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Accueil du site > Actualités > Médias > Brouillage, asymétrie d’information et renforcement des classes (...)

Brouillage, asymétrie d’information et renforcement des classes dominantes

Un système vivant dépend fortement de son dispositif réceptif et de son cerveau qui interprète les données reçues par le milieu. On sait notamment que les rayonnements électromagnétiques perturbent le vol des abeilles. Certains animaux se camouflent pour mieux attraper leurs proies. La technique du leurre est employée par certaines espèces. L’homme étant le plus habile dans cette pratique. Il s’y connaît pour attraper les animaux en usant de pièges : le morceau de fromage attirant la souris, la mouche artificielle finement tissée pour duper la truite.

Les sociétés occidentales capitalistes sont souvent comparées à une jungle. L’existence des individus peut être comparée à celles d’animaux rationnels, performants, dans un biotope artificiel qu’on nommera technocosme. On y fait des affaires, on produit, on négocie, on échange des informations. Récemment, Joseph Stiglitz a montré comment une asymétrie d’information peut conférer, à l’une des parties prenantes dans un contrat, un avantage supplémentaire. Le principe est facile à comprendre si on imagine deux équipes sur le terrain, l’une avec des joueurs atteints de légère myopie et l’autre non. La première aura des problèmes pour développer un champ de jeu élargi et perdra le match. La vie économique se développe comme dans un biotope. Le marché fonctionne avec la circulation des biens, des services et de la monnaie, celle-ci servant aux échanges, mais étant aussi composée de mouvements de capitaux destinés aux investissements, ainsi que de transactions n’ayant aucune contrepartie économique. La position des parties dans le système informatif est cruciale. Parfois, des avantages permettent à quelques-uns de vendre des actions en ayant connaissance de difficultés présentes dans l’entreprise qu’ils dirigent. Cette pratique est illégale et sanctionnée par la loi. Elle a cependant cours puisque le principe de l’agent économique est de faire le maximum de profit, non pas en respectant la loi mais en ne faisant pas prendre. L’information est un outil dont l’importance est connue depuis l’Antiquité, pour preuve un fameux traité de Sun Tse sur l’art de la guerre. L’économie n’est pas une guerre, mais y ressemble par le côté concurrentiel qui en détermine les contours tout en influant les pratiques.

La démocratie, par ses règles d’ouverture, ressemble quelque part au marché. Les informations y circulent librement, dès lors que ses diffuseurs décident de les lancer au public et dans les différents circuits. Internet a un peu troublé les règles admises jusqu’alors, stipulant que les journalistes encartés avaient le monopole de la diffusion. Un simple quidam peut décider de diffuser une vidéo qui sera d’autant plus visionnée qu’elle est compromettante pour une personnalité. Cela dit, il n’y a rien de nouveau. C’est le principe du journalisme off ou bien de l’informateur qui téléphone à un journal et notamment un fameux Canard. Les citoyens disposent d’information dans différents champs : politique, événements, lois et droits. Celui qui ne s’informe pas assez est pénalisé. S’il ignore la signalisation des radars ou certaines dispositions du Code de la route, il sera à l’amende. S’il ne connaît pas ses droits en matière sociale, il est privé de quelques prestations auxquelles il aurait pu prétendre. C’est très simple en vérité. Le principe de l’asymétrie de Stiglitz s’applique aussi au champ politique.

Nous voilà au faîte de la question que pose ce billet. Dans le champ démocratique, les informations circulent librement, intensément, intempestivement. Ce n’est pas comme dans le jeu économique où seules les informations nécessaires sont reçues et diffusées, voire retenues. Une asymétrie est autant liée à une capture d’information qu’à une rétention. Dans le champ démocratique, la plupart des études se sont focalisées sur la rétention, la censure et le contre-pouvoir du journaliste qui va, en chevalier de la transparence républicaine, au front des cercles du pouvoir et, parfois, sort une affaire qui oblige un président Nixon à démissionner. Cette époque semble révolue, ou du moins, un autre phénomène devrait nous interpeller, celui de la réception d’information. Car c’est bien beau de vendre des journaux ou de parler à la radio si les gens ne lisent ni écoutent. Il se pourrait bien qu’une situation de faiblesse démocratique dépendante d’une asymétrie d’information soit consécutive à une saturation des capacités réceptives des citoyens, voire même un brouillage avec des tonnes de leurres lancés sur les ondes, des événements sans aucune importance, comme le séjour en taule de Paris Hilton. Il se pourrait aussi que cette situation de minorité dans la réception des informations soit le fait des individus eux-mêmes qui, par paresse, laissent leur cerveau s’encombrer d’informations inutiles. Si bien que la situation est comparable à celui qui a des tonnes de prospectus dans sa boîte au point de jeter un courrier important en ne le voyant pas.

