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Accueil du site > Actualités > International > Xi Jinping devient le premier des Chinois

Xi Jinping devient le premier des Chinois

Pas de révolution populaire dans la Chine populaire : le congrès du parti communiste chinois s’est tenu à la place Tiananmen sans effusion grâce à une mobilisation massive des forces de l’ordre. Hu Jintao quitte le pouvoir après dix ans de règne qui a mis la Chine parmi les puissances économiques majeures de ce nouveau monde.

Le Président chinois Hu Jintao vient de clore ce mercredi 14 novembre 2012 le XVIIIe congrès du parti communiste chinois : « Je déclare maintenant que le dix-huitième congrès du parti communiste chinois s’est achevé victorieusement. ». J’en avais déjà parlé lors de son ouverture le 7 novembre 2012.

Les membres du comité central ont été choisis (victorieusement) et c’est ce jeudi 15 novembre 2012 que le nouveau secrétaire général du parti communiste chinois est désigné : Xi Jinping succède à Hu Jintao pour "au moins" cinq ans.

En effet, le comité central vient de se choisir (ce jeudi matin) un comité permanent du bureau politique restreint à sept hauts dirigeants (au lieu de neuf d'habitude) et qui comprend : Xi Jinping, Li Keqiang, Wang Qishan, financier, Zhang Dejiang, économiste (futur Président de l'Assemblée nationale populaire), Yu Zhengsheng (chef du parti à Shanghai), Liu Yunshan, considéré comme "conservateur" comme les deux précédents, Zhang Gaoli (chef du parti à Tianjin). Wang Yang, chef du parti à Canton, considéré comme "réformiste" n'a en revanche pas été désigné au comité permanent. Xi Jinping a relevé dans son discours deux enjeux importants pour les années à venir : la corruption et l'éloignement avec le peuple.

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Il faut sans doute comprendre le mot "victorieusement" ainsi : aucun incident n’est à déplorer malgré un peuple bâillonné en attente de libertés publiques. Il faut dire que cet événement qui ponctue la République populaire de Chine tous les cinq ans s’est déroulé dans le Grand Palais du peuple donnant sur la fameuse place Tiananmen à Pékin.

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S’il est un petit peu difficile de bien appréhender les enjeux de ce changement de direction (dans quelques mois, il y aura aussi un nouveau Premier Ministre), il est quand même pertinent de présenter très grossièrement le contexte.

Deng Xiaoping, l’un de trois grands leaders historiques de la Chine communiste (avec Mao et Chou En-Lai), a quitté le pouvoir au début des années 1990 mais il a influencé la vie politique jusqu’à sa mort en 1997.

Deng était un "pragmatique". C’est pour cela qu’il fut disgracié par Mao lui-même à l’époque de la révolution culturelle, mais réhabilité par lui dès que la situation a trop débordé. Lorsqu’il a repris du poids après la mort de Mao en 1976, Deng a été un "dictateur" bien étrange car il n’avait aucune fonction officielle si ce n’est… la présidence de la commission militaire centrale qui a pouvoir de commandement sur l’armée et la police du pays.

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Au printemps 1989, il avait beaucoup hésité face aux jeunes manifestants de la place centrale de Pékin. Il y avait le chef du parti, Zhao Ziyang qui était un "modéré" (je mets entre guillemets). Il avait remplacé deux ans avant Hu Yaobang, lui aussi un "modéré" dont les funérailles enflammèrent les étudiants à Pékin pendant ce printemps. En face de Zhao, il y a eu la vieille garde : un président quasi-nonagénaire, Yang Shangkun, et surtout, le Premier Ministre Li Peng. Ces deux-là étaient partisans de la méthode "forte", à savoir, la répression à tout va.

Finalement, Deng s’est laissé convaincre par les "ultras" que l’État devait être respecté et donc, la place Tiananmen vidée par la force. Le massacre fut sanglant (comme tous les massacres d’ailleurs). Zhao fut remplacé par Jiang Zemin, lui aussi partisan de la force.

