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Accueil du site > Actualités > Médias > Fillon 2 ou 3 : « mayonnaise » et « encéphalogramme plat » sur France (...)

Fillon 2 ou 3 : « mayonnaise » et « encéphalogramme plat » sur France Inter !

Le journal de 13 heures de France Inter, dimanche 14 novembre 2010, a consacré 18 minutes sur 22 au remaniement ministériel français annoncé depuis plusieurs mois par le Président de la République lui-même (1). Or, à cette heure-là, n’était connue que la reconduction de M. Fillon à son poste de premier ministre et rien d’autre !

Comment donc meubler 18 minutes en ne disposant d’aucune information sur un nouveau gouvernement dont on ignore encore la composition ? Par le boniment de l’information indifférente qui emprunte trois canaux.
 
I- Les trois canaux de transit de l’information indifférente
 
1- Un premier canal est le reportage simulé. 
 
- Une première journaliste est envoyée faire « le pied de grue  » selon son expression, rue de Varenne à Paris, devant l’Hôtel Matignon. Qu’est-ce-que la malheureuse peut rapporter puisque les portes sont closes et que les autorités n’entendent évidemment pas les ouvrir pendant qu’elles se consultent et élaborent la composition du gouvernement ? Rien ! Elle décrit donc ce qu’elle voit autour d’elles : des portes fermées, des voitures qui entrent ou sortent et les inévitables journalistes amassés comme des mouches dans l’attente de l’information donnée qu’on viendra leur délivrer mais qui ne vient toujours pas. « Pour le moment, a convenu la pauvrette, c’est encéphalogramme plat ou quasi rue de Varennes. » On se demande si elle ne parle pas d’elle-même et de sa radio !
 
Mais elle se flatte d’être un bon relais de cette information donnée tant attendue : elle livre quelques indiscrétions qui « filtrent » tout de même sur les « entrants putatifs  » (sic !) - adjectif dont on se demande ce qu’il devient dans l’oreille du Français moyen -  : « Luc Châtel, ministre de l’éducation et porte parole du gouvernement a été reçu ce matin. Claude Guéant le secrétaire général de l’Élysée aussi, l’ancien préfet, dont on dit qu’il pourrait faire son entrée au gouvernement. Xavier Bertrand, le patron de l’UMP est passé également : on le donne parmi les entrants putatifs. À 12 h 05 très précisément, François Fillon, le premier ministre a quitté Matignon pour l’Élysée ». On apprécie l’exactitude de l’horaire digne d’un annuaire de la SNCF.
 
- Une deuxième journaliste est à l’arrivée, à l’Élysée qui confirme, à la demande du journaliste en studio, que « oui, François Fillon est effectivement en ce moment même en tête-à-tête avec Nicolas Sarkozy. Le Premier Ministre a quitté peu après midi Matignon avec une escorte de motards, les sirènes en action. Une sortie pas très discrète donc et il est entré à l’Élysée par une porte dérobée loin des caméras et des photographes, etc. » Elle aussi se prévaut d’être une confidente d’information donnée, livrée par…la conseillère en communication de François Fillon ! Elle en vient donc à constituer elle-même le gouvernement, avec des nouveaux qui arrivent et des anciens qui sortent. Il paraît que « le bal des voitures aux vitres teintées a repris de plus belle ici à l’Élysée et ce n’est pas près de s’arrêter. François Fillon pourrait faire plusieurs aller-retour entre Matignon et l’Élysée dans la journée.  » Sans blague !
 
2- Un deuxième canal est une suite d’élucubrations diverses
 
- Un journaliste du service politique de la rédaction s’attarde sur le mode d’emploi à observer pour constituer ce gouvernement. Il parle de « mécano », de « mayonnaise  » que président et premier ministre ont à monter. Ils ne sont pas les seuls. Le journaliste, lui, monte sa "mayonnaise" en passant en revue les difficultés : les poids lourds qui entrent, le nombre de femmes, les équilibres entre les familles de l’UMP, le centriste Borloo qui sort ainsi que les ralliés de gauche, sans oublier le pauvre M. Woerth, pressenti un temps et appelé « ex-futur premier ministre liitéralement plombé par l’affaire Bettencourt  ». Il y a fort à dire. Ça fait passer un moment. Lui aussi le journaliste du service politique tente de se faire valoir en bon relais de l’information donnée  : il assure que, selon ses sources élyséennes, il faudra attendre lundi matin pour connaître le nouveau gouvernement. Manque de chance ! Ses sources l’ont égaré : le gouvernement a été connu dimanche soir !
 
