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A quoi sert un journaliste ?

Ce titre n’est pas de mon invention. Non, c’est sur cette question - brûlante - que se tiendront les deuxièmes assises de journalisme du 21 au 23 mai, à Lille. En ces temps de crise des médias classiques, nul doute que les débats seront passionnants. Sans doute autant par ce qui sera dit, que par ce qui sera passé sous silence, je parie.

Les rédactions professionnelles en France connaissent les affres du doute et - peut-être ! - de la remise en question. Une profession tout entière s’interroge. "Que sommes-nous ? " "A quoi servons-nous ?" "Quel est notre avenir ?" Pendant trois jours, les journalistes vont tenter d’apporter ne serait-ce qu’un début de réponse à ces questions.

L’urgence est là : Le Monde, (ex ?) journal de référence, a annoncé il y a quelques temps un plan de licenciement prévoyant le départ de près d’un quart de la rédaction actuelle, à côté de la diminution des personnels administratifs et techniques. Nous savons tous ce qui s’est passé récemment au sein de la rédaction d’un autre quotidien national, Libération, qui ne se porte pas vraiment mieux depuis. Les autres journaux ne sont pas vraiment plus en forme même si le bruit médiatique autour de leurs difficultés n’est pas aussi développé.

Les explications sont multiples : concurrence des nouveaux médias (internet en tête), coûts de production trop élevés, structure de distribution archaïque... Bien sûr, à ces explications officielles, peuvent se greffer les reproches faits par les lecteurs, parfois internautes : inféodation aux pouvoirs économiques et politiques, redondance des sujets traités, conformisme, parisianisme, et j’en passe.

Une chose est sûre : jamais les journalistes n’ont autant été sous le feu roulant des critiques, de la part de leur lectorat. Si, par le passé, la presse a fait l’objet d’attaques, parfois violentes, parfois conduisant à l’interdiction de titres, les lecteurs étaient là pour soutenir les organes d’information, journaux, radios ou télé.

Or, le divorce est désormais criant. Il ne se passe plus une semaine sans que le web ne relaie les désillusions du grand public face à une presse qui ne répond plus à ses attentes. Les articles sur Agoravox, pour ne citer que notre site, sont légion. J’ai moi-même écrit à diverses reprises sur ce sujet des articles ou des commentaires.

Dans ces conditions, il va être primordial de suivre ce qui va être dit lors de ces trois journées. Les intervenants sont non seulement prestigieux, mais alimentent le débat avec des prises de position parfois audacieuses.

Edwi Plenel, fondateur de Mediapart, après avoir été à la tête de la rédaction du Monde, a fait récemment fait part sur France Inter de son opinion sur le journalisme citoyen, considérant que, si le journalisme d’investigation restait l’apanage des professionnels et la raison d’être du métier, le journalisme d’opinion et de commentaire était désormais accessibles à tout un chacun.

Philippe Couve, journaliste sur RFI et intervenant au Centre de formation des journalistes, le célèbre CFJ, tient un blog sur lequel il revient régulièrement sur ce sujet. Il avait assisté l’année dernière à notre première journée des Rencontres du 5e pouvoir. Il sera présent aux assises et y animera un débat.

Carlo Revelli, fondateur d’Agoravox interviendra également dans le cadre d’un débat sur le journalisme de participation, aux côtés de Mohamed Hamidi, responsable éditorial, responsable pédagogique de l’école du Bondy Blog, Philippe Duley, rédacteur en chef d’Aujourd’hui en France/Le Parisien, Benoît Raphael, rédacteur en chef de LePost.fr.

Je vous invite à assister aux débats, si vous êtes dans la région lilloise, et à tout le moins à vous inscrire sur le site des assises du journalisme pour alimenter leur forum. Nul doute que vous ayez beaucoup de choses à dire, d’interpellations à faire, de critiques à porter. Pour ma part, j’ai déjà commencé à alimenter leur forum.

Je vais aussi prendre contact avec quelques-uns des professionnels qui seront présents lors de ces trois jours. Qu’ils soient animateurs, participants ou même organisateurs, ce qu’ils auront à me dire après coup sur les débats m’intéresse. J’espère qu’à cette occasion le dialogue, qui s’est déjà instauré entre médias professionnels et médias citoyens, franchira une nouvelle étape. Après le mépris, puis la méfiance, il est temps de passer au dialogue constructif. Car, j’en suis convaincu, nous serons amenés à travailler, sinon ensemble, du moins en relation les uns avec les autres.

Les journalistes commencent à réagir face au vent mauvais qui s’est levé sur leur profession. C’est une bonne chose, une très bonne chose pour nous, pour notre société. Nous avons besoin des journalistes car sans médias d’information crédibles et libres, il ne peut y avoir de société démocratique. Mais nous avons besoin d’une profession qui sait se remettre en question, évoluer, muter, s’adapter au monde dans lequel elle vit. Ce qui n’est pas le cas en ce moment, je crois. Au vu de l’intitulé de ces assises, il semblerait que ce point de vue commence à être partagé.

Manuel Atréide

par Manuel Atreide (son site) jeudi 15 mai 2008 - 47 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par faxtronic (xxx.xxx.xxx.45) 15 mai 2008 14:11
    faxtronic

    A quoi sert un journaliste :

    Tournure realiste : a vendre du papier pour le compte d’un marchand de telephone ou d’arme.

