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Vers une union mal assortie Palin/Paul ?

Autant le dire dès le début : c’est bien improbable et fort peu souhaitable que le parti de la sirène des banquises puisse trouver un accord républicain avec le résistant au nouvel ordre mondial, Ron Paul. Verrons-nous cependant un rallye ET une convention ? Aujourd’hui 3 septembre 2008, les paulistes de toute l’Amérique se réunissent dans un contre-événement bien à eux, bien joyeux. Seront-ils plus tard de la Convention, avec Sarah, John et les autres ? ...

A l’orée de l’automne 2008, on n’a toujours pas d’idée précise sur l’option B (Barack) ou C (McCain) que choisiront indifféremment les électeurs américains ou les programmes des machines à voter aux Etats-Unis. On est simplement sûr d’une chose, c’est que le sûr gagnant des urnes sera le collectif ploutocratique, puisque l’option A++ (Révolution Ron Paul) s’est trouvée sournoisement, mais fortement, empêchée d’exprimer ses vues originales, plus que défavorables au collectif en question.

Il y a encore quelques semaines, on donnait Barack Obama comme gagnant haut la main : les médias marchands unanimes lui attribuaient charisme, séduction, groupies à défaut d’idées nouvelles, et même un programme belliciste « soft », comparé aux « mille ans » de guerre promis par McCain : Obama baignait sur le sujet dans un flou très entretenu. Il se limiterait peut-être à cent ans de bombes, avec quelques leçons de morale humanitaire en prime dans le désert, aux soldats, au vaste monde, aux bombardés ? Embarqué dans la croisière de la candidature comme pro-palestinien, il changeait de bateau en route pour se retrouver sur un porte-avion de la puissance opposée. Sans qu’on s’en étonne, l’habitude.

Le clampin moyen, pris dans ce brouhaha et ces impressions de déjà-vu à l’encre mal séchée, en déduisait avec fatalisme que les deux candidats, c’était du pareil au même, et que, entre un vieillard malade et un homme en plein âge viril, le plus jeune avait toutes les chances de l’emporter. Les écailles du papier cadeau et les sinuosités du ruban, c’est ce qui fait gagner les présidents, pensait sans y penser le clampin, bien décidé, en votant pour l’emballage, à obéir en lapin fasciné lui aussi, à cette couleuvre électorale qui date des années 80.

Mais voilà que le va-t-en-guerre aux taches de rousseur reprend du poil de la bête et présente une dame à chignon choucroute, très opposable à Barack question jeunesse et belles dents. Sarah Palin crédibilise une guerre où personne ne semble gagner, de moins en moins sainte dans l’esprit du public, en y envoyant son fils aîné. Elle aime les enfants, même les moins souhaités, et gouverne une province glacée riche en pétrole virtuel. Elle est aussi sans aucun doute née sur le territoire américain et pourrait bien, en sirène primée, attirer les gens qui veulent un candidat qui leur ressemble ou auquel ils aimeraient ressembler. Elle n’est pas une potiche. Si McCain a l’idée intempestive de succomber à un cancer de la peau récurrent, c’est elle, la dame rayonnante, qui sera la cheftaine en titre des Etats-Unis.

Coup de dés, poker donc. Mais pour qu’il soit vraiment gagnant, pensent les stratèges républicains, il nous manque les voix de ces bâtons-dans-les-r(o)ues de l’opposition antiguerre d’ingérence. Cette opposition est tout aussi infréquentable que rebelle aux classifications. Non plus libertaire, mais « libertarienne », elle reste attachée à l’idée de nation cohérente, d’image positive et paisible des Etats-Unis, d’approche diplomatique plutôt que systématiquement brutale, de contrôle « populaire » sur le dollar. Elle jette dans les congrès et rallyes des personnes de tous âges et de tous horizons, inclassables sous les termes usés et abusés de « conservateur » (« de droite » en français) ou de « libéral » (« de gauche »). Elle s’oppose au projet de l’amero (cette monnaie sur le modèle de l’euro, englobant les économies disparates des Etats-Unis, du Mexique et du Canada) à la Fed, à la guerre. Elle souhaite enfin rendre le pouvoir politique usurpé par les banquiers à la Constitution, donc au peuple légitime.

