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Accueil du site > Actualités > Médias > Affaire DSK : l’actualité est l’ennemi de l’information

Affaire DSK : l’actualité est l’ennemi de l’information

Le retournement complet de situation dans l’affaire DSK prouve surtout une chose : l’actualité est l’ennemi de l’information. Enquête & Débat a très peu parlé de l’affaire DSK jusqu’à présent, d’une part car elle fait la une de tous les journaux depuis plus d’un mois, d’autre part car ce genre de retournement était possible, le temps de la justice n’étant pas le temps des grands médias, et la présomption d’innocence étant plus précieuse que le papier à vendre ou l’audience. L’occasion pour nous de partager avec nos lecteurs cette réflexion de fond sur l’information, l’actualité et son avenir dans une démocratie digne de ce nom.

Combien de temps les grands médias ont-ils passés sur l’affaire DSK ? Des centaines, des milliers d’heures très vraisemblablement, et bien plus de pages de magazines et de quotidiens. Pourtant, tout ce temps aurait pu servir à médiatiser bien d’autres choses, à commencer par les personnalités et les thèses jamais médiatisées, et elles sont nombreuses. Mais au lieu de cela, les médiacrates se sont acharnés sur un homme, sans attendre le verdict de la justice américaine, et traînant dans la boue son honneur et sa réputation. Ces médias sont criminels, anti-démocratiques, et lavent le cerveau de la population en répétant à l’infini des banalités et des informations qui sont souvent contredites peu de temps après. C’est un des combats que doivent mener les médias alternatifs, remettre à l’honneur la réflexion, le fond, et le respect des principes élémentaires de vérité, de présomption d’innocence, de pluralité, etc.

Cette évolution des médias est récente, et correspond à l’accélération des moyens de communication de ces 40 dernières années. Elle correspond à la baisse considérable du niveau scolaire, de la qualité de l’élite du pays, et de la santé du pays en général. Il devient urgent de déclarer son indépendance médiatique de ce système délétère, et de tout faire pour le contrer d’une part, et le contrôler d’autre part. C’est une question de vie ou de mort pour notre civilisation, ni plus, ni moins.

Pourquoi les médias sont-ils ainsi drogués à l’actualité, et pourquoi cela est-il malsain pour la population ?

Ils sont drogués à l’actualité car ils sont persuadés que l’être humain, pour être informé, doit avoir en permanence connaissance des événements qui viennent d’arriver. Or les gens les mieux informés sont ceux qui ont pris le recul nécessaire sur les événements, car ils savent que ces événements ne veulent rien dire en eux-mêmes. Voir 100 fois les avions s’écraser sur le World Trade Center n’apporte rien en terme d’information. C’est une injection d’adrénaline, qui satisfait à des pulsions de voyeur et à une recherche d’émotions et de sensationnel que nous avons tous en nous. Bref, l’actualité c’est la garantie de placer l’émotion avant la raison.

La télévision est également un outil extrêmement perfectionné pour donner aux gens ce qu’ils réclament, mais en les tirant vers le bas plutôt que vers le haut. Les pulsions primaires et les tentations arrivent en premier, du fait de nos émotions, puis il s’agit de les contenir, de les éduquer. Tous les systèmes qui visent à moraliser les sociétés humaines le disent, à leur manière. La télévision détruit cette éducation, en donnant directement et sans filtre l’accès à des pulsions souvent violentes, avec la force de l’image. Des manipulations mentales de grande ampleur ont lieu grâce à cet outil sans pour autant faire l’objet de hurlements au fascisme, bien au contraire. La société de consommation et les sommes gigantesques d’argent en jeu permettent d’affiner toujours plus ces manipulations, en faisant appel aux découvertes les plus récentes dans la psychologie, la sociologie et d’autres sciences humaines. Cela permet à un dirigeant de grande chaîne de déclarer : “Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible.”

Interdire la télévision ?

A quand une loi pour décréter que la télévision est une drogue dure ? Elle l’est en effet, aussi bien pour ceux qui y passent que pour ceux qui la regardent. Ce système malsain rend donc tout le monde esclave, au lieu de rendre les gens libres. Mais la liberté ne se donne pas, elle se prend. D’où l’intérêt des livres, qui nécessitent un effort, et qui laissent une trace, tout en permettant de revenir à une phrase, un paragraphe ou un chapitre pour être sûr qu’on l’a compris, ou pour l’interpréter différemment, avec du recul. D’où l’intérêt de la radio, qui fait travailler l’imagination, et ne rend pas dépendant de l’image. D’où l’intérêt d’Internet, qui permet de produire aussi de l’information, d’approfondir via les liens hypertextes, et qui permet aussi et surtout de figer l’image et le temps, de les maîtriser bien mieux qu’avec la télévision, qui donne des rendez-vous fixes, et qui vous fixe sur votre canapé, la bouche ouverte et les neurones fermés.

