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De la confusion intellectuelle entretenue par les médias au sujet de l’information

Un article qui réfute l’absurde distinction entre « information » et « communication », a suscité sur Agoravox, mercredi 7 octobre 2009, des commentaires intéressants (1). Certains permettent de mesurer la confusion intellectuelle qu’entretient dans les esprits « la théorie promotionnelle de l’information » martelée sans cesse par les médias et enseignée par l’École. Il est vrai qu’analyser l’information n’est pas chose aisée, puisque c’est s’aventurer dans un univers d’illusions et de leurres.

 Les exemples choisis par un lecteur, Océan, (2) pour justifier à ses yeux la différence entre « informer » et « communiquer » montrent ainsi qu’il commet à son insu trois erreurs.

  Première erreur : une confusion entre deux notions

 La première est de mélanger deux notions : 1- la représentation plus ou moins fidèle de la réalité et 2- la loi de l’influence qu’exerce toute information dans une communication, qu’elle soit donnée, dissimulée ou extorquée. On n’échappe pas plus à cette loi d’influence dans « la relation d’information » qu’on ne se soustrait à la loi de la pesanteur sur terre. Pis même ! Si, dans l’espace, comme le capitaine Haddock sur la vignette ci-contre, on peut flotter en apesanteur, il n’y est pas possible de s’affranchir de la loi d’influence : un interlocuteur ne pourrait comme la boule de whisky rester indifférent au capitaine ! Mais les médias prétendent avec aplomb le contraire.

Océan a cité, en exemples, quatre variantes de la remarque qu’un chef du personnel peut adresser à un employé qui arrive en retard à son travail : 1- « Vous arrivez à 10 h. » ; 2- « Vous arrivez en retard. » ; 3- « Vous arrivez tard. » ; 4- « Vous avez vu l’heure ?  » ; on pourrait en ajouter une 5ème : « C’est à cette heure-là que vous arrivez ?  ». Et Océan d’expliquer que c’est « la factualisation, comme repère d’incontestabilité » qui différencie l’information de la communication : « En factualisant de moins en moins, conclut-il, on passe progressivement de l’info à la com. ». Donc la version n°1 est de « l’information » et les autres, de « la communication ». L’analyse paraît rigoureuse, simple et séduisante : « l’information » serait donc identifiée à la représentation la plus fidèle de la réalité et « la communication », à la représentation qui s’en éloigne.

L’erreur commise pourtant par Océan est précisément dans ces identifications arbitraires et abusives qui lui font oublier le seul critère que les journalistes brandissent pour distinguer l’acte d’informer et celui de communiquer et qui est  l’absence de projet ou d’effet d’influence. La question n’est pas de savoir si la représentation de la réalité est plus fidèle dans un cas que dans l’autre, mais s’il y a ou non influence sur l’interlocuteur quand on informe. Et la réponse est oui : dans les deux cas, une influence est exercée avec plus ou moins d’efficacité, ce que journalistes et même publicitaires cherchent à nier et à masquer en jouant sur les mots pour tenter de gagner la confiance de leurs récepteurs.

Océan offre, du reste, à son corps défendant un exemple qui le montre. La version n° 1, « Vous arrivez à 10 h », a beau être une remarque qu’il appelle curieusement « factuelle » (c’est le langage de la théorie promotionnelle des médias !) par sa référence chronométrique vérifiable que l’employé fautif ne peut contester : cette seule mention par le chef du personnel vise à influencer l’employé qui doit comprendre que son retard n’est pas passé inaperçu, qu’il risque d’avoir des conséquences, etc. Mais il est à noter aussi que si le chef du personnel ne dit rien en pareil cas, son silence est aussi une information qui influence : l’employé peut en déduire que son retard est admis, qu’il peut donc continuer à ne pas être ponctuel ! À s’en tenir aux catégories d’ Océan, où classer le silence du chef du personnel ? C’est de "l’information" ou de "la communication" ? Les deux, évidemment, comme toutes les variantes !

C’est cette dénégation d’influence qu’affichent les journalistes pour tenter vainement de protéger les mots « informer » et « information » de toute pollution d’opinion susceptible d’influencer : les mots « factuel » et « informatif » qu’ils ont inventés pour qualifier un énoncé, signifient qu’il n’aurait aucune visée d’influence ! Or, c’est faux parce que c’est impossible ! Prétendre n’exercer aucune influence est encore une manière d’influencer !

