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Accueil du site > Actualités > International > Une force d’interposition en Somalie

Une force d’interposition en Somalie

La Somalie vit depuis 1991 dans une situation de chaos. Le gouvernement « légitime » et reconnu comme tel par la communauté internationale est complètement impuissant, et a été forcé à l’exil après d’incessantes batailles entre seigneurs de guerre. Depuis quelques mois, les tribunaux islamistes ont incontestablement pris le dessus et contrôlent aujourd’hui onze régions sur douze. Comme cela s’est déjà vu dans d’autres régions du monde, ils arrivent, rétablissent l’ordre, et obtiennent par ce seul fait le soutien d’une population locale excédée par l’instabilité et la violence. Les tribunaux islamistes ont ensuite toute latitude pour mettre en place leur politique de haine.

En face, l’Ethiopie se sent directement menacée par l’arrivée au pouvoir des tribunaux islamistes. Principal soutien international du gouvernement de transition, ils ont tout à perdre avec l’arrivée au pouvoir des islamistes qui sont accusés de soutenir des groupes armés en Ethiopie qui pourraient déstabiliser le gouvernement éthiopien. L’armée éthiopienne s’était donc regroupée aux frontières somaliennes, certaines unités s’installant également du côté somalien.

Les tribunaux islamistes n’acceptant pas que l’armée éthiopienne s’installe en territoire somalien et dénonçant les ingérences du voisin, menacent de lancer des offensives militaires. Un ultimatum a été lancé, et l’Ethiopie ne l’a pas accepté, maintenant ses troupes sur le territoire somalien. Depuis quelques jours, un palier a été franchi avec des appels incessants au djihad et à la conquête d’Addis-Adeba. Face aux premières attaques somaliennes, l’armée éthiopienne a avoué aujourd’hui avoir lancé la contre-attaque et les premiers bombardements.

L’Union africaine craint un embrasement généralisé dans la corne de l’Afrique. Il en faut peu pour que l’Erythrée (ennemi juré de l’Ethiopie) entre elle-même dans le conflit, pour peu que celui-ci vienne à s’élargir. Le gouvernement de transition en Somalie cherchera également à réagir.

Face à un tel risque d’embrasement, il est nécessaire que les Nations unies se saisissent immédiatement du problème. Les médiations internationales doivent se multiplier pour négocier un cessez-le-feu ou une "cessation immédiate des hostilités". Et une force d’interposition de l’Onu semble être le seul moyen d’éviter l’embasement.

Pour l’instant, la communauté internationale est dans une logique attentiste. On va d’abord laisser l’Union africaine réagir, la guerre s’installer, avant de s’indigner et de négocier à la va-vite un arrêt des hostilités. Cette crise fournirait pourtant une occasion à la communauté internationale de montrer sa capacité à anticiper et à régler les problèmes avant qu’ils n’aient engendré des milliers de morts.

Les conditions d’une poudrière se multiplient, sous fond de guerre civile somalienne et de soutien des puissances régionales aux deux forces en conflit (l’Ouganda et le Kenya soutiennent, aux côtés de l’Ethiopie, le gouvernement de transition ; l’Erythrée, l’Iran, le Soudan, les tribunaux islamistes. On parle même du soutien du Hezbollah libanais à ces tribunaux.)

Pour mieux comprendre tous ces enjeux, j’ai relu hier un très bon dossier publié par le journal Alternatives internationales : "Somalie, vers une guerre régionale" (AI, décembre 2006, encore en kiosque). Les enjeux sont complexes, remontent jusqu’à l’indépendance, et s’expliquent souvent par l’instrumentalisation des tensions claniques.

Cela ne me fait pas revenir sur la proposition de force d’interposition de l’Onu, même si les conditions d’intervention sont particulièrement périlleuses (on se rappelle le fiasco de l’opération Restore Hope en Somalie, en 1991). Mais les principes fondamentaux des Nations unies peuvent servir de base pour faire tomber la tension : respect de l’intégralité territoriale de la Somalie, médiation internationale pour permettre un dialogue national en Somalie, fin de l’instrumentalisation des groupes mulsulmans éthiopiens par les tribunaux islamistes. C’est sûr que vu d’ici, cela a l’air simple. Mais la complexité de la situation ne saurait servir de prétexte à l’inaction.

Intéressant de voir ce que disent les résolutions de l’Onu adoptées jusqu’à présent. Il serait faux de dire que la communauté internationale est restée complètement silencieuse.

La dernière résolution (resolution 1725) date du 6 décembre 2006. Elle appelle au respect de l’intégrité territoriale et à l’unité de la Somalie, réaffirme l’embargo sur les armes et soutient la mise en place d’une "mission de protection et d’observation".

(Le Conseil de sécurité) décide d’autoriser l’IGAD (autorité intergouvernementale pour le développment, organisation de pays est-africains, nldr) et les États membres de l’Union africaine à établir une mission de protection et de formation en Somalie, que le Conseil de sécurité examinerait, à l’issue d’une période initiale de six mois, après un exposé de l’IGAD, et dont le mandat, fondé sur les éléments pertinents du mandat et du concept d’opérations énoncé dans le plan de déploiement pour l’IGASOM, serait le suivant :
a) suivre les progrès réalisés par les institutions fédérales de transition et l’Union des tribunaux islamiques dans l’application des accords issus de leur dialogue
b) garantir la liberté de mouvement et de circulation en toute sécurité de tous ceux qui prennent part au dialogue
c) maintenir et surveiller la sécurité à Baidoa
d) protéger les membres des institutions fédérales de transition et du gouvernement, ainsi que leurs principales infrastructures
e) former les forces de sécurité des institutions fédérales de transition pour qu’elles soient en mesure d’assurer leur propre sécurité et de contribuer à faciliter le rétablissement des forces de sécurité nationales somaliennes
Disons juste qu’au vu de la situation, cette "mission de protection et d’observation" semble bien insuffisante pour régler les problèmes.

Il semble clair pourtant que l’Onu peut se donner les moyens d’une intervention plus forte. Dans la résolution 1724 (adoptée le 29 novembre 2006), invoquant la menace pour la paix et la stabilité régionale, les Nations unies déclarent agir en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies. Ce chapitre autorise le recours à la force et ne nécessite pas l’accord des différentes parties en présence. Cette résolution 1724 constitue un levier pour agir. Face à l’entrée en guerre officielle de l’Ethiopie et à la menace de djihad régional par les tribunaux islamistes, une nouvelle résolution semble nécessaire, qui irait au-delà de la seule "mission de protection".


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10 réactions à cet article    


  • bb (---.---.134.117) 29 décembre 2006 11:54

    Apparement depuis hier les tribunaux islamiques ont été défaits. Qu’ en est il réellement de la situation sur place ainsi que des résidus de ces tribunaux islamistes dans la population,nul ne peut le dire et prédire de l’avenir. On peut penser après avoir vu plusieurs reportages et notamment lors d’une « instruction » de ces derniers, que les instructeurs employaient très souvent la phrase dès que nous les aurons « programmés » ;Bien sur en parlant des élèves. Il va de soi que lorsqu’une « population » est victime de son inculture ou de son ignorance le terme programmation fait peur pour la bonne raison que c’est le seul savoir dont ils disposent. En imaginant que cette guerre finisse bientot qu’en sera t il d’une stabilisation réelle de cet endroit en sachant que des individus par centaines sont programmés pour faire aveuglément ce que l’on pourra leur demander un jour... En attendant ce régime des tribunaux islamiques est vaincu et c’est un grand bien mais sera encore t il remplacé par une guerre sans fin des seigneurs de la guerre. bb


    • CAMBRONNE CAMBRONNE 29 décembre 2006 12:12

      BONJOUR

      CE serait sans les européens ni les américains étant donné que nous sommes pris ailleur .

      Les forces d’interposition africaines ont déja montré de quoi elles étaient capables : vols , viols,pillage .

      La meilleure solution serait de laisser le baton merdeux aux éthiopiens avec un mandat de l’ONU et un soutien logistique .

      Salut et fraternité .


      • (---.---.229.236) 29 décembre 2006 12:14

        La meilleur solution, c’est tout de même qu’ils s’entretue jusqu’à ce qu’un gagnat émerge et ermine définitivement cette guerre, sinon ca va durer comme pour le conflit en arabe et Juifs..


        • mcm (---.---.121.18) 29 décembre 2006 13:21

          Hé oui, la Somalie et le Darfour n’interesse guère les médias français, car là il n’y a pas d’ennemi sioniste à dénoncer ni de noble cause terroriste palestinienne à défendre !!!

          J’ai beaucoup aimé les commentaires d’un des enturbannés islamistes qui pour masquer la défaite disait :

          « Nous nous retirons pour laisser le peuple choisir. »

          Il oubliait le principal, à savoir que le coup d’état par les armes des islamistes ne se souciait guère du peuple avant cette défaite.

          Encore une preuve que les islamistes ne parle de démocratie que s’ils ne sont pas en mesure d’imposer leur dictature, mais ne nous y trompons pas, ce n’est qu’une ruse de plus des adeptes du corant alternatif qui reprendront les hostilités dès qu’ils auront les forces nécessaires.


          • fidel chavez (---.---.211.99) 5 janvier 2007 20:49

            le commentaire de mcm est consternant d imbecilite et je reste poli.Ne sait-il pas que des dizaines de medias surtout ricano-sioniste (aipac,...)travaillent uniquement a diffamer et salir l Islam et ce par tout les moyens(et ce ne sont les moyens qui leur manque).Les talibans qu ils ont installes en Afgahnistan (des etudiants en theologie ??!!!!)ont ete diabolises des qu ils eurent l idee de reclamer leur dime quant au passage du pipe de la Gaspienne qui traverse leur pays...et dont etrangement personne ne parle aujourd hui).Les « tribunaux islamiques » !!!maintenant c est quoi au juste a part une milice artificielle des ricano-sionistes pour une diffamation supplementaire !!.Les ricains ont ete bouttes hors de Somalie dans les annees 90 et c est avec leur rancune legendaire qu il reviennent surnoisement.L AUTEUR DE L ARTICLE OUBLIE UNE CHOSE FONDAMENTALE QUI DISCREDITE SON TEXTE:LES ETHIOPIENS SONT APPUYES DANS LEUR « OFFENSIVE »(armes,munitions,logistiques,mercenaires,...)PAR LES RICAINS....ENCORE EUX !!!.


          • jako (---.---.21.70) 29 décembre 2006 15:23

            j’espère que cette fois-ci nous aurons le courage de ne pas réagir


            • bob 29 décembre 2006 19:40

              La Somalie est en décomposition depuis la chute du dictateur Siad Barré en 1991.Une lueur d’espoir était née depuis que les tribunaux islamistes ont lancé une offensive contre les chefs de guerre qui se sont retranchés à Baidoa.Ces derniers avaient instauré à Mogadishio le viol, le vol, le crime etc... Désormais, ils reviennent dans la capitale sous l’égide des riquains et de l’Ethiopie.Les islamistes ont juste enlevé leurs uniformes et se balladent dans les rues.La moitié de la population est armée.Je pense qu’il est très dangereux d’envoyer une force d’interposition en ce moment.


              • boby (---.---.162.39) 2 janvier 2007 09:26

                Le rique d’embrasement de la région n’est pas si évident. Le gouvernenment de transition somalien va maintenant pouvoir fonder l’etat fédéral. Les derniers embrasements des provinces somliennes venaient du besoin d’autonomie. Le gouvernement de transition instaurant l’etat federal devrait calmer les ardeurs des autonomistes somaliens. Pour les erythréens, vu leur cinglante défaite lors de la dernière guerre avec l’Ethiopie, je crois qu’ils n’y reviendront pas avant longtemps. En effet, l’armée ethiopienne est maintenant forte de 300000 hommes, c’est pas les quelques 5000 hommes envoyés en Somalie (à la demande du gouvernement de transition somalien) qui va affaiblir leur position dans les autres régions. Le Soudan a déjà assez à faire avec le Darfour. Il y aura surement encore quelque foyers de révolte de quelques chefs de clans, mais dans l’ensemble, je crois que tout le monde aspire à la paix.


                • Rémi Bazillier 3 janvier 2007 10:32

                  J’espere que l’optimisme de Bobby est justifié. Attendons de voir ce que ca donne et il n’est pas à exclure qu’une victoire militaire rapide masque un conflit latent beaucoup plus long. Surtout si les chefs de guerre ne modifient pas radicalement leur comportement (je suis d’accord avec bob sur ce point). Après-coup, on ne peut que regretter l’incapacité de la communauté internationale. Son mandat était de supporter le GFT, ce qu’elle n’a jamais réellement fait. Il aura fallu que l’Ethiopie intervienne hors de tout légitimité internationale et avec les risques que l’on sait pour que le GFT se retrouve enfin en position de force. Lourd d’enseignement pour la communauté internationale.

                  Plus que jamais il y a besoin de la force de « protection » proposée par la résolution 1725, afin qu’elle se substitue le plus rapidement possible à l’armée éthiopienne.


                  • Light (---.---.66.81) 6 janvier 2007 18:53

                    Je ne puis m’empêcher de réagir suite à cet article, la Somalie n’a hélas pas changé depuis 1992. Pourquoi 1992 ? Justement parce qu’un jour du mois de décembre, mon fils a débarqué là-bàs dans le cadre de la mission « Restore Hope ». Il faisait parti de l’aide humanitaire, il était casque bleu. Le 6 mars 1993, il a trouvé la mort avec un camarade, ils avaient 20 ans (mort inexpliquée à ce jour), sur la route entre Mogadiscio et Baïdoa. Il transportait du matériel pour la construction d’un hôpital ...... Le résultat, deux vies en moins « Mort pour la France », triste résultat et grand sacrifice, quand je lis ce qui se passe aujourd’hui, cela n’a pas servi à grand chose, et cela risque de recommencer et j’ai peur ....... Je me devais de l’écrire, peut être me publirez-vous. Merci d’avance, mais j’aimerais que l’on m’explique .......

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