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Des brèches dans le mur de la désinformation

Internet a ouvert des brèches dans le mur du silence, de la désinformation et de l’indifférence. Perceptible dans divers domaines, ce fait l’est particulièrement à propos du monde espérantophone qui, depuis quelques années, étend le champ d’application de la Langue Internationale en dépit d’obstacles qu’elle est amenée à surmonter.

Le 26 juillet 2006 marquera le 119ème anniversaire de la parution du premier manuel d’espéranto publié d’abord en russe à Varsovie puis, quelques mois après, en polonais, allemand et français sous le titre Langue Internationale.

Le 29 juillet 2006, dans le pays vainqueur de la coupe du monde de football, à Florence, sous le patronage de Giorgio Napolitano, président de la république italienne, des ministres de la culture et des affaires étrangères, s’ouvrira un autre “Mondial“ moins médiatique mais riche de signification : le 91ème congrès universel d’espéranto. 2115 participants de 62 pays étaient inscrits à la date du 21 juillet. Les Japonais figurent parmi les groupes les plus nombreux avec 179. En 2007, le 92ème se tiendra en effet à Yokohama.

En 1998, lors du congrès universel de Montpellier, alors qu’elle était ministre de la Culture, Catherine Trautmann n’avait pas daigné donner suite à une invitation des organisateurs alors que c’est chose courante, et depuis longtemps, que des représentants de l’État du pays d’accueil et des hautes personnalités patronnent un tel événement. Parmi les diplomates, ambassadeurs et consuls étrangers, il arrive que certains s’expriment dans la langue du congrès. L’année dernière, à Vilnius, l’ambassadrice de Belgique en Lituanie, Mme Marie-Louise Vanherk, qui le parle couramment, avait invité les espérantistes belges à son ambassade. Lors de la clôture, elle avait formulé ses vœux aux congressistes et les avait encouragés à persévérer après avoir constaté un intérêt et une curiosité réels pour la langue dans les milieux diplomatiques qu’elle fréquente : “L’intérêt existe, des personnes sont prêtes à écouter ce que l’espéranto veut leur dire, et en apprendre le but“. Il arrive même que des ambassadeurs de pays anglophones, dont les États-Unis, aient l’audace de faire usage de cette langue. L’ancien ambassadeur d’Australie à l’Onu, Ralph L. Harry, dont la sonde spatiale Voyager II porte un message enregistré en anglais et en espéranto, l’a utilisé dans toutes les villes où il a été en poste (Genève, Bruxelles, Saïgon, New-York...). Il a reconnu que c’est l’espéranto, et non l’anglais, qui lui a procuré les échanges les plus authentiques et intéressants avec des gens du peuple. Il l’estimait par ailleurs adapté à l’usage diplomatique. Un essai autobiographique intitulé The Diplomat who Laughed, traduit de l’anglais par l’auteur, peut être téléchargé gratuitement sous le titre La diplomato kiu ridis (Le diplomate qui riait).

Au niveau gouvernemental, en France, malgré de belles paroles du président Chirac envers l’espéranto, depuis sa présidence du Conseil Général de la Corrèze jusqu’à la présidence de la République, on s’est toujours contenté d’ignorer superbement que des gens donnent beaucoup d’eux-mêmes pour favoriser et faciliter des relations constructives entre les peuples et saper ainsi les fondements de l’extrémisme, du fanatisme, de la xénophobie et du racisme.

Une comédie pas très divine

Ceci pour dire que La Divine Comédie, de Dante, a été traduite et publiée en espéranto dans un ouvrage luxueux... Dans un traité intitulé De l’éloquence en langue vulgaire, rédigé en 1303 et 1304, Dante avait exposé sa vision d’une synthèse des meilleurs éléments des dialectes italiens. Et il l’avait réalisée. C’est ce que fit Zamenhof quelques siècles plus tard sur une autre échelle. Dante essuya de vives critiques pour son audace. Il en fut de même pour Zamenhof. Dans Il convivio (Le Banquet), Dante avait écrit, à propos de la langue italienne que nous lui devons : “Et on la critique cependant par méconnaissance, par le doute qu’elle conviendrait pour la littérature, seulement par fierté personnelle parce que l’on connaît plusieurs langues étrangères." L’espéranto a subi et continue de subir de semblables critiques.