Deuxième erreur : la mise hors-contexte de « la relation d’information »

Les autres exemples d’ Océan le confirment : « On peut dire, écrit-il, qu’avec « ça coûte 10 € » j’informe et qu’avec « ça coûte pas cher » je communique. La communication est alors « une information orientée », comme dans « il fait froid » (vs « il fait 3°C »), ou dans « ils sont très nombreux ». « 2 millions de votationeurs », c’est de l’info, « mobilisation énorme », c’est de la com. » Non ! Car toute information est orientée ! Dire que « ça coûte 10 euros » influence autant que de dire « ça coûte cher », même si c’est de façon différente.

La deuxième erreur, en effet, que commettent les partisans de la distinction entre « informer » et « communiquer », c’est la mise hors-contexte de leurs exemples qui les empêchent d’en comprendre les significations possibles. Dire à quelqu’un que « Ça coûte dix euros » peut signifier que ce n’est pas cher ou que c’est cher, selon le contexte : l’intonation est alors un des indices qui orientent la compréhension ; de même, dire « Il fait 3°C » peut signifier tout aussi bien, selon le contexte, qu’il ne fait pas si froid que ça, ou au contraire qu’il fait glacial ! Il en est de même de l’appréciation d’une votation.

Mieux, dans le contexte d’échange où l’on se trouve ici, en présentant ces exemples prétendument « neutres », « factuels », que fait Océan ? Il cherche à apporter des illustrations convaincantes à ses yeux pour fonder la distinction entre « informer » et « communiquer » : il cherche à influencer son interlocuteur, et ce, fort légitimement, comme on le fait soi-même en réfutant ses arguments.

 Troisième erreur : l’assimilation abusive de l’information à « la vérité »

 La troisième erreur commise est, enfin, on l’a vu venir, dans l’assimilation abusive – ce qui s’appelle un amalgame - de « l’information » à « la vérité » et de « la communication » au « mensonge ». «  Communiquer peut être tromper, écrit carrément Océan, le mensonge relève de la communication, pas de l’information ». C’est le dogme que ne cesse d’asséner « la théorie promotionnelle de l’information répandue par les médias ». Elle use astucieusement, à cette fin, de couples de mots antonymes d’où il ressort implicitement que le mot « information » est synonyme de « vérité » : « fait » et « commentaire », « journal d’information » et « journal d’opinion », « information » et « désinformation » (3), «  information » et « communication » ! C’est commode, pratique et permet de gagner un crédit à peu de frais auprès de gens ignorants ! Les médias promettent d’être des sources de vérité comme les eaux minérales, des sources d’eau pure.

L’ennui, c’est que les mots de « mensonge » et de « vérité » sont des termes moraux à proscrire de l’analyse de l’information, car ils désorientent. Une maxime prêtée à Churchill en offre un exemple : « En temps de guerre, aurait-il dit, la vérité est si précieuse qu’elle devrait toujours être protégée par un rempart de mensonges ». On voit bien que le mot « mensonge », si négatif sur le plan moral, reçoit ici une charge positive puisqu’il permet de sauver la vie d’un pays et de ses habitants, qui est tout de même le bien suprême.

Or, cette stratégie n’est pas réservée aux pays en guerre. Chacun la pratique quotidiennement, puisque nul être sain ne livre volontairement une information susceptible de lui nuire  ! Il n’est donc pas une seule information qui échappe, en principe, au filtre des motivations d’un émetteur : soucieux de ne pas s’exposer aux coups d’autrui, celui-ci livre une représentation de la réalité plus ou moins fidèle qui influence, conformément à ses intérêts.

 

 Un autre lecteur, Daniel Roux, est lui aussi partisan de la distinction entre « information » et « communication » (2) sous prétexte que « les mots servent à distinguer un objet d’un autre, un concept d’un autre. Une chaise est-elle la même chose qu’un fauteuil ? demande-t-il. On s’assoit. Il y a un dossier et 4 pieds. Tiens, l’un est dépourvu d’accoudoirs. Ce n’est donc pas tout à fait la même chose.  » Même si elle est fort approximative, on le remercie de la comparaison qui réfute moins qu’elle n’illustre l’absurdité de cette distinction entre « informer » et « communiquer ». Une chaise et un fauteuil ont en commun d’être avant tout des sièges : leurs formes ou leur confort ne changent rien à leur nature de siège. De même, l’acte d’informer et celui de communiquer (au sens publicitaire ou non) exercent l’un et l’autre une influence. Qu’importe la manière ! Elle ne permet pas de distinguer entre eux une différence de nature. En pareil cas, le précepte de Guillaume d’Occam (13ème/14ème siècle) est toujours d’actualité : «  Il ne faut pas multiplier les catégories sans nécessité », sinon on introduit la confusion dans les esprits, ce que cherchent évidemment à faire journalistes et publicitaires avec « la théorie promotionnelle de l’information » qu’ils ne cessent pas de diffuser. Paul Villach 