- Un expert, forcément venu d’un institut de sondages, est ensuite invité à prédire les effets de ce remaniement sur la popularité du président et du premier ministre au vu des expériences passées. Marc de café et boule de cristal l’amènent à convenir que la reconduction du même premier ministre ne témoigne pas d’une « rupture », mais d’une « continuité » avant tout. Qui l’aurait cru ? Mais les truismes aussi font passer un moment.
 
- Un autre journaliste de la rédaction est invité à dire de son côté ce qu’il voit dans sa boule de cristal de la politique qui sera suivie. Surprise ! Il est persuadé qu’avec le même premier ministre, c’est « la continuité (qui) devrait primer  ». Expert et journaliste sont donc d’accord sur les mêmes truismes ! Incroyable ! Mais ce sont autant de minutes d’occupées !
 
 3- Un troisième canal est la répétition, le procédé de l’inculcation
 
Les mêmes informations débitées par les deux précédents canaux sont ensuite inlassablement répétées.
 
- Par six fois, par exemple, est annoncé que la composition du nouveau gouvernement sera connue dans la soirée de dimanche ou lundi matin. Difficile de l’oublier !
 
- Ou bien on suit M. Fillon à la trace : M. Fillon aurait quitté Matignon pour se rendre à l’Élysée, peut-on en avoir l’assurance ? demande le journaliste en studio. Oui, « tout à fait  ! », répond une première reporter, il a effectivement quitté Matignon et il est arrivé à l’Élysée, renchérit la seconde, il est actuellement en tête-à-tête avec le président de la République… Quelle chance ! Il n’a pas été kidnappé !
 
- Ou encore, constate le journaliste de studio, « c’est la première fois que le premier ministre va accompagner le président de la République durant la totalité de son mandat, c’est-à-dire jusqu’à la présidentielle en 2012. »
 
- Il y a, confirme l’expert, un vrai record de longévité effectivement pour François Fillon, notamment de premiers ministres hors période de cohabitation. Il va de ce point de vue là battre un record d’une certaine manière, absolument !  » Tout à fait, Thierry, tout à fait !
 
- Quant au mot « continuité », il ne cesse pas non plus d’être ressassé continûment !
 
II- Une des fonctions de l’information indifférente
 
Ainsi voit-on quelle fonction est ici attendue de l’information indifférente. En raison de la contrainte de l’exiguïté du temps de diffusion, le choix d’ une information entraîne obligatoirement l’exclusion d’une autre. Ces 18 minutes sur 22 qu’ accapare ici inutilement l’information indifférente puisqu’elle n’apprend rien sur un nouveau gouvernement ni en fonction ni même nommé, a pour effet sinon pour objectif d’écarter d’autres informations faute de temps. En ce sens, l’information indifférente est l’instrument d’une censure discrète. Nul besoin de censeur à ciseaux ni de licenciement de journalistes indociles ! Il suffit de remplir le temps d’antenne avec rien et des boniments sur rien.
 
Ce faisant, l’attention de l’auditeur est attirée sur ce rien mis en scène. Il existe un décor avec reportage simulé, avis d’expert imaginaire et prophétie nourrie de truismes. Et sur la scène trônent les représentants du pouvoir offerts à la contemplation : ils doivent seuls monopoliser le regard sans aucune raison qui le justifie puisqu’il est trop tôt pour analyser le nouveau gouvernement. Pendant ce temps, il ne se passe plus rien d’autre dans le reste du monde ou du moins 4 minutes suffisent pour en rendre compte :
- L’incendie d’un foyer d’immigrés à Dijon faisant sept morts et 11 blessés ;
- les déclarations du prix Nobel de la Paix Mme Aung San Suu Kyi libérée la veille en Birmanie ;
- la météo après le vent et la pluie, la baisse des températures.
 
