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Turquie, le défi de l’identité collective

Le mandat de Jacques Chirac a pris fin ce mercredi 16 mai, mais celui de son homologue turc Ahmed Necdet Sezer - devant initialement s’achever le même jour - se prolongera plusieurs semaines encore. Le processus qui devait aboutir à l’élection par le Parlement turc du nouveau chef de l’Etat s’est en effet bloqué suite au boycott du vote par l’opposition parlementaire au parti AKP, le parti au gouvernement issu de la mouvance islamiste. Après plusieurs semaines de tensions marquées par d’énormes manifestations populaires au nom de la défense de la laïcité, Abdullah Gül, candidat officiel de l’AKP, a finalement annoncé le 6 mai le retrait officiel de sa candidature. Des élections législatives anticipées, qui devraient permettre de sortir de cette crise inédite, sont annoncées pour le 22 juillet prochain. Alors que les négociations pour l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne sont en cours depuis octobre 2005, les regards vont se braquer sur le pays pour observer avec intérêt l’évolution de la situation.

Les grandes manifestations populaires d’avril / mai 2007.

Après Ankara le 14 avril, Istanbul le 29 avril, c’est d’Izmir que sont parvenues dimanche des images de manifestations populaires sans précédent pour la défense de la laïcité dans le pays. Plus d’un million de personnes selon la police et presque autant de drapeaux aux couleurs de la Turquie, croissant et étoile blancs sur fond rouge. Les observateurs ont fait état de la présence de nombreux jeunes, mais également de nombreuses femmes dans la foule, brandissant des portraits de Mustafa Kemal Atatürk (fondateur et premier président de la République turque). Tous affichaient leurs craintes de voir remis en cause leur mode de vie actuel et les acquis du kémalisme (rappelons que les femmes turques ont acquis le droit de vote en 1934, soit dix années plus tôt que les femmes françaises).

Les manifestants expriment donc la défiance d’une partie de la société civile vis-à-vis des intentions du gouvernement islamique modéré - ou « modéré » comme certains le qualifient - dont les membres sont issus de l’AKP Adalet ve Kalkinma Partisi (Parti de la Justice et du Développement).
Ils redoutent que l’attachement déclaré de ses dirigeants aux valeurs de la république ne relève plus du discours formel que de la conviction profonde. L’actuel Premier ministre, Tayyip Erdogan a connu la prison en 1999 pour avoir déclamé publiquement un poème islamique, dans ce qui fut considéré comme une atteinte délibérée au dogme kémaliste de la laïcité. De même, on se souvient de la tentative de ce gouvernement de pénaliser l’adultère, avant de reculer devant les pressions européennes. Enfin, il faut sans doute supposer que le fait que les épouses respectives de Tayyip Erdogan et Abdullah Gül portent le voile islamique constitue un symbole qui n’est pas passé inaperçu au sein de la population.

Le camp laïque s’inquiète donc de voir l’AKP, qui dispose déjà de près des deux tiers des voix au Parlement et du soutien des maires de nombreuses grandes villes, risquer de s’emparer de la présidence de la République et se trouver ainsi dans une hégémonie lui permettant d’appliquer une politique revenant sur l’un des principes fondateurs de la République turque, la laïcité. Les pouvoirs du président sont limités (veto et pouvoirs de nomination essentiellement) mais font de lui le chef suprême des armées ; ce qui n’est pas indifférent si l’on garde à l’esprit que l’armée se considère comme le garant de la laïcité et qu’elle a prouvé à plusieurs reprises depuis 1960 qu’elle ne prenait pas ce rôle à la légère. Elle a pris le pouvoir par trois fois avant de le rendre aux civils, et a mené ce que l’on a qualifié de « coup d’Etat postmoderne » en orchestrant la mobilisation de la société civile en 1997 et en adressant au Premier ministre de l’époque, Necmettin Erbakan, un ultimatum suivi de peu par la démission de ce dernier. La présidence de la République revêt de plus une signification symbolique importante liée au souvenir vénéré d’Atatürk, premier président et fondateur de la République turque.

Pour autant, s’en tenir là dans l’analyse de la situation - laïques démocrates contre islamistes qui le seraient moins - serait faire abstraction d’une réalité autrement plus complexe, pour des raisons qui viennent pour une large part de l’histoire de la République turque.

Bref rappel historique sur les origines de la laïcité en Turquie.

L’étymologie du mot « laïcité » nous renvoie au « laikos  » grec, autrement dit au « peuple », par opposition à « clericos  », « celui qui détient un pouvoir religieux ». La laïcité recouvre donc un régime politique dans lequel les religions sont sans pouvoir politique tandis que l’Etat laisse les Eglises s’organiser librement au sein de la société civile sans intervenir dans le fait religieux. Voilà pour la théorie.