 

(1) Paul Villach, « Le titre d’un livre de D. Wolton - « Informer n’est pas communiquer » - cruellement contredit par sa couverture », AGORAVOX, 8 octobre 2009.

 (2) Océan

« En entreprise, en matière d’évaluation des personnels, on pratique couramment, entre information et communication, une distinction fondée sur la factualisation, regardée comme critère d’incontestabilité.

La contestabilité n’est pas une notion binaire : on ne peut pas dire que quelque chose est contestable ou pas, en réalité les choses sont plus ou moins contestables (sinon les avocats mettraient la clé sous le paillasson). Il existe un gradient de contestabilité.

La factualisation peut donc être considérée - et c’est le cas dans l’éval des personnels - comme un repère d’incontestabilité : plus on est factuel, moins on est contestable.

« vous arrivez à 10 h. » c’est un fait qui ne peut pas se discuter facilement ; « vous arrivez en retard » ouvre déjà la voie à interprétation, « vous arrivez tard » est une opinion personnelle, et « vous avez vu l’heure ? » est une engueulade qui relève de l’affect. En factualisant de moins en moins, on passe progressivement de l’info à la com.

Pour clarifier le vocabulaire, toujours dans le contexte que j’évoque, on peut dire qu’avec « ça coûte 10 € » j’informe, et qu’avec « ça coûte pas cher » je communique. La communication est alors « une information orientée », comme dans « il fait froid » (vs « il fait 3°C »), ou dans « ils sont très nombreux ». « 2 millions de votationeurs », c’est de l’info, « mobilisation énorme », c’est de la com.

Que l’information et la communication soient toutes deux, comme vous le dites justement, un lien entre deux personnes, me semble de nature à permettre l’introduction du qualitatif, comme valeur ajoutée aux données qu’on échange : le QG opérationnel informe le ministère de la mort du soldat untel, mais le ministère ne transmettra pas telle quelle l’information à la famille : info dans un cas, com dans l’autre, et heureusement. Communiquer peut être tromper - le mensonge relève de la communication, pas de l’information - mais communiquer peut aussi humaniser.

Ce qui brouille les pistes, en fait, c’est que si l’information n’est pas en soi un objet politique (elle est neutre), le politique est si avide qu’il s’en empare immédiatement, toujours, de toutes les façons possibles, à toutes fins utiles, et à tout prix. »

  (3) Daniel Roux

« A quoi servent les mots ? Ne serait ce pas à distinguer, par exemple, un objet d’un autre, un concept d’un autre ?

Une chaise est elle la même chose qu’un fauteuil ? On s’assoit. Il y a un dossier et 4 pieds. Tiens, l’un est dépourvu d’accoudoirs. Ce n’est donc pas tout à fait la même chose.

 Une pub d’un marque automobile, avec une jolie fille savamment alanguie sur le capot, et une voiture rouge. Image destinée aux mâles pour agiter leurs hormones et provoquer un violent désir. Désir de quoi, de la voiture ou de la femme ? Une communication qui s’adresse plus au cerveau reptilien qu’à l’aire frontale mais qui peut provoquer un réflexion sur un achat éventuel.

Une information lue sur Agoravox, « L’Etat pompe l’argent de la Sécu ». Preuves et arguments à l’appui. Un peu ennuyeux comme article mais n’est ce pas important de savoir que derrière le trou, il y a un fossoyeur ? L’article s’adresse clairement à la conscience citoyenne mais provoquera peut-être un sentiment de colère chez certains et de fatalisme chez d’autres.

Au fond, on peut ergotter sans fin sur l’infime différence de sens entre les 2 mots, mais non vraiment, malgré le talent de Paul Villach, le concepts « communiquer » est différent du concept « informer ». »

 (4) Paul Villach, «  La désinformation, un leurre des médias traditionnels », AGORAVOX,

27 mars 2007

 


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29 réactions à cet article    


  • Daniel Roux Daniel Roux 9 octobre 2009 11:53

    C’est la première fois que je lis un retour sur commentaires. L’exercice est intéressant et à l’avantage de remettre le couvert pour ceux qui ont encore faim.

