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Accueil du site > Actualités > International > Wang Guangmei, victime parmi d’autres du fanatisme maoïste

Wang Guangmei, victime parmi d’autres du fanatisme maoïste

« Que deux éléphants se battent ou qu’ils fassent l’amour, c’est toujours l’herbe qui se trouve dessous qui est écrasée. » (Zhou Enlai).

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Il y a dix ans, le 13 octobre 2006, est morte à Pékin une vieille dame de 85 ans. S’étant consacrée pendant des dizaines d’années à des œuvres de charité, Wang Guangmei était une mémoire historique des débuts de la Chine populaire, de ses excès, de ses abus, de ses crimes.

Née le 26 septembre 1921 dans une famille de haute bourgeoisie, fille d’un riche ministre de la toute nouvelle République de Chine (celle, future, de Tchang Kaï-Chek), Wang Guangmei fit de brillantes études à Pékin, dans une université catholique fondée en 1925 par des moines bénédictins de Pennsylvanie. Elle y apprit la physique nucléaire mais aussi plusieurs langues étrangères, l’anglais, le français et le russe.

Juste après la guerre sino-japonaise qui se termina le 9 septembre1945, elle travailla dans les négociations entre le nationaliste Tchang Kaï-Chek et le communiste Mao Tsé-Toung (qui, malgré leur haine réciproque, avaient fait alliance ensemble contre l’ennemi japonais). L’objectif était d’en finir avec la guerre civile et les Américains s’étaient proposés de remplir une mission de médiation, entre décembre 1945 et février 1947, dirigée par le général George Marshall. Une mission qui échoua.



Wang Guangmei y participa comme interprète et négociatrice. Elle fut appréciée de ses interlocuteurs américains. Il n’était pas difficile, bien plus tard, pour ceux qui voulaient s’en prendre à elle ou à son futur époux, de l’accuser d’espionnage avec l’ennemi américain.

Pour le général américain Douglas MacArthur, cette mission de médiation fut « l’un des plus grands échecs de l’histoire de la diplomatie américaine, que le monde libre paie aujourd’hui dans le sang et les catastrophes » (9 juin 1951). On se demande encore comment il en aurait été autrement, vu le jusqu’au-boutisme des nationalistes du Kuomintang et des communistes de Mao.

La guerre de Corée (entre le 25 juin 1950 et le 27 juillet 1953) fut l’une des conséquences de cet échec diplomatique. La péninsule coréenne, occupée par les armées japonaises depuis 1910, fut occupée au nord par les troupes soviétiques (aidées en 1950 des troupes chinoises communistes) et au sud par les troupes américaines, après la capitulation du Japon le 2 septembre 1945.

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L’autre conséquence, plus importante, fut la poursuite de la guerre civile qui se solda par la défaite des nationalistes chinois et leur exil à Taiwan tandis que Mao Tsé-Toung s’empara du pouvoir à Pékin le 1er octobre 1949 en fondant la Chine populaire.

Après l’échec de cette mission de médiation, Wang Guangmei s’engagea en 1948 au parti communiste chinois. En 1945, elle avait rencontré Liu Shaoqi qui fut l’un des proches de Mao Tsé-Toung. Elle avait 24 ans et lui …46 ans, presque le double ! Lui s’était déjà marié cinq fois, sa deuxième femme a été exécutée en 1933, deux femmes lui ont donné quatre enfants. Elle était la secrétaire de celui qui fut nommé le 19 juin 1945 numéro deux du parti communiste chinois, après le VIIe congrès, dont le numéro un, consacré depuis deux ans, était Mao Tsé-Toung, devenu à la fois Président du Comité central, Secrétaire Général et Président du Bureau politique. Dans l’exercice de ses fonctions politiques, Liu Shaoqi rencontra notamment le dalaï-lama en 1954, en même temps que U Nu, Premier Ministre birman.

La consécration de Liu Shaoqi fut sa désignation comme Président de la République populaire de Chine le 28 avril 1959. Il le resta neuf ans. Après les désastres humains provoqués par le Grand Bond en avant, Mao Tsé-Toung avait préféré démissionner de ce poste de chef d’État tout en conservant le contrôle d’un parti de plus en plus hostile.

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Présente lors des visites d’État de son mari (en Birmanie, en Indonésie, au Pakistan, en Afghanistan, etc.), Wang Guangmei, brillante et cultivée, est devenue une "Première Dame" rayonnante, une position qui ne pouvait que déplaire à l’ambitieuse Jiang Qing (nommée "l’Impératrice rouge"), ancienne actrice et quatrième femme de Mao depuis novembre 1938, et qui fut parmi les "ultras" du parti. Jusqu’alors marginalisée par les apparatchiks qui méprisaient l’ancienne starlette, Jiang Qing offrit l’une des bases de la reconquête de Mao (elle entra au bureau politique le 28 avril 1969).

Une grande majorité des cadres du parti avait considéré que les décisions de Mao (qui provoquèrent une cinquantaine de millions de morts, principalement de famine) avaient envoyé la Chine populaire à la ruine. Liu Shaoqi, devenu Président, fit quelques déplacements à l’intérieur de la Chine et s’est rendu compte de l’impasse politique et économique. Il tenta de redresser la situation à partir de 1962 et a dû s’opposer très fermement à Mao : « Avec autant de morts de faim, l’Histoire retiendra nos deux noms et le cannibalisme sera aussi dans les livres. ».

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Encouragée par son mari, Wang Guangmei a travaillé dans une équipe d’enquêteurs en 1963 pour mettre à jour les filières de la corruption. Elle était donc très dangereuse pour certaines personnes touchées par ces enquêtes.

L’isolement de Mao au sein du parti communiste chinois l’incita en 1966 à initier la Révolution culturelle, autre désastre humain, qui lui a permis de reprendre définitivement le contrôle de l’appareil du parti. Pour Liu Shaoqi et sa famille, ce fut alors le début d’un calvaire.

Liu Shaoqi, encore Président en titre, a été obligé de faire son autocritique le 23 octobre 1966, puis fut arrêté, battu et incarcéré en 1967. Il fut destitué le 31 octobre 1968 et est mort en prison de mauvais traitements le 12 novembre 1969.

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Ce fut tout son entourage qui fut pourchassé par les gardes rouges. La photographe officielle de Mao Tsé-Toung, Hou Bo, fut elle-même déportée pour avoir travaillé pour Liu Shaoqi (elle a survécu et est toujours vivante, à 92 ans ; en 2009, elle a rendu responsable Jiang Qing de sa persécution).

Sa femme Wang Guangmei a été arrêtée et humiliée en janvier 1967 par les gardes rouges, eux-mêmes inquiétés par ses enquêtes. Protégée par Zhou Enlai, elle a pu recouvrer la liberté, mais le 10 avril 1967, elle se fit de nouveau arrêter et humilier. En référence aux vêtements bourgeois qu’elle avait osé porter en 1963 lors d’un banquet officiel organisé par Sukarno en Indonésie, les gardes rouges l’avaient obligée à se revêtir, devant des milliers d’étudiants fanatisés, d’une robe moulante avec des bas de soie, des chaussures à hauts talons et un collier composé de balles de ping-pong (une humiliation qui pouvait aussi faire un peu penser à la couronne d’épines du Christ).

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Le 13 septembre 1967, Wang Guangmei fut incarcérée et exclue du parti, puis torturée et violée. Les filles de Liu Shaoqi furent obligées d’accuser leur père de tous les péchés. Certains enfants de Liu Shaoqi furent tués au même moment. Les quatre enfants de Wang Guangmei furent également sanctionnés. Mise au secret, elle n’avait aucune nouvelle de sa famille. Elle fut emprisonnée pendant plus de onze ans, jusqu’au 22 décembre 1978 ! Mao Tsé-Toung accepta que les enfants vissent leur mère en 1971 avec cette boutade : « Leur père est mort, mais ils peuvent voir la mère ! ». Ce fut à ce moment qu’elle a appris la mort de son mari, avec deux ans de retard.