En ce moment, le brouillage politique va bon train, notamment avec la politique d’ouverture de Sarkozy et tout le reste, si bien que nous ne savons pas où nous allons alors que la gauche louvoie sans qu’on sache qui tient la barre. L’asymétrie ne fait qu’augmenter. Et en plus, il n’y a même pas de complot du pouvoir. Il se peut bien que nombre de concitoyens aient déserté le front de la bataille pour s’informer et que la presse renonce peu à peu à s’adresser à une frange de la population qui veut sa part d’intelligence. Suppression d’Arrêt sur images, de la bande à Bonnaud, du cahier Livres de Libération... Par contre, les magazines people se vendent bien. Ainsi, l’information se trouve au milieu d’un dispositif réglant les rapports de pouvoirs, entre le gouvernement et les citoyens ainsi, last but not least, entre les classes dominantes et les classes dominées. Si bien que l’avantage des premières ne fait que s’accroître et je crois bien que l’asymétrie d’information liée à la profusion de leurres y a sa part. Les Etats-Unis, nation la plus précoce dans la médiatisation de la société, a donné le ton il y a deux décennies.


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38 réactions à cet article    


  • Nicolas Pascuttini 12 juillet 2007 11:41

    à l’auteur

    Article trés intéressant. Je vous rejoins entièrement sur le rapport de l’individus à la quantité astronomique d’information, généralement sans importance, qu’il ingurgite quotidiennement.

    En d’autre temps les patriciens offraient divertissements et glorioles à la plèbe afin d’acheter son consentement : curieux tout de mêmme de constater que les choses n’ont pas, en substance tant changé depuis...

    La profusion d’informations constitue un écran de fumée tout aussi efficace que son absence. Un paradoxe intéressant : à l’heure où les moyens de communication et d’accés à l’information et au savoir sont plus que jamais répandus et simples d’accés, le processus de désinformation s’en trouve grandement facilité....


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 12 juillet 2007 13:38

      Il y a une formule qui résume ce phénomènes

      au temps de la censure, on disait ferme ta gueule à l’ère de l’hyperinformation on dit cause toujours tu m’intéresse

      Ce que j’ai essayé de développer, c’est l’idée d’un renforcement de la domination des classes par cet effet d’asymétrie dont le mode opératoire est distinct de celui décrit par Stiglitz mais dont le principe est le même, obtenir pour certains un avantage


    • Nicolas Pascuttini 12 juillet 2007 13:58

      à l’auteur, je partage votre point de vue, mais l’on peut se poser la question suivante : cet effet d’asymétrie résulte t’il d’un volonté réelle de procurer un avantage certain à une catégorie de la population, ou n’est il en fin de compte qu’une triste conséquence de la conformation des différents médias à une simple logique d’entreprise.....


    • Bernard Dugué Bernard Dugué 12 juillet 2007 14:09

      L’asymétrie, dans les affaires économiques, elle est gérée, maîtrisées

      Au niveau politique et social, il y a certes les spin doctors mais l’impact le plus important est à mon sens l’utilisation par les forces dominante d’un processus qui se trouve présent et qui dépend notamment de la passivité des citoyens, autant que de la spontanéité d’un marché de l’information qui diffuses tous azimuts


    • Nicolas Pascuttini 12 juillet 2007 14:50

      l’on peut considérer également que la passivité du citoyen peut souvent résulter du manque de connaissance relative à un sujet distinct : il peut effectivement se réveler difficile de s’intéresser à un sujet aussi complexe que la crise du programme nucléaire iranien lorsque que l’on ne dispose pas des bases nécessaires tant sur un plan historique, technique... Ce ne sont certe pas les reportages succincts diffusé par les médias de grande audience qui arrangeront l’affaire, surtout lorsqu’ils sont camouflé dans un nuage de faits divers...


