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France Soir : Olivier Rey veut emballer le poisson

Les journalistes de France Soir devront racoler large pour écrire leurs papiers : on leur demande de l’alcool, des putes et des larmes pour redresser les ventes. Le tout avec un effectif très string.

Olivier Rey est un journaliste visionnaire. Rédacteur en chef de But, il n’hésitait pas en une, à annoncer des transferts aussi spectaculaires qu’imaginaires. Ainsi a-t-on pu voir sans les voir Batistuta ou Trezeguet à l’OM, en gros caractères, sans réserve, avec la certitude de celui qui a bien tendu l’oreille au bar du coin. Avant But, Olivier Rey sévissait à Stade 2, indécrottable vivier de journalistes brillants et compétents, encore aujourd’hui.

Aujourd’hui, Olivier Rey a décidé de s’occuper du cas France Soir. Avec les mêmes méthodes : des rumeurs, voire des ragots, érigés en vérités absolues, incontestables et irréfutables. Et si on se trompe, ce n’est pas grave, on recommence. Ce qu’il appelle du journalisme.

Extrait : « On ne va pas couvrir un match de foot pour raconter que Juninho a marqué un coup franc. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de savoir dans quelles boîtes de Lyon les joueurs sont sortis, après le match, et si Juninho s’est tapé une pute. » Voilà qui est clair. En guise de déontologie, au moins, les bases sont posées. Et nul besoin, pour cela, de conserver un effectif « pléthorique », pas besoin de 112 salariés pour aller observer les coucheries d’un joueur de foot, effectivement. Une trentaine suffiront. Les pages culture ? On flingue. La politique ? On rase. Ou on en parle...différemment. C’est le mot préféré de Rey, ça, « différemment. » Entendez, tabloïdement. Parce que son modèle est là, solidement implanté dans son projet de refonte du journal : imiter les tabloïds anglais, genre le Sun, qui publie cette semaine la photo des fesses d’Angela Merkel en vacances. Passionnant. Journalistiquement passionnant.

L’adjoint d’Olivier Rey, monsieur Brunois, demande, lui, aux journalistes en colère de se montrer réalistes : « Nous n’avons pas les moyens d’envoyer un journaliste suivre le concert des Rolling Stones au Stade de France. Dans un premier temps, les dépêches suffiront. » Donc, plus de journalistes, que des dépêches. Plus de reportages, que des rumeurs. Plus de faits, juste des ragots, des allégations, des extrapolations. De quoi effectivement donner le sourire aux quelque trente trois journalistes restant en poste pour cette nouvelle aventure de France Soir ! Quel journaliste n’a pas rêvé sur les bancs de son école de pister une star de football en guettant l’ultime moment de vérité où il s’en ira avec une fille de joie, pour dépenser une part ridicule de son astronomique salaire ? Quel journaliste n’a pas fantasmé en se demandant si Ségolène Royal portait des strings ou était une adepte du bronzage intégral ? Quel journaliste n’a pas souhaité plus que tout poser la question ultime à un président en exercice, entre un avis sur le Proche-Orient et le dernier film vu, lui demander donc : « Monsieur le président, est-ce que sucer c’est tromper ? » Franchement, quelle carte de presse n’a pas frémi à l’idée de briller de ces (mauvaises) façons-là ?