Les médias, on le sait, connaissent un discrédit auprès des citoyens. Ignorent-ils que c’est ce type de service de l’information donnée et de l’information indifférente qui y contribue ? « Encéphalogramme plat » déplorait l’une, « Mayonnaise » estimait l’autre. Ce diagnostic et cette recette s’appliquent admirablement à eux-mêmes et à la représentation de l’information livrée par ce journal de France Inter.
 
 
(1) Extraits du journal de 13 heures de France Inter dimanche 14 novembre 2010
 
« - Philippe Abitboul .- Bonjour à tous. Actualité dominée, vous l’imaginez, par l’attente de la composition du nouveau gouvernement. Ce matin, Nicolas Sarkozy a reconduit François Fillon dans la fonction de Premier Ministre. François Fillon consulte depuis ce matin pour former la nouvelle équipe gouvernementale, consultation en étroite collaboration avec Nicolas Sarkozy. Les deux hommes sont actuellement en tête-à-tête à l’Élysée. Matignon, l’Élysée, les noms qui circulent pour la composition de l’équipe Fillon 2, nous en parlerons avec Jean-François Achilli. L’invité de ce journal sera Édouard Lecerf, le directeur général de l’institut TNS/SOFRES avec qui nous verrons si Fillon reconduit à Matignon, cela va constituer un nouveau ballon d’oxygène pour la politique de Nicolas Sarkozy. La composition du nouveau gouvernement devrait intervenir dans l’après-midi, ce soir ou au plus tard demain matin. Le nouveau gouvernement qui est attendu constituera bien sûr l’essentiel de l’information de cette mi-journée.
À retenir également
- l’incendie dramatique la nuit dernière à Dijon : sept morts et onze blessés graves dans un foyer de travailleurs émigrés. Brice Hortefeux sera sur place cette après-midi
- Aung San Suu Kyi revient en politique à peine libérée par la junte birmane. La prix Nobel de la Paix affirme que son pays a besoin de démocratie et de droits de l’Homme. La dame de Rangoon se déclare aussi prête au dialogue avec les responsables de la junte.
- Le temps après la pluie et le vent, voilà la baisse des températures qui s’annoncent (…)
Le nouveau gouvernement, on en connaîtra la composition en fin d’après-midi, ce soir ou au plus tard demain matin. Ce matin, le président Nicolas Sarkozy a renouvelé sa confiance à François Fillon. Le premier ministre a été chargé de former le nouveau gouvernement. À l’heure où nous parlons, François Fillon aurait quitté Matignon et serait à nouveau reçu à l’Élysée par Nicolas Sarkozy. Avant d’aller au palais présidentiel, petit tour du côté de l’Hôtel de Matignon où se trouve Laurence Peron. Laurence, François Fillon a bien quitté Matignon pour l’Élysée ?
 
- Laurence Peron .- Oui, tout-à-fait, et pour le moment c’est encéphalogramme plat ou quasi rue de Varennes. Les portes de Matignon sont fermées. Du trottoir où les journalistes font le pied de grue, l’horizon, c’est une façade close tenue par deux gendarmes en faction. Quelques indiscrétions filtrent. Luc Châtel, ministre de l’éducation et porte parole du gouvernement a été reçu ce matin. Claude Guéant le secrétaire général de l’Élysée aussi, l’ancien préfet, dont on dit qu’il pourrait faire son entrée au gouvernement. Xavien Bertrand, le patron de l’UMP est passé également : on le donne parmi les entrants putatifs. À 12 h 05 très précisément, François Fillon, le premier ministre a quitté Matignon pour l’Élysée. Les spéculateurs ici tablent sur une annonce en fin d’après-midi. À Matignon, Laurence Péron, France Inter.
 
- P. A. .- Merci Laurence. Direction maintenant l’Élysée, Anne-Laure Dagnet vous êtes sur place, vous confirmez : Nicolas Sarkozy reçoit bien en ce moment même François Fillon ? 
 
