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Tsunami politique en Afrique du Sud

L’inculpation pour viol de Jacob Zuma, ancien vice-président de l’Afrique du Sud, a déclenché un tsunami politique. Une affaire qui scandalise l’opinion publique, dans un pays où la violence contre les femmes est un véritable fléau. Une inculpation qui devrait sonner le glas de sa carrière politique. Pourtant, Jacob Zuma était le favori pour succéder en 2009 à l’actuel président de la République.

Depuis le début de l’année 2005, l’ancien vice-président de l’Afrique du Sud, Jacob Zuma, et numéro deux de l’ANC (Congrès national africain), le parti au pouvoir depuis l’avènement de la démocratie en 1994, doit faire face à une descente aux enfers. Après une accusation de corruption dans un procès fleuve qui a tenu en haleine le pays pendant sept mois, Jacob Zuma se retrouve à nouveau face à la justice. Il vient, en effet, d’être inculpé pour viol ! Une affaire révélée il y a quelques semaines par l’hebdomadaire The Sunday Times, ett depuis reprise par les médias. Selon ces derniers, une jeune femme de 31 ans a déposé plainte contre Jacob Zuma pour une agression sexuelle qui aurait eu lieu au domicile de Johannesburg de l’ancien vice-président, début novembre. Des allégations « très fermement » contestées par Jacob Zuma, par la voix de son avocat.

Cette inculpation devrait définitivement mettre fin à son rêve de succéder à Thabo Mbeki, l’actuel président de la République, en 2009, à la tête de l’État. Pourtant, tout s’annonçait pour le mieux pour Jacob Zuma, promis au plus bel avenir politique. Que s’est-il passé depuis ? Revenons aux faits, pour mieux comprendre ce terrible chemin de croix, et les répercussions de cette nouvelle situation sur la scène politique.

Une première accusation de corruption

Les ennuis ont commencé avec l’affaire fleuve et très médiatique baptisée « procès Shabir Shaik », du nom de l’ancien conseiller financier du vice-président sud-africain. Au terme de sept mois de procès, Shabir Shaik a été a été reconnu coupable de corruption et de fraude, notamment pour avoir versé des dessous de table et des pots-de-vin à Jacob Zuma, en échange de son influence politique. Il lui est aussi reproché d’avoir négocié un pot-de-vin entre Zuma et le fabriquant d’armes Thint, filiale sud-africaine du groupe français Thomson-CSF (Thales), prévoyant le versement de 500 000 rands (59 500 euros) annuels au vice-président, pour empêcher que le fabriquant ne soit mis en cause dans une enquête sur un contrat d’armement controversé. Shabir Shaik est un homme d’affaires influent de Durban, actionnaire des groupes de fabrication d’armement ADS (African defense system) et Thalès (anciennement Thomson-CSF), dont il fut directeur jusqu’en 1999. Shabir a été condamné à 15 ans d’emprisonnement. Mais il a fait appel.

Particularité de ce procès : au cœur de l’affaire, Jacob Zuma, cependant, ne s’est jamais présenté au tribunal. Depuis, la justice l’a rattrapé. En effet, son procès dans cette affaire complexe et qui met tragiquement en lumière des comportements portant atteinte à la légitimité de l’ANC devrait s’ouvrir en juillet prochain. Zuma plaide "non coupable". Sa ligne de défense est restée invariable depuis le début de l’affaire. Pourtant, pour le juge du procès, Hillary Squires, il y a bien eu une ’’relation généralement corrompue’’ entre les deux hommes. Affaire à suivre, donc.

Onde de choc politique

Cette affaire a provoqué une onde de choc politique sans précédent depuis la fin de l’Apartheid. Face à cette accusation de corruption, le président Thabo Mbebi a pris la difficile décision de se séparer de Jacob Zuma, un « ami de trente ans ». Le président n’avait pas le choix. La lutte contre la corruption, qui gangrène à tous les niveaux de l’ANC, est devenue une priorité. Disons même une urgence. Conscient de ce fléau en plein progression, et fidèle à sa réputation d’homme intègre, Thabo Mbebi a déclaré, il y a quelques semaines, au journal du dimanche Week-end Argus, que l’ANC « ne devait pas devenir une sangsue et un parasite dont les responsables se soucient plus de remercier ses sympathisants que d’apporter les services de bases dont a besoin la vaste majorité de la population. ». Dont acte.