    Contrairement à un article qui demande un travail d’analyse et de synthèse, en plus d’avoir quelque chose à exprimer, un commentaire, en ce qui me concerne, se fait d’un jet, à l’instinct. Je lis l’article qui suscite ou non un écho d’intérêt, puis après une (trop) courte réflexion. Je jette en quelque sorte mes a-priori sur le tapis.

    Après y avoir un peu réfléchis donc, je propose de se restreindre au sens premier du terme « communiquer » : échange de signaux transmettant une information. Le sens commun de ce mot est variable selon le contexte et sujet à trop d’interprétations.

    Au sens premier, la communication s’effectue par les sens. Un émetteur envoie des odeurs, des sons, des vibrations, des lumières, des attitudes, etc.. Un récepteur les reçoit par les récepteurs adéquats. L’interprétation puis le classement effectués par le cerveau transforment les signaux en information(s). L’information pourra être différente selon l’interprétation qui sera faite des signaux.

    D’où l’efficacité redoutable de la publicité et de la propagande qui envoient des signaux destinés en priorité au cerveau reptilien et qui n’accèdent à l’analyse de la conscience que par un effort intellectuel volontaire que nous ne prenons pas toujours le temps d’effectuer.

    Prenons par exemple le signal visuel envoyé par le sourire d’un inconnu. La communication s’effectue entre l’émetteur et le récepteur. L’image du sourire est transmise et reçue par un tiers.

    L’information envoyée est « Bonjour, content de vous voir ». L’information reçue peut varier de « Je sus content de vous voir » à « j’aimerais que nous fassions plus ample connaissance, grand fou ». ou autre chose selon l’humeur, le sexe, la disponibilité, l’âge, l’expérience etc..

    Par contre si vous prenez la peine de lire le Monde Diplomatique, vous savez que l’exercice n’est pas simplement de lire des mots, de recevoir des signaux, mais que vous devrez faire l’effort d’analyse si vous voulez comprendre l’information que l’auteur veut transmettre avant d’éventuellement la critiquer.


    • Jiache 9 octobre 2009 14:29

      @ chantecler

      +1
      Entièrement d’accord avec vous. J’avais, il y a quelque temps essayé d’aborder ce sujet :

      http://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/du-vocabulaire-des-medias-de-la-48459


    • Paul Villach Paul Villach 9 octobre 2009 14:32

      @ Daniel Roux

      Quand les commentaires méritent approfondissement, pourquoi ne pas se fendre d’un nouvel article ?

      Il ressort qu’il ne faut pas multiplier les catégories sans nécessité. En revanche on comprend pourquoi journalistes et publicitaires ont intérêt à les multiplier.
      Il est singulier que la plupart des gens soient incapables de donner une définition de l’information. Même le dictionnaire Robert en livre une définition erronée !

      Quant à l’exemple du Monde Diplomatique que vous prenez, rassurez-vous, son information n’échappe pas aux leurres de l’univers médiatique : des mots, des scènes, par exemple, qu’on peut appeler leurres d’appel humanitaire visent parfois à déclencher les réflexes appropriés, comme la compassion et l’assistance à personne à personne en danger, ou encore le classisme, l’ouvriérisme, etc. Paul Villach


    • clostra 9 octobre 2009 19:37

      @Chantecler « qui n’a pas encore renseigné sa description »

      Le cerveau reptilien est une réalité qui - malheureusement - explique comment l’homme a si peu changé depuis ses origines. On pourrait même dire qu’il exploite de mieux en mieux ce cerveau archaïque qui ne demande aucun mode d’emploi.

      Sans trop vouloir partager le mode désabusé de notre cher regretté Henri Laborit (ni gaucho, ni bobo, ni révolutionnaire si ce n’est par l’introduction scientifique des anesthésiants), notamment dans la nouvelle grille, force est de répéter qu’il est facile de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.


    • ZEN ZEN 9 octobre 2009 12:19

      @ Chantecler
      Tu oublies les meilleures : « décérébré », « branleur », etc...
      Devine l’auteur...


      • rocla (haddock) rocla (haddock) 9 octobre 2009 12:52

        Ne vous commettez point , sosie .


        • Moristovari Moristovari 9 octobre 2009 13:24

          Ce qui est rare est précieux, dit-on, et cet article le confirme.