    • NPM 12 juillet 2007 12:31

      Mouais, je vous signal tout de même que, ce que revendique les vrais gens comme information, c’est ce qui les concerne, les touche : les chiens écrasés, la fermeture d’une usine de 2 personnes, les coup de soleil, le sport..

      De toute façon le peuple n’a pas les capacité de comprendre la politique. Ca ne sera jamais que de la caricatures ou des images. Alors bien sur certains crient aussi sec à la théorie du complot ; Il se crois sans doute plus intelligent que les autres. Qu’ils deviennent donc ministre, on verra aprés..


      • Forest Ent Forest Ent 12 juillet 2007 12:57

        « le peuple n’a pas les capacité de comprendre la politique »

        Cette phrase me semble assez révélatrice de l’esprit bonapartiste qui agite nombre de sarkozystes, surtout chez les anciens militaires. Bonaparte a été un des pires dirigeants français, mais les grognards ont besoin de bourrades viriles.

        Le peuple vote, donc autant qu’il ait les informations les moins mauvaises possibles. Mais évidemment, vous n’êtes pas démocrate ...

        « ce que revendique les vrais gens comme information »

        C’est une information ? Vous avez lu cela où ?

        Il est bien sûr possible d’utiliser le panem et circenses ad nauseam. Ca ne prouve rien.


      • Bernard Dugué Bernard Dugué 12 juillet 2007 13:43

        «  »« les chiens écrasés, la fermeture d’une usine de 2 personnes, les coup de soleil, le sport.. »«  »

        Et je dirais même plus l’ouverture d’une usine qui tourne avec 2 personnes, ça c’est du scoop, ensuite, on la délocalise parce qu’elle a trouvé un lieu ou 1 personne la fait tourner


      • NPM 12 juillet 2007 14:03

        « Bonaparte a été un des pires dirigeants français, mais les grognards ont besoin de bourrades viriles. »

        Normal, puisque la Révolution est une énorme bouffonerie sanglante... C’est notre shoa à nous.

        « Le peuple vote, donc autant qu’il ait les informations les moins mauvaises possibles. Mais évidemment, vous n’êtes pas démocrate ... »

        Tu as raison. D’ailleur, je propose que dorénavent on vote pour savoir quel maladie et quel opération chirurgical doivent être pratiqué lors d’une maladie. C’est démocratique, donc c’est super pas bonapartiste..

        « Et je dirais même plus l’ouverture d’une usine qui tourne avec 2 personnes, ça c’est du scoop, »

        Plus de 3 millions de personne perdent leur emplois chaques années en France ; Bien sur, on informe le peuple lorsque ca touche 1000 personnes de la même usines, mais ou sont passé tout les autres ?? Tout le monde s’en fou, ce qui compte, c’est le spectacle et la manipulation.

        « ensuite, on la délocalise parce qu’elle a trouvé un lieu ou 1 personne la fait tourner »

        Ca dépend de la « quantité » de capital, des prélévements obligatoire, des Lois et de la papaerasse administrative.


      • Nicolas Pascuttini 12 juillet 2007 14:28

        « Normal, puisque la Révolution est une énorme bouffonerie sanglante... C’est notre shoa à nous »

        Excusez du peu mais vous avez une manière totalement caricaturale de voir la période de la révolution. Certe l’émergence d’un système démocratique aprés 1300 de monarchie, dans une europe elle même hostile à ce genre d’idées ne c’est pas fait sans heurts, et fut même l’élément déclencheur de nombreuses dérives sanglantes, telles que la répression en vendée ou la période de la terreur, mais il n’en reste pas moins que la révolution fut une période clef de notre histoire : volonté du peuple de se gouverner, réflexion sur les droits de l’homme et du citoyen, naissance d’un sentiment collectif qui forgea une identité française... les fondements même de notre identité républicaine se nourrissent encore des évènements de 1789 : rappelez vous, liberté égalité....