Des espérantistes, parmi lesquels Zamenhof, avaient été parmi les premiers à proposer, dès 1915, la création d’États-Unis d’Europe. Or, en parlant de la construction de l’Europe, de Gaulle, avait ironisé en 1962 sur l’espéranto à la façon de tous ceux qui n’en savent rien : par une boutade. En 1932, celui qui devint plus tard son vis-à-vis allemand, Konrad Adenauer, avait eu une attitude plus digne à l’égard de la Langue Internationale. Alors qu’il était maire de Cologne, le futur chancelier allemand avait invité le 25ème Congrès Universel d’Espéranto à se tenir l’année suivante dans sa ville. Il n’eut pas le loisir de le saluer en personne. Ceux qui allaient mener l’Allemagne vers les pages les plus sombres, les plus tragiques et les plus déshonorantes de son histoire étaient déjà installés. Son arrestation par les nazis jeta la communauté espérantophone allemande dans le désarroi. Fait assez significatif et assez évocateur de la situation : le congrès qui s’était tenu à Nuremberg en 1923 avait accueilli 4963 participants, celui de Cologne, en 1933, seulement 950.

Dépourvu de fondements, l’avis de personnages tels que de Gaulle a sans nul doute influencé les médias et les décideurs pour longtemps. Tant qu’il n’y avait pas Internet, rien ne s’opposait à ce que les citoyens, depuis l’école primaire jusqu’à la retraite, soient comme maintenus dans la Caverne de Platon , condamnés à ne rien voir d’autre qu’une image inversée, imprécise et floue, comme celle que voyaient les prisonniers de la caverne imaginée par le grand philosophe grec. Aujourd’hui, le français - langue de la république - recule en France devant l’anglais grâce à la collaboration de préfets qui donnent la priorité, la préférence et même l’exclusivité à l’anglais (par exemple l’obligation à des entrepreneurs locaux de fournir un devis en anglais pour un projet à Cadarache, donc en France !). Internet permet aux citoyens de voir l’image réelle au grand jour.

On nous cache tout, on nous dit rien

Air connu.

L’année dernière, l’Agence France Presse (AFP) n’avait pas vraiment brillé en se contentant de relater un fait certes peu banal et quelque peu amusant (voir un article précédent paru sur AgoraVox : L’événement le plus important de l’été en Lituanie), mais en occultant totalement un événement autrement plus significatif.

Mais le record de désinformation est sans nul doute détenu jusqu’à ce jour par le quotidien Le Monde, qui, en 1998, à l’occasion du congrès universel de Montpellier, avait publié un article d’une malveillance ahurissante. Bien des quotidiens avaient alors donné un compte-rendu irréprochable, depuis La Croix jusqu’à L’Humanité en passant par Le Figaro, Midi-Libre et bien d’autres. Jacques Molénat, dans La Croix, avait noté les raisons économiques, sociales, politiques et culturelles qui justifiaient la promotion d’une langue libre de tout lien avec quelque puissance que ce soit. Alors que Midi-Libre avait titré un article : "Espéranto : les vrais succès d’une utopie réalisée", le correspondant du Monde à Nîmes, qui avait "couvert" ce congrès, disait avoir vu des "adeptes de cette langue apatride" (sic) se rencontrer "pour le simple plaisir de bavarder". Là où le correspondant du Monde affirmait que les occasions de pratiquer la langue étaient "plutôt rares" (Internet existait pourtant déjà), il démontrait la superficialité de son travail face aux journalistes d’autres quotidiens qui, eux, avaient souligné qu’ "Internet pourrait bien donner une nouvelle jeunesse à l’espéranto" (La Croix). Et c’est bien ce qui s’est produit. Ce fait avait d’ailleurs déjà été signalé bien avant, le 17 juin 1996, sur le site de Libération sous le titre “Le web, terre d’asile pour l’espéranto“. Là où le correspondant du Monde avait conclu que "le mouvement, porté avant guerre par les cheminots, est en perte de vitesse et, malgré les efforts déployés, le public des congrès est chaque année un peu plus vieillissant", d’autres journalistes avaient tout simplement fait leur travail conformément à la Charte du Journalisme de juillet 1918 révisée en 1939 selon laquelle “Un journaliste digne de ce nom (...) tient la calomnie, les accusations sans preuves, l’altération des documents, la déformation des faits, le mensonge pour les plus graves fautes professionnelles (...)“.