Dans la pratique, la laïcité turque n’est pas, et n’a jamais été, une laïcité de séparation, ne serait-ce que parce que l’Etat exerce encore aujourd’hui un contrôle important sur l’Islam officiel (imams et muezzins sont par exemple nommés et destitués par le Premier ministre).
Dès 1924, Mustafa Kemal en a fait le principe fondateur de la nouvelle Turquie. C’est une laïcité de combat, imposée manu militari par la révolution culturelle kémaliste à une société qui, même si elle avait connu la coexistence de la loi islamique (charia) et de la législation impériale, n’était pas pour autant préparée à endosser cette nouvelle identité qu’on lui a imposée, ethnique et turque, en remplacement de l’ancienne, essentiellement musulmane.

La population s’est adaptée aux réformes nombreuses imposées dans les années 1930 (réforme des usages vestimentaires, de l’alphabet, obligation de prier en turc, adoption d’un calendrier chrétien instaurant le dimanche comme jour de repos hebdomadaire...). Le traumatisme a été accepté, mais il a laissé des traces.
En adoptant les valeurs des vainqueurs de la Première Guerre mondiale, cette république, née des décombres de l’Empire ottoman, a permis d’échapper à la colonisation par les puissances européennes et Mustafa Kemal a réussi à imposer son pays comme un interlocuteur incontournable dans la région.

La mise en place d’une démocratie parlementaire pluraliste n’est intervenue qu’en 1946, permettant l’arrivée au pouvoir en 1950 du parti démocrate et induisant ainsi pour la première fois la représentation politique des forces religieuses, mais aussi des populations des campagnes et des petites villes, opposées à la modernisation autoritaire et à la laïcisation de force imposée par le pouvoir kémaliste. De ce succès électoral ont résulté certains assouplissements (rétablissement de l’appel à la prière, de l’enseignement coranique en arabe, de certains usages vestimentaires traditionnels...), soit une laïcité moins stricte, sans doute plus en phase avec les réalités de la société turque.

La République turque a donc été fondée au départ en brisant par la force la pression sociale de la religion. Cela a créé de fait une relation difficile entre kémalisme et démocratie, dont témoignent encore aujourd’hui le culte de la personnalité posthume voué à Mustafa Kemal et le fameux « Serment » que continuent d’apprendre par cœur et de réciter tous les écoliers du pays. Il faut bien constater que chaque pas en avant vers une démocratie représentative plus effective en Turquie s’est toujours traduit par un certain retour de la tradition religieuse.

Et maintenant

Les prochaines élections comme issue à la crise institutionnelle que traverse la Turquie constitueront donc ce que certains qualifient de « moment de vérité » pour le processus de démocratisation de ce pays.
Avec une société civile morcelée en composantes très diverses, mais composée à 99% de musulmans, la République turque ne pourra pas faire l’économie d’une réconciliation nationale sur le sens à donner à l’identité musulmane du pays.

En cela, les dirigeants de l’AKP, anciens islamistes devenus pro-européens revendiqués, ont sans doute un rôle essentiel à jouer.

Car même si les élites et les classes moyennes citadines de culture laïque et de plus en plus européanisée se méfient d’eux -et ils viennent d’en faire la démonstration éclatante- craignant la réislamisation de la société, il faut tout de même reconnaître au gouvernement sortant un bilan économiquement positif, avec des taux de croissance du PIB de 9, 7,4 et 6% ces trois dernières années. Il ne faut pas non plus oublier qu’en novembre 2002, alors qu’une grave crise financière secouait le pays et que le gouvernement en place était totalement discrédité suite aux scandales nés de la corruption de ses membres, c’est par une très nette victoire aux législatives que l’AKP est arrivé au pouvoir (34% des voix et quasiment les 2/3 des sièges au Parlement du fait de l’éclatement des autres partis). Et le gouvernement qui en est résulté a fait plus que nombre de ses prédécesseurs pour mettre en place les transformations qui ont permis l’ouverture des négociations d’adhésion à l’UE. Ils ont notamment travaillé en étroite collaboration avec les experts du FMI sur les réformes économiques du pays. Et ils ont donné à une population rurale ou d’origine rurale, attachée à un islam populaire et/ou réformiste, le sentiment d’être enfin entendue. Une catégorie de la population d’autant plus reconnaissante que les programmes de soutien financés par les islamistes ont amélioré le quotidien de nombre de personnes.