      • Forest Ent Forest Ent 12 juillet 2007 18:24

        « je propose que dorénavent on vote pour savoir quel maladie et quel opération chirurgical doivent être pratiqué lors d’une maladie »

        Mouais. Ben je propose alors que les chirurgiens ne soient pas formés à la médecine, puisqu’ils ne peuvent pas la comprendre et qu’ils ont juste à manier le bistouri. smiley


      • NPM 13 juillet 2007 10:02

        « dans une europe elle même hostile à ce genre d’idées ne c’est pas fait sans heurts, »

        Arf ! Plaisanterie. Tout au contraire, on a de nombreuse raison de penser que « l’europe » à encourager les révolutionaires. C’est la France qui à déclaré la guerre au monde entier, et l’a agressé, pas l’inverse. Quand à la démocratie, bein, rien de nouveau en Europe (Hollande, GB, Suisse, Venise, etc..), ni même en France,, d’ailleur, ou déja il y avait des elections dans certaines villes. La révolution à ruiné le pays le plus riche et le plus puissant d’Europe, et le XIXéme siécle fut un siécle anglais.

        « et fut même l’élément déclencheur de nombreuses dérives sanglantes, telles que la répression en vendée ou la période de la terreur, »

        Nan, le génocide de vendé vient APRES la repression. La violence n’est pas « une dérive », la révolution fut toujours violente et terroriste : c’est dans sa nature.

        Enfin, on estime à un million de mort français, Napo en rajoute un autre, plus deux millions d’Européen (mais ceux la on s’en tape, hein).

        « volonté du peuple de se gouverner »

        Ah AH AH AH AH AH !!! Vous êtes un rigolo, vous. Et la propagande Soviétique, vous l’avez cru aussi ?

        « réflexion sur les droits de l’homme et du citoyen, »

        Oui, vive Lock, les USA et la GB. Bon, c’est la seule chose à sauver de cette mascarade, c’est vrai.

        « naissance d’un sentiment collectif qui forgea une identité française... »

        N’importe quoi.

        « les fondements même de notre identité républicaine se nourrissent encore des évènements de 1789 : »

        Depuis quand être républicain est-il une identité ??? C’est une religion, d’être républicain ??? Etrange idée, digne d’un fanatique.. Surtout en plus pour « se nourrir » de la shoa de 89 !

        Un secret qui a du vous échapper : la Révolution 1)Fut un échec et 2) EST TERMINEE.

        « se nourrissent encore des évènements de 1789 : rappelez vous, liberté égalité.... »

        On proclame d’autant plus des principes qu’il est hors de question de les suivre...

        « Mouais. Ben je propose alors que les chirurgiens ne soient pas formés à la médecine, puisqu’ils ne peuvent pas la comprendre et qu’ils ont juste à manier le bistouri.smiley »

        Bonne idée. Et puis votont aussi pour déterminer la culpabilité des gens inculpés. Ca c’est démocratique.


      • Nicolas Pascuttini 13 juillet 2007 11:01

        La manière dont vous énoncez ce genre d’inepties, avec visible la totale certitude d’avoir raison, peut en amuser certains, je trouve cela édifiant, ou plutôt consternant. Libre à vous de continuer à déblatérer ce type de propos stériles mais je vous conseillerai néanmoins de mettre votre nez dans un bouquin d’histoire afin de combler votre incurie en la matière. Peut être cela aura également l’avantage d’améliorer votre orthographe....


      • NPM 13 juillet 2007 11:10

        « La manière dont vous énoncez ce genre d’inepties... »

        Même la gauche ne revendique plus la Révolution, c’est dire ce qu’il faut en penser, depuis que la Vérité à pu fracasser le mur de la censure républicaine.

        Il faut remettre les pieds sur terre, pépére, et arreter de lire les livres de propagande sur la révolution...


      • Forest Ent Forest Ent 13 juillet 2007 21:37

        « Votons aussi pour déterminer la culpabilité des gens inculpés. Ca c’est démocratique. »

        ... et c’est d’ailleurs effectivement ainsi que cela se passe aux assises avec un jury populaire.