Anne-Laure Dagnet.- Oui, François Fillon est effectivement en ce moment même en tête-à-tête avec Nicolas Sarkozy. Le Premier Ministre a quitté peu après midi Matignon avec une escorte de motards, les sirènes en action. Une sortie pas très discrète donc, et il est entré à l’Élysée par une porte dérobée loin des caméras et des photographes. Alors attention, ça ne veut pas dire que les choses s’accélèrent, prévient la conseillère en communication de François Fillon. Les consultations vont se poursuivre toute la journée puisque Matignon, vous le disiez, annonce la formation du nouveau gouvernement pour ce soir au mieux, voire demain. Et c’est d’ailleurs l’option qui est privilégiée à l’Élysée. Le bal des voitures aux vitres teintées a repris de plus belle ici à l’Élysée. Et ce n’est pas près de s’arrêter. François Fillon pourrait faire plusieurs aller-retour entre Matignon et l’Élysée dans la journée.
 
- P. A. .- Anne-Laure, depuis hier et plus encore depuis ce matin, depuis l’annonce de la reconduction de François Fillon à Matignon la composition du nouveau gouvernement est en train de se dessiner. Il y a déjà une arrivée confirmée, on le sait depuis hier, c’est celle d’Alain Juppé. Et puis il y a les spéculations avec quelques rumeurs fondées.
 
- A-L.D. .- Oui, Alain Juppé l’a annoncé lui-même. Il devrait faire son entrée dans le gouvernement au poste de ministre de la défense. Jean-Louis Borloo qui briguait Matignon pourrait quitter lui, le gouvernement. Il aurait eu plusieurs propositions, mais apparemment ça ne lui convient pas ! Le ministre de l’écologie doit être reçu dans la journée à l’Élysée. MAM serait nommée, Michèle Alliot-Marie, pardon, serait nommée aux affaires étrangères. Du coup Valérie Pécresse hériterait de la justice. Jean-François Copé aurait refusé le ministère de l’Intérieur. Le chef de file des députés de l’UMP voudrait rester en dehors du gouvernement. Brice Hortefeux conserverait donc son poste. Et puis Rama Yade et Fadela Amara seraient elles remerciées, mais ce ne seront pas les seules puisque le gouvernement doit passer de 37 ministres et secrétaires d’État à une vingtaine de membres seulement.
 
- P. A. .- Merci Anne-Laure Dagnet. Jean-François Achilli, ministères acceptés, ministères refusés, on attend la composition du gouvernement pour la soirée voire demain. Quels noms et quelles fonctions devraient changer à première vue ?
 
- Jean-François Achilli .- C’est toute la difficulté du jeu des chaises musicales qui bat son plein. Les informations d’Anne-Laure Dagnet sont assez précises en ce sens qu’il faut comprendre qu’avec cette double arrivée d’Alain Juppé et de Xavier Bertrand, ce sont deux poids lourds de l’ex-RPR qui font leur rentrée. Il y a une vraie difficulté avec le nombre de femmes du gouvernement, ce pourquoi Valérie Pécresse devrait monter en grade ainsi que Nadine Morano. Il y a une difficulté autour du cas de Michèle Alliot-Marie, elle-même un poids lourd ex-RPR. La difficulté porte aussi sur les centristes. Jean-Louis Borloo effectivement faisait part hier soir auprès de ses proches de claquer la porte de ce gouvernement et d’aller au fond refonder le Centre avec son parti radical qu’il arracherait de la planète UMP. C’est une difficulté pour Nicolas Sarkozy qui lui propose toutes sortes de grands ministères. Et d’ailleurs il en disposait déjà d’un, celui de l’écologie élargi aux transports et le reste. C’est la difficulté aussi de la fin de l’ouverture. Il faut mettre dehors les ministres qui ont marqué un peu cette différence, le plus emblématique étant Bernard Kouchner. Difficulté avec le cas d’Éric Woerth. Que faire avec cet ex-futur premier ministre littéralement plombé par l’affaire Bettencourt. Si vous voulez, c’est comme à chaque fois le même cas hein ? Le président de la République et le premier ministre sont devant une sorte de mécano difficile, complexe. On essaie de maintenir des équilibres au sein d’une famille qui se déchire entre anciens gaullistes, enfin gaullistes, anciens RPR et centristes, et au fond on essaie de faire une sorte de mayonnaise qui ne ressemble pas vraiment à la surprise promise depuis le départ, puisqu’il était question de surprendre, on va en parler dans un instant, de prendre un virage plus social après ce qui s’est passé. Les surprises promises pour l’instant se font attendre.
 
