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Accueil du site > Actualités > International > Tremblement de terre au Népal : vie et mort au coeur de la catastrophe

Tremblement de terre au Népal : vie et mort au coeur de la catastrophe

25 Avril 2015, 11h00 du matin 

Nepal, Pokara Lakeside, ordinateur, chambre, les écouteurs sur les oreilles. Soudain, les murs et le sol tremblent, les vitres font entendre leur cliquetis frénétiques aux sonorités stridentes et alarmistes. Je regarde ma compagne italienne, qui me lance un cri de surprise avant de réaliser qu'il s'agit d'un tremblement de terre. “Terremoto !” s'ecrit-elle et de se précipiter sur son sac à dos, et de courir vers la porte, puis de dégringoler les escaliers. Direction : le centre de la cour de la guesthouse, l'endroit le plus sûr selon le chef de famille. Toute les membres de la communauté sont là, serrés les uns les autres dans un ballet concentrique et protégé, la peur sur les visages. Le brouhahas assourdissant causé par les secousses est surréaliste. Je contemple le ciel, bercé par la transe des vibrations, en tournant sur moi-même, le coeur affolé. Encore pour l'instant les cris sont couvert par le tremblement de terre qui continue. Puis, lentement, la terre se calme, l'immobilité revient, les conversations reprennent, effrenées, desorganisées, chaotiques. Je suis en caleçon, les pantalons dans les mains, desorienté...

Nous sommes sur le qui-vive. Nos sacs sont empaquetés, et contiennent les nécessités de survie dans l'éventualité du pire. “La seconde secousse se produira bientôt”, nous avertie la fille de notre propriètaire. Elle intervient après une heure et demi. Nous retournons dans la cour, en courant, en hurlant encore, partout, les rues se remplissent, les enfants sont enfouis dans le giron maternel, les chiens se précipitent à l'encontre d'autres chiens, pour se reproduire, peut-être un pavlov instinctif de transmettre son patrimoine génétique avant la mort...Les locaux népalais essaient d'appeler leur proche, d'obtenir des informations. Communications téléphoniques, internet, élèctricité, sont interrompues pendant des heures.

Jusqu'à hier, je me faisais une vague image poétique des tremblements de terre, une espèce d'aventure romancée, presque excitante. Ca ne pouvait pas arriver à moi. Maintenant, la réalité est bien plus brutale. La Terre tue, impitoyable, à n'importe quel moment.

La troisième secousse intervient à 5h00 du matin le dimanche 26 avril. Le réveil est brutal, mais les réflexes sont déjà aiguisés. Sacs, possessions, et nous voilà de nouveau dans la cour, avec toute la communauté de la guesthouse. Nous sommes épuisé. La tension nerveuse qui s'est instalé est palpable. Ici à Pokhara, aucune destruction, aucune victime, contrairement à Kathmandu, où le désastre est sans précèdent, nous apprennent les news. La route principale qui relie Pokhara et Kathmandu est également coupée.

La soirée est silencieuse, les rues sont vides, noires, quelques touristes chinois aux visages épouvantés trottinent dans la rue avec leur tente, à la recherche d'un endroit exterieur dénue de bâtiments, pour y dormir. La paranoia est présente, partout. Je peux ressentir l'agressivité ambiante, detecter la peur dans la démarche furtive des passants.

Pourtant la vie continue, les locaux se sont résignés, leur vie est ici, et reprennent leur activités comme si l'évènement était attendu. Un touriste revenu de trekk de l'Annapurna Base Camp, qui a échappé de justesse à des chutes de pierre, nous témoigne que son guide a perdu deux membres de sa famille dans son village. “Il s'est fait une raison immédiatement apres avoir appris la nouvelle...” ajoute le touriste belge.

