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Accueil du site > Actualités > International > Vote suisse sur l’immigration : une question de souveraineté (...)

Vote suisse sur l’immigration : une question de souveraineté ?

Le Marché Commun puis l’Union Européenne se sont mis en place sur l’idée de créer un marché ouvert des biens, des marchandises et de la culture, sans plus de taxes et de règles nationales. Le but était de favoriser les échanges commerciaux, source de développement économique.

Le marché : une vieille idée neuve

Après tout l’Europe était déjà un marché à l’époque de la civilisation gauloise. Les déplacements se faisaient par terre et par mer. Ils étaient longs et difficiles, en particulier du fait de l’insécurité et des nombreux péages rencontrés - comme autant de charges administratives.

Le Moyen-Âge fut également un temps d’échanges intra-européens et sur tout le pourtour méditerranéen. Les étudiants voyageaient beaucoup et leurs déplacements furent, selon Jacques Verger, à l’origine de la formation des universités. Celles-ci étaient fréquentées essentiellement par des étudiants non natifs des villes universitaires. On se déplaçait pour acquérir du savoir, mais aussi pour les pèlerinages, et bien sûr pour le commerce. Au vingtième siècle, après plus d’un siècle de nationalismes divers, l’Europe reprenait le chemin du grand marché économique.

On aurait pu s’en arrêter là : faire tomber les barrières douanières et simplifier les échanges. Mais pour que cela fonctionne une monnaie unique devenait nécessaire. En effet les monnaies nationales, si elles donnent plus de marge de manoeuvres à un pays, induisent également des torsions dans les échanges. Il suffit d’une dévaluation pour qu’un pays exporte davantage alors que ses partenaires commerciaux subissent eux négativement cette sorte de dumping monétaire. L’euro mettait les pays à égalité et dans l’obligation de performances économiques réelles.
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Dans le même temps, l’unification et la simplification des échanges a imposé d’unifier nombre de législations civiles et de règlements techniques. La Commission de Bruxelles a permis cette unification sans avoir à passer par des votes de parlements, forcément longs et compliqués.

On aurait pu à nouveau s’en arrêter là : unifier la part des législations et règlements utiles au marché unique. Mais comment justifier que les marchandises soient mieux traitées que les humains ? Comment admettre la libre circulation des marchandises sans inclure celle des humains, comme cela se fait déjà à l’intérieur de chaque pays ? N’est-ce pas un mouvement normal que d’agrandir toujours le cercle géographique ? Si au Moyen-Âge italien chaque ville ou région avait ses frontières, ses milices et sa monnaie, la création des Etats-nations a agrandi l’espace géographique des citoyens. L’Europe a donc inclus la suppression des barrières entre pays membres.

Elle se trouve aujourd’hui entre la souveraineté nationale et la création des Etats-Unis d’Europe, soit une entité supranationale.

europe,suisse,union,projet,votation,immigration,souveraineté,bruxelles,moyen-âge,gaule,commerce,marché,barroso,L’enjeu du 9 février : la souveraineté ?

C’est là que les choses se compliquent. Car dans une entité européenne globale on pourrait imaginer la ruée de millions d’habitants d’une région pauvre et moins développée vers une autre, plus riche et mieux développée. Les disparités industrielles et économiques ne disparaissent pas avec la suppression des frontières. Une telle ruée serait-elle gérable pour la région hôte ?

Après le vote suisse de dimanche, beaucoup d’européens se sentent en accord avec la souveraineté nationale, qui inclut la limitation de l’immigration et la préférence nationale. On le savait déjà, c’est encore plus visible aujourd’hui.

On peut comprendre la nécessité de réciprocité dans les échanges entre les pays. Un pays qui dénonce des obligations contractuelles faillit à ses engagements et dégage son partenaire de ses propres obligations. C’est ce que Barroso a rappelé. On ne peut donc lui reprocher ses propos, qui sont logiques et légitimes du point de vue européen.

La position suisse après le vote de dimanche établit avec force une autre légitimité, dont les effets se heurtent au projet commun. Cette légitimité est celle de la souveraineté, de l’appartenance géographique et historique, de la mutualité morale issue d’un sentiment commun, du patriotisme, et simplement aussi de la proximité. Cette légitimité se heurte au désir tout aussi légitime d’empire, soit d’une vaste structure dont la grandeur peut garantir (en principe) la prospérité, la liberté et la paix. Car quelles que soient les critiques portées à l’encontre de l’Europe et de son fonctionnement bruxellois, on ne doit pas oublier ce projet, cette mission même, de l’Union Européenne.

Bien plus qu’une question de xénophobie le vote de dimanche met en exergue l’enjeu deurope,suisse,union,projet,votation,immigration,souveraineté,bruxelles,moyen-âge,gaule,commerce,marché,barroso,e la souveraineté. Cette souveraineté est dérangeante parce qu’elle rencontre donc l’assentiment de nombre d’européens. Elle appuie sur la fracture déjà constatée entre les élus et les citoyens. La réaction de Bruxelles sur l’électricité - et d’autres peut-être à venir - est un signal à l’égard des européens bien plus qu’une véritable sanction à l’encontre de la Suisse. Bruxelles choisit de geler une négociation relativement secondaire et montre aux membres de l’UE que l’on circonscrit le virus suisse.

