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Entre les lignes

Le pouvoir totalitaire, pour celui qui se replie dans l’exil des mots, est une forme de bénédiction. La prudence qu’il s’impose lui permet de jouer au plus prés de la transgression de la langue, jusqu’à ce mirage de devenir une langue étrangère à elle-même.
 Cette tentation de jouer sur le fil du langage, de conjuguer silence ou plaisir c’est sans doute l’utopie de l’écrivain : l’au-delà de la langue, ce qui s’accomplit non dans le réel ou la syntaxe mais dans le blanc du texte, dans ce rire libertin qui le traverse et qui en est le nerf.
 Je pense à Kundera dans son ancien univers carcéral. Son humour. Cette façon de dire « ça » quand je pense « autre chose » et que je dis… cette valse, de l’entre deux ou, pour reprendre un de ses titres, « la vase aux adieux ».
Quand on a peur – ou quand on n’a pas peur - mais qu’on s’acharne à dire, on sait qu’il n’y a plus que cet entre deux, ce pas de travers, ces deux pas de devant, ces trois pas derrière - ou bien à la Mao - « Deux pas en avant, un pas en arrière. » Car souvent la politique, lorsqu’elle a tout absorbé, n’est plus que cette valse lente dans son infinie tristesse.
Entre les lignes. Comme les jambes qui se touchent et se dérobent, entre les mots : comme le désir ou l’absence qui se nouent et se façonnent dans des phrases…Mais cette tristesse, cette fatigue qui s’emparent du texte et, dans un roman, distillent ce sang mauvais qui, pourtant, fabrique une œuvre. Ou plus simplement une liberté.
Ecrire entre les lignes c’est le contraire du double langage. Celui-ci tient du démagogue, de celui qui s’empare du langage comme un leurre pour séduire, « détourner du chemin ». « Entre les lignes », c’est à l’inverse légitimer non seulement sa respiration, mais surtout revendiquer ce qui ne peut plus s’exprimer dans l’hygiénisme moral ou et son prolongement politique. Car, sacrilège, comprenons que le sarkozisme c’est aussi l’aboutissement d’un hygiénisme que la gauche a créé, cette forme de totalitarisme qui s’est installée, rose, douçâtre et inattaquable dans le fond : ce que Baudrillard appelait « La gauche divine », et que ne cessait d’attaquer Philipe Murray. Le ver était dans le fruit. Mais le bien s’est fripé, le fruit est tombé et nous en payons maintenant le prix.
Alors, désormais, écrire entre les lignes est une façon d’enfoncer les lignes, de les déborder au point de jouer de la poudre aux yeux, d’en aveugler l’ennemi, de jouer du réel et de la fiction comme du vrai et de l’imaginaire. Il ne s’agit plus d’être en première ligne : l’avant-garde c’est fait pour les fous idéalistes qui se rêvent en ligne de mire. Non, écrire là c’est, justement, s’amuser de l’écriture, de son pouvoir, de ses mystifications.
C’est aussi dire ce qui ne se dit pas.
 Plaisir de lire dans Marianne, un discours dénonciateur des médias qui prend au piège tel journal dans son silence coupable pour s’achever sur cette ponctuation épicée, sans rapport évident avec ce qui était dit précédemment :
 « le Nouvel Obs et l’ Express sont également d’excellents journaux ».
Déambulation donc dans la dérision, l’antiphrase, dans l’hypothétique, la métaphore, l’allégorie : pour vivre heureux, vivons cachés. Mais libres.
Toujours dans Marianne, quelques extraits de l’ex patron des RG. Règlements de compte avec Sarkozy dont il esquisse un portrait plutôt sinistre. Mais surtout quelques phrases susurrées au détour d’une autre, des hypothèses bien sûr, rien que cela, mais il convient de savourer certains mots. Comme le mot « institution » :
 « Si tel homme politique prend de la cocaïne à haute dose et passe son temps à courir les filles, cela peut finir à avoir une incidence sur les institutions. »
Or un ministre peut-il peser sur les institutions ? Non. Qui alors ?
Plus loin, promenons-nous encore entre les lignes :
« Supposons qu’un ou une ministre français ait des relations amoureuses avec un chef d’Etat étranger, ce ne serait tout de même pas anodin pour la politique internationale de la France ! Sans parler de pédophilie ! »
Comment ! Hypothèse de deux ministres dans cette situation ! Pas chez nous, voyons. Et puis, la coke et la pédophilie sont punissables, non ? Nous sommes tous égaux devant la loi, non ? Ce n’est pas ça le socle de la République ? Vous imaginez alors des personnalités politiques dans cette situation ? Pas moi.
 D’ailleurs les hypothèses ne sont pas faites pour être vérifiées, elles fournissent seulement du plaisir pour rêvasser. .. Alors, loin de la ligne de front où chaque camp régulièrement lâche ses pétards et ses fumigènes, promenons nous entre les lignes…

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