      • Barbathoustra Barbathoustra 19 juillet 2007 00:59

        " Même la gauche ne revendique plus la Révolution, c’est dire ce qu’il faut en penser, depuis que la Vérité à pu fracasser le mur de la censure républicaine.

        Il faut remettre les pieds sur terre, pépére, et arreter de lire les livres de propagande sur la révolution... "

        — >

        Lesquels ? Parce que moi j’ai lu des livres de propagande libérale et dedans ils disent que 1789 était une révolution libérale.


      • Marc P 12 juillet 2007 13:16

        Bonjour Bernard,

        Hier j’ai entendu le mot pour la première fois chez Calvi...

        Voilà un concept que peut être vous connaissiez, qui vaut le détour et qu’on s’y attarde :

        « L’INFOTAINMENT, un nouveau style rédactionnel mixant information et divertissement est souvent critiqué comme un relâchement de la méthode journalistique avec le risque d’alimenter la confusion entre enquêtes et spectacles, voire entre journalisme et propagande. Ce risque est d’autant plus grand que les journalistes sont de plus en plus souvent confrontés à des experts en communication qui sont chargés de présenter la réalité sous un jour favorable à leur commanditaire. Il devient donc plus difficile d’obtenir des informations non filtrées provenant d’une source neutre »

        extrait de :

        http://fr.wikipedia.org/wiki/Journalisme

        Cordialement

        Marc P


        • Bernard Dugué Bernard Dugué 12 juillet 2007 13:39

          Merci pour l’info, j’avais en effet entendu cet expression.

          La tendance au divertissement est présente aussi dans l’éducation, avec quelques idées de pédagos souhaitant rendre ludique l’apprentissage


        • José Peres Baptista José Peres Baptista 12 juillet 2007 13:23

          C’est un bel article, Bernard.

          L’état de l’information dans nos pays, occidentaux dits civilisés, est une résultante de la spirale d’emballement économique, ou ce qui est défini par certains milliardaires américains dont Warren Buffet, comme le « turbo-capitalisme », à différencier du « national-capitalisme » (concept qui t’est cher).

          Il ne s’agit plus pour les entreprises, dont celles de presse, d’être rentables mais d’être profitables. Pour ce faire, elles produisent l’information qui a le moindre cout. Nous sommes donc abreuvés d’informations pas chères et on en a pour notre argent, pas plus. Pour le citoyen lambda, obtenir l’information sérieuse, enrichissante et permettant de se forger une opinion, représente un cout certain, en efforts et en temps.

          L’énergie que ne dépensent plus les médias est ainsi transférée vers le demandeur. Rien d’étonnant ensuite à ce qu’elle trouve moins preneur. Ce qui résulte donc tout simplement des règles économiques apparait alors parfois comme une volonté délibérée de cacher l’information, comme tu l’écris. Si l’on ajoute à cela l’interdépendance entre la politique et l’information on aboutit alors à, sinon de la censure, pour le moins de l’auto-retenue. Le résultat, paradoxal, est que ceux qui disposent d’informations sont soient ceux qui ont les moyens d’agir mais n’usent pas de leur influence soient qui n’ont aucune influence publique mais ont le temps de les rechercher.

          Pour être spécieux, je pourrais conclure ce commentaire de la façon suivante :

          - Le temps c’est de l’information.
          - L’information n’est plus de l’argent.
          - Le temps n’est plus de l’argent.


          • Bernard Dugué Bernard Dugué 12 juillet 2007 13:42

            Merci de ton passage, José,

            Il n’y a pas que les entreprises et le profit, regarde ce qui arrive à Bonnaud, taclé pour faute d’audience. Parfois, il y a des miracles, comme la reconduite de l’émission de Taddéï. Espérons qu’il ne sera pas obligé d’inviter Paris Hilton pour causer sur la phénoménologie


          • José Peres Baptista José Peres Baptista 12 juillet 2007 13:55

            Bernard,

            L’audience c’est le profit. ;)

            L’asymétrie dont tu traites dans ton article est le reflet de l’accroissement des écarts de revenus entre les catégories les moins aisées et les plus privilégiées. Le piège attendant ces dernières, mais elles le savent, étant de laisser trop de temps aux premières.


