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Accueil du site > Actualités > International > Turquie : redéploiement diplomatique

Turquie : redéploiement diplomatique

Et si Ankara enfonçait la porte européenne pour la raison principale pour laquelle on la lui refuse ? C’est-à-dire la composante musulmane de son identité ? Dans le bras de fer ganté opposant le Premier Ministre Erdogan à l’Etat Major, apparaît une constante : le gouvernement turc, doucement mais sûrement, neutralise tous les potentiels conflits, du moins dans l’esprit de l’opinion turque, forçant les habitudes et les attitudes sur lesquelles s’est assise la suprématie de l’armée. Mais aussi, l’alliance non déclarée entre l’extrême gauche, une partie des partis laïcs, des « ultras » nationalistes et ces mêmes forces armées. L’ouverture des petits pas à l’est (Arménie) font écho à celle de l’ouest (Grèce). Athènes, qui doit elle aussi faire attention à son opinion publique, joue le jeu, et même relance. Le premier ministre Georges Papandréou, a fait sa première visite en Turquie, un jour après sa victoire aux élections, sacrifiant la règle non écrite de commencer ses visites à l’étranger par Chypre. Ses déclarations sont sans ambigüité : si l’obstacle chypriote se dissout, Athènes sera le meilleur allié d’Ankara dans sa demande d’admission à l’UE. Ce n’est pas une surprise. Déjà, il y a six ans, Papandréou, alors ministre des affaires étrangères avait ouvert la voie. Et cette politique avait trouvé un vrai écho au sein de l’opinion publique. L’ouverture, similaire, envers Erevan, bien plus récente, malgré son côté discret et timoré est une vraie révolution. Non seulement par ce que la normalisation avec l’Arménie était il y a quelques années impensable, non seulement par ce que elle se fait sur l’autel de la diplomatie dite de la « Grande Turquie » et qui considérait comme primordiale l’alliance avec l’Azerbaïdjan, porte de l’Asie centrale turcophone (et dont près du tiers de son territoire est occupé par l’Arménie), mais aussi par ce que cette ouverture isole les ultras laïcs héritiers des Loups gris et porte la confusion au sein de « l’ alliance laïque » citée ci-dessus. Pour Erdogan, l’équation est cristalline : en Turquie, jouer les pacificateurs tous azimuts devient son meilleur atout pour contrer l’omniprésence de l’armée dans le jeu politique. Cela devient flagrant aux frontières sud ; La normalisation à grands pas avec la Syrie, en situation de dépendance, la Turquie détenant la clé des eaux de l’Euphrate. En effet, les grands barrages anatoliens à la région des trois frontières (Turquie, Syrie, Iraq) ont surtout été décidés comme action politique pour pacifier la région kurde. Mais le fait est là : les barrages sont désormais un moyen de pression redoutable pour les deux voisins. En d’autres temps (comme celui qui a permis l’arrestation du chef du PKK Ocalan, refoulé de Damas pour quelques gouttes d’eau), cela était suffisant. Mais Ankara exhibe désormais sa nouvelle alliance avec la Syrie par un mouvement diplomatique encore plus spectaculaire : la fin de son alliance privilégiée avec Israël, voulue et cultivée par l’Etat Major qui l’attribua de toute une symbolique : corridor opérationnel aérien, manœuvres communes, autisme vis-à-vis des pays arabes voisins outrés mais impuissants ; Les temps ont changé. Aujourd’hui Erdogan affirme une solidarité musulmane, critique ouvertement Israël et sa politique aux territoires occupés, et annule les accords militaires. Enfonçant le clou, il préconise une politique d’apaisement avec l’Iran, et négocie avec le président Iraquien, kurde de surcroît, un apaisement et une bonne entente avec l’Iraq, isolant par là même les sanctuaires historiques du PKK à coup d’investissements et de mois en mois par des incursions militaires. 

