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Alors la virtualisation changera de visage - partie II

Le Net et particulièrement les réseaux sociaux induisent indépendance, échange et inter-activité. Le modèle hiérarchique de la télévision est dépassé. La nature des nouveaux territoires de la virtualisation induit de nouvelles pratiques, un nouveau regard. Le processus de dissolution induit par la virtualisation peut en être transformé.

La télévision comme le Net relèvent l'un comme l'autre du virtuel. Nous sommes, dans les deux cas, plongés dans un monde d'images. Plus encore avec le Web, cependant, dont l'infinité océane propose une immersion beaucoup plus étendue et diverse.

Pay per view ou pas, la télévision, est essentiellement hiérarchique, verticale, descendante. On ne choisit pas tout ou partie des programmes, on n'a pas de possibilité d'influer sur leur cours et encore moins de proposer ses propres programmes, sauf à disposer de moyens hors de portée de la plupart pour lancer sa propre chaîne. Sur cet écueil ont échoué bon nombre de télévisions amateurs et locales menées à l'huile de coude par des bénévoles qui finirent par se lasser. D'autant que les autorités n'ont jamais mis les moyens juridiques et financiers pour aider réellement les initiatives de ce type, leur permettre d'exister puis de se développer. On le voit encore avec le CSA, « fluidificateur » du marché, qui ne se sent pas concerné par la démocratie des ondes, ni leur qualité, mis à part des interventions tout à fait rares et dont certains ont dénoncé la partialité.

Le Web permet à chacun de bricoler sa télévision avec des outils librement accessibles, pas si compliqués et une audience potentielle infinie. Les possibilité de dé-linéarisation – voir en discontinu, en différé, mélanger des images et des sons de différentes provenances quand et comme on le souhaite – y sont aussi développées. Ce qui induit un rapport plus personnel, plus autonome et plus réfléchi à l'image, à ce qu'elle est et à ce qu'elle produit. Distance critique et maîtrise.

Volonté de maîtrise que l'on retrouve dans la dynamique des réseaux sociaux qui fédèrent le plus grand nombre d'internautes, depuis maintenant plusieurs années. D'après les études récentes, ils compteraient près d'un milliard d'utilisateurs dans le monde.

La différence essentielle avec le modèle passif et univoque de la télévision, malgré les forums et autres lieux d'inter-activité illusoire fournis par les chaînes, est bel et bien l'échange. Malgré le narcissisme et le côté moutonnier qu'on peut y percevoir, les réseaux sociaux proposent ce qui manque par nature à la télévision, le partage, l'inter-activité par rapport à une info, un programme qui peut changer du tout au tout, voire être éliminé par la rétro-action que fournissent en permanence les internautes sur la valeur et le contenu d'images qu'ils observent mais n'absorbent plus. Ainsi des programmes de télévisions du Web, radios et autres séquences multimédias qui deviennent de plus en plus des architectures collectives, tant au niveau des productions que des financements et de l'esprit qui préside à leur élaboration. On est loin des directions de programme des grosses chaînes publiques et privés, qui méconnaissent royalement le client, le citoyen ou l'usager osant les interpeller, et ne lui adressent au mieux qu'un message inepte en réponse..

La fabrique de programmes sur le Net, l'annexion de l'image, du film, de l'info par les internautes eux-mêmes demeure encore très minoritaire, mais elle va croître par la nature même des réseaux sociaux et la facilité grandissante du traitement multimédia par des outils collaboratifs, gratuits, dont la qualité s'améliore de plus en plus vite.

La majorité des interventions, échanges, partages concernent, donc, des programmes multimédias qui n'appartiennent pas aux internautes des réseaux sociaux ou indépendants. Il n'empêche que l'approche qui en est faite sort aussi du paradigme autoritaire de l'ancienne télévision, car, fondamentalement, la perspective politique et médiatique dans les réseaux sociaux particulièrement, est seconde.

L'approche des programmes, en réseau social, est prioritairement une revisitation. L'utilisateur de réseau commente les images, les sons et les textes qu'il a vus, et retenus. Il propose une ou plusieurs critiques – qui sont souvent elles-mêmes des vidéos et/ou des séquences de télé-web -. Nous sommes dans « le regard éloigné » (Levi-Strauss), qui peut distinguer les failles, les procédés, la qualité ou la pauvreté des programmes. Bref, le téléspectateur absorbait, l'internaute déconstruit, reformule, et élabore son univers. Il se sert des programmes, des créations avant de servir leurs visées mercantiles ou manipulatrices.

Ce méta-discours fondamental peut-être simple ou très élaboré, c'est selon. Il est, de toute façon, une critique de l'offre culturelle multimédias. L'internaute proposant ou relayant un film, une info ajoutera toujours une forme de discours, de critique positive ou négative. Distance critique.

Comme il n'est pas seul et que le fonctionnement des réseaux sociaux induit naturellement la relation, cette mise en abyme individuelle se verra modifiée. Un autre la minorera ou l'augmentera, la détournera. Ainsi, la séquence émotion, le propos politique habilement calibré, se verra retourné ou ré-utilisé sans que l'initiateur puisse garder la main, ou sinon par des moyens autoritaires qui le desserviront aux yeux de son public. La réalité d'un programme, d'une programmation, n'est plus figée mais devient quelque chose de mouvant situé au confluent des regards du créateur et des internautes.

C'est en quelque sorte l'émergence d'une réappropriation à laquelle nous assistons et nous participons. Immergés dans la virtualisation nouvelle, par son fonctionnement même nous avons la capacité, et maintenant l'habitude, de revisiter, de reformuler, de reconstruire l'offre émanant des pouvoirs politiques et culturels. L'architecture et la vocation des réseaux sociaux nous le permet. Que nous le voulions ou non, nous nous trouvons en position de décrypter/crypter les injonctions imaginaires qui venaient heurter en permanence notre passivité obligée, avec la télévision. Nul doute que l'avenir va apporter des améliorations et que les interventions sur des infos ou des films, par exemple, pourront se faire en tant réel, au niveau des images, des sons et de leur architecture, ce par une ou plusieurs personnes. L'arbitrage sera plus que nécessaire, le poids, la capacité et la volonté du nombre rendant obsolète toute main-mise autoritaire et unique.

Évidemment le réel longtemps refoulé se venge. L'inter-activité que le pouvoir a toujours voulu tenir à l'écart revient par la grande porte. Cette effervescence discursive a fatalement des retombées démocratiques sur le Net d'abord. Les réseaux sociaux collaboratifs se multiplient, même si peu percent par l'effet de notoriété d'une poignée d'entreprise de réseau social. Demain l'échange égal balaiera tout ça, d'autant que les Facebook et Twitter, pour ne pas les nommer fonctionnent hors de ce paradigme de l'échange et ont des initiatives malheureuses - introduction en Bourse et recherche effrénée de données personnelles par Facebook ; annonce par Twitter que les messages des internautes ne leur appartenaient plus -. A terme, ce sont des réseaux sociaux autonomes qui vont voit le jour, et sans doute quelque chose qui aura l'envergure de Wikipedia, transporté au réseau social. Cela paraît inéluctable, anthropologiquement incontournable. Une croissance vers la maturité, l'autonomie et l'auto-production. De la même manière, il paraît incontournable que le Net s'affranchissent de la tutelle de l'ICANN et donc d'un seul pays, les USA.

Nous construirons demain notre réalité qui n'aura de reconnaissance, de caractère commun que par la multiplicité, la complémentarité, l'harmonie des interventions qu'elle aura nécessité. Une réalité construite par le commun n'est-ce pas la définition du mot "société" ?...

L'internaute a dès aujourd'hui le pouvoir de faire son territoire qui participera des territoires des autres, sans les annexer. Comme un musicien qui refait une énième version de « knockin 'on my heaven's door » élabore un morceau qui porte ce nom mais est essentiellement autre, avec d'autres significations, d'autres valeurs et d'autres connotations.

Il ne s'agit plus d'appliquer un à un les item imposés par un catalogue de modelage à usage des cervelles culturelles conformes, mais de créer la matrice imaginaire correspondant à notre identité unique, inviolable et grégaire. Matrice qui fécondera le réel et sera fécondée par lui car ils sont, heureusement, indissolublement liés.

Sept milliards d'humains sont aujourd'hui candidats.


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1 réactions à cet article    


  • eresse eresse 29 mai 2012 00:01

    Bonsoir,

    fermez votre écran et allez prendre l’air, ca vous faira le plus grand bien.

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