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Avenir du journalisme économique

Le journalisme économique n'échappe pas aux vibrations frontales de l'époque et se trouve à la croisée des chemins : trop près de la pensée économique, il s'éloigne de l'actualité. Trop près des entreprises, il risque de voir sa déontologie érodée. Comment garantir un curseur raisonnable dans l'intérêt du lecteur-citoyen ?

Nous avons tous compris que l'époque est troublée. Notamment depuis la crise de 2008. Mais aussi du fait de cette mondialisation qui se caractérise par le volume croissant des échanges commerciaux et surtout par la mobilité des facteurs de production. Rien n'est plus facile dans la fonction de production des économistes que de poser le facteur capital comme une variable d'ajustement géographique ( localisation des investissements ) et de retenir le facteur travail comme une variable d'ajustement numérique d'autant plus aisée à manier que le progrès technique permet chaque jour de produire plus avec moins d'opérateurs ou de salariés. Quant au facteur résiduel cher à Edmond MALINVAUD et CARRE, il relève des externalités qui sont un de nos sujets de réflexion.

Nous en déduisons tous, selon nos positions professionnelles respectives, que le métier de journaliste économique est moins simple qu'il y a plusieurs décennies. Du temps de Michel TARDIEU, Emmanuel de LA TAILLE et autres figures emblématiques, sincèrement les défis étaient moins ardus.

En premier lieu, il est loyal et requis d'avoir une pensée pour tous ces journalistes économiques qui exercent leur art dans des pays où le mot liberté n'est qu'un vocable et non un mot d'ordre. Combien sont-ils en Amérique du Sud à pouvoir parler des pratiques des grandes firmes multinationales ? Combien sont-ils en Russie, etc ? Combien sont-ils à parler des liens privé-public en Afrique ? Oui, il est légitime de penser à ceux qui peuvent croiser des violences ( ou pire ) sur leur route professionnelle.

En nous limitant à des démocraties, une première notion donne le cap : la brutalité de la crise économique impose aux journalistes de réviser périodiquement leur corps de doctrine et de se replonger dans la pensée économique, dans une dimension quasi-universitaire de leur métier. Un peu à l'instar de l'approche de l'OFCE.

Mais si l'immersion dans la recherche devient excessive, le journaliste risque la sortie de route et risque d'encombrer la pensée du lecteur ( ou auditeur ) par le recours à des références trop complexes. Or ceci ne serait pas accepté comme l'a dit Jean-Paul PIGASSE dans son livre de 1975 ( " La difficulté d'informer, vérités sur la presse économique " ) : " La presse économique a ceci de particulier par rapport à la presse de grande information que ses lecteurs sont aussi la source de son information puisqu'ils sont les acteurs de la vie économique. Ils sont exigeants par nature. " De feu René TENDRON à l'estimé Thomas BLARD, le lecteur est aussi – parfois – un actionnaire vigilant lors des prises de paroles entourant l'énoncé des cours de Bourse.

Suivre une actualité vibrionnante, rester à jour au plan théorique, calibrer son discours en ses dimensions opératoires sont une large fraction des défis du journalisme économique contemporain.

Dans son bloc-notes une personnalité comme Jean BOISSONNAT a tenté – avec bonne fin – de relever ces défis.

Mais il nous semble, pour avoir été commissaire aux comptes un peu plus de dix ans, que certaines approches du journalisme économique ont à affronter d'autres risques. Nul ne saurait nier le poids des directions de la communication financière sur certains professionnels ou sur le fameux budget annonceur de tel ou tel journal.

Peu furent entendus lorsqu'ils avaient fait des enquêtes sur ce qui allait devenir l'incroyable affaire Robert MAXWELL. Peu furent à même de questionner la " fabless" stratégie définie par un brillant ancien Président de TOTAL devenu un pâle équarisseur de collaborateurs à la tête d'ALCATEL. Peu se posent les questions que vont induire la concentration des grands de l'audit. Pour prendre un parallèle, d'aucuns sont comme certaines consœurs qui restent muettes en entendant les propos malheureux et inacceptables de Monsieur Jean-Paul GUERLAIN.

Qui n'est jamais sorti d'un road-show en pensant " pipeau " mais en atténuant ses dires publics ?

Dans un article du Monde daté du 5 Septembre 2009, Frédéric LEMAITRE, allait jusqu'à écrire : " La crise remet en cause le savoir et le statut des économistes ". Pourtant nombre d'entre eux demeurent, logiquement, des sources pour les journalistes.

Les deux variables ( pression des Dir' Com' et des économistes d'entreprise voire de banques ) s'entrechoquent et peuvent être corrosives pour la déontologie.

De la même manière qu'Yves CALVI ou Christophe BARBIER ne seront jamais Léon ZITRONE lorsqu'ils interviewent un politique ( et loin s'en faut... ), il faut former le vœu que leurs directions donnent des moyens aux journalistes économiques et qu'ils puissent affronter avec sagacité et tenacité les sujets traités ici.

Ils sont d'autant plus à la croisée des chemins qu'il n'y a pas de belle émission économique télévisuelle pour le public : une sorte d'Heure de Vérité élaborée par le regretté François-Henri de VIRIEU.

Or face à l'angoisse collective qu'induit la crise, les journalistes économiques ont un devoir et une carte à jouer. 

   Jean-Yves ARCHER

 


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