reste a trouver votre voie comme des grands gars a votre facon, et avec votre histoire, decouvrir le sens de l’etat, etc etc...

        Les blancs sont sans doute tres tres forts dans les techniques et la pub, mais ils n’ont plus d’ame ; les africains sont d’une nullite technique abyssale mais ils ont de l’ame, ce qui vaut bien ce monde technique qui de toute facon est en train de mourir.

        Envoyez chier tout le monde et vivez votre vie et arretez de vous plaindre.

        Vous ne ferez pas l’economie de qq Hommes de grande taille faiseurs d’histoire.

        Ca ne sera pas de la tarte mais ca vaut le coup car la ou un monde dominant meurt un autre apparaitra.

        Bon Vent

        Iren-Nao

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