Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Médias > Bonnet blanc et blanc bonnet

Bonnet blanc et blanc bonnet

Le principal quotidien du sud-est des Etats-Unis, L’Atlanta Journal Constitution, vient de vivre une semaine éprouvante, à la suite d’une controverse provoquée par un dessin de son caricaturiste le plus renommé - il vient de recevoir son second Prix Pulitzer - et le plus sulfureux, Mike Luckovich.

Le dessin représente deux hommes encagoulés que rien ne semble a priori différencier, si ce n’est leur appartenance à deux clans opposés : Al-Qaida et... l’armée américaine ! Le soldat US, arborant cordelette et bâton identifiables à la ceinture, brandit sous le nez de son ennemi sabre au poing, un livre intitulé Etiquette de la torture, avant de lui asséner d’un ton doctoral : "J’attire votre attention sur la page 17, paragraphe 9, ligne 4..."

A l’origine, Luckovich avait flanqué son dessin du titre provocateur "Pot and kettle" (traduisible en français par l’expression "Bonnet blanc et blanc bonnet"), avant de se raviser et d’opter pour le plus modéré mais tout aussi limpide "Book on Torture" ("Le livre de la torture"). Une formidable levée de boucliers a donc suivi sa publication, exprimée par plusieurs centaines de messages ulcérés, voire carrément haineux, en provenance du lectorat.

Une interprétation littérale s’arrêtant à la comparaison des pratiques de la torture par Al-Qaida avec celles de l’armée américaine affronte ici la vision du dessinateur qui, en réponse au tollé général, déclare : "Si nous voulons réussir en Irak, nous devons nous souvenir que notre arme la plus puissante, plus efficace que n’importe quelle bombe que nous pourrions lâcher, est notre autorité morale. Al Qaida incarne le mal et la brutalité. (...) Leurs méthodes de torture sont à des années-lumière de ce que les Etats-Unis peuvent être accusés d’avoir commis. Ceci dit, le fait que nous ayons jugée acceptable TOUTE forme de torture permettant d’obtenir de l’ennemi du renseignement a causé un tort irréparable à notre cause. Je doute que les Irakiens fassent la distinction dans leur esprit, et cela est effectivement très triste."

Certes, le dessin peut paraître outrancier et la désapprobation majoritaire (près de 90% des lecteurs ayant voté sur leur appréciation du dessin ont exprimé une opinion négative) se justifie de ce point de vue. Mais si l’on fait l’effort de projeter son regard au-delà de la réaction de rejet initiale, on reconnaîtra que la caricature - c’est là sa fonction première et elle use toujours des procédés de l’exagération et de l’amplification, ne l’oublions pas - force chacun à un examen de conscience auquel il n’est pas injustifiable de se soumettre. Que l’on soit Américain ou pas, d’ailleurs.

Quelle que soit l’opinion que l’on puisse avoir sur le sujet de la torture, quelles que soient les contradictions philosophiques auquel il conduit immanquablement, on ne peut pas ignorer le principe supérieur de cette "autorité morale" dont nous sommes, dans nos démocraties occidentales, les porte-voix. Au-delà de ce qui peut se passer dans des contrées en guerre, dans le feu de l’action et sur un terrain que seuls connaissent ceux qui le pratiquent au péril de leur vie, on peut tout de même éprouver un profond malaise au regard de certains faits.

En effet, qu’il puisse exister quelque part en Occident un Guantanamo qui s’affranchisse de tout cadre légal, sous le regard ébahi et impuissant du monde entier, et avec l’aval d’une administration y approuvant la pratique de certaines formes de torture en toute impunité, ne constitue-t-il pas matière à susciter la révolte ? Que la plus grande démocratie du monde prenne de telles libertés avec la Convention de Genève, qu’on lui découvre des prisons secrètes dans des pays européens complices, sans oublier la monstruosité d’Abu Ghraib dont on est en droit de se demander si elle aurait conduit aux condamnations en Justice que l’on sait si les médias n’avaient pas révélé et fait exploser l’affaire au grand jour, n’y a-t-il pas là de quoi provoquer une saine colère ?

Alors, Mike Luckovich mérite-t-il le lynchage moral(isateur) dont il est actuellement l’objet aux Etats-Unis ?


Moyenne des avis sur cet article :  3.67/5   (30 votes)




Réagissez à l'article

9 réactions à cet article    


  • Marie (---.---.207.58) 26 juin 2006 13:13

    Mettre sur le même plan les terroristes d’Al Qaeda et ceux qui luttent contre eux est infâme.

