Le choc est sévère mais sans doute salutaire entre les médias d’information et les blogs. En tout cas, cette révolution appelle les journalistes à se recentrer sur l’information.
Ce
n’est peut-être pas une révolte, mais pour le moins une révolution... Je
parle des blogs, de la blogosphère, comme on parlerait d’une planète.
C’est ça, oui, une planète nouvelle surgie brusquement dans la galaxie
Gutenberg, elle-même jadis élargie à la médiasphère. Un univers en
chamboulement, des mondes qui tournent plus ou moins rond, ou parfois
en rond, pour certains.
Le Monde
du 4 janvier publie une enquête d’Olivier Zilbertin sur le phénomène
des blogs. On y apprend ainsi qu’il y aurait dans le monde, aujourd’hui,
selon les sources, entre 50 et 70 millions de blogs. Le journal précise
: « Avec ses 3 millions de
participants, la France occupait [en juin 2005] largement la tête du
classement, devant la Grande-Bretagne (900 000 blogs) et la Russie (800
000). Un peu plus de six mois plus tard, il y aurait en France 6 à 7 millions de blogs « actifs »
Tout cela alors que la production d’information demeure une des rares qui ne soient pas externalisables - on n’imagine pas Le Parisien ou Le Télégramme de Brest
rédigé à Pékin. Alors que le journal papier demeure la vache à lait du
monde journalistique, c’est aux mamelles du journal - et de quelques
rares agences - que viennent téter les rédactions audio-visuelles et de
magazines ; c’est là qu’elles puisent leurs sujets, qu’elles les
pillent le plus souvent et - heureusement pour la presse - c’est à
partir de là qu’elles les maltraitent, laissant ainsi au journal,
encore pour un moment, le traitement de la « substantifique moelle ».
Le journal-journal s’en sort encore ainsi.
Il s’en sort généralement mal, mais il peut encore caresser quelque
espoir, précisément autour de la transformation de l’outil. Sans doute
va-t-il devoir abandonner le support papier, dont le choix et l’usage
éventuel reviendront au lecteur lui-même. Au journal la production de
l’information, exclusive de sa transformation matérielle ; à l’« usager
» le choix d’une impression à domicile sur le mode de son choix :
format, qualité de papier et d’impression, sélection d’articles, style
de mise en forme, etc. J’ai déjà exploré cette hypothèse, désormais
plausible, dans un long article toujours actuel donc : « Les journaux
sont foutus, vive les journalistes ! ».
Il ne s’en faut plus que de quelques années, pendant lesquelles la technologie aura épuisé ses possibles et montré ses limites. Ce n’est pas elle qui, en fin de compte, décide de tout ; elle n’est jamais que l’outil servile au pied duquel l’homme libre
ne devrait jamais se prosterner. L’information est une matière trop noble pour être abandonnée à la
piraterie la plus vile. L’information est, pareillement, un bien
universel, commun à toute l’humanité, et trop précieuse pour être
confiée à une caste de
médiacrates. La révolution «
bloguiste » aura ajouté dans les faits - puisqu’il résidait déjà dans
les principes, sans manger trop de pain - le droit fondamental des peuples à l’information, augmenté de celui, individuel, de cultiver son propre champ informatif ;
de s’assurer de la qualité non polluante (les OGM de l’info vulgaire et
mondialisée) des champs voisins, surtout s’ils pratiquent la culture
intensive ; et ainsi de mettre fin à quelques siècles de monopole journalistique, voire d’oligopole.
La révolution des blogs, c’est peut-être bien cette révolution de velours
qui, affirmant aussi le droit à l’expression publique, pose le droit à
la critique de l’information, le droit d’accès aux systèmes médiatiques
; c’est peut-être aussi, comme il a été dit, la naissance d’un
journalisme plus horizontal, d’un journalisme civique placé sous le
contrôle actif des citoyens.
Reste aux éditeurs à opter pour l’information, matière spécifique à haute valeur démocratique, ou pour la
marchandise vulgaire. Cela ne revient pas pour autant à opposer
profit et gratuité. L’information réelle a un coût réel. Quant à la
gratuité, elle n’est qu’apparente, bien entendu, puisque supportée par
le financement indirect du consommateur. Mais laissons pour aujourd’hui
la question de la publicité.
La crise des médias d’information pourrait donc bien constituer une
chance pour le monde médiatique et pour les journalistes : une réelle
exigence citoyenne pourrait être salutaire à la profession d’informer
qui, depuis trop longtemps, a perdu de vue ses fondamentaux.

| Don défiscalisé 10€ ou plus |
|
Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40. Obtenez votre badge pendant 6 mois. |
| Achat immédiat par SMS ou TEL |
|
Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login /mot de passe
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
Ence qui concerne le droit à la critique des journaux, allez voir l’article de (...)
05/01 09:44 - magaliBien sûr que ce que recouvre la révolution numérique ne concerne pas que l’information. (...)
04/01 21:56 - Gérard PonthieuIl n’est pas que l’information que cette "évolution d’éfleure" secoue... Vu (...)
04/01 20:35 - Charli