          • JL JL 12 juillet 2007 14:20

            Oui, trop d’infos tue l’info. C’est cela aussi, la désinformation.

            Une info dont on ne parle pas : aujourd’hui pas plus qu’hier, aucune voix ne s’élève ni à droite ni à gauche pour dire que la défiscalisation des heures supplémentaires est une mesure qui viole le principe constitutionnel de l’égalité devant l’impôt. Curieux non ?

            La mesure phare de Sarkozy, « Travailler plus pour gagner plus » est anticonstitutionnelle, et personne n’en parle. C’est grave.


            • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 12 juillet 2007 15:27

              Il me semble que la question que vous posez ouvre une perspective autrement inquiétante que celle d’une censure et/ou d’une dyssimétrie entretenue pas ceux qui en profitent que beaucoup de commentateurs de votre position relèvent. Elle met en jeu le désir de ne pas être informé sur ce qu’il importe de savoir pour pouvoir agir rationnellement de ceux qui en sont victimes. Et cette propension spontanée à ne pas savoir ou à ne pas désirer savoir me semble relever de ce que La Boétie appelait « la servitude volontaire ».

              Ne pourrait-on pas alors s’interroger sur l’origine ambiguë de ce désir de ne pas savoir pour ne pas avoir à y réfléchir afin d’agir plus efficacement ou tout le moins de sortir de l’état d’impuissance qui et que génère ce désir de non savoir par cercle vicieux bien connu ?

              Une hypothèse possible est que l’impuissance de ceux qui ne savent pas est imaginairement compensée par l’illusion d’un pseudo-savoir magique ou moral qui permet de se réfugier dans la croyance

              - soit que les grands savent pour nous et pour notre bien (hommes politiques, médecins experts etc..) et qu’ils peuvent ainsi agir sans que nous avons à faire d’effort particulier, sinon pour leur obéir en nous identifiant à leur savoir/pouvoir (ce que l’on appelle l’autorité ou la compétence politique).

              - soit que les « grands », quoi qu’ils sachent et fassent, veulent nous tromper et que tout savoir qui ne répondrait pas instantanément à nos désirs spontanés est un pur et simple mensonge. Restaurant pas là au sein même de cette asymétrie désirée, l’illusion purement verbale et dénonciatrice de la toute puissance contre ceux qui savent et peuvent.

              Cette dernière attitude symétrique de la première me paraît aujourdhui dominante du fait même de ce que Tocqueville appelait la passion démocratique ou égalitaire". Elle permet au citoyen essentiellement passif de compenser son impuissance réelle par l’impression de toute puissance de celui qui croit savoir ce qu’on voudrait lui cacher. Ne serait-ce pas là le ressort du succès de la presse dite people ? Celle-ci n’exige aucune distance critique , ni réflexion et permet de se donner l’illusion à très bas prix qu’il suffirait simplement de savoir ce qu’on lui montre de scandaleux et d’hypocrite dans les faits et gestes de ceux qui détiennent du pouvoir (citoyens actifs) pour ne plus en être victime et se sentir leurs égaux, voire moralement supérieurs.

              Qu’en est-il de la servitude désirée et comment est-elle instrumentalisée par ceux qui s’en servent pour préserver leur pouvoir ? Voilà me semble-t-il l’excellente question que soulève votre article.


              • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 12 juillet 2007 15:30

                Dissymétrie, avec mes excuses pour cette coquille


              • JL JL 12 juillet 2007 15:50

                à Sylvain Reboul, très bien cette riche comparaison que vous faites entre « cette propension spontanée à ne pas savoir ou à ne pas désirer savoir » avec « ce que La Boétie appelait ’la servitude volontaire’ ». smiley


              • Bernard Dugué Bernard Dugué 12 juillet 2007 19:28

                Sylvain

                J’ai évidemment pensé à la Boétie en évoquant la mise à disposition du temps de cerveau par le téléspectateur

                merci pour votre commentaire argumenté


              • Mjolnir Mjolnir 12 juillet 2007 17:55

                Article très intéressant.