- P. A. .- Vous parliez à l’instant de Jean-Louis Borloo. Que devient-il ? Longtemps pressenti pour Matignon, le centriste Jean-Louis Borloo va donc quitter l’Écologie et le développement durable, et l’Élysée lui aurait fait des propositions. Pour l’heure Borloo réfléchit. Marielle de Sarnez, la vice –présidente du MODEM pense qu’il est temps pour lui et pour tous les centristes de reprendre leur indépendance. On écoute Marielle de Sarnez au micro d’Edwige Coupez.
 
- M. de Sarnez .- J’ai de l’estime pour François Fillon tout en n’étant pas de son parti politique. Je ne suis pas à l’UMP, je suis au mouvement démocrate avec François Bayrou. J’ai de l’estime pour lui. Je ne me reconnais pas dans la politique qu’il conduit. Mais je pense que les centristes de la majorité dont on a beaucoup entendu parler ces derniers temps et notamment Jean-Louis Borloo, au fond moi, je ne les ai jamais entendus, comment vous dire ? exprimer une seule réserve à l’égard de ce gouvernement. Ils sont totalement solidaires, co-décisionnaires de tout ce qui a été fait depuis maintenant plusieurs années. C’est leur choix !
 
- P. A. .- Édouard Lecerf, bonjour !
 
- Édouard Lecerf . – Bonjour !
 
- P. A. .- Édouard Lecerf, vous êtes directeur général de l’institut TNS/SOFRES, notre partenaire pour la politique et les périodes électorales. Là c’est la politique qui est au cœur du week-end. Fillon reconduit, Édouard Lecerf, est-ce que cela va changer quelque chose ? Est-ce que cela peut redonner de l’oxygène à Nicolas Sarkozy au plus bas dans les sondages, victimes entre autres de la réforme des retraites ?
 
- É. L. .- On peut se poser la question de deux manières : est-ce que ça va redonner de l’oxygène au premier ministre, nouvellement renommé et au président de la République ? Là c’est intéressant au regard de depuis trente ans ce qui s’est passé. À chaque fois qu’un premier ministre a été renommé à son poste, eh bien ! il n’y a pas d’effet, ou alors très peu, c’est juste un hoquet d’opinion, pas vraiment de rebond et malheureusement la maladie de décroissance de la popularité dans l’opinion continue à faire son œuvre, et le nouveau premier ministre de ce point de vue-là ne pourra pas être un joker absolu.
 
- P. A. .- Alors, pour l’heure, Édouard Lecerf, on ne connaît pas encore bien sûr les porte-feuilles attribués et les définitions de charges, mais les cadres et les feuilles de route de chacun vont beaucoup changer selon vous entre le gouvernement précédent et le nouveau ?
 
- É. L. .- D’abord, il faut se souvenir qu’il n’y a pas d’attente dans l’opinion pour un changement de premier ministre ou un changement de ministres. Ce n’est pas une question que les Français se posent tous les matins. La question que les Français se posent tous les matins c’est quelle politique va changer ? Comment les choses vont bouger ? Les choses vont évoluer ? De ce point de vue-là, les nouvelles attributions des uns et des autres vont peut-être encore une fois représenter des petits rebonds, des petites interrogations des petits…
 
- P. A. ._ Des ajustements à la marge…
 
- É. L. .- Des bulles d’espoirs. Mais pour autant c’est vraiment à la marge et on ne va pas changer du tout au tout.
 
- P.A. .- Alors François Fillon s’est engagé à conduire la France dans une nouvelle étape avec la croissance et l’emploi comme priorité. Régis Lachaud, François Fillon avait déjà pris cet engagement lors de son arrivée à Matignon en 2007.
 