    Les actes délicteux commis à Abou Graib ont été réprimés, leurs auteurs condamnés alors que les atrocités commises par les terroristes islamiques non seulement ne sont pas réprimées par leurs chefs mais préconisées, encouragées, recommandées et récompensées (cela figure dans leurs manuels en toutes lettres).


    • nO (---.---.128.14) 26 juin 2006 13:41

      Votre article pose une question importante jusqu’ou est on pret a aller pour lutter contre le terrorisme ? Et les tentative repete de l’administration bush pour faire accepte par le congres la torture montre que au niveau des methodes les deux camps on tendance a ce rapporcher dangereusement. Faire souffrir pour obtenir la victoire sans morale et sans conscience. La fin ne justifie pas les moyens. Tous les innocents morts dans cette guerre qu’il soit americain ou irakien enlever et torturer par les uns et les autres, pour eux la difference n’est pas flagrante. Sous les bombes americaines il y a des civils et je pense qu’il sont TERRORISER a l’idee de mourir.


    • Toxique (---.---.159.65) 26 juin 2006 15:24

      La caricature est une forme d’expression indispenssable, elle permet de mettre le doigt là ou ca fait mal avec humour. Les réactions violentes sont le fait de fanatiques de tout poil. Que la torture soit faite par des Americains ou non , elle reste inacceptable et doit être condamnée sans aucune restriction. La dénoncer doit se faire par tous les moyens possibles quitte à dérranger l’opinion publique par des articles et autres desseins !


      • (---.---.117.250) 26 juin 2006 15:45

        bon article, mais qui aurat gagné à être beaucoup, beaucoup, plus réduit. Les 3 premiers paragraphes suffisaient. La suite affaiblit le propos plus qu’il ne le renforce.


        • Theudric (---.---.252.201) 26 juin 2006 15:51

          Très bon article, j’adhère.

          juste un reproche à la caricature : l’homme cagoulé d’Al-Qaida est obèse comme l’américain, cela n’est pas très réaliste.


          • Johan Johan 26 juin 2006 16:41

            Abou Grahib reprime, oui, mais pas encore Guantanamo, ni ce massacre recent de 12 civils...


            • José W (---.---.25.142) 26 juin 2006 20:04

              Article très à propos : on peut être à peu près assuré que les mêmes individus qui réclamaient la liberté de caricaturer l’islam au nom de la liberté d’expression vont monter sur leurs grands chevaux en disant cette fois-ci que le dessin est infâme...

              2 poids 2 mesures ?


              • Bahr (---.---.157.73) 27 juin 2006 02:19

                « on ne peut pas ignorer le principe supérieur de cette ’autorité morale’ dont nous sommes, dans nos démocraties occidentales, les porte-voix. »

                Ca c’est vraiment trop TOP !! Alors, NOUS, les occidentaux, on est les portes-voix de l’autorité morale de la planète !!!! WOUAF trop fort :)))

                Au nom de quoi siouplaît ? Au nom du colonialisme ? De l’esclavage ? De l’impérialisme ?.....

                Au lieu de se croire les porte-voix, on ferait parfois mieux de fermer sa gueule.....

                Bien le bonjour ;)


                • karibou (---.---.198.175) 27 juin 2006 04:17

                  Tuot d’abord, merci à tous pour vos réactions.

                  Un petit mot pour monsieur ou madame Bahr : nul n’est besoin d’utiliser un langage grossier, je sais bien que l’on est sur Internet, il n’empêche que l’on peut aussi s’y respecter dans les échanges. Quant à l’« autorité morale » qui semble vous hérisser le poil, tout d’abord je ne faisais que citer Mike Luckovich dont j’endosse pleinement le choix des mots. Ce à quoi vous faites référence - impérialisme, esclavagisme et colonialisme - appartient au passé. Connaissez-vous une démocratie qui prône aujourd’hui ces conduites/politiques ou qui, pour les avoir « pratiquées » ne les regarde pas aujourd’hui avec honte et humilité ? Préféreriez-vous vivre ailleurs qu’en démocratie ? N’en défendriez-vous pas les valeurs si celle dans laquelle vous vivez confortablement se voyait un jour menacée ? Epargnez-moi le discours - ô combien éculé - de la culpabilisation à tout prix, de ces méchants occidentaux.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès