Le 3 décembre, le vice président de la Douma Jirinovski
a déclaré « … à cause de la crise financière et économique mondiale, les Etats-Unis et l’Occident en général étant incapables d’en sortir sans guerre » et a prédit « toute une série de guerres ». Les rumeurs circulaient déjà en novembre, mais les récentes nominations l’ont confirmé : c’est bel et bien une équipe belliqueuse qu’Obama dévoile jours après jours. Bush vient de nous faire verser des larmes en déclarant qu’il n’était pas prêt pour la guerre à son début de mandat, mais il semble que son successeur ait comblé la lacune : au grand regret de son électorat humaniste, pas de quêteurs de la croix-rouge dans l’équipe Obama, un rappel des anciens faucons, autrement dit une rigoureuse
continuité de la politique étrangère.
Les attentats terroristes de Mumbaï ont suscité la très révélatrice ironie russe de Jirinovski : « Les attentats de Mumbai nous montrent le vecteur de la politique ultérieure des Etats-Unis ». L’article poursuit : « Selon le leader du LDPR, il n’y a pas de terroristes dans le monde, mais tous les attentats sont provoqués par des services secrets dans tel ou tel pays. Et d’ajouter que le terrorisme se retire d’Irak et d’Afghanistan et se développe en Afrique du Nord, en Inde et plus loin en Indonésie ».
Certaines mauvaises langues prétendent que le gouvernement indien aurait donné un coup de pouce aux terroristes, l’ironie russe sous-entend-elle complicité indo-étatsunienne ? La brève ne le dit pas. Nul doute que nous serons éclairés rapidement, puisque les Etats-Unis se sont empressés de s’investir dans l’enquête, comme l’a publié le Times en Inde :
« unprecedented intelligence cooperation involving investigating agencies of India, United States, United Kingdom and Israel ».
Obama s’est
exprimé sur la question, en résolutions à peine voilées : "The situation in Afghanistan has been worsening. The situation in South Asia as a whole and the safe havens for terrorists that have been established there, represent the single most important threat against the American people ... We’re going to have to mobilize our resources and focus our attention on defeating al Qaeda, (Osama) bin Laden, and any other extremists groups that intend to target American citizens ... I can tell you that my administration will remain steadfast in support of India’s efforts to catch the perpetrators of this terrible act and bring them to justice. And I expect that the world community will feel the same way”. On constatera avec délice que le rêve américain n’a pas perdu une once de ses prétentions en s’octroyant le rôle de grand protecteur du monde : "Not only to keep America safe but also to ensure that peace and prosperity continue around the world”.
Non seulement les dés semblent donc déjà jetés en ce qui concerne le Pakistan, mais l’affaire est également déjà verrouillée pour son voisin, l’Afghanistan. Il était temps que la nouvelle administration vienne redonner un second souffle au bourbier afghan. La presse officielle s’était bien gardée de s’étendre sur la déconfiture de l’Otan dans cette région, l’affaire était déjà pliée, la coalition sur le point de rentrer la queue entre les jambes :
Un journaliste indépendant venait de rapporter que les talibans avaient repris le contrôle de la plus grande partie du pays et n’était plus qu’à 20 km de Kaboul. Qu’à cela ne tienne, maintenant
Robert Gates envisage d’envoyer 15000 hommes supplémentaires en Afghanistan.
Mais l’attention de la nouvelle équipe s’est plus particulièrement portée sur le grand Satan. Le conseiller d’Obama, Dennis Ross, s’est prononcé pour une option dure vis-à-vis de l’Iran, anticipant les procédés habituels de Téhéran pour gagner du temps. Par l’intermédiaire d’une
nouvelle organisation, l’UANI (United Against Nuclear Iran), il reprend les travaux du BPC (Bipartisan Policy Center) qui avait élaboré un rapport appelé le « Coats-Robb report ». Celui-ci préconisait
une frappe massive sur l’Iran baptisée « kinetic action » :
“the attacks would target Iranian air defense and missile sites, communications systems, Revolutionary Guard facilities, key parts of Iran’s military-industrial complex, munitions storage facilities, airfields, aircraft facilities, and all of Iran’s naval facilities. Eventually, they say, the United States would also have to attack Iran’s ground forces, electric power plants and electrical grids, bridges, and "manufacturing plants, including steel, autos, buses, etc”
Est-ce pour cette raison que l’Iran bombe le torse et
multiplie les démonstrations militaires ?
On peut déjà deviner les
“conseils” de cet ancien collaborateur de Wolfowitz (dont on ne fera pas les présentations) auprès d’Obama. Dennis Ross « a soutenu l’invasion de l’Irak et, au cours de la campagne présidentielle 2008, il a à plusieurs reprises collaboré avec des écrivains proches de l’American Entreprise Institute (AEI), le lobby néo-conservateur artisan de la ligne dure contre l’Iran. Ross a également servi de co-animateur du WINEP pour le Groupe de travail présidentiel sur l’avenir des relations US-Israël qui a délivré un rapport 2008 sur le « renforcement du partenariat : comment approfondir la coopération Etats-Unis/Israël face au défi nucléaire iranien » ». Le retrait d’Irak projeté par l’administration américaine avait l’allure pacifique, il prend plutôt l’allure d’un redéploiement, d’autant que l’avenir des bases militaires américaines n’est l’objet d’aucun calendrier.
Le déploiement militaire est également prévu à l’intérieur des Etats-Unis. Le 20 novembre,
des rumeurs de mobilisation se sont répandues sur la toile. Le 1er décembre, le
Washington post a annoncé : “The U.S. military expects to have 20,000 uniformed troops inside the United States by 2011 trained to help state and local officials respond to a nuclear terrorist attack or other domestic catastrophe, according to Pentagon officials”. “Domestic catastrophe” ? Doit-on entendre des émeutes ? Il est vrai que le
rapport Citigroup n’est pas réjouissant : “Citigroup said the blast-off was likely to occur within two years, and possibly as soon as 2009.”.
Ainsi que l’a dit le conseiller russe, la guerre semble être la politique de fuite en avant des Etats-Unis devant la crise économique. Assurément, il peut le faire.