Rien n’y manquait pour amener les lecteurs à croire que l’espéranto appartenait au passé et pour faire prendre ses usagers pour de doux illuminés, des demeurés, des “adeptes“ d’une chose insignifiante et sans intérêt, ceci avec le côté insidieux qu’évoque le mot “adeptes“ qui amène à penser à “secte“. Souiller une idée et une démarche sans avoir l’air d’y toucher a été et est encore une façon courante de donner de l’espéranto une image déformée. Mais n’a-t-on jamais vu des propos et procédés semblables destinés à humilier la femme, à la faire passer pour un être inférieur et à la maintenir dans cet état ? Ne peut-on en dire autant de langues et cultures peu répandues et peu connues ?

Il convient de signaler que ce congrès était placé sous le patronage de Marie-George Buffet, alors ministre de la Jeunesse et des Sports, qu’Albert Jacquart et Théodore Monod appartenaient au Comité d’Honneur, et que Kep Enderby, ancien procureur général et ministre australien de la justice, fut alors élu président de l’Association Universelle d’Espéranto. Il assuma cette présidence jusqu’en 2001. Ce n’est pas dans Le Monde, la référence journalistique (?), qu’il fallait espérer trouver ces quelques faits et bien d’autres. Suite aux nombreuses protestations venues du monde entier par Internet, Le Monde avait tout de même publié un article de pleine page sur l’espéranto pour rétablir les faits et réparer le préjudice.

Comme dans la Caverne de Platon, un autre monde semble inimaginable, même si ça n’exige pas un effort surhumain de se faire un avis par une vision directe des choses, à la lumière du jour, et non à partir d’une image imprécise, inversée, déformée. Nous constatons encore l’effet néfaste de la pseudo-information livrée par des colporteurs de préjugés qui déshonorent la profession de journaliste. Certains commentaires à mes précédents articles donnent une idée de la déformation à laquelle peut conduire une telle pseudo information. L’affaire TV5-Europe avec Costa Gavras et la dérive d’une émission de Laurent Ruquier à la suite d’une citation du cinéaste Jean-Pierre Mocky publiée dans le journal 20 minutes montrent où cela peut conduire. Le chanteur Jacques Dutronc n’avait que trop raison.

Le professeur Umberto Eco avait lui-même considéré l’espéranto avec condescendance jusqu’au jour où, pour des raisons scientifiques, pour la préparation d’un cours au Collège de France sur le thème de La recherche de la langue parfaite (qui a fait l’objet d’un ouvrage publié en 1994 au Seuil et aussi en traduction espéranto), il fut amené à reconsidérer son attitude : “(...) il pourrait s’avérer que demain, dans une Europe unie, chaque pays refusant que la langue véhiculaire soit celle de l’autre, on arrive à accepter l’idée d’une langue véhiculaire artificielle.“ (Le Figaro, 19 août 1993, p. 11). C’est aussi par le fait d’avoir assisté en observateur au congrès universel de Prague, en 1996, que le professeur Robert Phillipson, un ancien du British Council, auteur de Linguistic Imperialism et English-only Europe ? a été conduit à avoir un avis conforme à la réalité : “Le cynisme à propos de l’espéranto a fait partie de notre éducation“.