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Jiang Zemin a réussi petit à petit à récupérer le pouvoir complet : le parti dès juin 1989 et la présidence chinoise en mars 1993. Il est le représentant de la faction de Shanghai, qui est une aile très "dure" politiquement. Li Peng en fait aussi partie. Pendant presque quatorze ans, Jiang Zemin a imposé son pouvoir au parti.

Finalement, il laissa en fin 2002 début 2003 son leadership à Hu Jintao qui est un "modéré", à savoir, quelqu’un plutôt proche de l’ouverture, des idées de Zhao dont il était proche. Je dois bien sûr mettre des guillemets puisqu’au début des années 1990, il avait réprimé dans le sang les "troubles" au Tibet. Mais la répression à tout va ne semblait pas son truc et il était plus disposé à favoriser l’essor économique du pays (en ce sens, en dix ans, il a réussi à monter son pays en puissance). Il nomma un Premier Ministre très réformiste (mais apparemment "corrompu") Wen Jiabao qui achève son mandat au printemps 2013.

Wen Jiabao voudrait que la Chine atteigne un certain seuil de richesse avant d’entamer les réformes politiques. À Taiwan, des Chinois (vingt-trois millions) sont pourtant déjà habitués à choisir leurs dirigeants démocratiquement : le Président actuel, Ma Ying-Jeou, a été élu le 22 mars 2008 avec 58,5% et réélu le 14 janvier 2012 avec 51,6%. Ce dernier est d’ailleurs l’artisan du rapprochement avec la Chine communiste au contraire du candidat de l’opposition.

Face aux deux factions ("réformiste" représentée par Zhao, Hu, Wen et "dure" représentée par Jiang Zemin et Li Peng), il y a Xi Jinping. Lui, il fait partie de ce qu’on appelle la faction des "princes rouges" qui sont en fait les enfants de grands héros révolutionnaires. Ils sont nostalgiques de l’ordre passé. Ce sont des "néo-maoïstes" prêts à accomplir des actes symboliques pour le retour de l’époque Mao et qui ont approuvé, eux aussi, le massacre de juin 1989.

Xi Jinping a eu des soucis avec les autorités quand il a été jeune. Il a même été emprisonné car il ne voulait pas rester dans sa campagne d’origine. En fait, son père a été ministre important dans les années soixante mais il fut disgracié par Mao. Réhabilité par Deng. Il est mort il y a dix ans à 98 ans. Xi Jinping représente donc cette tendance "radicale" qui veut un retour vers le passé. Cette faction est alliée à celle de Shanghai, autrement dit, elle est sous influence de Jiang Zemin.

Son proche Bo Xilai, ancien ministre et de la même génération que lui, est lui aussi un "prince rouge". Il était jusqu’à très récemment à la tête de la plus grande agglomération urbaine regroupant trente millions d’habitants. Bo est également le fils d’un combattant historique, ministre, victime de la révolution culturelle, réhabilité par Deng et soutenant les massacres de juin 1989 (mort lui aussi à 98 ans il y a cinq ans). Bo Xilai avait un grand avenir politique mais il a été disgracié en mars dernier pour corruption et parce que sa femme avait assassiné un homme d’affaires britannique pourtant ami du couple.

La révolution culturelle fut initiée par Mao… puis réprimée par Mao car il ne la contrôlait plus. À la mort de ce dernier, la "bande des quatre" fut sévèrement jugée pour les centaines de milliers d’assassinats commis durant cette période. Parmi les deux condamnés à mort, la dernière femme de Mao.

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Le fait que ce soit Xi Jinping qui devienne le numéro un du parti communiste chinois n’est donc pas une chose très réjouissante pour ceux qui espèrent une ouverture politique, un peu de démocratie et surtout de la liberté d’expression.

