Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > Turquie : trois points pour comprendre Taksim

Turquie : trois points pour comprendre Taksim

Depuis vendredi dernier, tous les regards se braquent sur la Turquie. La République laïque, sise aux portes de l’Europe, connaît un mouvement de contestation de grande ampleur. En cause : la politique conservatrice menée par Recep Tayyip Erdogan, accusé de porter sur les fonts baptismaux l’islamisation de la société. Le projet immobilier défigurant le parc Gezi aura été l’allumette jetée dans le baril de poudre.

Place Taksim : l’histoire d’un mouvement arc-en-ciel. Vendredi dernier, alors que des manifestants s’élèvent pacifiquement contre la construction d’un complexe immobilier transformant le parc Gezi, les forces de police, visiblement irritées, réagissent de manière disproportionnée, usant notamment de gaz lacrymogène, de canons à eau et de matraques. Une répression brutale, au mieux inconsidérée, s’abat alors sur la place Taksim et met le feu aux poudres. Ces dérives, rapidement qualifiées d’« autoritaires », mobilisent un peu plus les Stambouliotes, qui réclament désormais un aggiornamento politique au sommet de l’État. C’est la réponse du berger à la bergère : devant la violence des autorités, les contestataires se doivent de jeter les griffes. La main tendue se mue en poing serré. Et plusieurs débordements viendront encore radicaliser les positions, tuant ainsi dans l’œuf toute tentative d’arrondir les angles. La police décide alors de se retirer de la place, tandis qu’Erdogan reconnaît à mots couverts la brutalité excessive des forces de l’ordre. Depuis lors, le calme (relatif) a repris ses droits et les deux camps semblent miser sur la résignation pour sortir de l’impasse. Un coup d’arrêt momentané qui permet en tout cas à la presse internationale de se pencher sur la sociologie du mouvement. Et c’est peu dire qu’il ratisse large, puisqu’il transcende tant les générations que les convictions religieuses et les sensibilités politiques. L’AKP a beau pointer du doigt une minorité active, volontiers assimilée au terrorisme, tout défenseur de la laïcité, de la liberté, du pluralisme et de la démocratie pourrait en réalité venir gonfler les rangs de cette vague contestataire qui embrase le pays. Contrairement aux révolutions arabes, nourries par une jeunesse désœuvrée, les rassemblements qui se font jour dans des dizaines de villes turques réunissent des universitaires, des militants du CHP – le parti d’Atatürk –, des artistes, des professeurs, des travailleurs ou encore des syndicalistes. Mais revenons à Taksim, l’épicentre du mouvement. Au menu : une bibliothèque improvisée, des concerts spontanés, la distribution (gratuite) de denrées alimentaires, des séances de lecture publique ponctuées de débats acharnés. Et le cadre n’a sans doute pas été choisi au hasard : la place revêt un caractère symbolique prééminent. Étroitement lié à l’avènement de la République, cet espace public fait office de marque de prestige pour l’ensemble de la nation turque, un lieu de liberté à la fois récréatif et culturel, entouré d’établissements de tout genre. Plusieurs gouvernements ont été embarrassés par les manifestations y étant organisées à l’occasion du 1er mai. Enfin, last but not least, à la fin des années 1990, alors qu’il était encore maire d’Istanbul, Erdogan a dû faire face à une vaste polémique découlant de rumeurs lui imputant la volonté d’édifier une mosquée au cœur même de la place. Ironie de l’histoire ?

Une islamisation rampante de la société. En Turquie, une idée s’obstine : l’AKP aspirerait à l’islamisation progressive de la société. Il faut dire que l’analyse factuelle apporte de l’eau au moulin de ses adversaires. Ainsi, le gouvernement islamo-conservateur tient le pays en lisières et met en œuvre une politique au mieux équivoque, aidé en cela par des médias vassaux et une opposition réduite au silence. Mais peut-on pour autant parler de vieilles lunes islamistes ? Les manifestants ont-ils raison d’agiter le chiffon rouge de la théocratisation des institutions ? Outre les restrictions portant sur l’alcool et les polémiques soulevées à l’encontre de Turkish Airlines, le pouvoir en place a effectivement multiplié les dérapages. Pourquoi donner au troisième pont du Bosphore le nom d’un sultan ottoman – Sélim 1er – qui a massacré plus de 40 000 alévis (des musulmans libéraux issus du chiisme, fortement implantés en Turquie) ? Comment expliquer cette mise au pas de l’armée, de la presse et de la justice, notamment via les affaires Ergenekon et Bayloz ? Peut-on y déceler autre chose que le signe d’un pouvoir qui aspire à l’hégémonie, qui n’hésite en aucun cas à mettre sous les verrous ses détracteurs ? Pourquoi autoriser – donc légitimer – le port du voile islamique dans certaines universités ? Comment tolérer la condamnation pour blasphème du pianiste Fazil Say ? Quid alors de la liberté d’expression ? Que signifie vraiment cette interdiction de vendre des boissons alcoolisées durant la nuit ou à proximité des écoles et des lieux de culte ? Et comment ne pas crier au scandale devant ces sournoises tentatives de limiter le droit à l’avortement ou de prohiber l’adultère ? Pourquoi ces injonctions répétées portant sur la nécessité de faire au moins trois enfants ? Et la suppression de la pilule du lendemain ? Les contestataires de la place Taksim, à l’aune de ces éléments, ne pouvaient mésestimer la menace d’islamisation de la Turquie. C’est la raison pour laquelle ils tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme. D’autant plus que l’AKP ne s’arrête pas là : à l’école, en plus du cours de religion obligatoire, le nouveau programme prévoit l’enseignement optionnel du Coran. Le Premier ministre Erdogan ne cache d’ailleurs pas son ambition de former une « jeunesse religieuse ». De quoi rebuter laïcs et libéraux. Et ce ne sont certainement pas les centaines de journalistes, avocats, étudiants, militants politiques ou Kurdes qui croupissent en prison, accusés de « terrorisme », qui vont les rassurer. Petite piqûre de rappel forcément salutaire : avant même d’endosser le costume de Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan avait promis de construire des minarets dans tout Istanbul. Et on lui doit en outre cette citation à tout le moins déroutante : « Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats » Et si l’homme porté au pouvoir par la crise financière et l‘instabilité politique, celui qui est parvenu à multiplier par trois le revenu par habitant, celui qui a généralisé l’accès à l’éducation et à la santé, cherchait en fait à piétiner l’héritage kémaliste ? Une question qui doit tarauder plus d’un républicain…

Vers une révolution de palais ? En l’absence du Premier ministre, en tournée au Maghreb, le président Abdullah Gül et le vice-Premier ministre Bülent Arinç ont tenu les rênes du pays. L’occasion pour eux de s’inscrire en faux contre Recep Tayyip Erdogan et de faire montre d’ouverture. Une manière aussi, peut-être, de se positionner en vue des futures échéances électorales. Les dissonances ont en tout cas foisonné au sommet de l’État, le président turc se permettant même de jouer des épaules pour mieux se poser en concurrent naturel de l’ancien maire d’Istanbul. Et quand on sait, en outre, qu’Abdullah Gül et Bülent Arinç sont réputés proches de la confrérie religieuse de Fethullah Gülen, un intellectuel et imam turc installé aux États-Unis, principale force d’opposition à Erdogan dans la mouvance politique musulmane, on peut légitimement se questionner quant à la stabilité du pouvoir en place. Pourtant, Gül et Erdogan ont longtemps été des compagnons de route inséparables, les deux étoiles montantes du parti Refah dans les années 1990. Ensemble, ils ont réinventé l’islamisme en fondant l’AKP, le Parti pour la justice et le développement. Mieux encore : en 2002, alors qu’Erdogan est toujours frappé d’une peine d’inéligibilité, Abdullah Gül occupe la fonction de Premier ministre. Mais, en 2007, quand ce dernier accède à la présidence en dépit des réticences de son « ami », la machine se grippe, la tension monte et l’hostilité se fait jour. Qu’on se le dise : les prochaines échéances électorales risquent encore d’exacerber un peu plus la rivalité qui oppose les deux hommes forts de l’AKP. Car, au terme de son troisième mandat, en 2015, Erdogan ne pourra plus prétendre au poste de Premier ministre. Il pourrait dès lors se rabattre sur une présidence revalorisée : en effet, pour la première fois, l’année prochaine, le titulaire du fauteuil résultera directement du suffrage universel. Le Premier ministre rêve de saisir l’occasion pour réécrire la charge, aujourd’hui essentiellement honorifique. Car si Ankara venait à adopter un régime à la française ou à l’américaine, voire un mélange des deux, il pourrait, en cas de victoire, conserver les commandes du pays. Un scénario que l’on croirait tout droit sorti de l’imagination d’un certain Vladimir Poutine. C’est dire…