Cependant, depuis l’éviction de Jacob Zuma du sommet de l’État par Thabo Mbebi, l’ANC, et, par ricochet, l’Afrique du Sud font les frais d’une rivalité à couteaux tirés entre les deux hommes. Jacob Zuma, pour sa défense et pour préserver son avenir politique, parle d’un complot visant à l’écarter de la présidentielle de 2009. Une théorie vivement récusée par les dirigeants de l’ANC. Une théorie, cependant, qui rencontre un énorme succès parmi les militants de l’ANC, et particulièrement dans un de ses fiefs, le Kwazulu-Natal, une des provinces les plus pauvres du pays. Dans cette province, Jacob Zuma doit sa popularité à la capacité qu’il a eue de mettre fin à la violence entre les partisans de l’ANC et ceux de l’Inkhata, le parti Zulu, dans les années 1990. En effet, le conflit entre les militants de l’ANC et ceux de l’IFP a fait des milliers de morts durant la transition de l’Afrique du Sud vers la démocratie au début des années 1990 .

Par ailleurs, Jacob Zuma est loin d’être politiquement mort, car il bénéficie de nombreux soutiens. Il peut compter sur le Congrès des syndicats d’Afrique du Sud (COSATU), le Parti communiste sud-africain, la Ligue des jeunes du parti au pouvoir, et encore récemment la Ligue des femmes. Cependant, cette dernière, face à l’inculpation pour viol, risque de changer son fusil d’épaule.

La violence contre les femmes, sport national numéro un

Néanmoins, il est peu probable que Jacob Zuma se remette de cette nouvelle affaire. Le viol, en particulier, et la violence faite aux femmes et aux enfants en général, est un sujet extrêmement sensible en Afrique du Sud. Chaque année, des milliers de jeunes filles sont victimes de viols. Deux raisons, principalement : l’extrême misère, qui accable les quartiers pauvres, les townships, avatars du régime de l’Apartheid ; cette terrible croyance, aussi, qui perdure : avoir une relation sexuelle avec une jeune femme vierge permettrait de guérir du Sida. Quant à la violence faite aux femmes, une publicité diffusée récemment sur les principales chaînes de télévision rappelle que c’est le sport national numéro un en Afrique du Sud ! Cette affaire de viol impliquant un des leaders politiques a un donc effet retentissant, et scandalise au plus haut point l’opinion publique.

Si Jacob Zuma a encore un reste de dignité, après le verdict de la justice, il devrait annoncer publiquement son retrait définitif de la vie politique, et s’appliquer à se faire oublier le plus vite possible. L’Afrique du Sud, encore en transition en dépit d’une situation économique saine et d’une paix sociale réelle, a besoin d’un président irréprochable, au-dessus de tout soupçon. L’unité et la paix du pays, au lendemain de l’abolition de l’Apartheid, se sont faites sans heurts, ou presque, mais au prix d’une volonté -qui force le respect- de pardonner à l’autre ses forfaits et ses crimes, les souffrances morales et physiques commises. Le viol, faut-il le rappeler, en fait partie, sans parler des souffrances physiques et morales subies par la victime, qui laissent des séquelles indélébiles.

De ce pardon est issu cette confiance entre toutes les composantes de la population, si diverse (l’Afrique du Sud compte 13 ethnies !), entre les pouvoirs politiques et économiques, aux intérêts pendant un temps si différents. La confiance est la pierre angulaire de la nouvelle Afrique du Sud. Un défi brillamment remporté, alors que nombreux prédisaient un bain de sang. Une confiance que vient d’ébranler sérieusement Jacob Zuma, avec cette inculpation pour un des crimes les plus odieux qui soient. Même si ce n’est qu’un soupçon, ce soupçon est de trop. C’est pourquoi Jacob Zuma doit partir. Pour ne plus revenir.


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