Monsieur Olivier Rey a raison, le vrai journalisme, celui que les gens attendent, c’est celui-ci, le journalisme façon Cauet, façon Ardisson, façon Fogiel, et d’ailleurs si j’étais lui, je virerais tous les journalistes encore en place pour les remplacer par ces trois-là, en ajoutant Delarue pour les pages bien-être et Arthur pour les pages culture. Ca rime. Enfin non, j’avais oublié, Culture, c’est un gros mot. Pas de quoi sortir son revolver, mais pas loin, selon monsieur Rey. Au diable la culture, au caniveau l’intellectuel, ce qui fait vendre c’est du nichon, des fesses en page 3, comme dans le Sun, ce grand journal indépassable. Donc, pour essayer de résumer le projet, on peut dire que le nouveau France Soir sera un mélange de grossièretés et de ragots, de désinformation et d’hypothèses, de fantasmes et de délires. Un grand quotidien, en somme, prêt à faire trembler Le Figaro, Libération ou Le Monde. Ou Tiercé Magazine. Ou Cuts. Vous savez Cuts, le nouveau journal lancé par Cauet, avec une recette simple : du foot, des bagnoles, des filles à poil et le programme télé. Olivier Rey aurait, je suis sûr, aimé avoir cette idée avant. Au lieu de ça, le voilà obligé de batailler avec des journalistes aigris qui ne comprennent rien, brandissent la déontologie comme si c’était les tables de la loi, bloquent la sortie de son Gala quotidien et le font passer pour un obscur démago. Quelle ingratitude ! Même Alain Delon se déclare outré par son projet ! Même Alain Delon ! « Vous imaginez, un journal sans culture, sans politique, il faudra l’appeler France-people-cheval-cuisine, une sorte de sous Voici  », déclare l’acteur, avant de rajouter : « Lazareff va se retourner dans sa tombe ».

Même Alain Delon est plus lucide qu’Olivier Rey sur ce coup-là, c’est pour dire l’envergure de celui qui veut redonner à France Soir un « second souffle », un « nouvel élan ». Son compère Brunois n’est pas mal non plus, lui qui passe son temps à insulter les grévistes (les traitant, excusez du peu d’ « enculés » et de « salopes », citations extraites du blog des journalistes en grève de France Soir) avant de les avertir qu’ils se fatigueraient « avant lui. » Enculés, salopes, putes, le débat est déjà à la hauteur du journal à venir. Un débat d’idées, qui accepte la contradiction, ne craint pas la confrontation, et souhaite visiblement aboutir...

Blagues à part (même si tout cela ne prête pas forcément à rire), il y a certainement plusieurs façons de faire du journalisme, d’aborder la politique, d’écrire sur la culture, de raconter le sport, mais il y a aussi trente-six façons de faire n’importe quoi, de racoler à n’en plus finir, de rabaisser le niveau pour ramasser tout ce qui traîne, de flatter les plus bas instincts au nom de la prétendue liberté d’expression, sous le fallacieux prétexte de proposer une autre vision des choses, voire de divertir. La ficelle est grosse, l’arnaque évidente, mais, malheureusement pour les salariés de France Soir, parfois, ça marche. 


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11 réactions à cet article    


  • no (---.---.94.25) 24 avril 2006 12:31

    Je trouve plus que choquant que l’ensemble des médias au non du politiquement correcte se livre a un lynchage en public qui empeche la création d’un journal tabloide trash..

    quand au journalistes de France Soir si ils ont pas envie de travailler bhein qu’ils s’inscrivent au chomage

    je trouve lamentable car a ce que je sache ils sont pas proprietaire de l’entreprise...

    Toute façon vu le lamentable atitude de ces journalistes ils méritent le journal vu les transgressions qui se permettent.

    j’aurais été le repreneur j’aurais débarquer ceux qui ne veulent pas participer au nouveau projet.

    Les journalistes sont les seuls salaries a dépasser les limites qu’a un salarié lambda... et tout le monde trouve cela normal...

    Si on a pas envie que son entreprise fabrique des produits car ils heurtent son ethique (ethique des journalistes...) on démissione...

    En france les journalistes de la Presse ecrite ne sont pas des journalistes mais des journalistes qui ecrivent pour conforter leurs idées ce qui est la cause principale du naufrage de la presse Française...

    Quand on voit le lmynchage et la démagogie face a la presse gratuite... on fait pareil pour la création de ce journal trash.

    la france n’echappera pas aux journaux trash... c’est pas une minorité defendeur de l’intellegicia du politiquement correct qui empecher ce choix aux citoyens et au marché...

    On devrait etre libre de lire un torchon et meme la liberté d’entreprendre d’en créer un... Le citoyen est libre d’acheter le produit ou pas mais je trouve lamentable qu’une prétendu empeche ce choix... c’est l’illustration de ceux qui detiennent et imposent leur politiquement correcte... sous entendu les citoyens sont des débiles profond on va penser pour eux... et ce qui sorte de cette logique en prenne plein la poire...