Ainsi, pour l’UE entre autres, la Turquie ne fait plus partie du problème moyen oriental au sens large dans lequel s’est embourbée la diplomatie occidentale (les Etats-Unis inclus) mais plutôt comme un facteur participant à sa solution.

Les temps ont vraiment changé et la Turquie aussi. Mais elle garde un dogme hérité de la guerre froide : rester stratégiquement indispensable. Atout qu’elle utilise souvent (et cela aussi ne change pas) pour affronter les mutations indispensables en son propre sein. Mutations que l’Europe exige et craint à la fois. 


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8 réactions à cet article    


  • sentinelle 4 novembre 2009 11:48

    @ l’auteur

    merci pour cet article qui met a l’avant scene le pion le plus important de la region...

    lsrael est sur le declin,l’axe turquie iran est entrain de prendre le relais...

    un article qui merite d’etre en UNE


    • sentinelle 4 novembre 2009 12:55

      @ blackos

      oui ma pas besoin de nous mettre la chiure de pipes...

      ce qui serait interessant c’est ton avis ou ton analyse sur la nouvelle donne... a mon humble avis cela sent vraiment le roussi pour l’entité sionard...
      c’est un rapprochement idem pour le rapprochement avec la russie qui aura de grave repercution pour l’occupant de la palestine... au lieu de lire le dégénéré de pipes, profite du temps qu’il reste pour sauver ta famille avant la grand e debacle.....


    • DESPERADO 4 novembre 2009 23:36

      @blackwater
      L’est marrant ton pseudo, Un écusson, tu as les posters aussi ?
      Tu as le t-shirt ?


    • erdar 4 novembre 2009 21:04

      @ l’auteur

      Etrange évolution de la Turquie, n’est ce pas ?

      Je m’explique nous savons que la Turquie ne saura jamais européenne (dans le sens de sarkozy, c’est à dire un ensemble homogène considérant les turcs et à fortiori les musulmans un groupe exogène). Vous me direz ou est l’humanisme, aux oubliettes...Donc l’europe futur va devenir une forteresse, et le gros problème de cette forteresse, c’est qu’elle a des difficultés à vivre en autarcie, et c’est là que tout se complique....nous avons tous besoin d’essence malheureusement.

      Bon, je pourrai en parler longtemps mais autre chose à faire, seulement il y a dans l’esprit des fondateurs de l’europe une idée de propsérité qui ne peut que être viable que lorsque la zone est pacifiée. Je crois que la voie est tracée et cet esprit habite les dirigeants de la Turquie (enfin l’AKP seulement, les autres partis politiques sont loin de tout ça).

      Pour finir, il est intéressant de voir la volte face vis à vis des dirigeants actuel juifs (je ne pense pas que cela se soit passé ainsi sous Isaac rabbin) et enfin la réconciliation avec nos frères arabes (salamalekoum en passant pour mes frères, laurence d’arabie est bientôt mort.. Halala, il (je parle de sarovsky) a vraiment assuré lorsqu’il a intégré la france à l’OTAN (ce qui a laissé la voie à la Turquie, mais pour confirmer se serait bien que les turcs sortent de ce machin comme disait le général).

      J’arrête dans mon délire et je reste toujours avide d’info dans la région la plus prisée et la plus exposée à la 3ème guerre mondiale. Comme on dit jamais deux sans trois.....


      • erdar 4 novembre 2009 22:33

        Vilistia,

        Affaiblira l’UE, d’où la situation qui empêche sarovsky de mettre son véto.

        Donc pourquoi le pays des droits de l’homme ne veulent pas de la Turquie. Tout d’abord d’un point vue de la population, l’image véhiculé du turc est négative suite a une mauvaise immigration (trop de banlieue, trop musulman, trop arriéré). D’un point de vue des élites en France (la clique autour de sarovsky), la Turquie est un concurrent direct donc difficile de laisser de la place à une Turquie qui est trop présente dans la zone d’influence française. Pas besoin d’aller plus loin.....après cette analyse, impossible d’imaginer une Turquie qui mange à la table des européens, surtout quand on ne mange pas de porc.