    Tournure politique : a diffuser les idées de son proprietaire (le Figaro, FOX, etc..) ou du gouvernement ami du proprietaire( lagardere), ou du gouverenemnt lui meme. 

    Tournure utopique (donc irrealiste) : a enqueter et a chercher la verité.

  • Par Zalka (xxx.xxx.xxx.7) 15 mai 2008 10:41
    Zalka

    "Bien souvent aussi ils ont bénéficié de petits avantages,qui ,cumulaient constitué déjà une forme de soumission (appartement à loyer modéré)"

    Ou par des travaux à prix d’ami contre un permis de construire si on veut quelque chose de plus récent

  • Par Mr Mimose (xxx.xxx.xxx.188) 15 mai 2008 16:03
    Mr Mimose

    Je regarde plus la télé depuis quelques mois, j’en ai eu marre, j’ai failli jeter ma télé à la poubelle sous un coup de sang.

    Je regardais une émission de Moati, à une question d’un telespectateur sur le groupe de Bilderberg, les "experts" présent sur le plateau se sont dégonflés comme des baudruches et on répondu ne jamais avoir entendu parler de ce groupe.

    C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, je me suis juré de plus regarder ces connards pontifiants.

    De toute façon entre les conneries du genre nouvelle star, ile de la tentation, les pubs, etc, il nous vendent vraiment du temps de cerveau disponible comme dirai l’autre abruti.

  • Par Paul Villach (xxx.xxx.xxx.145) 15 mai 2008 18:59
    Paul Villach

    @ Manuel

    "Edwi Plenel, fondateur de Mediapart, après avoir été à la tête de la rédaction du Monde, a fait récemment fait part sur France Inter de son opinion sur le journalisme citoyen, considérant que, si le journalisme d’investigation restait l’apanage des professionnels et la raison d’être du métier, le journalisme d’opinion et de commentaire était désormais accessibles à tout un chacun."

    1- Rien de changé sous le soleil, toujours la même ritournelle ! Cette attitude obstinée fait penser à celle de l’ivrogne qui cherche ses clés sous le réverbère parce qu’il y fait plus clair, alors qu’il sait très bien qu’il les a perdues cent mètres plus loin dans un coin très sombre : mais y aller nécessiterait de sa part de renoncer à la facilité des recettes connues qui ont toutes échoué !

    Cette prétention formulée par Plenel, en effet, n’est pas recevable. Ce n’est qu’une variante (c’est le seul changement observable car il faut bien changer un peu pour ne rien changer ! ) des fameux couples "journal d’information" et "journal d’opinion" ou "information" et "commentaire", qui n’opposent en fait que "journal d’opinion dissimulée" à "journal d’opinion affichée", "opinion dissimulée" à "opinion affichée" !

    2- Si changement il peut y avoir, il commence par un changement de mentalité du milieu journalistique qui doit cesser de servir ses leurres rituels et abandonner sa théorie promotionnelle de l’information qui n’a pas résisté à l’épreuve de l’expérience. "Le journalisme d’investigation" est aussi "un journalisme d’opinion" ! En quoi est-ce si horrible, puisqu’on ne peut pas faire autrement, pas plus qu’on ne peut échapper à la loi de la pesanteur ?

    Le discrédit des journalistes est dû en partie à ces prétentions insoutenables à échapper à l’opinion dans l’énoncé des informations, alors que ces prétentions sont régulièrement démenties par les faits. Il faut savoir assumer ses opinions qui ne sont pas vouées à n’être que des fantasmes, mais qui peuvent comporter, selon la rigueur mise en oeuvre, les représentations les plus fidèles possibles de la réalité.

    3- Mais manifestement, le milieu journalistique n’est pas prêt à abandonner ces vieux leurres qui finiront un jour par ne plus tromper que lui-même. Pourtant qu’a-il à perdre à y renoncer ? Il a tout à y gagner. Des lecteurs avertis sont ses meilleurs alliés contre les contraintes économiques et politiques qui pèsent sur lui.

    Le paradoxe est tout de même que ce milieu journalistique - en campagne continue de promotion comme aucune autre profession - continue à abreuver ses lecteurs de ces leurres qui entretiennent tragiquement leur crédulité et donc qui fragilisent du même coup le milieu journalistique face aux divers pouvoirs. On ne sert pas des bobards à qui peut les reconnaître, ou alors dans ce cas on prend le risque de perdre tout crédit à l’avenir. L’argument est tout de même de poids face à un pouvoir qui prétendrait faire diffuser un bobard ou ou garder secrète une information au mieux de ses intérêts.

    Il faut garder en mémoire les bobards que les journaux n’ont pas cessé de diffuser pendant la guerre de 14-18 - comme "les balles allemandes ne tuent pas !" - sans qu’alors ils aient craint de perdre des lecteurs qu’ils savaient sans doute trop peu avertis pour s’en rendre compte.

    Pour plus d’explications, je renvoie à nombre d’articles que j’ai publiés sur AGORAVOX à ce sujet, et le dernier en date : "L’attaque de la droite contre l’AFP : information et communication". Paul Villach

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