Elle a compris seulement après la mort de Mao Tsé-Toung que son mari était mort des mauvaises conditions de sa détention. Il était âgé de 70 ans, isolé dans sa prison, laissé nu sans soins médicaux malgré un diabète et une pneumonie.

Wang Guangmei fut libérée peu après la mise en accusation de Jiang Qing (arrêtée le 7 octobre 1976) d’avoir voulu persécuter Liu Shaoqi et sa famille, et plein d’autres personnes, responsables selon les juges d’une centaine de milliers d’assassinats. En tant que victime, Wang a même été écoutée en novembre 1980 au procès de Jiang Qing, qui a abouti à la condamnation à mort de la femme de Mao le 25 janvier 1981, commuée en 1983 à la réclusion à perpétuité. Jiang Qing se serait suicidée le 14 mai 1991, retrouvée morte dans sa salle de bains, après avoir appris qu’elle était atteinte d’un cancer de la gorge, et sa mort n’a été annoncée qu’en 1993. Elle aurait laissé une lettre où elle avait expliqué que Mao n’aurait jamais dû laisser la vie sauve à Deng Xiaoping, pourtant disgracié, qui avait pu ensuite reconquérir le pouvoir après lui.

Ce dernier a réhabilité officiellement Liu Shaoqi en mai 1980 au cours d’un discours solennel, ce qui valait également une condamnation des responsables de la Révolution culturelle. Le 19 mai 1980, la veuve et ses enfants ont pu reprendre les cendres de Liu Shaoqi et les disperser dans la Mer Jaune (entre la Chine et la péninsule coréenne).

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Wang Guangmei fut nommée en 1979 directrice des affaires étrangères de l’Académie chinoises des sciences sociales et a été élue membre permanent de la Conférence consultative politique du peuple chinois (une sorte de sénat consultatif) jusqu’en 2003. Elle se préoccupa surtout d’œuvres de charité, cherchant à aider les pauvres à l’intérieur du pays. Pour cela, elle a même fait des donations de plusieurs antiquités très anciennes ayant appartenu à sa famille (aisée).

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Elle est morte le 13 octobre 2006 à Pékin (dans un hôpital militaire) et fut enterrée huit jours plus tard au cimetière des martyrs révolutionnaires Babaoshan. Le gouvernement chinois lui refusa des funérailles nationales pour éviter de remettre en lumière les terribles massacres de la Révolution culturelle. Elle fut la gardienne vigilante de la mémoire des excès de cette Chine populaire à la fois monstrueuse dans sa cruauté, mais aussi capable de revenir sur ses erreurs du passé et de réhabiliter ses propres victimes.

Le fils de Liu Shaoqi et de Wang Guangmei, Liu Yuan, a maintenant 65 ans. Il fut nommé en 2010 commissaire politique au département général de la logistique de l’Armée populaire de libération (après avoir été nommé général en 2009). Il fut le plus jeune gouverneur de la province du Henan, en 1988. En 2012, il fut écarté de l’armée en raison de sa proximité avec Bo Xilai, autre "prince rouge", ancien futur espoir qu’on disait capable d’atteindre le pouvoir suprême, mais condamné à la prison à vie dans une obscure affaire de meurtre et de corruption.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Wang Guangmei.
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

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4 réactions à cet article    


  • Aristoto Aristoto 13 octobre 15:04

    Oui enfin que veut une seule personne contre tout le progres et l’amelioration des condition de vie du chinois moyen. La chine se devait de proteger sa population de la ferocite etats uniennes. ils faut dire qu ils en ont un souvenir particulier des volonte destructrice des anglo-saxons.


    • Aristoto Aristoto 13 octobre 15:11

      entre le complotisme bebete et le concensus mou on peut dire que agoravox fait dans la diversite.

      ce sylvain est un tsunami d eau tiede.