        Pour la carte Russie, je suis à fond avec Vlad car si l’Iran a été épargné c’est surement en partie grâce à lui (certains disent que c’est le responsable de la guerre en tchetchenie, mais bon fallait voir la situation de la Russie lorsqu’il a pris les rennes, cela aurait pu être pire, lorsque les empires s’effondrent les dommages collatéraux sont inévitables). Et puis pourquoi pas faire un accord avec les russes comme l’acier et le charbon au début de la CEE, je crois que c’est ce qu’il y aurait de pire pour l’Europe et surtout ici.

        Multipolarité, bakale osman torunu olarak bizler sönüyoruz avrupaya girersek onun icin bizim gucumuz bunu kenara koymak ve ileri bakmaktir.

        Selamlar Osman torunu cCc

        http://www.youtube.com/watch?v=3VSvu4sokoE&feature=related


        • Christoff_M Christoff_M 5 novembre 2009 02:21

          On refuse pour la façade, il ya longtemps que Sarkozy et Clinton envoient des émissaires en sous main pour négocier avec les turcs, les syriens que l’on entend plus depuis un moment, ont du avoir de bonnes promesses de contrats et d’aides au développement pour fermer leur clapet...

          Quand au turcs ils méritent meilleure considération que beaucoup de nos « amis » nord africains qui sont des dictatures à peine voilées... les turcs sont plus européens que beaucoup de nos soi disant alliés ou amis du pouvoir sarkozyste, qui vendrait des tapis à des dictateurs pour sauver les finances dans le rouge de notre pays...


          • Internaute Internaute 5 novembre 2009 09:23

            La Turquie n’a pas sa place dans l’Union Européenne car cette dernière y perdrait son caractère européen. En plus, étant donné les bas salaires turcs, cette entrée serait la cause d’une nouvelle vague de délocalisations et de montée du chômage dans nos pays. Au point où on est, cette vague sera la dernière car on a atteint le fond.

            L’entrée de la Turquie n’est d’ailleurs plus à l’ordre du jour puisque la Turquie a les mêmes avantages que les autres pays européens pour tout ce qui concerne l’économie. C’est à comparer aux immigrés à qui on donne les mêmes droits qu’aux autochtones et qui par conséquent se fichent d’avoir la citoyenneté française. Ayant obtenu tout ce qu’ils voulaient, les turcs ont moins besoin de l’Israël pour rentrer dans l’UE.

            Le principal partenaire économique de la Turquie est la Russie. Le grand tournant turc est l’abandon du dollar (et de l’Euro) dans ses relations commerciales avec l’Iran, la Chine et la Russie.

            http://en.rian.ru/business/20091028/156617011.html


            • Hesprides Hesprides 5 novembre 2009 09:50

              Quiconque se balade à Istanbul se rendra compte que ce pays et cette ville est au centre d’une dynamique qui draine l’attention, les peuples, les richesses, le commerce....... d’un ensemble géographique qui s’étend des Balkans jusqu’au Xing-jiang chinois en passant par le Caucase, l’Iran, l’Asie centrale, la Syrie et le levant et n’était-ce l’entité sioniste et l’influence saoudienne, l’Égypte aurait aussi le yeux braqués vers la Turquie.

              Ce pays va jouer un rôle majeur, ne serait ce qu’a travers les liens étroits qu’il a avec le nouveau centre du monde énergétique qu’est l’Asie centrale..

              Fini le saoudistan et le sionistan qui font partie de l’ancien échiquier mort avec l’empire.

              Il faut par contre observer de près toute tension entre IRAN et Les pays du golf (Arabie saoudite), cela risque d’être le point déclencheur, car jusqu’à maintenant ils s’affrontent indirectement dans le bourbier irakien

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