Il est donc probable que les prochaines élections législatives se traduiront par un nouveau succès pour l’AKP et c’est sans doute dans cette optique qu’il faut comprendre la proposition de réforme institutionnelle visant à permettre l’élection du président de la République au suffrage universel direct. L’opposition, elle, se caractérise toujours par son morcellement. L’universitaire Ahmed Insel, cité par Marc Semo dans un article pour Libération, expliquait récemment qu’il voyait dans les grandes manifestations qui viennent de se dérouler dans le pays la résurgence d’une société civile de gauche, « mais sans leader crédible, sans projet, et otage de partis ossifiés ». Ces manifestations, par les slogans scandés (« ni la charia, ni le coup d’Etat ») sont aussi le signe qu’une page se tourne en Turquie concernant le rôle de l’armée, qui pour la première fois ne jouera a priori pas le rôle majeur dans la protection de la laïcité. Un rôle de toute manière incompatible avec les critères de l’adhésion à l’UE.

Adhésion à l’UE, nationalisme, laïcité, identité collective, place de la religion, poursuite du processus de démocratisation, la Turquie d’aujourd’hui se trouve donc bel et bien à la croisée des chemins.


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22 réactions à cet article    


  • Gazi BORAT 16 mai 2007 12:29

    « La croisée des chemins.. »

    Ce n’est pas la première fois que la Turquie se trouve à ce carrefour.

    La situation actuelle est relativement comprable à l’année 1960 qui vit l’éviction du pouvoir par l’armée du « Demokrat Partisi » sur des motifs de laïcité et d’indépendance nationale.

    La différence est que l’AKP actuel, aussi tenté que le Demokarat Partisi par la voie libérale et la prise en compte de l’identité religieuse, a remplacé par « l’européisme » l’atlantisme de son prédecesseur..

    De plus, si des slogans nationalistes sont apparus dans les manifestations « ni Europe, ni Etats Unis, Turquie indépendante », le recours à l’arbitrage de l’armée semble exlu par le camp républicain (CHP et gauche).

    Concernant le poème pour lequel Erdogan fut emprisonné « Les minarets sont nos lances, les coupoles nos boucliers.. », il me revient à l’esprit que les Kemalistes appelaient autrefois les cheminées d’usine : « les minarets d’Atatürk ».

    Ce qui est amusant, c’est que la Turquie est bloquée à l’entrée de l’Europe par son identité musulmane et qu’apparemment, les laïques souhaitent de moins en moins y entrer.

    Certains opposent même des arguments inhabituels : pour les écologistes d’Özgürlük ve Danisma, l’Europe, c’est le nucléaire !

    gAZi bORAt


    • lyago2003 lyago2003 16 mai 2007 15:42

      Dans tous les pays ou l’armée est intervenue politiquement la dictature s’est installée et finalement ce sont les extrèmes qui en profitent !

      J’espère que celà n’arrivera pas à la Turquie et que celle-ci gardera comme valeur sa laîcité.


      • Gazi BORAT 16 mai 2007 18:33

        @ LYAGO

        « Interventions militaires en Turquie »

        Durant le XX° siècle, l’armée turque est intervenue à 4 reprises.

        1960 : pour la défense du kémalisme et l’indépendance nationale contre le Parti Démocrate. Président de la république et premier ministre sont jugés et pendus.

        1971 : Contre les affrontements politiques entre extrème droite et extème gauche. La période d’état d’urgence qui suit laisse la part belle aux éléments de droite.

        1980 : Contre les affrontements politiques entre extrème droite et extème gauche. La période d’état d’urgence qui suit laisse la part belle aux éléments d’extrème droite et est soutenue par les Etats Unis. Le général Evren met en place une répression sanglante contre les syndicats et la gauche. C’est la période illustrée par le film « Yol » qui obtint la palme d’Or quelques années plus tard au festival de Cannes.

        1997 : La pression de l’armée qui provoque la démission du gouvernement (islamiste) de Necmettin Erbakan est qualifiée en Turquie de « premier coup d’état virtuel ».

        Pour les trois premiers cas, la constitution a été réécrite et l’armée a rendu le pouvoir aux institutions civiles au bout de quelques mois.

        La tradition de l’intervention militaire comme système de régulation de la société turque est ancienne. Les Janissaires, corps d’élite de l’armée ottmane et dont les membres étaient issus des populations chrétiennes de l’empire par la coutume du devsirme, se révoltaient lorsque le Padisa (empereur) ne remplissait pas ses fonctions. Ils prenaient le palis, étranglaient le monarque, mais, légaliste, cédait la place au suivant sur la liste dynastique.

        L’armée turque a ainsi une tradition qui la rapproche de l’idéal prussien. Pour certains officiers, la Turquie n’est pas un pays qui a une armée mais l’inverse..

        gAZi bORAt


      • Gazi BORAT 16 mai 2007 18:46

        @ thierry jacob

        Pour nuancer vos propos, je vous rappellerai que la Turquie est le seul pays musulman a avoir conclu des accords de défense mutuelle avec l’état d’Israël.

        Les dits accords comportent des clauses secrètes que, malgré les demandes insistantes des différents gouvernements, l’état major signataire n’a jamais voulu révéler aux pouvoirs civils.

        Les forces armées turques et Tsahal participent régulièrement à des manoeuvres communes et les pilotes israeliens s’entrainent dans le ciel turc, l’espace aérien israelien étant trop étroit pour cela.

        C’est en raison de ces liens que, durant les années 70, l’ASALA (Armée secrète de Libération de l’Arménie) s’associa au FPLP pour des attentats contre les intérêts turcs et israeliens, deux pays jugés complices dans l’impérialisme.

        La communauté juive de Turquie, à laquelle il faut ajouter les dönme (disciples de Shabbataï Zevi) est influente en Turquie. Pour n’en citer qu’un, le groupe constitué autour du journal Hürriyet, flambeau du kémalisme, appartient à une famille juive.

        Et pour votre culture personnelle, je vous invite à lire les écrits d’Esther Benbassa, native d’Istanbul, et dont les positions sur le nécessaire rapprochement entre Juifs et Arabes sont aux antipodes des vôtres..

        gAZi bORAt


      • stradiuvarius 17 mai 2007 03:39

        Afin de nuancer également votre propos Mr Borat, il n’est pas accessoire de rappeler que les accords militaires bilatéraux entre Israël et la Turquie se font le plus souvent sous le patronage et l’œil attentif des Américains.

        Maintenant, la communauté Juive de Turquie n’est pas nécessairement réductible à l’allégeance faite au drapeau Israélien et ne constitue pas en soi un argument pour abonder dans les liens qui unissent les 2 pays par des groupes de pression ou d’influence réciproque...

        Le ton ouvertement Christianophe ou antisémite des médias de presse relayé par la rue ainsi que par quelques massacres ou tortures commis à l’encontre des minorités « trop visibles » supplante de loin et balaye la terminologie du « politiquement correct » dont vous vous faites le chantre ici.

        Maintenant il est parfaitement louable d’avoir des intentions et des projets, il est cependant toujours plus crédible d’en faire la démonstration .


      • Gazi BORAT 17 mai 2007 10:25

        @ stradivarius

        « Intentions et projets »

        Le premier pas est évidemment une volonté et une attitude de dialogue.. Je comprend que vous hérisse ce que vous appelez le « politiquement correct » et qui n’est souvent qu’un obligation à exprimer pour certains des discours de haine sous un vernis plus acceptable.

        Je ne milite pas pour l’intégration de la Turquie dans l’Europe car je pense qu’elle a plus à gagner, maintenant que l’URSS, dans un rapprochement économique avec les républiques turcophones d’Asie Centrale : Azerbaïdjan, Ouzbekistan, Kazakhstan, Turkmenistan...

        Il ne s’agit pas ici du projet pantouranien « la grande Turquie d’Istanbul à Vladivostok » mais d’une union économique sur le modèle européen.

        L’Europe émet des blocages à l’adhésion turque sur des motifs religieux mais, dans cette démarche, elle démontre elle-même son incapacité à se construire une identité collective hors d’un carcan de référence à des notions archaïques..

        Ce qu’elle reproche elle même à la Turquie !

        gAZi bORat


      • stradiuvarius 17 mai 2007 22:26

        Mr Borat

        Le rejet n’est pas nécessairement la haine. Il y a entre le blanc et le noir des nuances de gris qui ne sont pas aussi dichotomiques et tranchées que vous voulez bien le croire.

        Et sans en passer par le « casser le vernis » pour découvrir un hypothétique complot anti Turc et démasquer les « ennemis » jurés de la turquie qui fomenteraient en secret son démantèlement depuis 1 siècle , on peut légitimement émettre un avis, s’interroger sur l’apport de la Turquie et la nécessité « civilisationnelle » de son intégration à l’UE, sans en passer forcément par la « haine », « la ligue Arménienne », « les terroristes Kurdes » ou les « nazis » n’est ce pas ?

        Je pense avec vous, cela dit, que sa place naturelle est quelque part à chercher dans un rapprochement avec les pays d’Asie Centrale et les réflexes naturels , conditionnés par une culture politique similaire , un ciment religieux identique qui leur permettront certainement de se comprendre, et je l’espère de prospérer, sans susciter une levée de bouclier hostile comme c’est le cas aujourd’hui avec les ¾ des européens......

        A ce titre, quelque puissent être vertueuses les valeurs dont l’Europe se drape pour sceller le destin des 500 millions d’habitants qu’elle recouvre, elle ne peut politiquement parlant passer outre sur leur assentiment (c’est la définition même de la démocratie) ni passer par perte et profit ce que vous appelez les notions « archaïques » et qui renvoient chaque individu, chaque citoyen à son identité en propre .