Ces gens, dont le nombre est exponentiel et le verbe intarissable en dépit des coups de taser et des blocages informatiques, ont eu il y a peu pour les représenter le candidat Ron Paul, à ce jour volontairement sorti de la compétition pour entrer en résistance.

Au vu de l’importance numérique et de l’activité dynamique de ces paulistes, il conviendrait, pensent les stratèges républicains, de courtiser le fameux Ron Paul. Difficile, c’est un dur à cuire sous ses airs affables, et ils s’y sont déjà frottés. Si dur qu’on lui a réservé un traitement de cheval (silence médiatique universel, ricanements, triche électorale, ban de supporteurs) tant qu’il postulait, et encore maintenant qu’il soutient un candidat indépendant du parti libertarien, affublé d’un nom amusant pour nous les francophones : Bob Barr.

Paul et ses paulistes sont dangereux pour le RNC. En effet, ils ont déjà contribué à changer à jamais le GOP (qui désigne les candidats républicains parmi les présidentiables) en réussissant à empêcher la nomination de son favori initial, pourtant couvé comme un canard (boiteux) : l’inénarrable Rudy Giuliani. L’attitude trouble et controversée de ce dernier pendant et après les événements du WTC ont beaucoup contribué à sa chute. Une majeure partie des paulistes en effet soutient que la version officielle de la catastrophe est, au minimum, à revoir de fond en comble par une commission indépendante.

Voilà donc les stratèges du RNC qui craignent de ne pouvoir, par la seule fraîcheur alaskane de la colistière, détourner le vote Barr des paulistes. Ils décident alors, toute honte bue, d’approcher Ron Paul le pestiféré.
C’est qu’ils ne lui ont rien épargné. Il y a quelques mois, ils lui ont interdit de participer en tant qu’orateur à la Convention nationale, en limitant son accès au seul parterre et en lui promettant une surveillance étroite de ses moindres mouvements. Ils l’ont aussi écarté, d’après Jesse Benton, son directeur de communication, d’une conférence à Minneapolis la semaine dernière parce qu’il allait remettre en question la politique extérieure des Etats-Unis.
Car voilà bien la raison fondamentale alléguée pour cette mise au ban : le refus d’altérer ou renoncer à son opposition à la guerre d’Irak. C’est d’ailleurs à la suite de l’interdiction du RNC, que le congressiste a organisé sa propre convention appelée “Campagne pour la Liberté ».

Le Washington Times du 2 septembre 2008 se fend d’un article à ce sujet. Selon cette publication, ce sont les officiels de la Convention et du Comité national républicain eux-mêmes qui auraient tenté d’arracher à Ron Paul un aval de leur politique.

Oui, Ron Paul continue d’affoler les va-t-en-guerre. Toutes les places ont été vendues pour le rallye de ses supporteurs que Ron Paul organise le 3 septembre. Les jeunes et primo-votants pourraient bien être séduits par son message hors normes, plus que par les perspectives déprimantes d’un éternel combat enlisé dans d’improbables contrées toujours plus nombreuses, et selon un schéma désespérément répétitif, intensément destructif, pervers et naïf à la fois. Après tout, ce sont les jeunes qui risquent le plus d’y laisser leur peau ou leur santé.

Ceux du RNC auraient donc révisé leur position depuis peu et auraient proposé gracieusement à RP de le laisser parler à la convention. Il y bénéficierait d’un garde du corps et de collaborateurs politiques « aidants », en échange d’une attitude « respectueuse » envers McCain et de l’accès de Benton au parterre du Centre Energie Xcel. Le Washington Times raconte une espèce de transaction, presque un chantage à la parole et à la sécurité la plus élémentaire de l’ex-candidat. Avec ses drôles d’idées, en effet, il risque gros.

