• vendredi 25 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > International > Vers un partenariat entre Washington et les Frères Musulmans (...)
46%
D'accord avec l'article ?
 
54%
(11 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Vers un partenariat entre Washington et les Frères Musulmans ?

Plus de trente ans après la révolution Iranienne et l’accès des islamo démocrates Turcs de l’AKP au pouvoir, en 2002, voici donc venu le temps du réveil Arabe. L’administration américaine, qui a soutenu jusqu’au bout l’ex Raïs Moubarak, suit particulièrement la situation en Egypte, pays le plus peuplé et le plus influent du monde arabe. La confrérie des Frères Musulmans, officiellement dissoute depuis 1954, a annoncé le 30 avril dernier la création de son parti politique et s’apprête à mener la bataille des législatives prévues en septembre prochain. S’oriente-t-on vers un partenariat entre l’administration américaine et les Frères Musulmans, le seul acteur politique de l’Egypte post-révolutionnaire à la fois structuré, influent et crédible aux yeux d’une majorité de l’opinion ?

Face à l’enlisement des guerres d’Irak et d’Afghanistan, les Etats-Unis furent contraints dés 2007 à revoir leur politique au Moyen-Orient. Les concepts de "guerre préventive" et de "chaos libérateur" durent céder place à une nouvelle doctrine en matière de politique étrangère, celle du "pouvoir de l’intelligence" (Smart Power), axée sur l’optimisation du "choix des outils diplomatiques, économiques, militaires, politiques, légaux, ou culturels les mieux adaptés à chaque situation".

L’administration Obama fraîchement installée à la Maison Blanche, au lendemain de l’éclatement de la crise financière de 2008, se devait donc, sur le plan extérieur, de mener un plan à même de contenir, avec le moins de dégâts possibles, l’échec cuisant de la politique hégémoniste et sanguinaire de G.W. Bush (2000-2008) au Moyen-Orient. Si, sur le plan militaire, ce plan devait organiser le retrait à terme des forces armées américaines d’Irak et d’Afghanistan, sans toutefois y compromettre l’influence américaine si chèrement acquise, l’une de ses idées forces sur le plan politique consistait à normaliser les relations des Etats-Unis avec les mouvements islamiques de la région.

Inspirée de l’expérience Turque, cette normalisation vise à faire coexister dans les pays cibles des relations d’intérêts communs et de respect mutuel avec les Etats-Unis, tout en prenant en compte les besoins socio-économiques des populations concernées mais également leurs identités culturelles et cultuelles et les sentiments pro palestiniens très profonds chez ces populations.

Dans le cas de l’Afghanistan par exemple, certains analystes vont même jusqu’à expliquer le choix américain d’éliminer, le 2 mai dernier, le trait d’union entre Al Qaeda et les Talibans Afghans que fut Ben Laden, par la volonté de préparer l’opinion Otanesque à une normalisation imminente des relations avec les Talibans. Cette normalisation offrirait l’avantage de renforcer l’influence en Afghanistan de l’autre pays des Pachtounes et grand allié des Etats-Unis qu’est le Pakistan, avant l’entame du retrait des forces américaines en juillet prochain. Une telle explication est confortée par la déclaration d’un diplomate turc à la mi-avril dernier selon laquelle la Turquie pourrait accueillir prochainement un bureau des talibans, mais également par l’information parue dans le Washington Post, quinze jours après l’achèvement de Ben Laden, selon laquelle des négociations directes étaient en cours entre Américains et Talibans au Qatar, autre pays susceptible d’accueillir une représentation Talibane.

Mais revenons au cas des Frères Musulmans.

Etats-Unis et Frères Musulmans : de la manipulation à la tentation d’un vrai partenariat

Sur un plan historique, la confrérie des Frères Musulmans (FM), fondée en 1928 en Egypte, fut approchée pour la première fois par les Etats-Unis dés les années 1950, pour contrer le régime nationaliste pro-arabe de Nasser et l’éventuelle implantation dans la région de régimes communistes ou progressistes. La confrérie panislamique sera officiellement dissoute en Egypte en 1954, mais elle continuera à se développer dans d’autres pays arabes et même en Israël, dés le milieu des années 1960, où elle donnera naissance en 1987à l’actuel mouvement de résistance Hamas. C’est finalement dans les années 1990, que les Frères Musulmans d’Egypte décident de renoncer officiellement à la violence et recentrent leur action politique. Ils publient dans ce cadre trois manifestes importants : le premier plaidant en faveur de "l’indispensable démocratie", un deuxième portant sur "les droits des minorités", notamment de "nos frères et compatriotes coptes" et le troisième concernant "le statut de la femme".

L’année 2005 marqua un tournant dans la relation des FM au pouvoir égyptien. Sous la pression de l’administration G.W. Bush, le régime de Moubarak fut contraint d’organiser le premier scrutin présidentiel multipartite du pays et des législatives relativement libres, qui permirent aux candidats officieux des FM d’enlever 88 sur les 454 sièges du Parlement. Deux ans plus tard, l’administration américaine reconnut officiellement le poids croissant des FM au Proche-Orient, et commença à s’intéresser à nouveau à une alliance avec l’aile modérée de la confrérie. Le Département d’État, dont un officiel déclara "region is going islam", approuva une politique de contacts futurs entre des diplomates américains et les leaders ou élus du mouvement en Egypte mais également en Irak, en Syrie et dans d’autres pays arabes.

