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Accueil du site > Actualités > International > USA : De la lutte des classes à la guerre civile

USA : De la lutte des classes à la guerre civile

Le récent billet de Paul B. Farrell dans Market Watch ce mardi, intitulé New Civil War Erupts, led by super rich, GOP (Nouvelle guerre civile lancée par les super riches et le parti Répuplicain, ndt) donne le ton : les élites délinquantes sont à pied d’oeuvre et le pillage du pays, boosté par le sauvetage de Wall Street en 2009, est en plein swing. Un pamphlet d’un fan de Michael Moore ? Pas vraiment : Farrell travaille à la banque d’investissement Morgan Stanley, il est vice-président entre autres du Financial News Network, auteur de plusieurs livres sur l’investissement et la finance et est, de surcroît, docteur en psychologie.

Pour Farrell, ce qui se passe depuis quelques années aux USA est l’illustration parfaite de ce que Naomi Klein explicitait dans son ouvrage “La Stratégie du Choc : la montée du capitalisme du désastre”. En septembre 2008, Klein prévenait les américains que le désastre financier intiment lié au “free market capitalism”, quel qu’en soit l’issue à court terme (et l’issue fut que le Congrès approuva un plan de sauvetage massif des banques sur le dos des contribuables), n’en arrêterait pas la progression. Citant toujours Naomi Klein : “Soyez assurés que suite au sauvetage bancaire l’idéeologie Reaganiènne (Reaganomics) reviendra au galop. La dette publique massive générée par ce sauvetage fera alors partie d’une crise budgétaire globale et deviendra le fondement pour des coupes sombres dans les programmes sociaux et la relance de la privatisation“.

De fait, c’est reparti de plus belle et comme le disait le milliardaire Warren Buffet : “oui il y a bien une lutte des classes, mais c’est ma classe, la classes des riches, qui mène la guerre et nous la gagnons“. Ce qui nous ramène au sujet d’un renouveau d’une forme de luttes des classes brièvement analysée dans ce récent billet “USA : le retour de la lutte des classes ?” mais va bien plus loin puisque Farrell n’hésite pas, comme Bufffet, à parler de guerre civile entre les riches et le reste.

Cette guerre s’est intensifiée suite à l’élection en 2010 de nombreux gouverneurs républicains et la mise sous tutelle de la démocratie par le pouvoir financier. Si vous suivez ce blog vous aurez lu plusieurs articles sur les évènement du Wisconsin et la charge menée par le nouveau gouverneur Scott Walker pour casser les syndicats publics, mais Walker n’est pas seul : au Michigan le gouverneur Rick Snyder vient de signer le “emergency financial manager legislation”, une loi permettant l’intervention de gestionnaires financiers nommés par le gouverneur au sein de structures en difficulté, que ce soit des villes ou des écoles, avec le pouvoir d’imposer leurs décisions de manière unilatérale et sans aval des élus ou représentants légaux de ces structures ou institutions. Parmi ces pouvoirs totalitaires, celui de mettre fin aux conventions syndicales, de privatiser les services publics, et répudier les élus des collectivités locales. Cette loi martiale financière, tout à fait représentative d’une situation de guerre, trouve ses racines au sein d’un think tank ultralibéral américain, le Mackinac Center for Public Policy. D’après Doug Pratt, directeur des affaires publiques de la Michigan Education Association, ce think tank est depuis de nombreuses années intiment lié à l’establishment républicain et de fait tous ses concepts se retrouvent dans la loi de Snyder.

Mackinac est financé par les grosses fortunes tells les frères Koch qui ont également financé Scott Walker au Wisconsin., mais également les co-fondateur de Amway, de Wal-Mart et de Blackwater pour n’en citer que quelques uns (source : MotherJones). Mackinac, comme d’autres “centres de réflexion” de la droite américaine tels Americans for Prosperity ou le Cato Institute, est lié à la très influencielle Heritage Foundation à Washington, financée par Big Business au profit de Big Business.

Bien sûr il serait fort naïf de penser que tout est parfait du côté des services publics américains et que les mercenaires ultralibéraux à l’oeuvre aujourd’hui ne sont que des prédateurs apparus ex-nihilo. Aux USA comme ailleurs comme en France l’abus de pouvoir syndical, proclamant sans relâche la défense du bien commun pour imposer des revendications purement corporatistes, ne s’est pas fait que des amis et l’on peut tout à fait craindre que le militantisme syndical laissé à lui-même n’ait tôt fait d’imposer à la société le joug d’une technocratie stalinienne “pour le bien du peuple”. Cependant le capitalisme “honnête” industriel plutôt que financier et les syndicats ont trouvé un peu partout un modus vivendi et les négociations se passent généralement bien quand les syndicats ont une réelle représentativité (USA, scandinavie, Allemagne…).

Mais aujourd’hui l’ennemi des syndicats, de l’industrie et de la population mondiale c’est le capitalisme financier, cette chose qui génère elle-même les moyens de s’approprier ce qui appartient à tous et à personne, et qui est même en mesure de se servir dans les poches de l’Etat pour compenser les catastrophes qu’elle déclenche. Cette mafia dénoncée par des intellectuels, des économiques, des syndicalistes, des chefs d’entreprises et des politiques de part le monde a décidé de passer à la vitesse supérieure : le sabre sort du fourreau, il s’agit non plus de frapper mais de trancher. Son berceau originel, les USA, ne réponds pas suffisamment vite à sa soif de possession ? On va détruire les garde-fous sociaux, on va mettre sous tutelle la démocratie des collectivités (au niveau des Etats c’est déjà fait) afin de privatiser, contractualiser, faire payer, fliquer tout ce qu’une société met en commun pour lui donner du sens.

La mère des guerres à venir est celle de la société humain contre la machine à broyer de la toute-puissance financière, il devient urgent de s’en apercevoir et de sortir des schémas idéologiques du 19ème et 20ème siècle.


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16 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 25 mars 2011 07:55

    Vous avez raison, la lutte des classes et plus que jamais d’actualité, le probleme c’est que parmis les pauvres beaucoup jouent contre leur camp et se trompe d’ennemis... voici dans un court article ce qui couten vraiment chers a nos société :

    http://2ccr.unblog.fr/2010/10/20/les-riches-nous-coutent-trop-cher/


    • Alpo47 Alpo47 25 mars 2011 08:04

      Nous sommes même dans le « dernier round », parce que si les « élites » gagnent celui ci, ce sera la fin du combat par K.O.
      Il n’y aura pas d’autre round.


      • Pyrathome Pire alien 25 mars 2011 11:48

        Ils ne gagneront pas , ils ont déjà perdu mais ils ont une telle capacité de nuire surtout s’ils sentent que la partie est perdue...la fuite en avant !


      • Peachy Carnehan Peachy Carnehan 25 mars 2011 17:04

        Ils ne peuvent pas gagner, ils sont dans le camp du mal.


      • Vent d'est Vent d’est 25 mars 2011 23:35

        Je pense que même si ils gagnent, leur système, comme tout autre tyrannie n’est pas durable. Je veux dire par là que ça finira par s’écrouler tôt ou tard, la population ne suivra plus, mais pas seulement, la nature aussi ne suivra plus.


      • dogon dogon 25 mars 2011 09:30

        Ces super-puissants ont compris depuis longtemps que les coups d’état, c’était bon pour les républiques bananières. Dans les démocraties, il faut noyauter l’appareil d’état.
        Chez nous, ils sont parvenus à mettre une de leurs petites mains directement à l’Elysées. Joli coup. Avec une majorité composée de moutons de Panurge, aucun risque qu’il ne parvienne pas à tout casser avant de partir.


          • Pyrathome Pire alien 25 mars 2011 11:58

            État des lieux pertinents, on s’achemine vers une révolution générale à l’image du moyen-orient....
            Quand vous verrez les magnats financier pendus ou étripés devant la façade de Wallstreet, le signal sera donné.......Jovanovic dit, lui, que les banquiers seront jetés du trentième étage de leurs buildings....


            • colza 25 mars 2011 18:31

              Ne pas oublier que les super-riches ont beaucoup plus à perdre que nous.
              Ils ne reculeront devant rien pour conserver leurs privilèges, y compris la dictature mondiale (qui a déjà commencé) et la guerre.
              Il existe pourtant un moyen non-violent de les mettre à genoux, c’est d’arrêter de consommer (que je déteste ce mot !). Je suis convaincu que si on restreignait nos besoins au minimum vital pendant six mois (ne rien acheter que le nécessaire pour vivre), nous mettrions le système financier à plat.
              Retirer son argent des banques ? bof, la grande masse des français n’a plus un rond à la fin du mois, alors retirer quoi ?


            • gaijin gaijin 25 mars 2011 19:56

              colza je suis d’accord
              mais ce que nous pouvons faire en + c’est faire circuler l’argent en liquide ça permettra de mettre fin au racket des banques


            • Abou Antoun Abou Antoun 25 mars 2011 23:13

              Il existe pourtant un moyen non-violent de les mettre à genoux, c’est d’arrêter de consommer (que je déteste ce mot !). Je suis convaincu que si on restreignait nos besoins au minimum vital pendant six mois (ne rien acheter que le nécessaire pour vivre), nous mettrions le système financier à plat.
              C’est parfaitement exact mais le système s’appuie (avec un certain succès) sur nos bassesses. Tout le monde aura peur de mettre le système à genoux car tout le monde à peur de perdre le peu qu’il a. Beaucoup de gens n’ont effectivement plus grand chose à perdre mais n’en sont pas convaincus.


            • Robert GIL ROBERT GIL 25 mars 2011 22:24

               Quelques semaines avant son assassinat, le 18 mars 1968, Bob Kennedy prononçait, à l’Université du Kansas, le discours suivant : voir sur...

              http://2ccr.unblog.fr/2011/03/18/18-mars-1968/


              • Vincent Verschoore Vincent Verschoore 25 mars 2011 22:30

                Tout à fait. Patrick Viveret en a fait son cheval de bataille : http://rhubarbe.net/blog/2009/10/20/reconsiderer-la-richesse-patrick-viveret/



              • Vincent Verschoore Vincent Verschoore 25 mars 2011 22:28

                @Colza : Arrêter de consommer et tous en même temps, c’est difficile. Par contre recréer des circuits économiques qui ne dépendent pas des monnaies spéculatives, et donc hors d’atteinte de l’hydre, ca c’est tout à fait faisable. Ca s’appelle les circuits économiques locaux et les monnaies parallèles. http://rhubarbe.net/blog/tag/monnaie-locale/

                A mon avis le seul véritable moyen, hors grands soirs et lendemains incertains, est de couper l’herbe sous le pied du système, créer de la richesse qui soit hors d’atteinte du système spéculatif. 

                • eric 27 mars 2011 12:04

                  Signale par le peripate
                  http://www.contrepoints.org/2011/03/02/15505-wisconsin-egypte-france-meme-combat
                  Apres, fort de ce que nous connaissons en France, libre a chacun de se faire son idee sur ce qui se passe vraiment dans le Wisconsin/


                  • Vincent Verschoore Vincent Verschoore 27 mars 2011 14:40

                    @Eric

                    L’article de Contrepoints reflète la position des républicains, mais n’est pas complet. Voir par exemple http://voices.washingtonpost.com/ezra-klein/2011/02/unions_arent_to_blame_for_wisc.html#more
                    Il y à là comme ailleurs un réel problème lié au coût futur (pensions) des fonctionnaires, nettement avantagés par rapport au salariés du privé et ce pour cause, trop souvent, de marchandage politicien. On ne peut pas le nier et il faut y faire face mais les républicains ne font qu’utiliser ce problème pour faire passer une législation visant le déni de démocratie, le déni du droit de grève, le déni du droit de signer des conventions collectives. C’est une législation politicienne qui, en l’état, ne réduira en fait aucun coût au niveau du Wisconsin mais vise à détruire la capacité des syndicats à cofinancer le parti démocrate, laissant ce dernier encore plus dépendant des financements privés - donc de plus en plus proche des positions du parti républicain, vu que ce sont les mêmes financeurs. 

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