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Voici le coup que prépare la France pour l’élection présidentielle de février 2010 au Togo

2010 : le duel UFC-RPT sera détourné. Le candidat de l’UFC sera le troisième.

Les années passées, le Rassemblement du Peuple Togolais- RPT, parti au pouvoir au Togo depuis 1963- et ses alliés ont toujours eu la malice de placer en seconde position, l’Union des Forces du changement (UFC) de Gilchrist Olympio à chaque hold-up électoral. Au mépris de la vérité factuelle qui fait de l’UFC le vainqueur dans les urnes, l’industrie de transformation de bulletins de vote - la seule industrie créée et entretenue au Togo - change les données et inverse les résultats puis confie à son bras armée, l’écrasement de la contestation populaire. La répétition de cette pratique a installé une sorte de coutume au Togo.
 
A chaque élection, le RPT est en tête et l’UFC suit immédiatement. Tellement ancrée dans les esprits, cette coutume emporte volontiers l’adhésion des responsables de ce parti. Gilchrist Olympio finira lui-même par reconnaître qu’il n’y a que deux partis au Togo : le sien et le RPT. Plutôt, le RPT et le sien. Cette configuration politique dominée par le voleur et le vrai vainqueur a fait des vagues et produit d’incommensurables dégâts sur le chemin de croix que constitue la marche du Togo vers la démocratie.
Cette alliance paradoxale ayant constamment frustré les forces dites de l’opposition plus ou moins soudées dans les années 90, a fini par les disperser voire les dissoudre totalement. Chacun a choisi son destin et on est tous arrivés à là où on doit arriver. Bien sûr que certains y sont parvenus en voitures et d’autres à pied. Mais toujours est-il que le Togo, à l’arrivée, est Grosjean comme devant et le peuple a trinqué à fond.
 
Aux lendemains du braquage à mains armées du suffrage démocratique, ce couple improbable, avant de cohabiter dans une ambiance cyclothymique, se déchire. Le plus fort, outillé de l’arsenal militaro-diplomatique mis à son service, manié avec dextérité par la France ainsi que certaines institutions néo-impérialistes secondaires, finit par imposer la voie à suivre : la table de négociation. De rebondissement en rebondissement, un accord à minima est trouvé. Ce qui évidemment permet au pouvoir RPT de déployer ses tentacules dans une relative accalmie en attendant le grand bouleversement qui indiquera à nouveau la même voie. La boucle est alors bouclée.
 
Lors de ces piégeuses et interminables négociations qui finissent par montrer que le système RPT et ses alliés gagnaient du temps, le parti dupé rate pas mal de cibles. Et, au lieu d’exiger des avancées, il se fourvoie et finit par sortir comme il était entré étant donné que son arme qu’est le peuple, fut anéantie en amont. Toutefois, malgré ce handicap, il maintient une certaine pression. Puis, calculant sans doute les conséquences politiques pour les échéances électorales à venir, il refuse de collaborer entièrement avec le système. Même s’il a entrepris sa légitimation, il ne va pas jusqu’au bout. Il décide de l’affronter avec ses faiblesses. Il entretient l’escalade, ne serait-ce que verbalement. Il expose certains dessous du RPT, lui créant par conséquent de la gêne au point de voir celui-ci obligé de taxer l’UFC de radicalisme, de sectarisme et de tribalisme. Pire, en bon hôpital qui se fout de la charité, le RPT l’accuse d’entretenir la violence et lui impute l’entière responsabilité de tout ce qui se passe ou s’est passé de déplorable dans le pays. Le clash survient en fin de compte alors que ces étiquettes ont pour but de vilipender ce parti et le discréditer au profit d’une opposition acceptée, rémunérée et décrétée constructive.
 
Cette opposition constructive, construite de toutes pièces ne s’impose en rien. Elle accompagne le régime et conforte le système RPT quand besoin en est. A part, ce rôle de complément qui est le sien contre quelques postes de ministre ou de préfet, cette opposition construite n’a jamais réussi à bouleverser la vieille confrontation RPT-UFC. Elle s’est engluée dans son cocon satellitaire originel. Mieux, son créateur décide au gré de son agenda de la planter parfois. C’est le cas lors des législatives de 2007 où son fabriquant a jugé utile de lui attribuer aucun siège. Le duo, persisterait donc.
 
Mais, cela ne va pas durer. Car, à observer ce qui se passe actuellement au Togo, le système n’est plus visiblement disposé à jouer avec l’UFC. Et pour arriver à casser ce duo et éviter que l’UFC continue par casser les couilles à leur pupille en la traînant de capitale en capitale, de dialogue en dialogue, les concepteurs de la Mafiafrique, vraisemblablement, sont en train de monter une superbe opération. Elle va consister certainement à positionner un nouveau larron entre les deux. Exactement comme au Gabon où Mba Obame a été glissé entre Mamboundou et Bongo-fils pour court-circuiter la contestation ou la rendre difficile en érigeant une couche d’ozone devant celui qui est considéré comme le challenger principal. Ainsi, au sortir de la mascarade électorale de 2010, le candidat de l’UFC- Gilchrist Olympio ou non- ne sera plus derrière le porte flambeau du RPT incarné par Faure Gnassingbe. Il ne pourra donc plus l’affronter directement. Il sera le troisième sur la liste officielle. Cette stratégie aura le double effet de paralyser, d’une part, l’UFC et ses soutiens populaires qui devront vaincre le deuxième avant d’atteindre Faure Gnassingbe ; d’assurer, d’autre part, une certaine tranquillité à ce dernier qui aura ainsi un autre partenaire. Celui-ci, du fait de la « bonne surprise » qui l’a promu à ce rang, n’hésitera pas à opter pour la formation d’un pseudo gouvernement de coalition.
 
Ainsi, le jour de la proclamation des résultats officiels, l’incompréhension dominera les esprits qui tenteront un sursaut. Mais ce sera un saut dans le vide ou un saut sur un caillou. Le mur dressé par le second sur la liste officielle leur sera infranchissable. Ils devront vaincre celui-ci avant de parvenir à secouer le représentant local du néocolonialisme franco-chinois qu’est Faure Gnassingbe. Pendant ce temps, lui, passera son temps à jouer à l’arbitre, au pacificateur et au rassembleur au dessus de la mêlée. Ainsi, le duel tant attendu n’aura pas lieu. Les cartes étant redistribuées non seulement frauduleusement mais surtout dans un ordre totalement nouveau, les acteurs du conflit sont redessinés. Le vieux face-à-face RPT-UFC aura donc disparu, en tout cas, épisodiquement. Ceux qui souhaiteraient ce énième tête-à-tête pour soi-disant utiliser les élections fraudées comme ferment d’un soulèvement populaire auront été dribblés.  
 
Certains trouveront que ce scenario est improbable. Et que ceci n’est qu’une fiction ou une vision du pire. A ceux-là, disons qu’ils n’ont pas tort. Tout malade espère se guérir au plus vite. Seulement sa guérison est un processus qui dépend dans une large mesure de lui-même. Pour cela, il doit se mettre en condition et se donner non seulement la substance pharmaceutique adéquate mais le matériel psychologique surtout. Dans cette logique, la question de savoir quel est le travail théorique et pratique qui a été collectivement accompli, va se poser. Depuis l’imposition de « Baby Gnass » au pouvoir à la suite du décès de son père en février 2005, avons-nous suffisamment théorisé ? Avons-nous saisi les opérations qui se font aussi bien à l’ombre que devant nous ? Avons-nous compris qu’à partir de 2005 et surtout avec l’Accord politique dit global, les acteurs ont beaucoup évolué au détriment de la situation du pays ? Avons-nous étudié et compris les différents coups qui s’opèrent dans d’autres territoires africains à l’instar du Gabon où la France a intercalé André Oba Mbame entre Pierre Mamboundou et le fils Bongo pour paralyser ceux qui auraient voulu le match-retour Bongo-Mamboundou ? Sommes-nous nous écoutés suffisamment ? Sommes-nous nous organisés efficacement ? Voyons-nous que nous avons perdu pas mal d’alliés notamment dans la presse ? Voyons-nous les radios les plus citoyennes accepter de ne plus diffuser d’informations ni de débats jusqu’au lendemain de la « victoire » de Faure Gnassingbe contre des dizaines de millions de francs CFA ? Que faisons-nous contre cela ? Où sont nos instruments de lutte notamment notre presse, à nous  ? Avons-nous vu et sommes-nous nous opposés au remplacement non seulement des préfets mais surtout des chefs traditionnels dans certains villages comme (Kpadapé dans le Kloto par exemple) ? Voyons-nous le déploiement des forces armées actuellement sur toute l’étendue du territoire pour cerner le peuple ? Quelle est l’organisation que nous opposons à cette machine ? Nous remettons-nous une fois encore à un hypothétique Dieu ou à une improbable communauté internationale ?
 
Le propre de toute société profondément malade, c’est de vouloir des solutions toutes faites, ici et maintenant. On ne les aura pas, ces solutions. Puisqu’il n’y a pas de raccourcis menant à la liberté. Notre expérience a montré qu’il n’y a pas de raccourcis possibles contre une tyrannie. Malheureusement, on est quelque peu amnésique et émotif en ces moments pré-électoraux. La profonde réflexion a abdiqué face à l’émotion et face à l’empressement comme si un travail préalable avait été fait. Notre lutte ne se résume pas à une compétition électorale classique où les candidats viennent se mesurer l’un à l’autre loyalement sur une balance démocratique avec leurs programmes politiques respectifs. Au contraire, nous sommes en pleine lutte pour notre libération. Laquelle a été entreprise par des héros écourtés comme Sylvanus Olympio, Nkrumah, Lumumba, Steve Biko, Um Nyobe, Moumie, Sekou Toure, Ouezzin Koulibaly et bien d’autres. D’ailleurs, le fait qu’on cherche à imposer au peuple noir, cette fausse stratégie de candidature unique face au dictateur au pouvoir, élu d’office dans le sillage de la doctrine selon laquelle, l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie ou celle qui proclame qu’on organise pas les élections pour les perdre, montre bien l’attrape-nigaud qui nous est tendu. Sous les oripeaux de ce piège que beaucoup prennent naïvement pour une stratégie politique ou électorale de rassemblement, se cache bien l’idée que le dictateur a une telle assise populaire que, pour arriver à le battre, il faille lui opposer un seul challenger. On occulte ainsi savamment les conditions nécessaires et suffisantes que sont la transparence et le respect de la voie démocratique pacifiquement exprimée par le peuple. Pour tout dire, lorsque le dictateur aura été proclamé vainqueur, ce ne sera pas qu’il ait triché mais ce serait la dispersion de l’opposition qui l’a fait Roi. La vérité est qu’on n’aura ni candidature unique ni victoire proclamée de « l’opposition ». Car, aujourd’hui, parmi les potentiels candidats, se trouve l’homme qui fera écran entre le RPT et l’UFC.
 