Ce changement d’attitude états-unien à l’égard des Frères Musulmans fut confirmé par Obama dans son fameux discours du 4 juin 2009, adressé aux pays majoritairement musulmans depuis l’université du Caire. Le fait que l’administration américaine exigea et obtint la présence de députés islamiques lors de cette allocution, contre l’avis de Moubarak qui décida finalement de ne pas y être présent, était un signal positif important de la nouvelle administration américaine à l’adresse de la confrérie panislamique.

"Notre responsabilité est de nous allier pour construire le monde que nous voulons, un monde où les extrémistes ne sont plus une menace, où les troupes américaines reviennent à la maison, où Israéliens et Palestiniens vivent en paix dans deux États, où l’énergie nucléaire est utilisée à des fins pacifiques, où les gouvernements sont au service de leurs citoyens et où tous les enfants de Dieu sont respectés" avait indiqué Barak Obama en conclusion de son discours.

Un rapprochement inéluctable après la chute du régime Moubarak

L’avènement de la révolution égyptienne ne manquera pas d’accélérer le rapprochement entre l’administration américaine et les Frères Musulmans, qui constituent désormais le seul mouvement politique à la fois structuré, influent et crédible aux yeux d’une majorité de l’opinion, de l’Egypte post-révolutionnaire.

L’aboutissement à une véritable alliance d’intérêts communs entre Washington et les FM nécessitera sans doute du temps. Dans l’Etat où Moubarak a laissé l’Egypte, les FM ne peuvent se hasarder à un ras de marré électoral. Aussi ont-ils décidé de ne pas présenter de candidat au prochain scrutin présidentiel, prévu avant la fin de 2011, et de limiter leur participation aux législatives de septembre prochain à moins de la moitié des sièges. De même, les américains ont besoin de temps pour tester les FM sur un certain nombre de questions. Le fait que les FM aient accepté en plein révolution égyptienne, qui a vu l’administration américaine soutenir Moubarak jusqu’au bout, s’asseoir à la table des négociations avec l’ex vice-président Omar Souleyman fait partie de ce jeu de tests entre l’administration US et les FM. Ces derniers ont réitéré le coup lors de la récente révision constitutionnelle, en appelant à voter en faveur d’amendements jugés pourtant très insuffisants par les autres partis d’opposition et le mouvement des jeunes de la révolution. L’objectif prioritaire du moment des FM semble être de faire avancer la transition tout en rassurant le partenaire américain et l’armée égyptienne sur leur capacité à stabiliser politiquement le pays.

Si la transition démocratique va à son terme en Egypte, les Frères Musulmans disposeraient d’une opportunité historique pour accéder au pouvoir. L’attitude d’Israël et la question palestinienne constitueront sans doute le principal obstacle auquel se confrontera le partenariat qui reste à construire entre l’administration états-unienne et la confrérie panislamique. Mais cette dernière, outre le fait qu’elle pourra s’inspirer de son allié Turc AKP, dispose de l’avantage d’une influente présence dans les autres pays d’une région aussi importante et sensible sur le plan géostratégique.

Ben Khabou (21 mai 2011).

par Ben Khabou samedi 21 mai 2011 - 14 réactions
46%
D'accord avec l'article ?
 
54%
(11 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Ben Khabou (xxx.xxx.xxx.58) 21 mai 2011 14:10
    Ben Khabou

    @Kinini,

    Merci pour les liens. S’agissant de la popularité des FM, pas si sûr qu’elle s’estompe après Moubarak. Le Raïs est parti mais il a laissé derrière lui un système quasi mafieux et une corruption généralisée qui mettront plusieurs décennies avant de revenir à un niveau "normal".

    Il ne faut pas oublier que la montée de l’AKP d’Erdogan en Turquie à la fin des années 1990 s’est faite essentiellement sur ce thème du combat de la corruption des élites politiques. Mais c’est sûr que si les FM se font "acheter" comme les autres, ils n’auront aucune chance

  • Par Ben Khabou (xxx.xxx.xxx.58) 21 mai 2011 14:22
    Ben Khabou

    @Antoine,

    Le projet nouveau moyen orient de Bush était très différent de ce à quoi on assiste aujourd’hui. Il s’agissait d’initier depuis l’Irak une sorte de chaos libérateur au MO sur la base de divisions ethniques et confessionnelles (kurdes vs arabes, sunnites vs chiites, musulmans vs chrétiens d’orient…). L’objectif ultime étant de redessiner les cartes de la région. Mais la théorie s’est confrontée à la dure loi du terrain et les guerres préventives à l’enlisement.

    L’objectif de Bush n’a jamais été d’inciter les citoyens arabes à faire leur révolution pour la liberté et la démocratie, loin de là. Obama ne fait qu’accompagner un mouvement qui découle de la bonne vielle règle de l’humanité. « L’humiliation conduit à la révolte ».

  • Par OMAR (xxx.xxx.xxx.74) 21 mai 2011 20:35

    Omar 33

     Yvan, commencez par expulser les sionistes d’Israèl, et les frères musulmans les suivront...

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox