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Tunisie : le régime à l’épreuve

La situation des pays arabes ne cesse de faire parler d'elle. Après les récents événements en Égypte qui peinent à se taire, c'est désormais la Tunisie qui s'enflamme, après l'assassinat en pleine rue d'un élu de l'opposition

Près de six mois après l’assassinat, dans les mêmes conditions, de Chokri Belaïd, un autre opposant au pouvoir islamiste, Mohamed Brahimi, a en effet été tué en Tunisie. Les conditions sont effroyables : le député de gauche à l’Assemblée nationale constituante s’est fait abattre devant chez lui, à Tunis, sous les yeux de sa propre famille. Son corps fut criblé de balles. La cible, assurément, n’a pas été choisie au hasard : figure de l’opposition laïque, proche de la centrale syndicale UGTT, nationaliste arabe s’inscrivant dans la mouvance de gauche radicale du Front populaire, cet homme de 58 ans ne ménageait pas ses critiques à l’égard des islamistes.

Plus que la cible, la date, non plus, n’est pas le fruit du hasard : 25 juillet, jour du 56ème anniversaire de la République tunisienne, proclamée en 1956. La question des auteurs de ce crime fait évidemment débat en Tunisie. Difficile, en toute logique, d’incriminer le chef Ennahda comme responsable du meurtre. Bien au contraire : aucun des partis aujourd’hui au pouvoir ne gagnerait à de telles agissements qui, de fait, provoquerait inévitablement une perte de crédit. Plus judicieux serait de se tourner vers ceux qui concentrent, à l’heure qu’il est, tous les soupçons : un groupe djihadiste tunisien, Ansar Al-Charia. Le ministère de l’intérieure tunisien devrait bientôt apporter la confirmation.

Une chose est sûre, néanmoins, suite à cet assassinat : plus que l’homme, c’est tout le processus de transition démocratique qui était visé. Il est manifeste, chez nombre d’observateurs mais aussi pour le pouvoir en place, que l’objectif des assassins, sans doute les mêmes qu’il y a six mois, est triple : d’abord, déstabiliser la Tunisie dans l’attente de débordements ; ensuite, l’empêcher de réussir sa transition ; enfin, semer la zizanie entre les différentes forces politiques. La conclusion est claire : la volonté de prouver que le « printemps arabe » tunisien est un échec.

Et pourtant, la situation tunisienne évoluait positivement. Certes, Ennahda a fait de nombreuses erreurs depuis son arrivé au pouvoir. Certes, aussi, les trop nombreuses passes d’armes verbales ne furent qu’une perte de temps indécente pour la Tunisie et surtout pour son économie. Certes, enfin, chaque acteur de la vie politique, sociale et syndicale a, trop longtemps, cherché à jouer son propre jeu, oubliant le plus important : l’intérêt nationale. Il n’empêche : le règne de la paix civile et l’avancée indiscutable du consensus nationale ont abouti, une heure avant assassinat, à l’accord d’une nouvelle Constitution à l’Assemblée dominée par Ennahda. Chef d’état, président de l’assemblée nationale constituante et chef du gouvernement pouvaient chacun s’en réjouir : le pas qui venait d’être franchi était de taille, et l’avancée certaine. Le coup est donc d’autant plus dur pour la Tunisie.

Cet assassinat n’est pas, de toute évidence, sans conséquences. Celles-ci sont même multiples. En province, d’abord, des permanences d’Ennahda ont été incendiées, aux cris de « A bas les obscurantistes, Ennahda et salafistes ! ». Le secrétaire générale de l’UGTT, premier syndicat tunisien, ensuite, a prédit un bain de sang et appelé à la grève. De nombreux manifestants, enfin, se sont réunis devant les bâtiments du gouvernement dans l’espoir de demander sa démission. La société tunisienne se retrouve, de facto, de plus en plus divisée entre deux camps : les pro- et les anti-Ennahda. Les premiers sont islamistes et redoute que la colère de la rue les chasse du pouvoir ; les seconds, démocrates laïcs attachés aux valeurs de la Tunisie moderne, se sentent galvanisés par les événements égyptiens.

Reste une question, donc : la crainte d’un basculement dans un scénario à l’égyptienne. Les ingrédients indiquent pourtant le contraire : le consensus politique est là, le dialogue permanent. « Quant à l’armée, professionnelle et disciplinée, elle ne s’est jamais mêlée de politique » affirme le président de la République Moncef Marzouki. La Tunisie, répétons-le, est une République. Elle se dit à l’heure actuelle déterminée à achever sa transition démocratique. Quant aux différentes forces politiques, qu’ils soient élus ou non, s’ils se disent républicains, ont un devoir de protection du pluralisme politique. C’est ainsi, et pas autrement, que la Tunisie évitera le danger qu’est la guerre civile.