Hormis Le Figaro et le quotidien suisse Le Temps, les médias français ont été particulièrement silencieux sur le Rapport Grin traitant de “L’enseignement des langues étrangères comme politique publique“, publié en octobre 2005 et rédigé sur demande du Haut Conseil de l’évaluation de l’école. Sans doute parce que l’auteur considère l’espéranto comme une proposition digne d’attention et d’examen et parce qu’il a l’audace traiter la question taboue de la situation de monopole de l’anglais, par exemple à propos “des risques politiques et culturels que comporte l’hégémonie linguistique“ et de “la position dominante des anglophones dans toute situation de négociation, de concurrence ou de conflit se déroulant en anglais“ .

Qu’en sera-t-il cette année, dans les jours prochains, chez les grands médias, y compris la TV, à propos du 119ème anniversaire de l’espéranto et du congrès mondial d’espéranto au pays qui a remporté la coupe de football ?

Quoi qu’il en soit, Internet sera toujours là. AgoraVox a démontré et aura toujours la possibilité de prouver son utilité, sa nécessité.

D’ici quelques jours, à l’occasion du congrès de Florence, un DVD libre de droit de copie intitulé Esperanto Elektronike permettra, pour un prix dérisoire, en plus de la possibilité d’apprendre la langue, d’avoir un vaste tour d’horizon en 25 langues sur ses aspects culturels et pratiques. Comme la version de Wikipedia en espéranto, qui a dépassé les 50 000 articles le 8 juillet 2006 et se classe en quinzième place sur 229 langues, ce DVD est le fruit d’une collaboration internationale dans laquelle prennent part de plus en plus de jeunes à qui l’étude de l’espéranto, par rapport à celle de l’anglais, a donné l’impression d’avoir chaussé des bottes de sept lieues.




par Henri Masson (son site) mardi 25 juillet 2006 - 381 réactions
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  • Par Asp Explorer (---.---.---.42) 25 juillet 2006 23:04

    Cet article est fort intéressant à étudier, pas tant pour la thèse qu’il défend, que pour la manière dont il la défend. On y retrouve en effet avec un bonheur mitigé quelques unes des tares que l’on reproche à la presse « mainstream » :

     Article éditorial de parti-pris, sans investigation, sans mise en perspective, volontiers méprisant envers toute opinion critique (c’est l’effet TCE)
     Amalgame de toute opinion critique au régime nazi (c’est l’effet BHL)
     Titre et accroches commerciales, sans rapport avec le contenu de l’article (c’est l’effet Marianne, mais au moins, Marianne fait ça pour vendre du papier)
     Références multiples autant qu’invérifiables visant à semer la confusion dans l’esprit du lecteur, afin de le persuader de son infériorité intellectuelle (ce qu’on appelle le techno-babble)
     Répétition inlassable des mêmes arguments ressassés ad nauseam jusqu’à leur donner consistance dans l’esprit du lecteur (monsieur Masson poste un message par semaine, je vous engage à en comparer le contenu, c’est toujours le même, seuls changent l’ordre et le prétexte - et au risque de tomber dans le travers dénoncé au premier point, il me semble bien que la technique a été théorisée par M. Goebbles)

    Mais le plus intéressant, et qui ne concerne pas que le monde des media, de constater à quel point le zèle missionnaire d’un groupuscule peut aisément contrebalancer le peu d’importance numérique de ses rangs clairsemés. Trois crieurs font plus de bruit que cent parleurs.

    En tout cas, je n’ai pas pu m’empêcher d’extraire quelques données objectives de l’article de M. Masson, et en particulier, des données chiffrées : Congrès universel de Nuremberg, 1923, 4963 participants Congrès universel de Cologne, 1933, 950 participants Congrès universel de Florence, 2006, 2115 participants

    D’où l’on en déduit deux choses. Premièrement, en 1933, les nazis (qui ont pris le pouvoir cette année là) avaient visiblement fort peu persécuté les espérantistes, puisque le congrès s’est tout de même tenu. Voilà une retenue que l’on ne connaissait pas à la gent vert-de-grise. A moins que le congrès ne se fut tenu AVANT la prise du pouvoir par Hitler, auquel cas il me semble douteux d’en imputer la faible fréquentation aux brimades fascistes. Il ne faut pas oublier qu’en 1933, le monde sombrait dans la crise économique, et que les rentiers oisifs qui constituaient le public de 1923 avaient largement disparu dans le krach de 29.

    Le deuxième point à souligner est qu’entre 1923 et 2006, le nombre de participants au Congrès universel a fort diminué. Alors que dans le même temps, les durées et les tarifs des transports ont considérablement décru, les formalités douanières se sont assouplies, la publicité du congrès a pu être faite plus efficacement... et la population terrestre a été multipliée par trois. L’affluence que M. Masson présente comme un grand succès est en fait fort modeste, surtout si l’on considère que la manifestation en question avait lieu à Florence, une des plus belles villes du monde, à la belle saison. « C’est la faute à Hitler et à Staline », m’objectera-t-on. Or, ces deux personnages sont morts depuis plus de cinquante ans. En outre, de leur vivant, ils n’ont jamais exercé leur férule que sur une faible fraction de l’humanité, et ce sur une période brève dans le cas du dictateur nazi. Mais supposons que leur influence ait été prodigieuse au point d’éteindre la divine flamme de l’esperanto. Donc, disons qu’en mars 1953 (mort de Staline), l’esperanto en est au même point qu’en 1887 (création du langage). 36 ans après la publication du livre de Zamenhof se tenait le Congrès de Nuremberg, qui faisait 4963 participants. 53 ans après la mort de Staline se tenait le Congrès de Florence, qui faisait 2115 participants. Qu’est-ce qui a pu à ce point retarder la renaissance de la langue universelle - à supposer que sa diffusion ai réellement pâti à ce point sous la férule bolcho-fasciste, ce qui reste à démontrer ? Est-ce que le monde d’après-guerre était moins démocratique qu’avant ? Plus enferré dans le nationalisme identitaire ? Il est permis d’en douter.

    Restent donc deux hypothèses que je soumets à votre sagacité : 1 - C’est la faute au complot des anglo-saxons qui empoisonnent notre belle jeunesse avec leur sous-culture de drogue et de malbouffe, comme en témoigne les propos d’ivrognes de je ne sais quel professeur du British Council recueillis à la sortie du pub, un soir de beuverie, en 1963. 2 - La nécessité de l’esperanto ne s’impose pas au monde moderne.

  • Par Asp Explorer (---.---.---.42) 27 juillet 2006 20:57

    Comme je plains feu mes grands-parents, qui tenaient un café, et qui on passé leur vie à tenter de raisonner des clients enivrés. Ah que c’est exaspérant !

    Pour Skirlet, comme je l’expliquais plus haut, j’ai étudié mon sujet. Mon sujet, ce n’est pas l’espéranto, c’est l’article d’Henri Masson. Malgré les invitations que vous m’y faites, je tâche de ne jamais m’en éloigner. Il n’entre pas dans mes ambitions de critiquer les qualités intrinsèques du langage esperanto, car comme vous le soulignez à juste titre, je n’ai aucune compétence pour ce faire. En revanche, il n’y a pas besoin d’éplucher les téra-octets de références webesques citées par votre estimé mentor pour relever des incohérences dans son discours, qui nous assure avec la plus inflexible rectitude à quelques phrases de distance que l’espéranto est immensément répandu (au point qu’on trouve facilement des espérantophones dans toutes les gares de Limoges jusqu’à Vladivostok), mais que s’il n’est pas répandu, c’est à cause des nazis et des communistes, et que d’ailleurs c’est pour ça qu’à la chute du mur de Berlin, l’eo cessa d’être enseigné dans les écoles bulgares. Il n’y a pas besoin de sortir de Normale Sup pour faire remarquer que 2115 participants à un congrès international, c’est une affluence médiocre. Ce n’est pas moi qui ai sorti ce chiffre, ni qui ai tenté d’en faire une preuve de la popularité de l’Esperanto, c’est monsieur Masson.

    Cela dit, comme je suis doté d’une certaine curiosité, j’ai traîné un peu sur le web pour me documenter sur l’esperanto (et je vous remercie de me donner l’occasion de pratiquer mon anglais). J’ai découvert sans grande surprise que je n’étais pas le premier à être dubitatif sur les grandes vertus du langage du docteur Zamenhof(*), et aussi, j’ai observé que la question du nombre de locuteurs est à peu près aussi âprement débattue que la question du « qui était là le premier » peut l’être concernant les relations israélo-palestiniennes. Je suis navré d’avoir mis les pieds dans le plat de façon aussi grossière.

    Et pour vous éviter de faire des recherches dans le très complexe système d’Agoravox, je vous mets le lien pour la réponse à la question qui vous taraude :

    http://www.agoravox.fr/article.php3...

    Ceci étant réglé, passons à monsieur Masson. Ou devrais-je vous donner du « Maître » pour ne pas me faire moquer ? En premier lieu, j’attire votre attention sur le fait que je ne vous ai jamais traité de Goebbles, ni ne vous ai jamais attribué une quelconque parentée spirituelle avec ce personnage, et si j’ai pu laisser penser le contraire, c’est bien malgré moi, et je vous prie de m’en excuser. Je me suis au contraire étonné qu’un homme qui se flatte à tous propos d’être démocrate emploie pour convaincre de ces méthodes malhonnêtes et déloyales qui firent les beaux jours des propagandistes totalitaires, et dont le thread ci-dessus fournit un beau catalogue d’exemples. Ensuite, puisque vous me traitez d’« ignoble spéculateur », il serait sans doute juste que vous expliquiez aux lecteurs qui ne m’auraient pas fait l’honneur de visiter mon site en quoi ce qualificatif peut m’être attribué (à moins bien sûr que le concept d’ironie vous échappe). Et puisqu’on parle d’honnêteté intellectuelle, je note que pour vous, le fait de jouer aux jeux vidéo vous suffit pour me classer parmi les gamins, il semble que vous soyez passé sur le « il y a douze ans ». Je vais sûrement vous étonner, mais il y a douze ans, eh bien, j’étais plus jeune qu’aujourd’hui. Et quand bien même, est-ce infâmant de pratiquer les jeux vidéo ? A quelle décennie du XIXe siècle avez-vous cessé toute évolution intellectuelle pour poser avec aplomb de tels a-prioris ? C’est d’autant plus gonflé que dans le même texte, vous me reprochez de juger de ce que je ne connais pas. Voulez-vous savoir de quel jeu il s’agissait ? Eh bien ça s’appelait « Elite II : Frontier ». Pour vous éviter de juger sans connaître, je vais vous en parler un peu : il s’agissait d’un simulateur spatial conjuguant combat, navigation et commerce. Ce qui m’avait incité à l’acheter, c’était qu’il s’agissait du premier jeu (et aussi le dernier, il n’y en a pas eu depuis) qui présente une version réaliste de l’espace, respectant les distances entre étoiles, la taille des corps célestes, les accélerations, etc... Il se trouve qu’en effet, je nourris quelque intérêt pour ces matières que sont l’astronomie, l’astrophysique, l’exobiologie, la planétologie, l’astronautique. Sans pour autant en faire le centre de ma vie. Sans en écrire des bouquins. Sans en inonder agoravox toutes les semaines. Sans non plus me mettre à croire aux soucoupes volantes, ni construire des fusées dans mon garage, ni soutenir mordicus que dans dix ans, tout le monde passera ses vacances sur la lune, ni braire des diatribes de possédé pour dénoncer le scandaleux complot du « American Illuminati Association Against the Sky » pour empêcher les jeunes gens de devenir astronomes, liens et citations à l’appui. En effet, contrairement à ce que vous affirmez à l’issue de votre dernière réponse, je ne crois pas être un dangereux monomaniaque.

    Ah, et s’il vous faut un exemple de votre incohérence intellectuelle, je m’en vais vous reprendre :

    « Comme skirlet, je ne vois pas l’utilité de se tourner vers Chomsky, qui a peut-être étudié l’espéranto (?) mais qui n’est certainement pas capable d’en faire usage pour des recherches. Sinon, ça se saurait. Il y a des gens d’une fiabilité totale qui en font usage. J’en choisirai quelques uns dans le monde anglophone : »

    Comme de coutume, vous comprenez exactement ce qui vous fait plaisir. Je ne me suis pas tourné vers les travaux qu’a pu faire le professeur Chomsky concernant l’esperanto, à ma connaissance, il n’en a pas fait (le sujet n’a d’ailleurs pas l’air d’inspirer les chercheurs). J’ai pris des exemples de deux linguistes éminents, qui se trouvent avoir étudié les mécanismes de formation des langues - un autre de mes centres d’intérêt, mais que je n’ai malheureusement pas le temps d’approfondir comme il le devrait.

    Il se trouve que je connais aussi Noam Chomsky pour ses écrits politiques, que j’estime beaucoup. C’est curieux, n’est-ce pas, car s’il a le grand tort d’écrire en anglais (Pouah ! L’anglais ! POUAH !), c’est une personnalité qu’on peut difficilement soupçonner de soutenir l’impérialisme anglo-saxon sur le monde. C’est pourquoi, quand je parle de Chomsky à mes collègues de la CIA, le matin, autour de la machine à café du siège de Langley, je m’attire souvent des regards torves et suspicieux. Me prendraient-ils pour une taupe rouge à la solde de la dangereuse secte espérantiste ?

    Au fait, puisque vous mettez en doute tout à la fois ma santé mentale et mes compétences, tout en prétendant, pour simplifier, que je suis payé par les Américains, comment expliquez-vous ce curieux paradoxe ? Pensez-vous que les lobbyistes yankees gaspillent leur temps et leurs dollars à recruter des demeurés, rêveurs, naïfs, paumés, fumeurs de moquette, maniaques des jeux vidéo, avaleurs de pilules(**) qui vivent dans un autre mondes ?

    Je vous laisse méditer sur cette interrogation.

    (*) Découverte intéressante : j’ai appris que le docteur Zamenhof, inventeur de l’esperanto, était docteur en ophtalmologie, et pas du tout en liguistique ou en quoi que ce soit du même genre, comme on pourraît être naturellement incliné à le croire. Or, le titre universitaire de docteur en ophtalmologie, dont je ne conteste ni la valeur ni l’utilité, confére autant de compétence pour créer une langue qu’un CAP boucherie, un diplôme d’ingénieur hydraulique ou le titre meilleur joueur du mondial 2006. Ce détail n’apparaît nulle part dans les écrits périodiques de monsieur Masson sur Agoravox, c’est probablement un oubli, que je me permets donc de rectifier.

    (**) Apparemment la référence vous est passée au-dessus de la tête. Vous êtes décidément d’une autre époque.

  • Par Asp Explorer (---.---.---.42) 27 juillet 2006 22:44

    Votre conception de l’honnêteté intellectuelle me semble aussi floue que celle que vous avez de l’esprit scientifique.

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