        Enfin pour « se construire une idéntité commune », l’Europe comme tout espace géopolitique en gestation a nécessairement besoin de carcans, de références, de valeurs fédératrices. Et je ne vois rien qui permette aujourd’hui à la Turquie de rejoindre cet espace sinon pour des considérations économiques qui annihileraient en même temps tout espoir de faire de l’Europe un pouvoir , une force politique cohérente et pacificatrice sur la scène internationale.


      • Gazi BORAT 18 mai 2007 08:38

        @ Stradivarius

        A propos des accords militaires entre la république turque et l’état d’Israel :

        CITATION : Journal Le Temps (Suisse)

        " Accords inédits entre un pays musulman et l’Etat hébreu :

        Manoeuvres militaires communes, collaboration dans le domaine du renseignement, échange de matériel militaire, les contrats ont été renouvelés systématiquement depuis et se sont doublés d’une centaine d’accords économiques et de la création, en 1997, d’une zone de libre-échange.

        Résultat : l’an dernier, le volume des échanges entre les deux pays a dépassé les 2 milliards de dollars, en faveur de la Turquie qui a exporté vers Israël pour un montant de plus de 1,466 milliard de dollars, hors contrats militaires.

        Sans parler des liens culturels et historiques de ces deux pays qui se souviennent de l’accueil réservé en 1492 par l’Empire ottoman aux juifs alors chassés d’Espagne. L’an dernier, plus de 380000 touristes israéliens sont venus visiter la Turquie. "

        FIN de CITATION

        Je ne pense pas que cette alliance soit fragile et historiquement, elle possède ses racines et doit beaucoup moins que vous ne le pensez à une pression de Washington..

        Conclue en 1996, elle a permis quelques mois après, par une collaboration spectaculaire entre le MOSSAD et le MIT, l’arrestation d’Abdüllah Öcallan, leader du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) encore emprisonné à ce jour.

        De plus la Turquie a joué un mauvais tour à la Syrie sur un problème crucial aujourd’hui : l’approvisionnement en eau.

        En effet, l’Anatolie est le chateau d’eau du Proche Orient et la source des fleuves et rivières qui coulent en Syrie est située en Turquie.

        Dans le cadre du GAP (Great Anatolian Project) des barrages ont été construits sur la frontière sud du pays et Israel et la Turquie ont signé un accord permettant l’approvisionnement par aqueduc de l’état hébreu, lèsant ainsi la Syrie.

        Pour ce qui est des racines historiques de l’accord, outre l’accueil des réfugiés juifs de la Reconquista que mentionne l’article, il faut se souvenir aussi du contentieux entre les pays arabes et l’Empire Ottoman lors de la seconde guerre mondiale.

        Les populations arabes de l’Empire, qui était engagé alors dans la guerre du côté allemand, se sont rangées, elles, du côté britannique, en l’espoir de promesses de souveraineté qui seront partiellement tenus (au grand désespoir de T.E. Lawrence).

        Les militaires turcs, en souvenir de ce qu’ils considèrent comme une trahison en concevront une défiance qui dure toujours envers tout ce qui vient de ces pays..

        gAZi bORAt


      • masuyer masuyer 16 mai 2007 22:20

        Thierry Jacob,

        pour information, il n’y a que 3 pays parmi les 25 qui ont inscrit la laïcité dans le cadre légal. Beaucoup de pays européens ont inscrit Dieu dans leur constitution.

        L’Eglise Catholique est au pouvoir en Irlande en Pologne, cela pose-t-il un problème pour vous ? La France à des valeurs qui ne sont pas forcément celles de nos voisins Européens. La question est l’Europe doit-elle devenir française pour être acceptable.

        Et arrêtons aussi de dramatiser le problème de l’Islam. Tous les musulmans ne sont pas des fondamentalistes, ni des nazis comme on pourrait finir par le croire aux dire de certains.


      • Gazi BORAT 18 mai 2007 08:02

        @ Thierry jacob..

        « Etat islamique »

        Le terme n’est pas approprié, la Turquie reste à ce jour une république et non pas, comme certains pays sur le modèle de l’Iran une « république islamique ».

        L’état d’Israel, si l’on reprenait votre logique, serait-il alors une « république judaïque » ?

        L’Allemagne, lorsqu’elle était dirigée par les Crétiens démocrates, était-elle une « république chrétienne » ?

        Restons sérieux..

        gAZi bORAt


      • stradiuvarius 18 mai 2007 12:04

        Mr Borat,

        Il me semble qu’un état laïc faisant explicitement mention de l’appartenance religieuse de ses citoyens sur leur carte d’identité comme c’est le cas en Turquie, laisse plus que songeur sur la stricte séparation du spirituel et du temporel ainsi que de la toute relative Liberté de Culte que l’on octroie à son peuple par ce même procédé.

        Il ne vous aura point échappé , non plus, que les femmes des ministres au gouvernement sont pour la plupart voilées, et que cela aura crée il y a peu quelques distensions voir une vraie polémique au plus haut sommet de l’état notamment avec Mr Sezer....

        La Turquie n’est évidemment pas la République d’Iran. Quoique, elle se heurte il me semble et sans préjugé aucun, à l’omnipotence de l’Islam et son irréductible inaptitude à partager avec la Démocratie les valeurs qu’elle charrie .C’est un point de vu personnel.

        Ainsi que resterait-il de la laïcité en Turquie sans le pouvoir de l’armée ?

        Ne vous semble il pas paradoxale voir incongru qu’un corps aussi rigide et détaché du pouvoir civil, soit finalement le contre poids nécessaire et justifié pour éviter que le pays ne sombre dans la radicalisation religieuse ? A ce titre, et dans ces conditions, peut-on objectivement continuer à parler de démocratie ?


      • Gazi BORAT 18 mai 2007 13:38

        @ stradivarius

        « Peut-on parler de démocratie ? »

        Entre deux putschs, on peut effectivement parler de démocratie. Mais la Turquie n’est pas en Europe, un cas isolé.

        A titre de comparaison, je choisirai (au hasard) la Grêce.

        La Grêce n’est pas un pays laïque, mais on ne lui reproche pas. L’homosexualité (un comble !) y a été, au XX° siècle plus durement réprimée qu’en Turquie

        La Grêce, durant le XX° siècle, a connu, de Venizelos aux années quatre-vingt, plus de périodes de pouvoir militaire que la Turquie.. et on ne lui a pas reproché ces faits.

        gAZi bORAt


      • stradiuvarius 21 mai 2007 01:24

        La laïcité n’est pas un critère et ne constitue donc pas un préalable pour intégrer l’Europe. La France fait en la matière exception. Il est par conséquent normal que l’on n’ait pas reproché à la Grèce le fait qu’elle ne soit pas laïque lorsqu’elle a rejoint l’UE. D’autant plus que le pays est intégralement situé en Europe (géographiquement). Ce qui n’est pas le cas de la Turquie qui est en Asie mineure.

        Il y a l’homosexualité, mais il y a aussi le respect des droits de l’homme, des minorités religieuses, la reconnaissance de Chypre Nord, du génocide Arménien ....

        Et puis, plus important, la volonté, l’assentiment ou le désir des européens de partager leur espace politique avec la Turquie. Hors les ¾ ne le souhaitent pas !

        Mariage forcé ?


      • Gazi BORAT 21 mai 2007 17:24

        @ stradivarius

        Certains points sont complexes, d’autres moins..

        « reconnaissance de Chypre » : je pense que ce point est le moins difficile à résoudre. Cette reconnaissance s’échangerait facilement contre quelques ilots vides, dont certains à deux kilomètres des côtes turques et qui appartiennent aujourd’hui à la Grêce.

        « respect des minorités religieuses » : formulé tel quel, ce point est impossible à traiter. Sinon, n’importe qui pourrait considérer que la France ne reconnait pas les droits de sa minorité musulmane au vu du nombre de demandes rejetées concernant des constructions de mosquées. On pourrait parler de droit à la sécurité des minorités religieuses mais il est difficile de le garantir et des faits divers épars n’impliquent pas un gouvernement..

        « Droits de l’homme » C’est une question primordiale mais, si l’on se réfère aux organismes de contrôle (Amnesty, Human Rights Watch), la France elle-même s’est fait épingler..

        « La reconnaissance du génocide arménien » C’est un sujet important que seuls pourront faire aboutir des travaux d’historiens...

        Pour ma part, je pense que l’avenir de la Turquie n’est ni dans l’islam, ni dans l’Europe..

        GAZi bORAt


      • laurent m 17 mai 2007 01:47

        On nous dit que c’est l’akp qui a rétablit l’économie turque, ce n’est pas aussi vrai. Le pays avait déjà le potentiel énorme de développement que nous voyons aujourd’hui avant qu’il soit vainqueur des élections. Les anciens dirigeants laics ont toujours eu les mêmes projets que l’akp, y compris pour l’Europe. Le succès de ce dernier dans le domaine économique vient de la stabilité de ce gouvernement. Rappelons qu’avant l’akp, celui-ci a changé tous les ans depuis l’ère Ozal. On nous présente souvent la laicité turque comme une mauvaise parodie de celle à la française, car en France l’état ne contrôle pas la religion. Cette différence tient à la spécificité de l’islam qui est plus encline à encadrer la vie de la communauté. La laïcité turque serait donc celle qui est adaptée à cette religion. Ataturk l’a bien compris. Il suffit de voir les réactions très modérées de l’opinion lors de l’affaire des caricatures de Mahomet. La différence de sensibilité et de vision de l’islam en Turquie est aux antipodes du reste du monde musulman. D’ailleurs les pays arabes l’on bien fait savoir lors de la catastrophe d’Izmit en 99. Le monde entier est venu en aide matériellement aux sinistrés, cet élan de générosité qui est à l’origine du rapprochement Turco-Grec a été entaché du scandale des pays Arabes qui mise à part quelques dizaines de tentes marocaines et egyptiennes ont envoyé essentiellement des imams !! (l’Iran, l’Indonésie, la Malaisie ont contribué généreusement comme les européens). La Turquie est un pays expérimental, il ne faut pas l’oublier, c’est même la spécificité des turcs avant même l’empire Ottoman. Ils ont toujours utilisé divers systèmes de fonctionnement de société (politique, langue, alphabet, religion, infrastructures...) enpruntés souvent tel quels aux autres peuples, chinois, perses, slaves, grecs, arabe, français...Les contradictions de la société turque viennent de là. Passionnant, ce pays n’a pas fini de nous étonner, les slogans lors des dernières manifestations sont là pour nous le rappeler.