 


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3 réactions à cet article    


  • Hortus 29 juillet 2013 14:44

    De quoi avez-vous peur ? Que le peuple tunisien sorte en masse pour chasser les obscurantistes comme en Égypte ? Ennahda a déjà perdu toute légitimité comme les frères musulmans en Égypte. Si tant est qu’il n’en ait eu une un jour. Ils ont profité de la chute de Ben Ali pour faire croire à leur volonté démocratique. Appuyé par les dollars quataries ils ont acheté les élections.

    Les tunisiens vont au contraire leur réserver le même sort qu’à leur homologues égyptiens. 

    • sirocco sirocco 29 juillet 2013 21:28

      Mais ouvrez donc les yeux, sacrebleu ! Ce n’est pas si compliqué que cela de se faire une idée de ce qui se passe.

      Qui est-ce qui cherche depuis des années à remodeler le Proche-Orient tout entier et les nations Arabes afin de transformer ces pays en vassaux politiques, pourvoyeurs de matières premières indispensables ?

      Bravo, bien déduit : l’Empire capitaliste avec à sa tête les USA. Rien de ce qui se passe au Proche-Orient et dans les pays Arabes ne peut se concevoir sans l’intervention masquée mais prépondérante de l’axe USA-Israël. Nier cela relève de l’enfumage.

      En Egypte, on a assisté à un putsch militaire violent et sanglant consistant à renverser un chef d’Etat démocratiquement élu par une large majorité des Egyptiens, sous des prétextes fallacieux et fabriqués de despotisme reproché à ce chef d’Etat, auxquels tout le monde occidental, décervelé par les merdias aux ordres, semble vouloir croire. Cela ne vous rappelle pas les situations vécues dans certains pays d’Amérique Latine quelques décennies auparavant ?... Regardez qui manifeste contre le président Morsi : les membres de la classe aisée et de la bourgeoisie égyptienne, qui piaffent d’impatience de faire fortune dans le cadre d’une société devenant ultra-libérale. Qui a appelé, incité ces requins à manifester, à votre avis ?

      Voyez une des premières mesures de l’armée égyptienne après avoir pris le pouvoir : fermer le terminal de Rafah qui permettait aux Palestiniens emprisonnés à Gaza d’aller par exemple se faire soigner en Egypte. Qui, à votre avis, a ordonné et s’est réjoui de cette fermeture ?... 

      Ce sont bien évidemment les USA et Israël qui ont fomenté cette destitution d’un président démocratiquement élu en Egypte, président qui n’avait pas l’heur de leur plaire parce qu’il ne semblait pas vouloir être leur larbin. En se servant de l’armée égyptienne -qu’ils subventionnent depuis des années- et en menaçant de lui sucrer les millions de dollars annuels d’aide financière si elle n’intervenait pas, les USA ont renversé Morsi comme ils ont renversé autrefois des présidents sud-américains.

      En Tunisie ? Même scénario. L’Empire applaudit aux révolutions arabes à condition qu’elles lui soient totalement favorables. Cela ne semble pas être le cas dans ce petit pays du Maghreb. L’Empire va donc y remédier. Pour renverser le parti musulman au pouvoir, la CIA a exécuté (ou a fait exécuter) un opposant il y a quelques mois, dans le but de provoquer un soulèvement populaire (en fait, un soulèvement des classes aisées pro-occidentales, comme en Egypte). Cela n’ayant semble-t-il pas suffi, la CIA vient de faire exécuter un autre opposant pour provoquer un nouveau soulèvement (chaleureusement soutenu par tous nos merdias occidentaux, bien sûr) et elle en tuera d’autres sans état d’âme s’il le faut, jusqu’à ce que le gouvernement tunisien actuel tombe, pour le remplacer par un gouvernement à la botte de l’Empire.

      Au Mali, l’élection est assez caricaturale aussi. Vous avez vu ces innombrables Maliens qui n’ont pas pu voter, pour des raisons souvent ubuesques : inscrits mais sans carte d’électeur ( ! ), munis d’une carte mais non prévus pour voter ( ! ), ni inscrits et sans carte... Les merdias aux ordres nous ont affirmé que ces couacs étaient dus à des difficultés matérielles d’organisation des élections présidentielles au Mali. Cela pourrait s’admettre, à la rigueur, si par exemple tous les électeurs d’une région malienne n’avaient pas pu être dotés d’une carte. Mais non : c’est plus rigolo que ça. Ceux qui n’ont pas pu voter ont été délibérément choisis et ciblés. A Gao, par exemple, ou à Paris, certains ont pu voter, d’autres non. De là à penser que les « erreurs » ont été soigneusement ciblées pour frapper uniquement ceux qui n’allaient pas voter « comme il faut »...
      Je vais être traité de mauvaise langue ! Bon vous l’aurez compris : tout a été fait pour que le caniche de la France accède à la présidence (je prends les paris ! )

      Elle est pas belle la démocratie en Egypte, en Tunisie et au Mali ? 


      • antyreac 30 juillet 2013 15:10

        Encore un complotiste qui voit des mains des américains et d’Israël partout

        Les américains et Israël n’ont pas besoin de bouger leur petit doigt pour que le monde tourne.
        Tenez vous le pour dit.

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