                Je pense aussi qu’une société surinformée (où on est noyé dans un océan d’informations inutiles) est encore plus dangereuse qu’une société où l’information est censurée car dans le deuxième cas, on est conscient de la censure et on peut chercher à s’en sortir alors que dans la première, on a l’illusion d’être bien informé.

                M Reboul a dit : « Ne pourrait-on pas alors s’interroger sur l’origine ambiguë de ce désir de ne pas savoir pour ne pas avoir à y réfléchir afin d’agir plus efficacement... ? »

                Peut être qu’on ne veut pas savoir parce qu’on est que trop conscient de notre impuissance, surtout en ce qui concerne les affaires extérieurs ? Que peut faire le citoyen lambda contre le génocide à Darfour ? Que peut il faire pour la paix au proche orient ? Dans la plupart des cas, rien, directement.

                Biensûr nous votons et nous décidons pour qui ou pour quel programme nous votons, avec les informations dont nous disposons mais je crains que l’impression (fausse, j’espère) que cela soit inutile pour changer réellement les choses pousse des gens à la politique de l’autruche, à jouer à l’imbécile heureux, pour que la vie soit plus supportable (à moins d’être indifférent aux malheurs des autres). Cela pourrait expliquer pourquoi des gens préfèreraient rêver sur la vie de Paris Hilton plutôt que le Darfour. Non pas par paresse intellectuelle mais par désespoir.


                • Mjolnir Mjolnir 12 juillet 2007 17:57

                  oupss...

                  je voulais écrire à la fin « plutôt que s’informer sur le Darfour ». Il ne faut pas comprendre, évidemment, « plutôt que rêver sur le Darfour » smiley


                • Bernard Dugué Bernard Dugué 12 juillet 2007 19:36

                  J’avoue ne pas pouvoir me prononcer sur la dangerosité des sociétés de censure et d’hyperinformation. On peut cependant être informé sur l’état de notre société, la pauvreté etc... et la changer dans le bon sens


                • JL JL 12 juillet 2007 19:08

                  Sylvain Reboul, compare « cette propension spontanée à ne pas savoir ou à ne pas désirer savoir » décrite ici avec « ce que La Boétie appelait ’la servitude volontaire’ ».

                  Une info que personne ne veut voir : aujourd’hui pas plus qu’hier, aucune voix ne s’élève ni à droite ni à gauche pour dire que la défiscalisation des heures supplémentaires est une mesure qui viole le principe constitutionnel de l’égalité devant l’impôt. Curieux non ?

                  La mesure phare de Sarkozy, « Travailler plus pour gagner plus » est anticonstitutionnelle, et personne n’en parle. C’est grave.


                  • Bernard Dugué Bernard Dugué 12 juillet 2007 19:27

                    «  »« L’allégorie est plus que pertinente. Prenons la prochaine défiscalisation des heures supplémentaires. En droit sinon en esprit, elle transgresse la règle suprême de l’égalité des citoyens devant la loi. »«  »

                    J’avais souligné ce fait mais n’étant pas constitutionnaliste, j’avais présenté la chose avec un bémol.

                    http://agoravox.fr/article.php3?id_article=25454


                  • NPM 13 juillet 2007 10:09

                    « La mesure phare de Sarkozy, »Travailler plus pour gagner plus« est anticonstitutionnelle, et personne n’en parle. C’est grave. »

                    Putain, on a un constitutionaliste sur Agoravox !

                    AH AH AH !

                    Effectivement, Maitre. Et l’ISF, il est constitutionel ou pas ? Et 50% de français qui ne payent pas l’impot, c’est constitutionel ou pas ? Et l’impot progressif, c’est constitutionel ou pas ? Hum ? Et les priviléges des fonctionaires, des syndicalistes, des journalisrtes, c’est constitionel ou pas ?

                    Au fond, ce que tu reproche au média, via la théorie du complot, c’est qu’ils ne relaient pas ton idéologie et tes petites opinions..


                  • alberto alberto 12 juillet 2007 20:48

                    Bernard Dugué : ces choses sont joliment dites, mais est-ce vraiment nouveau !