Le vrai enjeu qui apparaît depuis quelques jours est bien la souveraineté - et le type de croissance souhaitée. C’est sur ce thème que l’on pourrait peut-être dépasser le clivage et la détestation survenue depuis dimanche, voire l’autoflagellation de certains suisses comme j’en faisais la parodie dans mon précédent billet.

Le vote suisse sur l'immigration a tonné dans le ciel européen. Mais en faire un réflexe xénophobe est un peu court.

Notre pays a mis les pieds dans le plat, un plat que les européens n’osent jamais vraiment aborder. Pour l’Europe, la notion de souveraineté et d’immigration, donc de maîtrise de son développement, est diabolisée. Un jour peut-être les pays abandonneront leur souveraineté. Mais une telle étape, si elle a lieu, devrait passer par une réflexion sur l’Europe des régions, sur l’équilibre des zones de développement économique, sur la forme politique et les institutions que pourraient prendre un si grand espace. Comment préserver les cultures, les particularités, les espaces d'autonomie, l'équilibre politique local/global ? Comment éviter une « genderisation », une indifférenciation culturelle de l'Europe, dominée par une super-étatisation, sans non plus tomber dans le complexe d'Astérix ?

A ce point de vue les élites européennes sont avares de propositions. Au fond une partie des suisses a donné le signal fort d’une réflexion globale à mener. A moins qu’ils n’aient besoin de redigérer leur modèle et leurs engagements. Une manière aussi de dire que le progrès n’est pas que dans une seule direction.

 


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8 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 13 février 2014 13:51

    ça ne resoudra pas le probléme de l’argent sale qui trouve refuge dans les banques suisses ni L’EXPLOITATION DES « TRAVAILLEURS DETACHES »


    • mmbbb 13 février 2014 19:28

      Pourqoui cette arrongance francaise de donner des lecons Si vous consultez l’indice de corruption des pays de l’OCDE la France est tres mal placee CQFD nous avons notre propre argent sale L’auteur comme tous les auteurs qui pondent ce genre d’articles generalistes et feignent d’ignorer la realite Depuis 

      Maastricht

       la france ne cesse d’accumuler les difficultes economie en berne immigration non controllee avec comme corollaire une education nationale qui part en vrille des banlieues violentes deshumanisees Tissu industriel dissout ........... La Suisse s’en sort beaucoup mieux nettement mieux J’ai lu hier qu’il fallait boycotter ce pays Je pense que l’etat suisse a eu raison de na pas achteter le Rafale 

      .


    • Ouallonsnous ? 13 février 2014 22:51
       
      « Les Suisses sont-ils des salauds de xénophobes ? »

      Non les suisses sont des gens réalistes désirant rester maîtres chez eux et gérer eux mêmes leur destin ! En résumé ils sont toujours les maîtres de leur souveraineté !

      Evidemment, cela ne peut pas plaire aux technocrates de l’UE qui ont pour but ultime de démanteler les états-nations de l’Europe sur lesquels ils ont mis la main, pour le plus grand profit de l’Empire néo colonialis...
      « Les Suisses sont-ils des salauds de xénophobes ? »

      Non les suisses sont des gens réalistes désirant rester maîtres chez eux et gérer eux mêmes leur destin ! En résumé ils sont toujours les maîtres de leur souveraineté !

      Evidemment, cela ne peut pas plaire aux technocrates de l’UE qui ont pour but ultime de démanteler les états-nations de l’Europe sur lesquels ils ont mis la main, pour le plus grand profit de l’Empire néo colonialiste anglo-franco-germano-USraélien !

    • buratino buratino 14 février 2014 09:24

      Les riches français mettent leur argent en Suisse,

      les « pauvres » français viennent chercher du travail en Suisse, le problème, c’est les français et leur gouvernement pas le vote suisse

    • César Castique César Castique 14 février 2014 11:44

      « L’euro mettait les pays à égalité et dans l’obligation de performances économiques réelles. »


      A égalité de quoi ? Certainement pas de salaire ! Les employés frioulans (Nord-Est de l’Italie) du suédois Electrolux doivent accepter des réductions de salaires et une (légère) dégradation des conditions de travail, sous menace d’une délocalisation de la production en Pologne.

      A propos de Pologne, il y a quelques mois, témoignait à la télé, un Polonais employé par Dell en Irlande, en zone euro, qui rentrait au pays, hors zone euro, pour y suivre « son » usine, tout en craignant une possible délocalisation ultérieure en direction de la Biélorussie, hors U.E.

      Vous disiez quoi à propos de monnaie unique et de « performances économiques réelles » ?

      • zygzornifle zygzornifle 14 février 2014 17:57

        Les Suisses ont une longueur d’avance .....


        • lsga lsga 16 février 2014 16:24

          Les Suisses sans l’Europe ne sont rien. Bientôt, ils immigreront en Europe.


          • Redfox Redfox 18 février 2014 23:19

            Je ne partage pas cette assertion mais je serai ravis de lire ce qui vous amène à celle-ci.


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