        • Gazi BORAT 17 mai 2007 10:31

          @ laurent m

          « Instabilité gouvernementale »

          Vous avez raison sur ce point (et sur les autres..)..

          Un des soucis de la république turque est son fonctionnement que l’on peut rapprocher de la défunte IV° république et qui oblige sans arrêt à des formations de coalitions politiques...

          gAZi bORAt


        • armand armand 17 mai 2007 10:56

          Il faut se garder de conclusions hâtives en ce qui concerne la situation politique en Turquie. L’AKP a effectivement jugulé l’inflation et semble moins taraudé par la corruption que les autres partis politiques ; de plus, il ratisse très large. Il a offert un moyen de représentation non seulement aux ruraux conservateurs mais aussi aux classes commerciales montantes, souvent traditionalistes et enracinées dans la province (la famille d’Abdullah Gül et de sa femme vient de Kayseri).Le plus souvent, leur Islam n’a rien de sectaire ni de violent, mais, comme souvent dans les pays musulmans, il repose sur un attachement à des signes extérieurs de moralité comme la lutte contre l’alcool, le foulard islamique, la volonté de sévir contre le ’vice’ (comme lorsque M. Erdogan a maladroitement lancé un projet de pénalisation de l’adultère). Ce qui n’empêche pas M. Gül, dont l’épouse (mariée à 15 ans, elle a poursuivi néanmoins un cursus universitaire des plus honorables !)est l’une des ’femmes à turban’ de l’AKP, d’offrir de l’alcool à des journalistes chez lui. De même, les dirigeants de l’AKP ont gardé de l’Islam une vision universaliste, permettant d’aborder plus sereinement le problème des minorités.Ils sont parfois moins arc-boutés sur le nationalisme à fleur de peau que leurs adversaires laïcs (on a beaucoup glosé sur la différence entre le futur-ancien président, qui n’a jamais voyagé hors de la Turquie, et le candidat de l’AKP, polyglotte, diplômé, connu et apprécié de la plupart des dirigeants mondiaux).

          Leurs adversaires pêchent parfois par le sectarisme social et culturel - on a entendu des manifestants issus des classes occidentalisées des grandes villes exprimer leur mépris pour ces péquenots qui auraient l’outrecuidance de vouloir gouverner.

          Une des complexités de la situation réside dans le rapport schizoïde que la Turquie entretient avec son passé. Les partis laïcs ont affimé que l’AKP voulait ramener l’époque ottomane avec Gül comme Padichah (sultan). Beaucoup de partisans de l’AKP, loin d’être des extrémistes ou des nostalgiques, trouvent simplement qu’on a trop privilégié les techniques, les arts, les penseurs occidentaux au détriment des traditions dans ce qu’elles ont de positif. Là aussi, le clivage est souvent régional : se réclamer de tel ou tel penseur soufi passe très bien à Kayseri, alors qu’à Izmir ce serait vu comme ringard ou obscurantiste. Or il est indéniable que la Turquie doit pouvoir concilier le modernisme kémaliste, qui a empêché le pays de sombrer corps et biens en 1920 et qui a forgé tant d’institutions (Etat, Armée, Education) qui en font un pays largement au niveau européen, avec son passé ottoman. Ce passé ottoman, notons bien, dont tous les pays environnants lui savent gré, et qui fait de la Turquie le meilleur intermédiaire entre l’Iran et l’Occident, entre Israël et les pays arabes, entre pays arabes eux-mêmes.

          Pour finir, un certain pragmatisme turc permet d’espérer un dénouement en douceur. Les journaux turcs ont été nombreux à relever les imperfections du système électoral : le seuil élevé de votes qu’il faut à un parti politique pour obtenir des sièges au Parlement fait que l’AKP, nanti d’une majorité écrasante, ne représente en fait qu’une fraction de la population (tout comme son adversaire principal, le CHP). Et le Président, à qui l’on reconnaît tout de même un pouvoir essentiel, celui de bloquer les nominations dans l’Armée, la Justice, l’Education, est élu par le seul Parlement.