                    N’etait ce pas déjà de « l’assymétrie de l’information (pour) le renforcement de classes dominantes » quand l’Eglise s’opposait (fermement) à l’invention de Gutenberg ?

                    J’ai bien aimé votre article et encore bien des conclusions à travailler !

                    Bien à vous.


                    • Bernard Dugué Bernard Dugué 12 juillet 2007 21:08

                      On peut le voir sous cet angle mais pas sur le mode opératoire, l’Eglise est la fille aînée de la censure


                    • moebius 13 juillet 2007 12:13

                      Aticle trés interessant. Une remarque, pourquoi la mesure concernant la défiscalisation des heures supplémentaires est parmis l’ensemble des mesures du gouvernement la plus populaire dans les couches sociales les moins favorisées ? Pourquoi ces couches veulent elles donc se complaire dans une « ignorance crasse’, végéter dans »le désir de ne pas savoir« que pour gagner plus il leur faut travailler plus. Ou est ce »désir de servitute«  ? Ne voyez vous ici, de lien entre revenu et servitute, est ce là une étrangeté pour vous ? »Désir de servitute« , personne n’est absolument dupe mais ce savoir est’il bien pertinent pour tous ? Savoir n’est pas un absolu théorique absolu, il offre pour tous des degrés de plus ou moins grande pertinence .Mais vous dites disymétrie. Je le redis pour beaucoup les 35 heures ne sont pas perçu comme une réduction libératoire du temps de travail, elles sont associés a du »rationnement« o r s’il y’a une chose que l’on ne peut pas rationner au risque de le dévaloriser c’est bien le travail et la peine, le »travailler plus pour gagner plus" est perçu comme une libération.


                      • JL JL 16 juillet 2007 10:35

                        Moébius, il n’a jamais été interdit de recourir aux heures supplémentaires, et le mensonge que l’on dénonce ici c’est que Sarkozy veut faire croire le contraire.

                        Tout comme il fait croire que les journées de grève par le passé étaient payées en disant que désormais elles ne le seront plus.

                        C’est cela l’obscurantisme : organiser et entretenir l’ignorance des foules pour mieux les asservir.

                        Sur l’inconstitutionnalité de la défiscalisation des heures supplémentaires, puisqu’il faut mettre les points sur les i pour certains : Elle transgresse la règle constitutionnelle de l’égalité devant l’impôt qui s’énonce ainsi : « à salaire égal, toutes choses égales par ailleurs, l’impôt sur les revenus est le même pour tous ». Avec la défiscalisation des heures sup, on verra dans une même entreprise des gens gagner plus et payer moins d’impôts que d’autres qui travaillent autant sinon plus !

                        Il y a vraiment un brouillage méthodique de l’information dans les médias, et Internet bouscule ces habitudes, c’est la raison pour laquelle on y voit tout ces commentateurs confus et illettrés disant tout et le contraire de tout, dont le seul but rationnel s’il y en a un, c’est de dégoûter les honnêtes gens d’y venir et d’y rester.


                        • Barbathoustra Barbathoustra 19 juillet 2007 01:30

                          C’est cela l’obscurantisme : organiser et entretenir l’ignorance des foules pour mieux les asservir.

                          — >

                          Ignorance ? A mon avis, la croyance saurait mieux expliquer ce « desir de servitude » comme l’a dit si justement Moebius. Et un Dieu si puissant que celui du progrès se contente de prêtres médiocres.


                        • Bernard Conte Bernard Conte 25 juillet 2007 09:44

                          Petite précision : l’article stipule : « Récemment, Joseph Stiglitz a montré comment une asymétrie d’information »...

                          La théorie de l’asymétrie de l’information date des années 1970. Elle a été formulée par Akerlof, Stiglitz et Spence qui ont obtenu conjointement le prix Nobel en 2001.

                          Les articles de base sont notamment :

                          Akerlof, 1970, “The Market for Lemons : Quality Uncertainty and the Market Mechanism“

                          Spence, 1973 “Job Market Signaling”

                          Stiglitz, 1974, “Incentives and Risk Sharing in Sharecropping”.

                          Le caractère « récent » de cette théorie mérite d’être relativisé.

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