L’actualité n’est pas la réalité

L’actualité est un déferlement de “faits divers qui font diversion” (Bourdieu), dont le traitement permanent reste toujours a la surface des choses, qui encourage la dictature de l’instant et empêche toute réflexion, toute mise en contexte, et tout recul. L’information nécessite du temps pour trier le bon grain de l’ivraie, elle nécessite plusieurs interprétations possibles. Les informations importantes sont peu nombreuses mais noyées dans le flot d’infos secondaires voire inutiles, d’ailleurs les sujets souvent les plus importants ne sont jamais dans l’actualité. L’imposture médiatique actuelle consiste à faire croire que l’actualité est la réalité, alors qu’elle n’en est qu’une infime partie, souvent déformée d’ailleurs. Il convient évidemment de parler d’actualité, mais sans jamais qu’elle domine l’information, à savoir le recul sur l’actualité, et sa mise en contexte avec le passé, qui est documenté et qui représente les bases d’un raisonnement humain. A se complaire dans l’actualité, on en revient au stade bestial, avec toutes les conséquences possibles.

Faites le test si vous en avez l’occasion : ne regardez plus la télévision pendant quelques semaines, ou quelques mois, et informez-vous uniquement par Internet, à condition de ne pas consulter France Info, et autres chaînes d’informations continues. Vous découvrirez l’immense plaisir d’être à nouveau informé, car vous pourrez penser par vous-mêmes, découvrir des informations dont les médias ne parlent pas, ou peu, ou mal, et vous redeviendrez un citoyen digne de ce nom.

Conclusion

Une démocratie moderne est une démocratie dans laquelle les médias ne sont pas focalisés sur l’actualité, qu’elle soit sportive, économique ou sociale. Les citoyens doivent être en mesure de faire les bons choix, et pour cela les débats doivent être libres, les alternatives claires, et le recul doit toujours prévaloir sur l’immédiateté. Par ailleurs, et cela fera l’objet d’un autre article, les sujets doivent prévaloir sur les personnes, car la “peoplisation” à laquelle on assiste depuis plusieurs décennies, et qui est due en grande partie à la domination de la télévision, est inversement proportionnelle à la démocratie d’un pays. En Suisse, par exemple, les médias ont pour priorité de parler des sujets politiques, et non des personnalités, il faut dire que la démocratie directe impose de parler des sujets plutôt que des hommes politiques. Les personnalités les plus connues, notamment des journalistes et des animateurs, ont effectué un coup d’Etat en accédant aux manettes des grands médias qui déterminent ce qui existe, et ce qui n’existe pas. Il est temps de s’occuper d’eux.


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12 réactions à cet article    


  • papi 4 juillet 2011 10:27

    @ l’auteur
    Intéressant article !! mais je pense pour ma part que à contrario :
    L’information est devenue l’ennemi de l’actualité , ennemi par son manque d’objectivité, ses contournements, sa manipulation .. l’information n’est plus l’information pure et juste, elle est devenue un outil politique , un creuset dans le quel on tente de fondre l’opinion..
     Car de l’affaire DSK à toutes les autres, vous ne pouvez nier que l’orientation des commentaires de presse vise à canaliser la vision des choses des lecteurs, le but en étant de retirer un avantage politique essentiellement Dans ces conditions l’information est devenue l’ennemi de l’actualité,


    • JL JL 4 juillet 2011 10:49

      Je n’ai lu que le chapeau, parce que je trouve que la thèse est présentée sur une question perverse ! Ai-je besoin d’expliquer ?

      Mais il est possible que les auteurs confondent information et désinformation, la com, quoi !

      J’ai une belle formule à leur proposer et le lien qui renvoie à l’article où je l’ai trouvé : Financer la désinformation coûte cher.

      Une citation aussi, peut-être ?

      « N’importe quoi, sauf la vérité. Il n’y a que ça qui ne se vend pas. » (Boris Vian)


      • Le citoyen engagé asse42 4 juillet 2011 11:07

        Article un peu simpliste qui évité de rappeler qu’on a mangé du DSK depuis le début de l’année même quand il n’était pas dans l’actualité. Les sondages faisaient l’information.
        Je rappelle aussi que ce monsieur n’est pas encore innocenté même si cela en prend le chemin...Cette affaire lui aura servi d’abord à lui finalement.


        • goc goc 4 juillet 2011 11:51

          il s’agit d’un faux débat
          jamais l’information ne doit être retardée, bien au contraire

          le problème c’est qu’aujourd’hui il ne s’agit plus d’information mais de propagande
          ce qu’attend le « client » c’est une information brute et surtout impartiale, avec des explications complémentaires tout aussi impartiales. Or que voyons-nous, une désinformation systématique, que ce soit pour l’affaire dsk que pour les actions du gouvernement (voir l’histoire des non suppressions de classe en 2012), ou pour les conflits actuels (l’affaire iranienne est un bon exemple de désinformation), sans parler des risques écologiques majeurs (fukujima).

          donc votre débat tombe totalement a coté de la plaque.