Pour le moment, au Togo comme partout ailleurs en Afrique, on se comporte en esclaves encore incapables de s’assumer comme tel et de se battre pour se libérer. Lorsque le moment sera venu, il n’y aura pas élection. Il n’y aura pas débat sur une prétendue stratégie de candidature unique. Il n’y aura pas un faux et retardataire questionnement sur une pseudo-élection à un ou deux tours. Toutes ces questions seront inutiles car, on réalisera tous, du moins une minorité organisée et agissante verra que ce qui est en face n’est ni un parti politique au sens classique du terme ni une invitation à une compétition régulière et loyale. On ne cherchera pas à emprunter des raccourcis piégés et on n’obéira pas au plan tout tracé par nos ennemis pour volontairement nous perdre en chemin. On agira sans autres formes de procédures comme en 1789 en France contre les néocolonialistes qui utilisent leurs zouaves pour émasculer notre peuple. Cette échéance, on peut la retarder de 50, 100 ou 1000 ans. Mais, elle arrivera. C’est le destin humain : vivre en liberté et décider de son avenir en fonction de ses intérêts.
On peut toujours empêcher cette irréversible marche un temps. Mais on ne peut la briser pour toujours. Lorsque l’heure aura sonné, seul l’avenir de nos enfants ou celui des descendants de nos enfants qui assumeront cette responsabilité, comptera. Peu importera notre propre vie ou celle de nos enfants. Puisqu’un Homme qui vit, qui meurt plutôt pour l’avenir de son peuple est immortel.
 
 

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1 réactions à cet article    


  • Brice MATINGOUT 24 janvier 2010 14:50

     Un homme politique français déclarait que l’africain n’était pas prêt pour la démocratie. Cette déclaration suscita des réactions proches de la révolte. Aujourd’hui, avec le recul du temps, cette déclaration choque  t - elle encore ? Dans tous les cas, les réactions sont moins vives vu la première petite expérience de ce système politique dans le continent . 
    En effet, l’ Afrique noire démocratique a su lier démocratie et homocratie. Tout marche à merveilles. Si la démocratie est un système dans lequel le peuple souverain lègue par sa propre volonté son pouvoir à un homme pour un temps définit, l’homocratie est le pouvoir d’un homme qui gouverne au non du peuple à condition que ce peuple soit lui par le jeu d’argent sous la forme d’un distributeur automatique des billets des banques en milieu de pauvreté avec la complicité et la bénédiction de la mafia française.

    Dans ces conditions, comment la démocratie peut elle résister au milieu de la pauvreté ? Comment le peuple souverain dont la préoccupation essentielle est la satisfaction des besoins alimentaires peut -il garder sa liberté de penser et de voter ?

    Dans multiples cas observés, l’homocrate est le président sortant qui par gabegie financière devient une espèce de nouveau capitaliste habitué au pouvoir et qui n’y renoncera point. Dans la perspective de se représenter à sa propre succession, il dispose d’une arme redoutable. L’argent du peuple. Il est mieux placé pour savoir à quel point le peuple manque de tout.
    Ce constat fait, il s’agit de passer à la vitesse de croisière : rassembler les pauvres et trouver quelques individus très cons capables de reppeter à tous que celui-ci est cette fois - ci le messie. Ce discours presque menaçant oblige les populations à vendre pour 1 à 2 euros leurs voix. Ainsi, le choix politique devient une sorte d’épreuve : manger ou ne pas manger. C’est toute la démocratie qui se retrouve piègée. D’où la question initiale, la démocratie en Afrique est -elle un luxe. La pauvreté fait-elle bon ménage avec la démocratie ? Un peuple affamé peut -il réfléchir en toute indépendance sans qu’en même temps le vendre ne s’immisce dans l’affaire ? Neuf fois sur dix, le peuple qui a faim vendra sa capacité d’homme libre quitte à donner sa voix au diable. La Bible nous relate l’histoire du frère de Jacob qui céda tous ces droits pour le vendre. En Afrique, le choque vient aussi du fait que les dirigeants de l’opposition pour raison du "ventre affamé ’ sont mille fois prêts à jouer le jeu du président en place. Il s sont légions ces opposants qui ont écouté leur ventre en lieu et place de la raison. 

    Pour qu’une vraie démocratie prenne place en Afrique, il faut résoudre le problème de pauvreté sans quoi les voix des pauvres seront monnayées tous les temps. L’homocrate le sait et n’hésitera jamais de recourir aux pauvres pour remporter des élections.

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Rodriguez


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