          Un vieux mensonge, issu d’Aristote, est la possibilité de l’objectif. Ocean semble dire qu’informer est objectif et communiquer subjectif. En ce cas, information est un mot qui ne signifie rien de concret. Tout est subjectif, même les mathématiques, et c’est pourquoi la dernière grande dialectique - celle d’Hegel - est basé sur la contradiction, et cette dialectique fait partie d’un système ou le vrai et le faux n’a pas sa place. Le vrai et le faux, le bien et le mal, toutes ces croyances plus ou moins innées sont des absurdités car ces concepts n’ont aucun ancrage dans le réel - sauf celui qu’on leur donne.

          Tout est relatif et interprétation. Notre personnalité n’est que la somme de nos influences - sans influence, enfant sauvage. La liberté passe donc par la maîtrise, la possibilité de connaître et filtrer ces influences. Mais aucune éducation n’est faite dans cette voie. Sciemment, diront certains. Système éducatif encore immature, dirais-je.

          En attendant, pour s’affranchir, il ne reste que le hasard ou les conseils - j’encourage ainsi la découvert des Les limites de l’interprétation, Umberto Eco.


          • ZEN ZEN 9 octobre 2009 14:50

            Très intéressant , Paul, merci
            On devrait vous nommer directeur d’une école de journalisme, pour y aider à promouvoir des distinctions qui n’y sont pas à l’honneur et qui dérangent , si tant est qu’elles puissent être conscientes dans ce monde clos de la « communication » faussement neutre
            Le mal gagne. Dans les classes technologiques de lycées , l’enseignement du français est devenu « communication »...Où est passé l’esprit critique , l’analyse de la langue et de ses catégories ?


            • Paul Villach Paul Villach 9 octobre 2009 15:27

              @ Zen

              Merci de votre hommage ! Le Lieutenant Colonel Beau disait la même chose, mercredi, en commentaire de mon article sur la couverture du livre de Wolton qui a déclenché cette réflexion. Je suis touché !

              Je suis bien sûr tout disposé à répondre à toute sollicitation, ayant déjà enseigné l’information dans le Supérieur.

              Les éditions Golias publient dans quelques jours un ouvrage où j’ai rassemblé et classé des articles parus sur AGORAVOX autour du thème des « leurres ». Son titre ? « L’heure des infos, l’information et ses leurres ». AGORAVOX en parlera peut-être, parce que sans AGORAVOX, cette réflexion n’aurait pu être diffusée.

              Mais je crains que les Écoles de journalisme ne soient pas les plus disposées à entendre cette analyse. Elle les aiderait pourtant à former des journalistes qui cesseraient de réciter un catéchisme erroné qui leur fait perdre tout crédit.

              La réflexion sur l’information a progressé, on semble l’oublier en France. L’École de Palo Alto, avec Paul Watzlawick a, par exemple, beaucoup insisté sur cette impossibilité de ne pas influencer, de même qu’il est impossible d’adopter « un non-comportement » : cela a des conséquences qu’il faut savoir tirer !

              Le problème est que dans les universités se trouvent des personnes qui ont été formées à une théorie promotionnelle de l’information...Et elles se cooptent en réseau idéologique. Il faudra attendre qu’elle disparaissent, j’ai bien peur. Je risque de le faire avant elles !!! Paul Villach


              • JL JL 9 octobre 2009 15:59

                On a dit : aucun être sain d’esprit ne livrerait une information qui lui serait préjudiciable.

                Mais il y a deux subjectivités en jeu, et ce qui est bon pour l’émetteur ne l’est pas forcément pour le récepteur.

                Je crois qu’on peut dire simplement : une info c’est un message utile au récepteur ; une communication c’est un message utile à l’émetteur.

                Oscar Wilde disait : «  Quant au journalisme moderne, ce n’est pas à moi de le défendre. Il justifie son existence par le grand principe darwinien : c’est le plus vulgaire qui survit. »

                Et Boris Vian : « Tout sauf la vérité, il n’y a que ça qui ne se vend pas »


                • JL JL 9 octobre 2009 16:04

                  J’ajoute que, si le récepteur apprend à décoder le message, celui-ci peut devenir informatif. C’est ce que je disais en évoquant les soviétiques qui, en renversant le sens articles de la Pravda y trouvaient une information.