          • kiouty 4 juillet 2011 13:36

            Oui, mais vu la structure institutionnelle des médias dans les démocraties type « économie de marché » (les médias appartiennent à de grands groupes lucratifs privés, ils sont financés par la publicité), il n’y aura jamais le type d’informations neutre que vous défendez, cf. Manufacturing Consent de Chomsky, qui a une thèse très intéressante à ce sujet.

            Les médias en démocratie ont à peu près le même rôle que la censure en dictature.
            Sauf que leur rôle ne s’exerce pas de façon directe et brutale, mais à la façon d’un lavage de cerveau généralisé. On n’impose pas une pensée unique, mais un cadre de pensée dont les contours sont fermés et duquel il est difficile de sortir. L’illustration la plus récente, c’est Fukushima qui a disparu des radars au profit de DSK et la dette grecque qui est mise sur le devant de la scène pour effacer le problème de la dette américaine, qui est brulant en ce moment.
            Il y a aussi une place pour la pensée dissidente dans les médias des démocraties, mais reléguée au fond à droite, l’apanage de quelques illuminés aux idées un peu exotiques.

            L’information « neutre », « objective » et « équilibrée » n’existe que peu.


          • Alicia fFrance aliciabx 4 juillet 2011 12:03

            je mets mes publications (dérangeantes pour l’ordre médiatique établi) ici :
            DSK : Le témoignage « oublié » de Madame Manhattan 3 juil. 2011

            « Et si DSK a sauté une femme de chambre. 2 juil. 2011



            • Deneb Deneb 4 juillet 2011 20:04

              " Les personnalités les plus connues, notamment des journalistes et des animateurs, ont effectué un coup d’Etat en accédant aux manettes des grands médias qui déterminent ce qui existe, et ce qui n’existe pas. Il est temps de s’occuper d’eux."

              Internet est en train de donner un sacré coup de balai dans tout ce microcosme un peu trop tenté par l’oligarchie et la ploutocratie, ils s’en occupe déjà depuis 10 ans. La vraie révolution d’internet est la précision dans l’évaluation de la pertinence d’une information. Depuis 20 ans les moteurs de recherche se perfectionnent. La pertinence devient dés lors une valeur mesurable par un algorithme, alors qu’avant il fallait se fier à l’opinion d’un quelconque manipulateur. L’argent, valeur mesurable par excellence pourra dans l’avenir céder sa place à un autre système de valeurs mesurables régissant le partage de l’information, une anti-économie de l’immatériel, qui subsistera en parallèle avec l’économie matérielle où l’argent régit l’échange des biens et des services. La société future sera ainsi polarisée entre l’échange et le partage. Mais le partage l’emportera à terme.

              On y est déjà, d’ailleurs. L’humain consacre de plus en plus de temps à l’activité informative. Les 10 dernières années on a échange autant d’informations que de la préhistoire jusqu’à il y a 10 ans. Et la courbe continue à monter. On s’approche de la Singularité. Des oligarchies ...un détail dans l’Histoire.


              • Deneb Deneb 4 juillet 2011 21:09

                Marc Gelone : Pour ma part je m’informe exclusivement sur internet et j’ai tout de suite compris le jeu de la femme de chambre. Trop facile !


              • Deneb Deneb 5 juillet 2011 03:56

                Ceux qui n’arrivent pas à reconnaître qu’ils se soient trompés resteront des crétins.


              • yvesduc 4 juillet 2011 20:19

                Thierry Meyssan développe très bien cette thèse dans son livre « L’effroyable imposture 2 », notamment avec le cas de l’assassinat de Rafiq Hariri. Cette « vérité » soit-disant en temps réel est l’instrument idéal de toutes les manipulations. Sauf qu’ici, il semble y avoir une réelle volonté que la deuxième information soit aussi médiatisée que la première, comme si on avait juste voulu écarter DSK un certain temps. Le temps de mettre Lagarde à sa place, pensent certains... (et non de l’écarter des primaires socialistes)


                • boris boris 4 juillet 2011 22:32

                  Les médias sont aux ordres et donnent les infos pour diriger les moutons vers la falaise.

                  Voir simplement les larbins suceurs qui nous rabattent les oreilles avec la prétendue innocence de DSK.


                  • Mor Aucon Mor Aucon 5 juillet 2011 01:41

                    Aux auteurs,

                    L’article était franchement bien parti mais peu à peu il tombe dans le paternalisme habituel de l’élite informée envers les couillons qui se laissent manipuler à leur insu.

                    Ne croyez-vous pas forcer le trait avec : A quand une loi pour décréter que la télévision est une drogue dure ?

                    J’espère bien que jamais et qu’au lieu de vouloir protéger, on enseigne à se protéger, à la manière du « au lieu de donner du poisson, donnons des cannes et enseignons à pêcher ».

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