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Accueil du site > Actualités > Médias > Dette médiatique : triple C pour une émission de France Info

Dette médiatique : triple C pour une émission de France Info

France info a diffusé à plusieurs reprises le 19 novembre 2011 une émission de 5 minutes intitulée « Austérité et triple A : la crise de la dette expliquée aux enfants » que vous pouvez réécouter ici

Au menu : qui prête autant d'argent aux Etats ? Comment peuvent-ils emprunter plus qu'ils ne pourront jamais rembourser ? Que signifie le "AAA" auquel Nicolas Sarkozy semble si attaché ? La France est-elle menacée par sa dette ?

Traitée sous forme de questions/réponses entre la chef du service économique et social de France Info et des enfants entre 10 et 13 ans, les réponses voulues accessibles au plus grand nombre laissent parfois pantois. Voici donc l'intégralité de la-dite émission qui dure 5 minutes, à vous de juger !

Q : Qui est assez riche pour prêter autant d'argent ?

R : Alors ce n'est pas une seule personne qui a suffisamment d'argent pour prêter mais ce sont plusieurs personnes, c'est les banques d'abord qui prêtent beaucoup d'argent et puis ce sont ce que l'on appelle les investisseurs, alors ça peut être une entreprise ou un groupe de personnes qui ont beaucoup d'argent, qui veulent le placer pour que ça leur rapporte. Donc ils prêtent et en échange de prêter ils demandent qu'on leur en rende un petit peu plus.

  • on notera le « un petit peu plus » qui est pour le moins surprenant sachant que le montant des intérêts dans la dette est de 1300 milliards d'euros, soit 20000 euros par personne en France.

 

Q : pourquoi les pays n'ont pas assez d'argent ? Est-ce que c'est vrai qu'ils en ont dépensé trop ?

R : la plupart des pays ont dépensé plus que ce qu'ils avaient, donc petit à petit ils ont été obligés de s'endetter, d'emprunter de l'argent pour pouvoir continuer à faire fonctionner leur Etat. D'où vient l'argent des pays, en général ça vient de l'impôt qu'ils prélèvent et puis leurs dépenses c'est pour faire fonctionner les écoles, c'est pour construire des routes, pour faire des hôpitaux. Et par exemple en France ça fait une trentaine d'années qu'on est obligé de s'endetter année après année pour que la France fonctionne.

  • Le projet de loi de finances 2012, présente page 36 l'évolution de la dette sur 30 ans... le paradoxe d'emprunter pour rembourser la dette c'est du surendettement, mais c'est trop dangereux à dire.

  • « En France il y a une trentaine d'années » comme par hasard c'est 1981 arrivée de la gauche au pouvoir alors que tout le monde devrait savoir que c'est sous la droite de Pompidou et Giscard que les principes fondamentaux de dette structurelle sont posés. Voir l'article Agoravox sur la loi Rothchild

  • « on est obligé de s'endetter », logique puisque le système a été pensé pour ça ! Mais ce n'est pas une fatalité, il y a des solutions alternatives si on fait jouer le vrai jeu démocratique.

 

Q : Si le chef de l'Italie et le chef de la Grèce ont démissionné, qui va rembourser ?

R : Alors c'est pas le chef de l'Italie ou le chef de la Grèce qui rembourse c'est tous les habitants du pays qui remboursent. Comment ? D'abord en faisant des économies, par exemple en Grèce on a décidé de réduire le salaire des fonctionnaires, alors le salaire des pompiers, le salaire des policiers, le salaire des enseignants. On a décidé aussi de donner un petit peu moins d'argent aux retraités, de réduire leur pension de retraite, et puis on peut aussi essayer de récupérer plus d'argent. Comment ? Tout simplement en augmentant les impôts, même en créant certains impôts.

Exemple type de message mélangeant du vrai, du faux et du vague :

  • « c'est tous les habitants du pays qui remboursent » : vrai

  • « on a décidé de réduire le salaire des fonctionnaires » : vague. Pourquoi dire « on » alors que l'on peut simplement dire « le gouvernement » ?

  • « donner un petit peu moins d'argent aux retraités », le retour du « petit peu » sauf que quand on ne gagne pas beaucoup le petit peu fait une grosse différence. Certains journalistes semblent un petit peu trop sur leur nuage...

  • « Tout simplement en augmentant les impôts, même en créant certains impôts » : c'est vrai que c'est simple ! Le rapport Pebereau indiquait déjà en 2006 que l'intégralité de l'impôt sur le revenu payait les intérêts de la dette française.
     

Q : Est-ce qu'ils ont démissionné parce que c'était de leur faute ?

R : C'est pas de leur faute si le pays est endetté. Il y a une dette. En revanche ce qui leur a été reproché c'est de ne pas avoir pris toutes les mesures pour faire les économies nécessaires pour que la dette baisse.

  • « C'est pas de leur faute si le pays est endetté » Grand moment d'éducation civique !

    Transposons le cas à la France : le président élu par les Français nomme un premier ministre qui forme un gouvernement. Le gouvernement propose des lois, notamment pour les finances, qui sont approuvées ou pas par le parlement. Les parlementaires sont aussi élus par les Français. Ce sont donc les représentants élus des Français qui sont responsables de la dette.

    En plus le terme de faute a une forte connotation morale : si s'endetter est une faute pourquoi prêter ne l'est-il pas aussi ?

  • « ce qui leur a été reproché » : par qui ? par la population qui majoritairement ne connait pas les tenants et aboutissants des finances publiques ?

  • « Avoir pris toutes les mesures pour faire les économies nécessaires pour que la dette baisse ». Désolé mais le système est conçu pour que la dette augmente, c'est donc un reproche de bonne façade...

 

Q : Est-ce qu'il y a des pays qui ne peuvent pas rendre si ils ont emprunté trop d'argent ?

R : Quand un pays emprunte de l'argent on lui prête 100, et on lui dit comme je fais l'effort de vous prêter vous allez me rendre 110, un petit peu plus pour que ça rapporte de l'argent à celui qui a prêté. Quand on fait pas confiance en la capacité d'un pays à rembourser, on lui demande de rembourser beaucoup, pas 110 mais 120, 130, 140. Et plus ce chiffre augmente et moins le pays arrive à rembourser et ça devient absolument impossible de rembourser la dette, c'est ce qui est arrivé à la Grèce.

  • « comme je fais l'effort de vous prêter vous allez me rendre 110 » le terme effort est un peu … fort !

  • « un petit peu plus » le retour du petit peu plus qui correspond à des milliards d'euros

  • « Et plus ce chiffre augmente et moins le pays arrive à rembourser » : vrai, plus on est pauvre et plus on paie la dette cher. Vrai pour les Etats et pour les citoyens. Vous avez dit justice économique ? Pour la définition de la dette voir le bon article de l'Agence France Trésor.

 

Q : Qui peut forcer un pays à rembourser l'argent ?

R : D'autres pays peuvent forcer à rembourser, c'est par exemple ce qui est arrive dans la zone euro. La France et l'Allemagne font pression sur la Grèce et sur l'Italie en disant il faut absolument que vous remboursiez. Il y a aussi le FMI, le fonds monétaire international, qui est une institution qui regroupe 187 pays et qui peut prêter de l'argent aux autres. Le fonds monétaire international peut aussi faire pression pour que le pays rembourse. Ce qui peut se passer dans les cas extrêmes, et on en est loin, si un pays ne rembourse pas du tout, plus personne ne lui fait confiance, plus personne ne veut plus lui prêter et plus personne ne veut faire de commerce avec lui, plus personne ne veut lui vendre des choses ou lui acheter des choses. Le pays se trouve isolé donc il n'a pas intérêt à ne pas rembourser.

  • en gros c'est vrai. Heureusement que l'on a confiance au respect des droits de l'Homme avec certains grands partenaires commerciaux...

 

Q : Si personne ne peut rembourser, pourquoi on annule pas la dette ?

R : On l'a déjà fait pour la Grèce. Les banques qui prêtent à la Grèce ont accepté de renoncer à une partie du remboursement. On ne peut pas tout annuler d'abord parce-que ceux qui ont prêté ont envie de récupérer leur argent et ont besoin de récupérer leur argent.

  • « On ne peut pas tout annuler » et si, on peut, mais …

  • « ceux qui ont prêté ont envie de récupérer leur argent et ont besoin de récupérer leur argent » et font ce qu'il faut avec le pouvoir pour y arriver ! L'idée est de pomper le maximum d'argent sur le peuple via un pouvoir régalien.

 

Q : Qui est le plus endetté après la Grèce et l'Italie ?

R : Le pays le plus endetté au monde est le Japon. La dette du Japon c'est 230% de la richesse du Japon. C'est beaucoup plus que la Grèce par exemple qui est endettée à hauteur de 150% de sa richesse, l'Italie c'est 120%. Pourquoi on ne parle pas d'un problème de dette au Japon et bien tout simplement parce que la dette au Japon est détenue par les Japonais. Ce sont les Japonais qui prêtent à l'Etat japonais et donc les Japonais font confiance à leur Etat pour rembourser et ça ne crée pas de soucis.

  • Bonne question et par transposition : pourquoi la dette de la France n'appartient pas aux Français, et au niveau européen ? Tout semblerait si simple... L'Agence France Trésor indique dans son dernier rapport que plus de la moitié de la dette française est détenue par des non résidents.

 

Q : Est-ce que le président de la France a des soucis avec la dette ?

R : Il fait tout pour la réduire. On a une dette assez élevée, c'est presque 1700 milliards d'euro, c'est beaucoup, plus de 85 % de notre richesse, et le président de la France prend des mesures pour réduire cette dette. Alors par exemple, tu en as peut-être entendu parler, augmenter certains impôts, par exemple quand on ira au restaurant on paiera une taxe un petit peu plus importante. On a décidé de demander aux gens de travailler plus longtemps pour qu'il y ait moins de pensions de retraite à verser, et tout ça c'est fait parce-que la France a peur de perdre ce que l'on appelle son triple A qui lui permet d'emprunter pas cher.

  • « le président de la France prend des mesures pour réduire cette dette » Le retour de l'éducation civique : dans la constitution de la 5ème République ne serait-ce pas le premier ministre qui devrait faire ça par hasard ?

 

Q : Est-ce que le triple A c'est comme une note en classe, 20/20 ?

R : Alors c'est exactement comme un 20/20. D'abord parce que c'est la meilleure note qu'on puisse avoir et puis c'est comme un 20/20 car comme quand on a un bon bulletin scolaire on peut prétendre aller dans de bonnes écoles et bien avec une bonne note financière, avec un triple A, on peut demander à ce que l'on nous prête de l'argent pas cher, moins la note est bonne et plus on va nous prêter cher.

- « quand on a un bon bulletin scolaire on peut prétendre aller dans de bonnes écoles » partiellement vrai. Il faut aussi de bonnes relations et un bon chéquier !

 

Q : C'est qui la personne qui donne les notes, ça doit être le pape non ?

R : Alors ce n'est pas le pape, évidemment, mais en tout cas ce sont des agences de notation à qui on a pu reprocher d'avoir beaucoup beaucoup d'influence. Elles sont 3 ces agences de notation, elles s'appelent Standard and Poors, Moody's et Fitch. Alors dans ces agences de notation il y a des experts qui regardent les comptes d'un pays, comment un pays dépense son argent, les efforts qu'il fait pour pas dépenser trop, si son économie est en bonne santé. En fonction de tout ça ces experts mettent une note.

 

Q : Comment ça se fait que nous ayons la meilleure note ?

R : On a la meilleure note car nous faisons partie des pays les plus riches du monde. On est le 5ème pays le plus riche du monde donc ça justifie que l'on ait une bonne note mais c'est pas gagné parce-que les Etats-Unis c'est le pays le plus riche du monde et bien les Etats-Unis cet été il y a une agence de notation, Standard and Poors, qui a décidé de retirer le triple A, de retirer la meilleure note non pas parce-que le pays n'était pas assez riche mais parce-que Standard and Poors estimait que ceux qui dirigeaient le pays peut-être n'allaient pas prendre toutes les mesures nécessaires pour réduire la dette.

  • Nous sommes le 5ème pays le plus riche du monde pour le PIB, oui mais pour l'IDH nous sommes 20ème...le prisme économique est décidément le seul de cette émission

  • « ceux qui dirigeaient le pays » bizarre l'imparfait, Obama est déjà parti, c'est un scoop ! Bon d'accord, peu probable qu'il passe les élections prochaines mais quand même...

  • « prendre toutes les mesures nécessaires pour réduire la dette. » plus aucun doute, le bien être du peuple n'est absolument pas un objectif noté !


Finalement la technique utilisée par la journaliste est ancienne et efficace : mélanger le vrai, le parti pris et le vague tout en donnant une apparente solidité au discours. En seconde lecture c'est une pierre à l'édifice de la pensée unique plus qu'un moyen de développer l'esprit critique des (jeunes) citoyens. Aucun exposé des alternatives possibles, aucune présentation en terme de choix ou de responsabilité. Tristes médias.

Allez, c'est décidé, je donne la note triple C !


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5 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 28 novembre 2011 10:38

    Arretons toutes ces salades, voici un PPS pour comprendre simplement l’arnaque de la dette :

    http://2ccr.unblog.fr/2011/09/18/pps-comprendre-la-dette/


    • ja.poirier 28 novembre 2011 10:48

      surréaliste , France un faux .......


      • JL JL1 28 novembre 2011 11:31

        Bonjour Nicolas Gora,

        bon article, merci d’avoir pris la peine de faire cette présentation.

        Une question, vous dites : « le montant des intérêts dans la dette est de 1300 milliards d’euros, soit 20000 euros par personne en France. » En êtes-vous sûr ? A mon avis, il y a dette et dette : sur la charge de la bonne dette (les pensions, retraites, etc.) il n’y a pas lieu de remettre en cause la charge de la dette. En revanche, sur la dette due à des investisseurs financiers, je doute qu’elle soit de 20 000 euros par an et par Français : cette évaluation est extravagante.

        France Info dit : « en France ça fait une trentaine d’années qu’on est obligé de s’endetter année après année pour que la France fonctionne. »

        C’est naturellement une contre vérité. Les emprunts d’États, qui remplacent la planche à billets, sont une façon de créer de la monnaie qui correspond à une croissance de richesses. Dès que l’on a mis en place ce système dévoyé, on n’a plus emprunté pour la bonne cause, mais pour enrichir les investisseurs : puisque l’on avait mis en place une pompe à phynances, dans la logique des choses, il a fallu l’alimenter.

        Aujourd’hui, non seulement la finance capte tous les fruits de la croissance, mais de plus, elle ruine le veau d’or.

        Coluche disait : donnez le Sahara aux technocrates, et demain ils achèteront du sable". 

        Pareillement on peut dire : permettez aux banquiers de s’enrichir en prêtant aux Etats, et demain, ils ruineront les États. Demain, c’est aujourd’hui !

        nb. Le PS est aujourd’hui dans la merde, puisque cette situation a été voulue par ses chefs, dont le représentant naturel était DSK, l’un des seul à maîtriser le bouzin : il faut en effet, être diabolique pour comprendre les machineries du diable.

        Mais hélas, en associant PS et gauche, la droite tire les marrons du feux en se créant un boulevard pour empêcher le peuple de reprendre ses affaires en mains.


        • foufouille foufouille 28 novembre 2011 14:58

          sauf que c’est pas leur argent
          mais de l’argent fictif a 95%


          • BA 28 novembre 2011 17:12
            Lundi 28 novembre 2011 :

            Le Trésor italien a émis lundi 567 millions d’euros d’obligations indexées sur l’inflation à échéance 2023 dont les taux d’intérêt ont bondi à plus de 7,3 %, a annoncé la Banque d’Italie.

            Le montant levé s’inscrit dans le bas de la fourchette de l’objectif du Trésor qui comptait émettre entre 500 et 750 millions d’euros.

            La demande est restée soutenue, s’élevant à environ 1,225 milliard d’euros, mais le Trésor peut décider, selon ses besoins, de ne pas émettre le montant maximum, notamment si le taux est trop élevé.

            Signe de la méfiance des investisseurs, les taux de ces titres ont en effet bondi à 7,3 %, contre 4,6 % lors de la dernière opération similaire dont la Banque d’Italie ne précise pas la date.

            Ce taux record n’est toutefois pas une surprise car il se situe au niveau où évoluent actuellement les taux à long terme de l’Italie qui sont jugés insoutenables, sur la durée, pour le pays, qui croule sous une dette colossale d’environ 1.900 milliards d’euros, soit environ 120 % du PIB.

            Les titres émis lundi étant d’un type particulier en raison de leur indexation sur l’inflation, le nouveau véritable test sur les marchés pour l’Italie interviendra mardi, jour où le Trésor compte émettre entre 5 et 8 milliards d’euros d’obligations à moyen et long terme.

            Vendredi, les taux d’emprunt de l’Italie s’étaient envolés à des niveaux record lors de l’émission de 10 milliards d’euros de titres à six mois et deux ans.

            Les taux à six mois avaient bondi à 6,504 %, contre 3,535 % lors de la dernière opération similaire le 26 octobre 2011, et les taux à deux ans avaient bondi à 7,814 %, contre 4,628 % lors de la précédente émission.

            Alors que l’Italie est au bord de l’asphyxie financière, le Fonds monétaire international a démenti lundi discuter avec Rome d’un plan de secours, après des informations du quotidien La Stampa indiquant que le FMI pourrait débloquer entre 400 et 600 milliards d’euros afin de permettre à l’Italie de disposer de 12 à 18 mois pour adopter des mesures budgétaires et des réformes économiques.

            (Dépêche AFP)

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