La quatrième secousse se produit dans l'après-midi du dimanche. Les news locales annoncent une avalanche mortelle au camp de base de l'everest. Les murs tremblent légèrement, mais rien de plus. Nous prenons presque l'habitude de l'urgence, prendre le sac et sortir ; le stress induit par la poussée d'adrénaline, l'imagination du pire, des murs qui s'écroulent, du toit qui s'affale, la route qui s'ouvre, éventrée par une onde sismique hyper puissante. Mais non, la secousse a duré quelques secondes, et nous nous préparons à sortir diner, sac sur le ventre, ce soir il s'agit d'un dal baht, le plat traditionnel népalais, riz, légumes et lentilles...

Nous sommes le 28 avril 2015. Les experts internationaux annoncent qu'une reprise de la friction est probable dans les jours qui suivent, avec des secousses dévastatrices.

Les touristes ont désertés lakeside. Seuls les voyageurs, hippies et résidents étrangers à Pokhara sont restés. Les rues sont libres de traffic, et la conduite à moto aujourd'hui est un plaisir. Notre sac est sur le dos, et inconsciemment nous attendons la secousse suivante : chaque tremblement peut-être le début d'une secousse. Ce n'est qu'un camion qui passe sur l'asphalte, des bruits de marteau derrière la cloison qui sépare la boutique de jus de fruit où nous savourons le succulent mix ananas pomme. La psychose est latente, sournoise. La question est désormais la suivante, où aller ? Fuir la ligne de friction des plaques qui traverse le Nepal ? Paranoia inconfortable, nous nous préparons à partir à tout moment, et reprendre la route, tziganes modernes 21ème siècle...

 

Photo : Alice Bettolo


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8 réactions à cet article    


  • fred.foyn Le p’tit Charles 30 avril 2015 13:20

    L’ambassade de France au premier plan à fermer ses portes aux ressortissants venus demander de l’aide...(plusieurs témoignages)..Par contre l’ambassade du royaume uni à ouvert les siennes.. ?
    Fabius (le juif errant) n’en parle pas...préférant être sur la photo à la descente d’avion de rescapés... !


    • alberto alberto 30 avril 2015 14:11

      @Le p’tit Charles

      Oui, j’ai aussi entendu des français de retour se plaindre de la fermeture de l’ambassade...
      D’où les ronds de jambe de Fabius à la descente d’avion pour calmer la grogne ?
      Sûr qu’on en reparlera !


    • Spider 1er mai 2015 07:28

      @Le p’tit Charles

      Fabius a raison, l’ambassade de Kathmandu est très petite, moins d’une quinzaine de personnes, dont plusieurs Népalais .. et à ceux qui se sont plaint que l’ambassade était fermée, il faut savoir que les services consulaires ont été fermés à Kathmandu en Sept 2014 et ont été transférés à New Delhi .. L’ambassade était fermée, peut être, mais en temps normal elle est aussi fermée et ne fonctionne que dans de rares cas d’urgence sur rendez-vous. Alors je ne dis pas que le séisme n’était pas un cas d’urgence, mais si çà se trouve, une partie du personnel n’était peut être même pas là mais à New Delhi.

      Par ailleurs, l’ambassade a édité en 2012 (donc pas hier) tout un guide pour faire face aux situations d’urgence et notamment quoi faire en cas de séisme et tout y est très bien expliqué .. combien de ces personnes qui se sont plaint avait lu ce guide avant de partir à Kathmandu ?

      C’est facile de critiquer quand on part comme çà le nez au vent .. les gens sont marrants, ils partent faire des trekkings et dorment dans la nature dans les pires conditions d’inconfort et ils s’étonnent ensuite de devoir dormir dehors, en l’occurrence dans un endroit sécurisé et construit pour résister aux séismes et qui est l’école française, là où on a demandé aux gens d’aller car plus sécurisé au vu des bâtiments qui s’écroulaient .. Lors de séismes, il faut se conformer d’une part aux autorités locales, car ce sont elles qui ont le le pouvoir de décision et il existe des plans précis d’évacuation et de regroupement. Il est aussi recommandé à tous les gens d’avoir avec eux, un kit de filtration de l’eau et quoi se nourrir pendant 15jours, tout est détaillé dans le guide aux voyageurs .. bien entendu, encore faut-il l’avoir lu.