- Régis Lachaud . – Exact ! On peut donc s’attendre à une continuité de cette politique économique. Le communiqué publié ce matin par Matignon évoque d’ailleurs trois ans et demi de réformes courageuses mais aussi une sévère crise économique mondiale, crise qui a largement bouleversé la donne, avec une récession et une explosion des déficits publics. Dès le 3 novembre dernier, il y a dix jours, François Fillon avait souhaité la continuité de cette politique réformiste : « On ne gagne rien à changer de cap au milieu de l’action », déclarait-il alors – Tout est dit – après l’aboutissement de la réforme des retraites, le premier ministre marque son engagement à poursuivre sa politique économique, ce qui confirme notamment sa politique de rigueur budgétaire pour réduire comme promis les déficits publics, État mais aussi Sécurité sociale. Quant à la priorité affichée depuis 2007 pour la croissance économique au service de l’emploi, la continuité devrait primer là aussi avec une réduction des effectifs dans la fonction publique pour limiter les dépenses et réduire les prélèvements obligatoires pour les entreprises privées. La politique sociale restera quant à elle probablement marquée par cette contrainte budgétaire.
 
- P. A. .- Alors, Édouard Lecerf, je reviens vers vous. Vous avez dit nouveau souffle pas sûr en principe. L’érosion devrait se poursuivre. Alors je vais reformuler autrement : est-ce qu’il a les moyens, François Fillon, de répondre maintenant avec la future équipe gouvernementale autour de lui aux attentes des Français qui l’ont plébiscité dans les sondages ces derniers mois.
 
- É. L. .- Il y a quand même une caractéristique intéressante et assez nouvelle. Il y a une caractéristique qui est celle de sa popularité qui est supérieure à celle du président de la République. En général, le rapport de forces entre un président et un premier ministre, c’est plutôt l’inverse, c’est le président de la république qui est plus populaire qui se sert du premier ministre pour être un peu un bouclier. Là, c’est différent. Est-ce que c’est un avantage, est-ce que c’est un inconvénient ? Dans les rapports avec le président de la République ce n’est pas évident. Mais en tout cas du point de vue de l’opinion, il est sorti de cette période des retraites un peu renforcé, il a gagné 4 points dans notre dernier baromètre, alors que le président de la République restait au même niveau. Donc il n’est pas trop mal vu par l’opinion. Il a de ce point de vue-là des choses à dire. Il a peut-être un peu affirmé quelques éléments de son profil politique en se dégageant, en disant que le président n’était pas son mentor, etc. Donc il y a quelques avantages pour lui. Mais pour autant, pas de rupture. Continuité avant tout !
 
- P. –A. .- François Fillon a Matignon une nouvelle fois, pourquoi garder le même premier ministre. Nicolas Sarkozy veut user François Fillon jusq’au bout ou au contraire est-ce que Fillon 2 aura plus de pouvoir que Fillon 1 ?
 
- É. L. .- Je vous le disais : du point de vue de l’opinion pas de vraie rupture. Lorsqu’on regarde les choix qui ont été faits de changer le premier ministre en cours de route. C’est arrivé à plusieurs reprises, notamment depuis 1981. Là c’est intéressant par contraste. Là non plus, il n’y a pas vraiment eu d’effets. Il y a eu parfois un premier ministre un peu plus populaire que le précédent, mais pour autant le président de la République lui ne rebondissait pas. C’est donc un choix de continuité, on verra, un choix d’entrée dans la campagne également.
 
- P. A. .- Encore un mot Édouard Lecerf ! Si ma mémoire est bonne, dites-moi si je me trompe : c’est la première fois que le premier ministre va accompagner le président de la République durant la totalité de son mandat, c’est-à-dire jusqu’à la présidentielle en 2012.
 
- É. L. .- Il y a vrai un record de longévité effectivement pour François Fillon, notamment de premiers ministres hors période de cohabitation. Il va de ce point de vue là battre un record d’une certaine manière, absolument !
 
- P. A. .- Jean-François Achilli, on ne connaît pas encore bien sûr la composition du gouvernement. Mais en attendant il y a quand même eu ces dernières heures des effets surprises importants. Vous disiez vous même en début de journal. Vendredi, Nicolas Sarkozy, on va faire un peu un flash back, est rentré du sommet du G20, il est rentré de Séoul. On pensait qu’il allait prendre le week-end intégral pour réfléchir et finaliser le changement de gouvernement. En fait, les choses sont allées beaucoup plus vite que prévu et une fois de plus Nicolas Sarkozy a pris tout le monde de vitesse.
 
- J.-F. A. .- Eh oui ! Il l’a fait pour deux raisons. Au fond la première complète ce que disait à l’instant Édouard Lecerf, à savoir que la reconduction évidente de François Fillon s’est imposée à Nicolas Sarkozy sur un plan politique. Tout le monde l’a dit : il ne peut plus le virer. C’est un petit peu comme si le chef de l’État, c’est une première dans son parcours depuis qu’il a été élu, s’était fait un petit peu forcé la main par sa propre majorité et s’installait dans une sorte de cohabitation à droite . Deuxième : absence d’effet de surprise, ce remaniement annoncé depuis la fin du mois de juin et cette éprouvante course à Matignon, alors Nicolas Sarkozy a choisi sa bonne vieille méthode de la communication pour surprendre. Cette annonce, on l’a vu hier soir, juste avant « Champs Élysées » à la télé, un remaniement amorcé un dimanche, histoire de reprendre le dessus sur des rédactions de presse au repos. Eh ben ! non ! On est tous là ! La salle de presse de l’Élysée a été fermée vendredi pour en rajouter dans le côté un peu obscur, opaque des choses, dans la dramaturgie, et vous le verrez les commentaires, au vu du casting qui va sortir du chapeau, vont très vite reprendre le dessus. Il est question d’ailleurs, c’est ce qui m’a été dit de source élyséenne, que le remaniement pourrait être plutôt annoncé demain matin. On essaie de continuer à surprendre. Mais les commentaires vont aller bon train et très vite.
 
- P. A. .- En attendant les commentaires, déjà des réactions : d’abord celles de Bernard Debré, le député UMP qui voit dans la reconduction de François Fillon à Matignon la concrétisation du souhait des Français
 
- Bernard Debré . – Le fait que François Fillon soit reconduit, c’est le résultat d’une part d’une très grande période d’hésitation. On ne savait pas qui y allait. Et surtout la volonté des Français plutôt de droite, disait : gardez-le ! C’est aussi les parlementaires qui disent : Gardez-le ! Jean- Louis Borloo n’a pas réussi à percer dans l’esprit des parlementaires et l’esprit des Français. François Fillon était l’homme de la situation, le fédérateur, et il reste le fédérateur. Prendre quelqu’un d’autre, le faire accepter, ça prend du temps ! le faire approuver. Et après avoir changé de gouvernement, on va se mettre en ordre de bataille pour les élections de 2012.
 
- P. A. .- Propos recueillis par François Sauvestre. Dominique Paillé, le porte-parole adjoint de l’UMP se félicite de se gouvernement Fillon 2. Pour Dominique Paillé, la France a plus besoin de poursuivre des réformes que d’un changement de direction à la tête du gouvernement. À gauche, le point de vue bien différent de Bruno Leroux, le député socialiste de Seine-Saint-Denis, Bruno Le Roux ironise : tout ça pour ça ! 6 mois de gestation qui ne vont pas changer grand chose !
 
- Bruno Le Roux .- Tout cela pour ça, plusieurs mois de débat sur ce remaniement pour en arriver aujourd’hui à la reconduction de la même politique avec le même premier ministre, c’est-à-dire une politique qui est toujours rejetée par les Français, et donc on se demande bien pourquoi il a falllu autant s’occuper des affaires de l’UMP pendant plusieurs semaines pour en arriver à ce point là. Car je ne crois que le président de la République, quand il annonçait, il y a quelques mois, cette volonté de remanier, pensait garder son premier ministre. Et donc on a eu pendant plusieurs semaines un spectacle indécent de ministres qui géraient plutôt leur place, leur rapport de forces avec le président de la République, leur place à l’intérieur du gouvernement plutôt que de s’occuper des affaires des Français.
 
