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Verte paix sélective

Pendant l’été 2006, plus de 580 tonnes de déchets toxiques en provenance d’Europe ont été déversés dans un certain nombre de décharges à Abidjan (Côte-d’Ivoire) entraînant officiellement le décès de 16 personnes et l’intoxication de dizaines de milliers d’autres. Greenpeace a largement médiatisé l’affaire en bloquant le navire fautif (le Probo Koala) dans un port estonien en septembre 2006.

Pendant l’été 2006, plus de 580 tonnes de déchets toxiques en provenance d’Europe ont été déversés dans un certain nombre de décharges à Abidjan (Côte-d’Ivoire) entraînant officiellement le décès de 16 personnes et l’intoxication de dizaines de milliers d’autres. Greenpeace a largement médiatisé l’affaire en bloquant le navire fautif (le Probo Koala) dans un port estonien en septembre 2006.

Les responsabilités dans cette affaire se situent tant en Europe qu’à Abidjan. Un document de Greenpeace précise : « Du côté des responsabilités locales, il appartient au gouvernement ivoirien de les établir, sous la supervision de l’Onuci (la mission de paix des Nations unies en Côte-d’Ivoire), afin de garantir une justice complète et équitable dans la situation politique actuelle. Il est évident que rien n’a pu arriver sans l’implication de plusieurs acteurs ivoiriens, publics et privés[1] ».

En fait, il n’y a eu aucune condamnation et le gouvernement de Côte-d’Ivoire a signé un accord amiable avec la société responsable (Trafigura) abandonnant toute poursuite en contrepartie d’une compensation financière d’un montant de 100 milliards de francs CFA (environ 150 millions d’euros) destinée à indemniser les populations touchées, qui d’ailleurs, n’ont toujours rien reçu. Greenpeace s’est contenté de dénoncer cet accord le 14 février 2007[2].

Les victimes sont mécontentes de la clé de répartition du pactole proposée par les autorités (2/3 pour « l’État et les collectivités locales » et 1/3 pour les victimes) : « Aujourd’hui, on veut donner 100 millions de francs CFA (152 000 euros) aux parents des personnes décédées, et seulement 200 000 francs CFA (300 euros, un mois de salaire moyen) aux autres victimes ». Le 26 juin 2007, les victimes ont tenté de manifester mais « elles ont été dispersées par la police à l’aide de grenades lacrymogènes et de cailloux jusque dans leurs domiciles. Bilan : plus de cinq bébés conduits d’urgence à l’hôpital et deux manifestants copieusement tabassés et embarqués par les policiers[3] ».

Les travaux de dépollution menés par la société française Trédi à partir de septembre 2006 ont été interrompus à la mi-décembre. Ladite société est depuis « dans l’attente d’une autorisation administrative de l’État ivoirien » pour pouvoir collecter les « 2 500 à 3 000 tonnes » de substances contaminées subsistant sur différents sites de la périphérie d’Abidjan. Le danger est grand car la saison des pluies vient de débuter faisant « ressortir les émanations des déchets et multiplie les risques de contamination par ruissellement[4] ».

Face à ces graves dysfonctionnements, Greenpeace reste muette[5]. Pourquoi les militants de cette organisation ne vont-ils pas manifester dans les rues d’Abidjan... taguer les immeubles et les navires ivoiriens, bloquer le port d’Abidjan... ? Certainement qu’il est moins dangereux et plus médiatique de mener des actions en Occident.

Enfin, cette organisation, prompte à dénoncer l’exportation de déchets des pays développés vers le tiers-monde, ne s’alarme pas du traitement en France (à Salaise-sur-Sanne, Isère) des 9 300 tonnes de terres polluées et d’eaux souillées importées d’Abidjan... Seules quelques associations locales « s’interrogent sur le bon fonctionnement de l’incinérateur et sur la capacité des pouvoirs publics à faire respecter les bonnes pratiques en la matière[6] ». Evidemment, face notamment au risque nucléaire, aux OGM, au réchauffement climatique..., la santé des habitants de Salaise-sur-Sanne n’est pas très porteuse en termes d’audience médiatique.

Notre ONG serait-elle soumise à la loi du business : maximiser l’impact médiatique tout en minimisant les risques encourus ?



[1] « Déchets toxiques à Abidjan : Greenpeace fait le point », http://www.liberationafrique.org/spip.php?article1445, consulté le 5/06/2007.

[2] Greenpeace doc, consulté le 5/06/2007.

[3] (Courrier International 29/06/2007).

[4] (Cyberpresse 29/06/2007).

[5] A ce jour (30/06/2007) aucune réaction concernant les derniers développements cette affaire sur le site de Greenpeace : http://www.greenpeace.org/france/

[6] Frapna, consulté le 5/06/2007.


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