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Accueil du site > Actualités > International > Une biographie de Pinochet

Une biographie de Pinochet

Quasi systématiquement, au cours des dernières années, l’ex-dictateur a été hospitalisé d’urgence alors qu’un événément important s’annonçait du point de vue judiciaire, ce qui fait douter les avocats des parties civiles de la gravité de son état de santé. Il semble tout de même qu’aujourd’hui, alors qu’il vient de fêter ses quatre-vingt-onze ans, son état de santé s’est particulièrement détérioré, puisque l’Eglise a annoncé lui avoir donné l’ extrême-onction.

Né à Valparaiso le 25 novembre 1915, Pinochet est entré à dix-huit ans à l’Ecole militaire et a été nommé chef des armées à cinquante-sept ans, en remplacement de Carlos Prats, son prédécesseur, devenu ministre de l’Intérieur de Salvador Allende. Le 23 août 1973, il était confirmé à son poste par Allende lui-même, et lui jurait sa loyauté. Quinze jours plus tard, le 11 septembre 1973, il prenait la tête du coup d’Etat, faisait bombarder la Moneda et inaugurait une dictature qui allait durer dix-sept ans.
En 1980, après une phase de répression et d’exil de nombreux opposants, il faisait voter une constitution dans laquelle il concentrait tous les pouvoirs. Un an plus tard, il se proclamait président pour huit ans. En 1983 et 1984, il faisait réprimer d’importantes manifestations et inaugurait une période de restriction budgétaire et de réformes économiques, sous l’égide de "l’Ecole de Chicago".
Le 7 septembre 1986, Pinochet sort miraculeusement indemne d’un attentat. S’ensuit alors une période de répression, et en 1988, la junte militaire le désigne candidat unique à sa succession pour la période 1989-1997. Il pense alors gagner facilement le référendum, mais l’opposition s’unit et accepte de participer. Finalement, le non l’emporte avec 55,2% des voix.
Après l’élection de Patricio Aylwin en décembre 1989, Pinochet est resté influent de longues années. Chef des armées durant encore onze ans, il s’était aussi garanti un poste de sénateur à vie, charge à laquelle il devait renoncer en 2001, tout en préservant son immunité en tant qu’ ex-chef de l’ Etat. Cela a considérablement ralenti les juges qui, chaque fois qu’ils ont voulu le mettre en examen, ont dû auparavant demander la levée de cette immunité.
Selon l’informe Rettig, il y aurait eu, durant la dictature, 3197 victimes, dont 1192 détenus disparus (dont les corps n’ont jamais été retrouvés).

Une fin de vie marquée par les poursuites judiciaires
C’est le juge espagnol Balthazar Garzon qui, le premier, a obtenu la détention de l’ex-dictateur le 17 octobre 1998, à Londres. Pinochet a alors été retenu près d’un an et demi, poursuivi pour faits de torture, génocide et terrorisme. Mais les lords anglais ont finalement décidé de le renvoyer au Chili, pour raison de santé.
Après son retour (et son rétablissement spectaculaire), Pinochet a été privé de son immunité parlementaire, en août 2000, dans le cas caravane de la mort. L’Argentine a aussi demandé son extradition pour son rôle dans l’assassinat de son prédécesseur, le général Prats, ainsi que de sa femme, à Buenos Aires en 1974.
En janvier 2001, le juge Guzmann le poursuit et l’assigne à résidence pour l’exécution politique de soixante-quatorze prisonniers en 1973, mais il est ensuite exonéré de poursuites en 2002 pour cause, selon les médecins, de "démence légère".
En août 2004, il est de nouveau accusé pour les crimes de l’opération Condor, un système de coordination des dictatures latino-américaines pour poursuivre et assassiner leurs opposants.
En décembre 2004, la Cour d’appel lui retire son immunité pour l’assassinat du général Prats, mais il est définitivement relevé de cette accusation en avril 2005, de nouveau pour raison de santé.

Enrichissement illicite
L’ex-dictateur affronte aussi des poursuites dans des affaires financières, comme celle des comptes secrets à la banque Riggs aux Etats-Unis. En juin 2005, il est accusé de fraude fiscale, d’utilisation de faux passeports, de fausses déclarations pour éviter les mesures de précaution judiciaires dans le cadre de sa détention à Londres. Le mois suivant, il est accusé pour l’opération Colombo, qui avait couvert la disparition de cent-dix-neuf opposants en 1975.
Le 19 octobre 2005, la Cour suprême approuve les poursuites pour les comptes secrets et le 18 novembre, il est soumis à une confrontation historique avec son ancien bras droit, l’ex-chef des services secrets Manuel Contreras.
Finalement déclaré mentalement apte pour un procès, Pinochet devait être interrogé le 23 novembre 2005 et mis en examen pour corruption et fraude au fisc. Le jour suivant, il était poursuivi pour la disparition de six militants de gauche, et le juge décrétait de nouveau son assignation à résidence.
Fin décembre 2005, il payait une caution de 24 millions de pesos, mais deux jours plus tard la Cour d’appel le poursuivait de nouveau pour malversation de fonds publics. En janvier 2006, il payait une autre caution de 19 000 dollars pour l’opération Colombo. Le 11 janvier, son immunité était de nouveau levée pour une série d’ homicides, et le 25 novembre dernier, le jour de son anniversaire, il présentait une lettre publique dans laquelle il déclarait finalement "assumer la responsabilité politique de ses actes".

http://www.ruevalparaiso.blogspot.com


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17 réactions à cet article    


  • clairette (---.---.195.222) 4 décembre 2006 14:40

    C’est quoi « l’extrême onction » ? Un sauf conduit pour le paradis, via le purgatoire ? Dommage, il aurait bien mérié l’enfer (si ça existe encore ?)

    Quant à la justice immanente, difficile d’y croire ! quoique mourir à 91 ans, c’est bien trise !


    • clairette (---.---.195.222) 4 décembre 2006 14:42

      « mérité », voulais-je dire !


    • bj33 (---.---.206.205) 4 décembre 2006 14:50

      C’est un résidu de l’alliance du sabre et du goupillon...

      Au moins, en l’absence de justice immanente, il n’aura pas été arraché prématurément à l’affection des siens.... très net progrés par rapport à ses victimes directes et indirectes.


    • LE CHAT (---.---.75.49) 4 décembre 2006 15:53

      comme quoi ce sont les meilleurs qui partent les premiers !


    • ZEN zen 4 décembre 2006 16:57

      Merci à la CIA d’avoir favorisé son accession musclée au pouvoir, à Mme Thatcher de l’avoir soutenu dans ses vieux jours, aux banques chiliennes et américaines d’avoir fait prospérer sa petite fortune, à la Démocratie Chrétienne chilienne d’avoir laissé tranquille ce bon chrétien, à l’Eglise de Santiago d’avoir béni sa croisade salutaire...


      • Samuel Pickman 5 décembre 2006 11:20

        excellente biographie, doit-on en conclure que nous allons bientôt le regreter (c’est la formule) puiqu’il est trés malade et qu’aucune action judiciare urgente ne semble sur le point de le toucher ?


        • Gelone 5 décembre 2006 16:14

          Pourquoi, M. Roman, ne dites-vous rien des élections législatives de mars 1973, perdues par Allende, aspirant dictateur marxiste, mis hors d’état de nuire au moment opportun ?

          Parce que, voyez-vous, le Golpe a une toute autre signification, quand on sait que l’Unité populaire était désormais minoritaire dans le pays.

          Je sais bien qu’à gauche la règle est de faire l’impasse sur ce « détail », mais j’attire votre attention sur le fait que la propagande « progressiste » ne dispose pas du monopole de l’expression, sur le web.

          L’occasion est bonne de le rappeler.


          • Gilles Roman 5 décembre 2006 16:32

            Parce que, Mr Gelone, l’ article que j’ ai voulu écrire n’ est pas une analyse de l’histoire récente du Chili, mais une biographie de Pinochet, avec des faits précis. Comme par exemple le fait qu’il a été placé à son poste par Allendé lui-même et qu’il a juré fidélité à la constitution quelques jours seulement avant de prendre la tête du coup d’ Etat ou qu’il a fait assassiner son prédécesseur (le général Prats) qui, je pense n’était pas vraiment considéré comme un dangereux communiste !


          • tonio tonio 5 décembre 2006 16:57

            Gilles : je ne vois pas pourquoi tu te fatigues à répondre.. en quoi ça change le coup d’état le fait qu’Allende ait perdu les législative ? Lorsque Chirac n’a pas la majorité on ne va pas faire un coup d’Etat.

            De plus je ne crois pas que la gauche fasse impasse sur ce détail,c’est plus les extrémistes qui tentent de justifier un coup d’Etat sanguinaire.

            article très intéressant.