Le but de ce marchandage très restrictif, confirmé depuis par Ron Paul à CNN, semble être l’évitement de tout « clash » féroce entre RP et le sénateur de l’Arizona. Mais RP ne reniera pas ses idées pour autant. Jesse Benton a déclaré laconiquement, citant le chiffre de ses 180 000 donateurs, que la loyauté des paulistes n’est pas quelque chose qu’on puisse « transférer ». A bon entendeur, salut.

En réalité, il n’y a jamais eu de clash féroce, Ron Paul étant par nature assez timide. Ce sont ses idées révolutionnaires éclatant de mille feux dans le discours convenu, en tous points opposées au bellicisme de McCain, qui sont, elles, « transférées » par les tenants du système à la personnalité et au discours « bas débit » de Ron Paul. Ce monsieur de modeste apparence, à la voix un peu ténue, est alors bizarrement fantasmé comme un tigre dans le moteur à ratés de l’establishment.

Rien n’est encore sûr. Ces « aides » ou conseillers politiques proposés par le Parti républicain restent une épine dans le pied. Ron Paul peut se passer de tels surveillants, d’après Benton, et les violons sur ce point, à l’heure où j’écris, ne sont toujours pas accordés.

Ron Paul participera-t-il à la Convention nationale ? Il ne cède pas d’un pouce sur ses positions antiguerre d’Irak. En attendant, il organise sa propre contre-convention, le rallye d’aujourd’hui. Un grand nombre d’événements à but formateur y sont prévus, et il y aura beaucoup de musique. Car la musique, le graphisme, les paulistes adorent !

- "Pourquoi une telle frénésie d’événements ?", s’étonne-t-on.

"Mais c’est ça, l’action !", répond Ron Paul.

Les tenants du nouvel ordre mondial ont cru enterrer sous le silence cet empêcheur de tourner en rond. Il faudra pourtant compter avec ce personnage, ses économistes, ses militants et citoyens anti-ingérences et ses artistes, que le système n’est pas parvenu à éliminer. Les républicains ne sont pas allés jusqu’à lui proposer la place de la sirène de l’Alaska, ce qui aurait été un coup de maître ; et qui aurait en premier lieu bien embarrassé les paulistes et RP lui-même. Non, Sarah, elle, ne présente aucun risque pour leurs prébendes et leurs clients.

Mais leur cible bouge encore. Elle a des voix, et pas qu’en musique. Alors les voilà qui font un deal, clé de la Convention en main, avec ces méthodes éprouvées raquant-donnant qui ne marchent pas toujours avec tout le monde.

La balle est dans le camp de Ron Paul car c’est ce camp, et lui seul, qui porte les prémices du renouveau.
Et, comme dit un proverbe afghan déjà lu sur Agoravox, ce n’est pas en tuant les hirondelles qu’on empêchera le printemps.

SOURCES

http://infowars.net/articles/September2008/020908McCain_Paul.htm

http://www.prisonplanet.com/mccain-attempting-to-win-backing-of-ron-paul.html

http://www.washingtontimes.com/news/2008/sep/02/mccain-negotiating-with-paul-to-win-backing-suppor/

 


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5 réactions à cet article    


  • littlehorn 4 septembre 2008 20:36

    Non plus libertaire, mais « libertarienne »

    Je crois que c’est le même mot. A moins bien sûr, que quelque chose ne m’échappe.

    Mais sinon, c’est un excellent article.


    • lisca lisca 4 septembre 2008 20:45

      Libertarien a une signification économique, et un petit air costume-cravate, alors que libertaire est un mot nettement connoté à gauche.
      Les Libertariens sont à l’origine les tenants d’une théorie économique.


    • littlehorn 5 septembre 2008 10:32

      Um. Mais alors quel mot anglais pour libertaire et quel mot anglais pour libertarien ?


    • lisca lisca 5 septembre 2008 14:22

      C’est vrai, c’est intéressant. Libertaire ou libertarien, c’est la même chose en anglais. Qu’on se le dise !


    • Jean-Frédéric 6 septembre 2008 06:06

      Oui la révolution a commencé ! Oui elle continue et rien ne pourra l’arrêter, ni l’armée, ni la police, ni les média ! Merci pour cet article. Petite précision : Ron Paul ne soutient pas officiellement Bob Barr.

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