                • Paul Villach Paul Villach 9 octobre 2009 16:57

                  @

                  "Je crois, dites-vous, qu’on peut dire simplement : une info c’est un message utile au récepteur ; une communication c’est un message utile à l’émetteur.« 

                  Pourquoi multiplier les catégories sans nécessité ?
                  Une information peut être donnée, dissimulée ou extorquée.
                  - l’information donnée n’est pas fiable puisqu’elle passe au filtre des motivations de l’émetteur ;
                  - l’information extorquée (obtenue à l’insu et/ou contre le gré de l’émetteur) est plus fiable, parce qu’elle échappe au filtre des motivations de l’émetteur, mais non à celui du récepteur.

                  On atteint dans l’un et l’autre cas une représentation plus ou moins fidèle de la réalité. Mais ce n’est jamais la réalité : ce n’en est qu’ »une carte" plus ou moins fidèle.
                  Il faut accepter ces limites dues à la perception du monde par médias interposés ( cinq sens, cadre de référence, apparence physique, postures, mots, images, silences). Paul Villach


                • Paul Villach Paul Villach 9 octobre 2009 17:08

                  @ JL

                  Il faut se garder d’employer l’adjectif « informatif ». Vous savez qu’il qualifie un discours qui n’a aucune visée d’influence !!! C’est une sacrée invention et une belle supercherie enseignée dans toutes les écoles !!!

                  En revanche, les services secrets pratiquent l’enquête critique méthodique, le chantage, la torture, etc., pour accéder à une information définie comme la représentation la plus fidèle possible de la réalité.


                • JL JL 9 octobre 2009 17:13

                  @ Paul Villach,

                  A vous lire et si je comprends bien, il me vient à l’idée que la com est à l’info ce que la coupole est au dôme.

                  Plus précisément, tout ce qu’on reçoit serait une info, et qui dépend de notre grille de lecture, et tout ce qu’on émet serait de la com.

                  Et la différence entre info et com ne serait pas là où on l’attend. De ce point de vue, vous avez raison, il n’y aurait pas de différence entre info et com sinon que l’une est le nom de l’autre en creux, et réciproquement.


                • Paul Villach Paul Villach 9 octobre 2009 18:52

                  @ JL

                  Il faut simplement se souvenir que le mot communication a été perverti par les publicitaires pour avancer masqués dans leur stratégie de promotion.

                  Mieux vaut donc le laisser de côté. Je préfère parler de « relation d’information », expression qui présente l’avantage de signifier à la fois « contact » et « énoncé ».

                  Le mot information est amplement suffisant pour comprendre « la relation » entre émetteur et récepteur.

                  En fait, la publicité n’est pas autre chose qu’une « information donnée », c’est-à-dire livrée volontairement par un émetteur, comme celle que chacun transmet à son entourage chaque jour. La seule différence est qu’elle est plus élaborée : on y trouve un art plus consommé dans l’usage des leurres ! C’est tout !

                  Le texte informatif ou factuel est le masque employé, de leur côté, par les journalistes pour avancer eux aussi masqués et tenter de faire croire qu’ils ne cherchent pas à influencer leurs récepteurs. Paul Villach


                • JL JL 10 octobre 2009 18:34

                  Paul Villach, une théorie se renforce quand elle se frotte et résiste à l’épreuve des faits.

                  Que faut-il penser de ces jeux de devinettes qu’on appelle : « info, intox » ?

                  De la même manière que com = info, doit-on dire selon votre théorie que info et intox c’est pareil ?

                  Je pense qu’il faut recadrer cette question : info donnée et intox est-ce pareil ?

                  Je n’ai pas d’a priori sur la réponse et suis curieux de connaître votre point de vue.


                • Paul Villach Paul Villach 10 octobre 2009 20:04

                  @ JL

                  Paul Villach, une théorie se renforce quand elle se frotte et résiste à l’épreuve des faits.
                  Que faut-il penser de ces jeux de devinettes qu’on appelle : « info, intox » ?
                  De la même manière que com = info, doit-on dire selon votre théorie que info et intox c’est pareil ?
                  Je pense qu’il faut recadrer cette question : info donnée et intox est-ce pareil ?
                  Je n’ai pas d’a priori sur la réponse et suis curieux de connaître votre point de vue.

                  Merci de m’offrir l’occasion de répondre à votre question qui mériterait que je lui consacre un article.

                  À l’évidence ce que les services de renseignements appellent « une intox » (ou opération d’influence) est « une information donnée » livrée pour jeter l’adversaire sur une fausse piste . 