 

Lire aussi :

Turquie : Erdogan s’attaque (encore) à l’alcool – LSV #8

Révolution en Syrie : deux tableaux parallèles

Tiananmen, 1989 : la Chine ébranlée


Moyenne des avis sur cet article :  4.43/5   (7 votes)




Réagissez à l'article

10 réactions à cet article    


  • Rensk Rensk 7 juin 2013 11:12

    Deux choses, il y a eu mort d’homme par arme a feu... soit disant « on ne sait pas par qui »...

    Puis il y a eu l’organisation de réception a l’aéroport (3’000 personnes) d’Erdogan (comme cela se fait pour des sportifs ?)... Or donc cela nous montre qu’il perd du terrain et qu’il a besoin de « fan » pour montrer a tous qu’il est quand-même encore un poil soutenu.

    PS : Quand votre Président rentre de l’étranger, y a-t-il aussi des fans a l’aéroport ?


    • Aslan 7 juin 2013 12:49

      Faux !!!

      Il n’ y a pas eu de mort par armes à feux . Si vous persistez a maintenir le contraire, merci de me préciser le nom de la victime et le lieu du décès.
      Il y avait beaucoup plus de 3000 personnes pour accueillir RTE cette nuit.

      RTE n’ apas besoin de fans mais d’ électeurs. Et jusqu’à preuve du contraire, il en a convaincu 21.5 millions il y a tout juste 2 ans.

      Vous propagez le mensonge mais des turcs sincères comme moi seront là pour rétablir la vérité.

      La dernière fois que RTE est venu a Strasbourg, nous étions plus de 5000 pour l’ accueillir. Là, iln’y a eu que quelques dizaines de mainesfants contre Erdogan sur la place Kléber... 

      La majorité silencieuse sort de son silence et rétablit la vérité...


    • fukara67 7 juin 2013 13:25

      @aslan


      il voit leur manifestants comme des millions et les millions ils voient comme des 1000 !!!! Ils sont aveuglés par leur haine de l’islam et des musulmans

      oui on sera la pour rétablir la vérité

    • fukara67 7 juin 2013 13:23

      vous racontez plein de bêtises monsieur


      je ne vais prendre que 2 3 exemples : 

      - le nom du 3eme pont. yavuz sultan selim était un des plus grands sultans. il a ramené le califat en Turquie alors qu’avant il était aux mains des arabes. il a triplé la surface du pays. i la réunifier les tribus et vous pour vous ce grand sultan ne mérite pas le nom d’un pont ???

      - il est quand même incroyable que vous défendiez la vente d’alcool près des écoles vous avez un grain dans la tête ? l’alcool ést un féleau même en france la mairie de lyon interdit la vente d’alcool entre 22h-6h comme en turquie
      il y a le maire de kadikoy (istanbul) appartenant à CHP (opposition) qui a fait exactement la même chose

      - comment l’AKP a réduit l’opposition ?? tout se déroule normalement. sauf que l’opposition ne trouve rien d’autres que d’insulter les citoyens « gobegini kasiyan adamlar, bidon kafalilar » je ne traduis même pas !
      il croit que les gens votent pour AKP en échange des pates ?? 

      - depuis 50 ans la turquie était endetté envers le FMI, et Erdogan non seulement ne prend plus d’argent mais a fin ide tout rembourser !!! vous croyez que c’est bon pour les affaires des grands financiers ??

      - les intérêts en Turquie dépassés les 70 80 120 150 % !!!!!! aujourd’hui on est à moins de 10% !!! vous croyez que c’est bon pour les affaires des grands financiers qui avaient sucer le sang des grecs des espangnols même des français !!!

      - GUL ET ERDOGAN en rivalité ??? vous rigolez ou quoi !!! 2002 erdogan ne peut pas être éligible, gul est 1er ministre. 2003 Erdogan revient et Gul cède sa place sans aucune bagarre ! 

      - 2007 tout le monde pense que Erdogan va devenir président de la République, il est le mieux placé, le plus légitime, il fait quoi ??? il déclare « nous avons décider de faire de mon FRERE Abdullah GUL, le prochain président !!!! De quelle conflit vous parlez ?? Tout le monde était émue à l’époque, jusqu’à présent personne n’avait laisser sa place à quelqu’un d’autre. 

      - Vous dites Erdogan ne pourra plus être 1er ministre en 2015 mais de qui vous vous foutez. En Turquie il n’y a aucune limitation pour être président du parti donc députés donc 1er ministre. Dans l’ancien système le président était élu à l’assemblée pour 7 ans mandat unique. Dans le nouveau c’est le peuple qui va élire 2X 5 ans maximum. 

      Sauf que Erdogan a instauré une règle applicable uniquement pour son propre parti. Personne ne pourra se représenter députés au nom de AKP 3 fois de suite ni être président du parti. Il peut revenir par la suite. 

      DONC UNE PERSONNE QUI SOIT DISANT EST DICTATEUR INSTAURE UNE REGLE POUR NE PLUS POUVOIR SE REPRESENTER !!! Quel dicateur !!!

      L’année prochaine il y a les municipales et présentielles. Probablement Erdogan va être président avec des pouvoirs élargis et Gul 1er ministre. Ils ne sont pas en conflit. 

      Les déclrations de GUL ET ARINC ne sont pas un désaveu de leur leader mais simplement un apaisement, ca s’appelle de la communication. 

      Pour terminer sur un autre mensonge : »« Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats » 

      ce poème n’est pas un poème d’Erdogan. C’est un poète qui date de l’époque d’Ataturk qui avait écrit. Il l’a tout simplement cité dans un meeting qui lui a valu une interdiction de faire de la politique. 

      tous les démocrates qui aboient aujourd’hui, ils étaient tellement content qu’ils avaient un orgasme !!!! finalement la démocratie c’est pour ma gueule mais je t’emmerde c’est ça !!

      Aujorud’hui les détracteurs d Erdogan souhaitent qu’ils soient à l’écoute. Or quand ils étaient au pouvoir c’est l’armée qui commandait ! dans une démocratie vous croyez que c’est normal ??

      Quand au reste que des conneries quoi de normal qu’un premier ministre qui sait que sans une population jeune le pays risque de sombrer avec un effondrement des régimes de retraites etc que les familles aient au moins 3 enfants ??

      en France les allocations familiales c’est pour les cigognes ?? n’est ce pas pour inciter aussi à faire des enfants ??

      j’arrête là parce que vos mensonges sont ignobles

       

      • vesjem vesjem 8 juin 2013 10:44

        ok pour tes précisions , fukara67 , mais pourquoi la turquie est-elle une base avancée de l’occident ?


      • alainminc alainminc 7 juin 2013 13:38

        Ces turcs sont tellement chauvins ... j’adore !  smiley


        • COVADONGA722 COVADONGA722 7 juin 2013 15:15

          yep Erdogan s’etait astucieusement appuyé sur deux partie de la population, Ayant satifait
          aux desirs de celle partisante du liberalisme economique . Il s’est mis en devoir de satisfaire celle qui voulait le retour aux traditions et au coran.Yep c’est oublier que la dérégulation et le liberalisme economique s’accompagne inévitablement d’une destructuration sociétale et que la loi du marché ne se satisfait pas d’interdit moraux !
          C’est la classe qui à le plus gagné dans les derniers mandats d’Erdogan qui est dans la rue désormais !
          Asinus : ne varietur


          • alu99 7 juin 2013 16:20

            c’est un na zi islamiste qui ne changera jamais. avant, il voulais passer en force, maintenant c’est islamisation rampante. c’est ce fou qui disait ’ les minarets sont nos baionnettes, les mosquées nos casernes ,

            hier,les djihadiste de merdogan veulent massacrer les manifestants

              la foule, agitait des drapeaux turcs en scandant "nous sommes prêts à mourir pour toi, Tayyip« ou encore »allons-y, écrasons-les tous".


            • alu99 7 juin 2013 16:25

              ne pas oublier que ce type est un grand charlatant et manipulateur, i la ete durant 10 ans chef de propagande de son ancien parti islamiste.
              il maintient volontairement la pop dans la pauvreté (60% turques vivent avec 300e/mois,
              leur distribue ensuite des caides alimentaires pour se fiare passer pour un samaritain,
              les controle en les poussant plus dans l’islamisation )


              • victoria victoria 16 juin 2013 08:53

                https://www.facebook.com/photo.php?v=466767483418185


                Hommage pour le mort par arme à feu...

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès