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Venezuela : hypocrisies électorales

La revue anglaise Index on Censorship dédiée à exposer la censure où que ce soit dans le monde continue sa surveillance sur les méthodes de censure au Venezuela. Ce nouvel article au sujet de la campagne électorale pour le scrutin référendaire du 2 décembre au Venezuela a été commandé à l’auteur qui le traduit et l’adapte légèrement pour Agoravox (comme pour un article précèdent).

Le 2 décembre, le Venezuela a tenu un référendum pour modifier 69 articles de sa constitution. L’objectif était de donner au président Chavez les moyens de rester en fonction aussi longtemps qu’il puisse se le permettre. Mais l’étroite victoire du Non a donné à l’administration Chavez une date d’expiration : 2013. Le processus de réforme a été dominé par le secret et la désinformation. Tout a commencé au début de 2007, avec la nomination d’une commission spéciale sous serment de garder le secret dans ses débats.

Le 15 août, le président lui-même lut les 33 premiers articles ciblés. Le débat public a été court. La campagne électorale ne fit que confondre davantage. Lorsque les premiers sondages montrèrent une certaine appréhension au sujet de la "réforma", le chavisme [
partis pro-Chavez ] décida de faire du vote un plébiscite sur Chavez, avec toutes les conséquences sous-entendues dans un pays où l’Etat a mis en place un écrasant système médiatique à son service.

Depuis la fermeture de RCTV en mai dernier, il n’y a pas de réseau de télévision à fréquence libre couvrant l’ensemble du pays qui transmette les préoccupations de l’opposition : Venevision et Televen se sont volontairement mis en sourdine sur de nombreuses questions politiques d’importance. Les seuls réseaux critiques sont RCTV trouvé uniquement sur le câble (auquel moins de 30 % des Vénézuéliens ont accès) et Globovision dont le signal ouvert couvre uniquement Caracas et Valencia.



Entre-temps, le gouvernement dispose de Vive et de VTV à fréquence libre d’accès pour une couverture nationale. Il contrôle également le seul réseau radio qui couvre tout le pays, RNV. Il y a aussi l’appoint de ANTV, Telesur et de nombreuses stations de radio et de télévision locales (YVKE). TVes, construit à partir de la saisie des fréquences de RCTV, n’a pas offert le service public promis gratuit et sans politique partisane. Tous sont positifs au sujet de la propagande gouvernementale.

Cette fois-ci, exempt d’observateurs électoraux internationaux, le gouvernement s’est résolument engagé dans une propagande 24 heures sur 24. Une étude menée par l’UCAB et l’université de Goteborg a découvert que lors de leur suivi de trois semaines de campagne à VTV le camp du Non n’a reçu pratiquement aucune couverture. Cependant Globovision, ouvertement en campagne pour le Non, consacra environ 25 % de son temps d’antenne à des sujets liés à l’option du Oui. Un moment démonstratif vint lors d’un rallye contre la réforme organisé sur l’avenue Bolivar par le mouvement étudiant contestataire. Ce fut un grand succès qui atteignit la première page du New York Times. Mais, en regardant VTV on ne l’aurait jamais su. Le lendemain Globovision montrait la plupart du discours de Chavez sur l’avenue Bolivar pendant le rallye pour le Oui.

Le conseil électoral vénézuélien, CNE, a été actif dans la campagne de censure de la publicité, le plus souvent celle d’opposition. La plus pernicieuse censure a été l’interdiction des sondages d’opinion, une semaine avant le vote, dans les médias et journaux. Ce qui, évidemment, n’a pas empêché leur circulation. Mais le pire des cas a été le vendredi 30 lorsque Chavez, lors de son dernier rallye de campagne, a mentionné des sondages sans recevoir de sanctions du CNE, alors que ceci forçait Globovision à interrompre sa couverture de peur que le CNE sanctionne Globovision ! Les doubles normes du CNE sur la censure créent des précédents dangereux pour les futures élections.

Le plus scandaleux mélange de censure et de mensonges éhontés vint le jour des élections. Quoique la publication de tout sondage à la sortie des bureaux soit strictement interdite, l’agence Reuters a reçu les résultats de trois enquêteurs pro-Chavez à travers des responsables gouvernementaux, et dans une course folle pour le scoop a annoncé que le Oui avait gagné jusqu’à 6 % d’avance. Le billet de Reuters, rapidement repris par de nombreux journaux, créa une crise au Venezuela, alors que le CNE vainement retardait l’annonce des résultats jusqu’à huit heures après la fermeture des bureaux, une incroyable situation pour un système de vote automatisé. A la fin Reuters a été placée dans la situation pénible de reconnaître avoir commis une erreur.

Enfin, les secrètes « négociations » pendant la nuit de l’élection alors que le gouvernement a apparemment réfléchi au bien-fondé de reconnaître les résultats ont été révélées. Cela, à son tour, suscita un grand scandale pendant la semaine lorsqu’un visiblement forcené Chavez essayait de contrer, sans succès, à travers une conférence de presse où le camp du Non fut comparé à des excréments. Il est extrêmement inquiétant de voir les commandants des armées et le président de la République attaquer des journalistes tels que Hernán Lugo Galicia, du journal El Nacional, pour faire leur travail de rapport, tout en refusant d’expliquer les inexcusables retards dans la publication des résultats, et encore moins de reconnaître les extraordinaires abus commis par le gouvernement durant la campagne électorale.

Même si la victoire du Non momentanément limite de pires restrictions aux libertés d’expression et d’information, celles-ci demeurent une préoccupation au Venezuela. Pendant la campagne Globovision a été sévèrement attaqué et accusé d’incitation à la violence, sans aucune preuve. Les conséquences se sont fait sentir la semaine dernière quand un autre travailleur de Globovision a été roué de coups par le corps de police de Caracas. Comme cela a été le cas pour d’autres réseaux, les attaques contre Globovision ont pour but de créer un climat d’autocensure de l’intérieur de ce réseau, tout comme il se passe maintenant à Venevision, Televen, et dans bien des télévisions et radios régionales et certains journaux. Il s’agit d’une forme de censure subtile, mais très efficace et qui aura un effet délétère sur le discours démocratique. Et bien sûr cette forme de censure n’exclut pas une action plus directe.

Le Venezuela a besoin d’être suivi de près, maintenant que l’administration Chavez, inhabituellement à la défensive, pourrait être tentée de renforcer ses tendances à la censure. C’est un hommage à la vocation démocratique du peuple vénézuélien d’avoir su résister à la propagande du Oui en dépit de tous les avantages médiatiques et les pressions gouvernementaux.



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Les réactions les plus appréciées

  • Par etonne (---.---.---.68) 17 décembre 2007 12:46

    comme vous êtes convaincu que le ciel est rouge, alors que tout le monde le voit bleu (quand il n’y a pas de nuages !)restez avec vos convictions. Tant pis pour vous

    question :

    dans quel pays, la loi du 3 avril 1955, modifiée par celle du 7 août 1955 et par l’ordonnance du 15 avril 1960 prévoit, notamment, en son article 11 d’ « habiliter les mêmes autorités [gouvernement] à prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature ainsi que celui des émissions radiophoniques, des projections cinématographiques et des représentations théâtrales » ?

    réponse la France

    Il en est de même pour la limitation des mandats qui n’existe pas en France

  • Par Zalka (---.---.---.7) 17 décembre 2007 13:29
    Zalka

    « il n’y a pas de réseau de télévision à fréquence libre couvrant l’ensemble du pays qui transmette les préoccupations de l’opposition »

    Mensonge éhonté, l’opposition a tout ce qu’il faut pour s’exprimer. Pour RCTV, et bien il fallait réfléchir avant d’appeller au meurtre du président légitime (oui oui, légitime : c’est comme cela qu’on dit lorsqu’une personne gagne des élections libres).

    Je ne cherche pas spécialement à défendre Chavez, mais il faut arrêter la parano. Populiste, oui, dictateur, non.

  • Par Michel Maugis (---.---.---.244) 17 décembre 2007 14:56
    Michel Maugis

    @ TOUS

    L’ordure Duquenal continue de débiter ses calomnies. Il se prend pour une autorité morale avec cet énoncé ordurier :

    « L’objectif était de donner au président Chavez les moyens de rester en fonction aussi longtemps qu’il puisse se le permettre. »

    L’objectif était de donner encore plus de pouvoir au peuple et pour ce de permettre à Chavez de rester en fonction aussi longtemps que LE PEUPLE le souhaite. Michel Maugis

  • Par candidat 007 (---.---.---.215) 17 décembre 2007 17:27
    bernard29

    Chavez est un militaire, hâbleur, fier et gonflé de lui-même, populiste etc... Il y a tout à craindre d’une réaction négative de la part d’un militaire qui a vu son autorité contestée. Espérons qu’il sera le vrai démocrate et le vrai défenseur des pauvres qu’il se prétend être !!. En tout cas, ce référendum et son résultat prouvent la maturité démocratique du pays.

    Personnellement j’ai une quasi impossibilité à faire confiance aux militaires pour diriger un pays.

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