          Une réforme électorale, dont l’élection du Président au suffrage universel, pourrait conférer aux vainqueurs éventuels une légitimité indiscutable. Reste que le conflit entre laïcs et religieux ne s’évanouira pas, et on peut espérer que chaque camp, mesurant la force de l’autre, y vera simplement un débat démocratique dans ce qu’il a de plus fructueux. On peut déjà trouver positif que l’Armée, sans abandonner son rôle de gardien de la laïcité, a été plus discrète que d’habitude, que MM Erdogan et Gül ont montré eux aussi un certain pragmatisme.

          A toutes fins utiles, je précise que ma démonstration n’est pas un plaidoyer pro-AKP - les grandes manifestations laïques ont été un rappel à l’ordre utile - mais que la caricature étant facile, cette mise au point s’imposait.


          • scampine 17 mai 2007 12:27

            « En adoptant les valeurs des vainqueurs de la Première Guerre mondiale, cette république, née des décombres de l’Empire ottoman, a permis d’échapper à la colonisation par les puissances européennes »

            Bonjour,

            Simple rectification : La turquie actuelle n’a pas échappée à la colonisation des puissances européennes parce qu’elle a adopté les valeurs de celles-ci.

            Après la première guerre mondiale, je rappelle que le traité de Sèvres engendre le partage de l’Empire Ottoman entre ces diverses puissances.

            Il aura fallu une guerre d’indépendance victorieuse menée par Kemal Ataturk pour que la Turquie ne soit pas une colonie et en arriver au traité de Lausanne determinant les frontières de la Turquie actuelle.

            Les valeurs républicaines et laiques de la Turquie ne sont donc que le fruit des réformes instiguées par Ataturk par la suite.

            Salutations


            • Marjane Daria Marjane Daria 17 mai 2007 17:40

              @ scampine

              Merci d’avoir apporté cette correction.

              @ tous

              Merci pour vos commentaires et les précisions / éclairages qu’ils apportent sur un sujet à mon sens passionnant et que je suis loin de connaître aussi bien que je le souhaiterais. Je vous lis donc avec attention.

              Marjane


            • Senatus populusque (Courouve) Courouve 20 mai 2007 18:21

              Identité collective ou identité nationale ??


              • Alper 20 mai 2007 20:46

                Perso je ne pense pas qu’on puisse seulement mettre les crispations religieuses en Turquie sur le dos des réformes laïques, mêmes brutales, kémalistes.

                En effet pour des raisons qui sont à analyser, il y a depuis 10-15 ans un phénomène général (mondial) de crispations identitaires, par exemple même en France on parle « d’identité nationale », un autre exemple parmi mille autres, qui justement concerne la Turquie, est le rejet passionnel et violent, dans pratiquement toute l’UE (sauf peut-être au Royaume-Uni) de l’adhésion turque à l’UE.

                Cette passion et cette violence dans le rejet sont signifiantes d’une angoisse, d’une crispation identitaire, identité à laquelle la Turquie ne répondant pas, mettrait à mal. Ainsi, pour justifier le rejet de l’adhésion turque à l’UE, pendant plus d’un an on a rappelé pour principal et essentiel argument, qu’elle n’était pas de tradition « judéo-chrétienne » ou, ce qui revient au même, qu’elle était « trop » musulmane. Un important historien, Jacques Le Goff, a théorisé cela en affirmant que l’Europe s’était justement constituée en opposition à l’Empire ottoman de tradition musulmane.

                Donc les phénomènes de crispations identitaires sont généraux, pour la Turquie elles se traduisent par un puritanisme religieux, qu’il ne s’agit néanmoins pas d’exagérer, en effet ceux qui sont pour l’établissement de la Charia en Turquie sont très peu nombreux et d’ailleurs il n y a aucune chance, à moins d’une guerre civile, que cela arrive.


                • laurent m 21 mai 2007 01:30

                  Quelques chiffres intéressants qui viennent bousculer les préjugés sur la montée de l’islamisme en Turquie. Les femmes se voilant régulièrement tous ages confondus sont passées de 53,4% en 1999 à 48,8% en 2006. Les personnes des deux sexes affirmant en 2006 que le nombre de femmes voilées à beaucoup augmenté ces dernières années est de 64%. Le nombre de jeunes filles entre 25 et 39 ans ne portant jamais le voile est passé de 28% à 41,5% entre 1999 et 2006 d’après le récent rapport de la Tesev (institut de statistiques économiques et sociales turc). Le rapport insiste sur le fait qu’avec l’arrivée de l’akp au pouvoir, le voile ne se cache plus.

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