      • escoe 13 octobre 16:14

        Hauteville House, 25 novembre 1861

        Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l’expédition de Chine. Vous trouvez cette expédition honorable et belle, et vous êtes assez bon pour attacher quelque prix à mon sentiment  ; selon vous, l’expédition de Chine, faite sous le double pavillon de la reine Victoria et de l’empereur Napoléon, est une gloire à partager entre la France et l’Angleterre, et vous désirez savoir quelle est la quantité d’approbation que je crois pouvoir donner à cette victoire anglaise et française.

        Puisque vous voulez connaître mon avis, le voici :

        ll y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde  ; cette merveille s’appelait le Palais d’été. L’art a deux principes, l’Idée qui produit l’art européen, et la Chimère qui produit l’art oriental. Le Palais d’été était à l’art chimérique ce que le Parthénon est à l’art idéal. Tout ce que peut enfanter l’imagination d’un peuple presque extra-humain était là. Ce n’était pas, comme le Parthénon, une œuvre rare et unique  ; c’était une sorte d’énorme modèle de la chimère, si la chimère peut avoir un modèle.

        Imaginez on ne sait quelle construction inexprimable, quelque chose comme un édifice lunaire, et vous aurez le Palais d’été. Bâtissez un songe avec du marbre, du jade, du bronze, de la porcelaine, charpentez-le en bois de cèdre, couvrez-le de pierreries, drapez-le de soie, faites-le ici sanctuaire, là harem, là citadelle, mettez-y des dieux, mettez-y des monstres, vernissez-le, émaillez-le, dorez-le, fardez-le, faites construire par des architectes qui soient des poètes les mille et un rêves des mille et une nuits, ajoutez des jardins, des bassins, des jaillissements d’eau et d’écume, des cygnes, des ibis, des paons, supposez en un mot une sorte d’éblouissante caverne de la fantaisie humaine ayant une figure de temple et de palais, c’était là ce monument. Il avait fallu, pour le créer, le lent travail de deux générations. Cet édifice, qui avait l’énormité d’une ville, avait été bâti par les siècles, pour qui  ? pour les peuples. Car ce que fait le temps appartient à l’homme. Les artistes, les poètes, les philosophes, connaissaient le Palais d’été  ; Voltaire en parle. On disait : le Parthénon en Grèce, les Pyramides en Egypte, le Colisée à Rome, Notre-Dame à Paris, le Palais d’été en Orient. Si on ne le voyait pas, on le rêvait. C’était une sorte d’effrayant chef-d’œuvre inconnu entrevu au loin dans on ne sait quel crépuscule, comme une silhouette de la civilisation d’Asie sur l’horizon de la civilisation d’Europe.

        Cette merveille a disparu.

        Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d’été. L’un a pillé, l’autre a incendié. La victoire peut être une voleuse, à ce qu’il paraît. Une dévastation en grand du Palais d’été s’est faite de compte à demi entre les deux vainqueurs. On voit mêlé à tout cela le nom d’Elgin, qui a la propriété fatale de rappeler le Parthénon. Ce qu’on avait fait au Parthénon, on l’a fait au Palais d’été, plus complètement et mieux, de manière à ne rien laisser. Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n’égaleraient pas ce splendide et formidable musée de l’orient. Il n’y avait pas seulement là des chefs-d’œuvre d’art, il y avait un entassement d’orfèvreries. Grand exploit, bonne aubaine. L’un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l’autre a empli ses coffres  ; et l’on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l’histoire des deux bandits.

        Nous, Européens, nous sommes les civilisés, et pour nous, les Chinois sont les barbares. Voila ce que la civilisation a fait à la barbarie.

        Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. Mais je proteste, et je vous remercie de m’en donner l’occasion  ; les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de ceux qui sont menés  ; les gouvernements sont quelquefois des bandits, les peuples jamais.

        L’empire français a empoché la moitié de cette victoire et il étale aujourd’hui avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d’été.

        J’espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée.

        En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate.

        Telle est, monsieur, la quantité d’approbation que je donne à l’expédition de Chine.

        Victor Hugo


        • Bernie 2 Bernie 2 13 octobre 21:54

          Qu’on lui interdise les filtres photoshop !! C’est un crime contre l’humanité perpétuel.

          Pour l’article ? Quel article ?

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