          • Gelone 5 décembre 2006 16:57

            Dérisoire parade. Extraire le Golpe de son « contexte électoral » revient à se positionner dans le camp d’une propagande de gauche quasi monopolistique hors Internet. Un authentique souci de la vérité ne saurait s’en accomoder.

            En outre, que Pinochet ait prêté serment à la constitution, c’est bien le moins. Il en allait de sa vie à lui. Ou à tout le moins de sa liberté d’action, pour sauver le pays.

            Quant à l’exécution de Pratts, je n’en parlerai pas, ne connaissant pas assez le personnage. Certains disent qu’il a été liquidé par la CIA... Il faudrait en savoir plus sur les tenants et aboutissants.


          • Gelone 5 décembre 2006 17:01

            ...c’est plus les extrémistes qui tentent de justifier un coup d’Etat sanguinaire.

            Ce sont les faits, rien que les faits, qui justifient le « coup d’Etat sanguinaire »... Et, comme disait votre copain Lénine, ils sont têtus.

            De toute façon, vous n’y pouvez plus rien. Pinochet a gagné, la révolution marxiste a perdu et « l’histoire ne repasse pas les plats ». Résignez-vous donc.


          • Romain Baudry 5 décembre 2006 17:55

            Apparemment, Pinochet va mieux et sa vie ne serait plus en danger ! Quant à savoir si elle l’a jamais été...

            Quoi qu’il en soit, la nouvelle est plutôt positive : un procès posthume n’aurait pas beaucoup de sens.


            • Gelone 5 décembre 2006 18:34

              Un procès en sa présence non plus.


            • PAF (---.---.20.15) 5 décembre 2006 20:14

              C’est fou comme certains tombent toujours malades au bon moment.... Il faudrait en parler à ceux qui ont été torturés ou/et disparus, peut-être auraient-ils apprécié cette possibilité...offerte à un personnage très peu recommandable...

              Mais on nous dira encore que tout ceci n’était rien, que le Chili était dans un état déplorable, qu’il menaçait de tomber dans la sphère « bolchévique » !

              C’est sûr, il n’y est pas tombé, il est resté dans la sphére d’ITT, Olivetti et autres groupes engagés dans la lutte contre le Frente... Kissinger y a mis lui aussi la main... C’est dire !

              Surtout quand on sait que le Chili devait servir de laboratoire aux expériences économiques américaines...

              On ne parlera pas non plus du projet Condor qui regroupait les collègues de Pinoche dans un plan de grande envergure...

              On ne parlera surtout pas du trafic de drogue qui permettait d’obtenir des fonds « spéciaux »...


              • clairette (---.---.22.131) 6 décembre 2006 14:31

                ça y est ! il est ressuscité ! Merci à Bj 33 qui m’a donné une excellente définition de l’extrême onction, de me dire si elle peut être prodiguée plus d’une fois ? Pour ma part, je préfèrerai que pour la deuxième cérémonie, l’évêque applique seulement le tranchant du sabre, sans s’embarrasser du goupillon, pour ce bon Pinochet !


                • GonzO (---.---.120.36) 6 décembre 2006 15:27

                  Je n’y croit même pas !!! Il existe encore des gens qui croit que Pinochet à sauvé le Chili (Gelone) en tuant des multitudes de personnes, juste parce qu’ils n étaient pas daccord avec lui ! Mon Grand Père, qui dirigeait le parti Communiste au nord du chili (Iquique), c’est fait arrêté le 10/09/73 au soir et il a était perdu au mois d’octobre après un jugement équitable (Juste les militaires). Excusé moi, mais une personne qui tue pour protégé ses idée n’est rien d’autre qu’un dictateur qui ne pense qu’a lui.

                  Et je pense la même choses des dictateurs, de gauche, du centre ou d’où qu’il soit !

                  Signé : Un chilien vivant en France et sans parti pris mais avec une blessure infligé par un personnage qui n’a pensé qu’à lui et au personnes aisés du Chili (très, très, très peu nombreuses)


                  • Z.... (---.---.71.55) 8 décembre 2006 18:13

                    Pinochet a volé au minimum 26 millions de $,a commandité des assassinats,des viols,des tortures,voila ce qu’est l’extrème droite un ramassis des gangsters psychopates tueurs en série et ça toujours été comme ça.

                    Avis aux LePenistes...

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LYonenFrance


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