                  Mais pour cela il faut user d’un leurre approprié pour faire croire qu’une information donnée - non fiable - est une information extorquée  - donc plus fiable : c’est le leurre de l’information donnée déguisée en information extorquée  ; on le retrouve dans « la fuite organisée ».

                  Je vous donne deux exemples d’information donnée déguisée en information extorquée employée dans une opération d’influence, ou d’ « intoxication ».

                  1- Le premier est l’affaire Dreyfus sur laquelle subsiste bien des zones d’ombre. Je penche quant à moi, pour l’hypothèse de Jean Doise qui a sorti en 1994 un livre sur le sujet « Un secret bien gardé » (Le Seuil).
                  L’erreur judiciaire qu’officiellement on retient de cette affaire, ne serait qu’un élément d’une opération d’infuence (ou d’ « intoxication ») envers l’Allemagne : il se serait agi de cacher aux Allemands les progrès de l’armée française sur le canon de 75 dont elle a appris à maîtriser le recul pour tirer sans se dépointer. Il fallait donc jeter les Allemands sur une fausse piste en faisant croire que les Français travaillaient sur le canon de 120, beaucoup plus difficile à maîtriser.
                  Ce sont des notes sur ce canon de 120 qu’on retrouve sur le bordereau qui sert à accuser Dreyfus. Il fallait rendre l’information fiable : un procès et une condamnation à la mesure de l’importance des informations fournies, le bagne ! Il fallait aussi s’en prendre à un innocent pour persuader les Allemands que le canal de transmission des informations (Esterhazy) restait ignoré des Français. Le leurre employé est bien ici le leurre de l’information donnée déguisée en information extorquée. Cela a marché ! En 1914, l’artillerie française comptait 82 % de canons de 75 et 0,6 % de canon de 120.

                  2- Le second exemple est ’l’opération Mincemeat«  en avril 1943 ( Ewen Montagu, »L’Homme qui n’existait pas« , Ditis, 1963) - relatée par Paul Watzlawick dans »La réalité de la réalité« , Le Seuil, 1978) montée par les Alliés (les Anglais) pour détourner les Nazis des plages de Sicile qui, vues d’Afrique du Nord, apparaissaient comme les plus indiquées pour un proche débarquement.
                  Le cadavre d’un major tenant à son poignet une serviette de documents précieux a été retrouvé par les Espagnols sur une plage de Huelva, le 30 avril 1943. Ceux-ci se sont empressés d’en informer leurs amis Nazis. Les documents de ce courrier qui avait sombré en mer, étaient destinés au commandement Allié en Afrique du Nord. Ils précisaient qu’on allait faire croire aux Nazis que les Alliés débarqueraient en Sicile, alors qu’ils allaient le faire simultanément en Sardaigne et en Grèce.

                  Après avoir pris connaissance des documents en veillant à ne pas abîmer les sceaux, les Espagnols les ont rendu aux Anglais. Car, s’ils ne l’avaient pas été, il ne servait à rien de tenir compte des informations obtenues : les Alliés auraient changé de stratégie...

                  Seulement voilà, le major échoué sur la plage était un cadavre habillé en militaire, avec en poche des papiers personnels, destiné à livrer ces informations erronées dans le cadre d’ une opération d’influence (d’intoxication) montée contre les Nazis. »En temps de guerre, disait Churchill, etc. cf. mon article)

                  On reconnaît toujours le même leurre : le leurre de l’information donnée déguisée en information extorquée. Un cadavre de major sur une plage est l’effet manifeste d’un accident en mer : donc les informations qu’il détient dans sa serviette sont des informations extorquées car tombées du ciel à l’insu et contre le gré des Alliés, donc fiables à 100%, sauf... quand ce cadavre n’est qu’un leurre.

                  Ai-je répondu à votre attente ? Paul Villach


                • JL JL 10 octobre 2009 22:40

                  @ Paul Villach, merci de ces longues informations qui me donnent à méditer. Bonsoir.


                • Akwa Akwa 9 octobre 2009 16:13

                  Article intéressant.

                  Toutefois, il me semble qu’il y a une erreur de la part de toute le monde dès le début :
                  on ne peut pas comparer, ni opposer, information et communication !
                  Par définition, la communication consiste à transmettre l’information.

                  C’est comme l’eau et le tuyau. L’eau n’est pas plus vrai que le tuyau, l’eau n’est pas le tuyau : l’eau passe par le tuyau.