      N’importe quelle ambassade dans le monde n’a pas vocation de s’occuper et d’organiser leur rapatriement (ou alors dans de rares cas), pour cela il y a des assurances voyage, ah oui, mais çà coûte de l’argent .. l’ambassade n’a pas non plus la vocation de nourrir ou de donner de l’argent à leurs ressortissants, n’importe quelle ambassade vous le dira. L’aéroport de Kathmandu est d’ailleurs très petit (1 piste) et en cas de séisme destructeur, les avions de rapatriement ne sont en général pas prioritaires, hormis pour les blessés, le matériel et les secours. Beaucoup de ceux qui prétendaient amener de l’aide juste pour pouvoir atterrir et récupérer leurs ressortissants ont mis le souk dans la logistique de l’aéroport déjà débordé par le matériel et les secours qui arrivaient et pour lesquels ils ne disposaient pas de la logistique nécessaire pour gérer tout çà .. eh oui, le Népal, c’est pas San Francisco ou Los Angeles.

      Quant aux ambassades en général, c’est vrai qu’il y aurait du ménage à faire, mais c’est plutôt dans les grosses ambassades qu’on voit ces palanquées de fonctionnaires qui ne font pas grand chose et qui sont là uniquement pour se gaver.

      Bref dans des désastres comme çà, il faut se montrer patient et ne pas exiger tout et tout de suite .. être en vie et bien portant est déjà un miracle, le reste a bien peu d’importance .. les Népalais eux n’ont peut être plus rien ou ont perdu des membres de leur famille .. alors se plaindre parce qu’on est obligé de dormir sous la pluie, je trouve çà un peu indécent.


    • keiser keiser 30 avril 2015 14:43

      Salut l’auteur .

      Sujet au plus près de la réalité, très intéressant .
      Ce qui, comme vous, me touche car je connais et j’aime ce pays .

      Par contre, le peu que j’ai entendu sur les chaines d’infos m’a vraiment énervé .
      Il n’y en avait que pour les français .
      Les népalais n’ont peut être pas la même valeur que nous .
      Katmandu en ruines, j’ai du mal à l’imaginer .
      Ils manquent de tout et on envoie trois pompiers .
      Mais ici tout va bien , nous avons nos cellules de crise et BFM .


      • Spider 1er mai 2015 01:19

        @keiser
        L’avion envoyé avec les secours, du matériel et des vivres n’a pas pu atterrir, il était en standby à Abou Dabi .. il n’y a qu’une piste d’atterrissage à Katmandou et si certains pays ne s’étaient pas précipité pour atterrir les premiers pour aller récupérer 4 pékins en stress de n’avoir pu faire leur trek, l’avion aurait peut être pu atterrir.


      • keiser keiser 1er mai 2015 14:13

        @Spider

        Oui , c’est très compliqué , déjà l’accès au Népal n’est pas simple , sans parler des routes saturées et comme tu le dis , de l’aéroport monopolisé par les vols d’aide d’urgence .

        Mais je vois que l’Inde , le Pakistan , la Chine et divers pays occidentaux se mobilisent .
        Il faut faire vite car la météo risque de se dégrader assez rapidement , ce qui ne va rien arranger .


      • roman_garev 2 mai 2015 11:48

        @keiser

        Mais je vois que l’Inde , le Pakistan , la Chine et divers pays occidentaux se mobilisent .


        Naturellement, les efforts de la Russie qui a envoyé déjà trois avions (les deux premiers le 26 avril et le 3ème le 1 mai) portant plus de 90 sauveteurs et médecins de catastrophe et l’aide humanitaire, passent, comme d’habitude pour les médias de l’Occident, inaperçus.

      • soi même 2 mai 2015 16:28

        Si y avait pas eux ses sonnets les plus inamissibles de la planète, qui attirent comme des mouches la jet sete international de l’Alpinisme, et bien cela aurait fait comme pour d’autre événement de se type, juste un commentaire des plus laconique dans les médias !

        Change où mal change pour le pays, c’est peut être cela qui qui leur attire la sympathie de l’Occident pour leurs malheurs, au faites Port aux Princes comment elle se porte aujourd’hui ?

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