- P. A. .- Avant de fermer ce chapitre consacré au remaniement du gouvernement, je vous rappelle que la nouvelle équipe ministérielle qui travaillera avec François Fillon sera connue ce soir ou au plus tard demain, le premier ministre qui vient d’être reconduit pas Nicolas Sarkozy va consulter toute la journée pour présenter ensuite sa liste au chef de l’État. J’ajoute que ce soir, il y aura un « Dimanche soir politique spécial » à 18 h sur France Inter consacré au remaniement du gouvernement, « Dimanche soir politique » avec Hélène Jouan, directrice de la rédaction de France Inter, Renaud Dély, directeur adjoint, Édouard Lecerf que l’on a entendu dans ce journal, Édouard Lecerf directeur général de l’institut TNS/SOFRES et bien sûr, Jean-François Achilli, du service politique de France Inter

Voix d’animatrice .- Vous écoutez France-Inter, 13h18 !  »

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10 réactions à cet article    


  • pissefroid pissefroid 16 novembre 2010 12:05

    franceinter, c’était pas « radio paris » en 1940 ?,

    c’est devenu « radio sarkozy » en 2010.

    Tout faire pour meubler et masquer l’information (réunion des écologistes).


    • ena63 ena63 16 novembre 2010 17:30

      oui enfin, l’information pertinente c’est de savoir quand les écologistes ne font PAS des réunions... smiley


    • Ann O’Nymous 16 novembre 2010 12:54

      En lisant la transcription - merci - cela semble moins grave que ce que l’article prétend.


      • docdory docdory 16 novembre 2010 17:05

        Cher Paul Villach

        On se demande si France Inter n’a pas voulu, au cours de ce journal, mettre en application certains aphorismes du regretté Pierre Dac , qui avait dit , entre autres :

        « Ce n’est pas parce que l’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule. »

        « En politique, parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs de ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir. »

        Puisqu’on en est aux manoeuvres politiciennes de Sarkozy , Pierre Dac avait eu une phrase qui paraît maintenant prémonitoire :

        « Le plus grand nain de France mesure 1 mètre 63, taille très exceptionnelle pour un nain. » !!!

        Sacré Pierre Dac !



        • Paul Villach Paul Villach 16 novembre 2010 17:48

          @ Cher Docdory

          Vous avez raison. Pierre Dac en a de très bonnes ! Paul Villach


          • Alpaco 16 novembre 2010 18:55

            P.Villach soit vous dites la vérité, soit vous l’interpretez.

            Il est peut-être possible que la réalité soit supérieure à l’information. Et que, aussi con que nous soyons, nous avons une aptitude à le comprendre.

            Continuez à nous le montrer.


            • Paul Villach Paul Villach 16 novembre 2010 19:01

              @ Alpaco

              N’en doutons pas, la réalité existe ! On s’en aperçoit quand on se cogne contre un meuble !

              Mais on n’accède qu’à une représentation de la réalité plus ou moins fidèle puisque ce n’est que par l’intermédiaire de médias (personnels et de masse) - pardonnez la tautologie - qu’on la perçoit. Paul Villach


            • yvesduc 16 novembre 2010 19:56
              Je trouve que le journal est ce qui se maintient le mieux sur France Inter, sous l’ère Philippe Val (bien que j’aie raté le monument dont il est question dans l’article).

              J’écoute France Inter depuis aussi longtemps que je me souvienne et pour la première fois, je songe non pas à quitter totalement la boutique mais à panacher avec d’autres stations – je cherche lesquelles. La bêtise Philippe Val s’est abattue sur la radio, qui devient de plus en plus insipide, tandis que son directeur se comporte vis-à-vis des journalistes (consciemment ou pas) en Sarkozien décomplexé. Une charrette suit l’autre. C’est vraiment dommage ; je ne sais plus vers qui me tourner, les radios privées étant saturées de publicité.

              J’ai honte de penser que quelques (bonnes) années plus tôt, j’étais fan de Philippe Val...

              J’espère que l’auteur voudra bien m’excuser pour cette digression !

              • ena63 ena63 16 novembre 2010 21:27

                A la décharge de France Inter (et des radios en général) un certain nombre d’auditeurs ont tendance à zapper frénétiquement pour passer d’une station à l’autre. Moi même j’essaie de passer entre les gouttes de la publicité en sautant d’une radio à l’autre, grappillant çà et là des bribes d’infos et me constituant ainsi une sorte de « revue de presse » personnelle.


                Ainsi, les répétitions et les vaines interventions journalistiques auxquelles il est fait allusion dans cet article ne m’embêtent pas plus que ça et j’ai vite fait de déduire que la seule information valable ici est qu’IL N’Y A PAS ENCORE D’INFORMATION DISPONIBLE.




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