                  Autre exemple : On fait passer un numéro à travers un tuyau. L’expéditeur va dire : je transmet le numéro 10. Le récepteur va dire : je vous informe qu’on a reçu le numéro 10.

                  Communiquer, tout seul, ne veut rien dire : on communique une information.

                  Enfin, un journal fait de l’information et de la communication : il communique (c’est à dire qu’il transmet à ses lecteurs) une information (qu’il aura acquise via des reporters, où qu’il aura créée de toute pièce).


                  • Paul Villach Paul Villach 9 octobre 2009 17:04

                    @ Akwa

                    Je crois que vous faites vous-même erreur.

                    Le tuyau, pour reprendre votre image, c’est le médium qui transmet ou reçoit l’information : les cinq sens, le cadre de référence, les postures, l’apparence physique, les mots, les images, les silences, à quoi s’ajoutent les médias de masse...
                    Chacun laisse son empreinte sur l’information transmise.

                    Vous savez bien que les publicitaires ont perverti le sens du mot « communication » qui signifie tout bonnement une relation, un contact qui se matérialise par un échange d’informations.


                  • clostra 9 octobre 2009 19:46

                    Alors disons qu’il y a plusieurs définitions de la communication et qu’on pourrait y ajouter une mention pour préciser. Par exemple : « communiquer vrai » : placer la émotion vraie (disons la vraie émotion) sur une information vraie (parce que « vraie information* » n’a pas le même sens).

                    * lire « un scoop »


                    • Paul Villach Paul Villach 9 octobre 2009 20:04

                      @ Closra

                      Le mot « vrai », je l’ai souligné, parasite moralement l’analyse ! Il faut l’éviter.
                      Le mot « communication », lui, est parasité par les publicitaires. C’est devenu un leurre à éviter ! Paul Villach


                    • clostra 9 octobre 2009 20:20

                      « vrai » ne signifie pas que ce soit de l’ordre de la vérité ou du mensonge. « Vrai » est partial. à la réflexion d’ailleurs : information vraie (ne signifie pas que l’information soit crédible) s’approche de la vérité, émotion vraie ne signifie pas que l’émotion soit la même pour tous, avec une petite réflexion sur le « détecteur de mensonge* » quoique la vérité puisse être à l’origine d’une émotion très violente.

                      *AED Activité Electro Dermale


                    • moebius 9 octobre 2009 21:53

                       Dites nous plutot cher analyste qu’est qui serait vraiment d’une efficacité redoutable au niveau de la communication.... (évident que l’information c’est pas de la com, évident ça)parce que c’est y bien beau d’analyser mais si la finalité de l’analyse c’est l’analyse pour l’analyse, l’analyse se referme sur elle méme et se nourrit d’elle méme. Analyste donc et de nous qui sommes là a vous lire........... n’avons nous pas d’autres ressources que de participer avec vous ou contre vous aux internationaux du meilleurs analyste...
                       Performance atlétique certes qui en soit doit bien valoir sur le strict plan des performances dénuées de toute finalité pratique, le concours du plus gros mangeur de boudin


                      • Paul Villach Paul Villach 10 octobre 2009 14:07

                        @ Moebius

                        Votre réponse vous honore !
                        Je comprends que vous supportiez mal l’aporie ! C’est dur d’être à court d’argument ! Mais était-ce nécessaire de sombrer comme vous le faites dans le trivial ? Paul Villach


                      • moebius 9 octobre 2009 21:54

                         J’en mange trois métres cinquante


                        • verbre verbre 9 octobre 2009 22:20

                          Une suggestion : Le verre d’eau, de Francis Ponge


                          • Brutus 9 octobre 2009 23:51

                            L auteur se sert de l apesanteur pour enlever le whisky du Captain.
                            C est honteux.
                            Je préviens mes avocats Ecossais, Scoth and Wiskhy.


                            • Chang Captain Dan 10 octobre 2009 12:41

                              Passionnant ! je ne peux qu’inviter les participants à ce débat à etudier le modèle dit de « Laswell », qui montre que les « filtres » entre « emetteur » et « recepteur » sont très complexes et vastes. Ils ne concenent pas seulement la linguistique, le codage, ou bien encore le contexte psychololique, mais aussi , les parasites, les différences de culture au sens sociologique et anthropologiques, sans oublier surtout les supports... ha ! ce cher Mac Luhan...« The medium is the massage » (et le message)

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