Cependant, il faut pondérer cette crainte : le prochain Premier Ministre qui prendra ses fonctions le 15 mars 2013 devrait s’appeler Li Keqiang. Lui est un proche de Hu Jintao et serait un "réformiste". Le fait qu’aucune faction n’a le monopole du pouvoir montre que les luttes intestines ne sont pas finies (en clair, entre Hu et Jiang). Elles durent en fait depuis la mort de Deng. Li Keqiang vient effectivement de se hisser à la deuxième place du comité permanent du bureau politique du parti ce 15 novembre 2012.

Heureusement, rien n’est encore écrit.
L’espoir fait vivre !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 novembre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?

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6 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 15 novembre 2012 11:32

    La chine fait toujours peur, mais, c’est pourquoi si l’on ne critique pas consciencieusement la société chinoise, qui représente un cinquième de la population mondiale, on est aussitôt soupçonné d’idéaliser le régime chinois et de vouloir en copier son système politique, ou économique ?

    voir : AH, LA CHINE !


    • L'enfoiré L’enfoiré 15 novembre 2012 12:19

      Signé par Maugis... smiley


      • asterix asterix 15 novembre 2012 18:47

        Bonjour par la bande aux deux intervenants précédents.
        A l’auteur également qui nous éclaire sur l’historique des nouveaux dirigeants.

        Les Chinois nous ont piqué le capitalisme et nous ont laissé le social.
        Voilà pourquoi ils vont forcément gagner la guerre économique.
        Beaucoup de membres du Parti sont milliardaires, ce communisme-là se fout complètement du peuple.
        C’est ce qu’on appelle le renversement des valeurs.
        Ta gueule, travailleur ! Le Parti travaille pour toi...


      • L'enfoiré L’enfoiré 15 novembre 2012 20:31

        Tout à fait, Asterix.

        Tout compris.
        Comme je l’ai écrit dans un commentaire,Xi Jiping a eu pendant 6 ans des contacts avec le peuple.
        Il fait partie des Princes rouges. Sa grimpée sur les échelons du Parti est parfaitement classique.
        Pas de Gorbatchev de ce côté.
        Il a surtout à combattre la corruption interne du Parti et peut-être à redorer l’étoile de déchu de son père. Pas de charisme nécessaire à l’occidentale. Pas d’ingérence dans les affaires intérieures tolérées.
        Le charme c’est du côté de son épouse qul peut en donner une image.


      • Spip Spip 15 novembre 2012 23:25

        Pour nous, occidentaux nourris du Siècle des Lumières (pour combien de temps encore ?), la Chine est difficilement lisible. Alors que nous élisons tous les cinq ans une équipe dirigeante qui a un programme fait aussi pour cinq ans (au mieux), le jeu politique chinois est très différent. Leurs analyses et les orientations politiques et économiques qui en découlent sont à beaucoup plus long cours. C’est « l’avantage » d’un régime autoritaire.

        S’il y a bien, en gros, deux factions opposées, les congrès du PCC doivent impérativement trouver un équilibre des forces en présence. Car qu’ils soient néo-maoïstes ou « libéraux », ils savent bien tous quels sont les problèmes qui couvent en Chine et qui risquent de faire s’effondrer le régime et eux avec. Ce n’est pas Xi Jinping qui va impulser « son » programme, comme chez nous, mais le contraire : il a été désigné pour appliquer le compromis trouvé, il n’a pas les prérogatives d’un leader à l’occidentale. Quant à la présidence de la commission militaire centrale, c’est encore LE poste clé du pouvoir politique en Chine et on comprend bien pourquoi. 

        Xi Jinping Prince Rouge ? Oui, théoriquement. Sauf que son père a été épuré dès 1962, puis de nouveau sous la Révolution Culturelle et ne sera complètement réhabilité qu’en 1978. Ca laisse au fils plus une image de victime que de nanti, contrairement à d’autres, mais de là à retourner au maoïsme, non, même s’il le voulait il n’en aurait pas les moyens.

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