    • Briou (---.---.19.11) 24 avril 2006 15:21

      J’aimerais connaître votre définition du politiquement incorrect ... Est - ce faire autre chose en publiant de la « merde » ? Vouloir à tout prix sortir de la pensée unique en publiant des ragots ? Est - ce mentir pour publier différemment ? En tout cas, moi, je ne peux supporter ce pseudo - journalisme !

      Je suis donc parfaitement solidaire du mouvement des salariés de France soir car, jusqu’à preuve du contraire, la grève est un droit en France ...

      Néanmoins, vous soulevez un problème intéressant qui est le suivisme de la presse et la pensée unique que veulent instaurer les éditorialistes (rappelons - nous le référendum du 29 mai) pour faire penser les gens à leur place. Mais, je suis loin d’être d’accord avec vous dans la réponse qu’il faut apporter à ce problème ... Ce n’est pas en publiant des journaux poubelles qui mentent, qui ragottent, ... que l’on résoudra le fait qu’ une pensée unique se développe ! De plus, quelques journaux tentent d’infiltrer cette brèche (marianne, le monde diplomatique, ...)

      Et, si les gens continuent à lire ces pseudo - journaux, c’est peut - être qu’ils se désintéressent tout simplement de la politique ... Mais ceci est un autre problème


    • who_cares (---.---.54.75) 24 avril 2006 16:56

      Olivier Ray s’est déplacé hier sur le plateau de « tout le monde en parle » pour donner des explications. Il s’est littérallement fait lyncher par Fogiel qui - comme a son habitude - posait des questions dont il n’écoutait pas la réponse en coupant sans cesse les gens, appuyer par un Moati qui a beau jeu de se faire l’avocat des salariés mais qui n’en mène pas large lorsque Olivier Ray lui propose de redresser France Soir.

      En écoutant un peu Olivier Ray , il a tout de même avancé les faits suivants :

      1. Le journal actuel perd actuellement 800 000 Euros par mois

      2. En disant que ce qui l’intéressait n’était pas « les buts des joueurs, mais les putes avec lesquelles ils sortaient », il a avoué qu’il y avait été un peu fort et qu’il l’avait joué provoc.

      3. Le seul numéro du journal qui a pu sortir l’a été par un autre journal car les salarié actuel de france soir protestent contre le plan de redressement qui prévoit de garder 51 salariés seulement sur les 112 actuels.

      4. Il affirme aussi que si c’est sa personalité qui pose problème, il est prêt à s’effacer pour laisser le conseil de rédaction dialoguer directemment avec le promoteur immobilier (sans pour autant sortir complètement de la partie et c’est normal : il a quand même mis son argent dans l’affaire)

      Je préfère qu’un journal se « transforme en tabloïd » et continue à faire vivre 51 personnes/familles , plutôt que ce même journal disparaisse complètement et fasse 112 chômeurs de plus.

      Enfin, cette « transformation en tabloïd » reste à prouver puisqu’aucun numéro n’a encore pu être publié « normalement ».

      Il faut que les gens arrêtent de se lamenter et se bottent le cul pour bosser même si ça dépasse les 35 heures et même si tout ne se déroule pas forcément comme ils le veulent ( et si avoir un boulot était déjà un luxe ?). C’est peut-être ma récente expérience du chômage qui me conduit à penser ainsi.

      Enfin, il n’y a pas de recette miracle pour redresser une entreprise car c’est de ça qu’il s’agit et c’est déjà courageux d’essayer.

      Si on s’en tient au chiffre, la soixantaine d’emplois dont il est question me paraît autrement moins significatifs que les milliers d’emplois incertains de l’autre côté du Rhin chez Volkswagen.


    • who_cares (---.---.54.75) 24 avril 2006 17:04

      Il y a moins d’hypocrisie dans les tabloïds que dans le militantisme éthico-journalistique à 2 balles dont s’abreuvent les gens qui n’ont pas compris que si France Soir n’est pas redressé, il n’y aura de toute façon pas de débat sur « tabloïd/Pas-tabloïd » pour France Soir, car France Soir ne sera plus.


    • Chem ASSAYAG Chem ASSAYAG 24 avril 2006 21:47

      Votre commentaire introduit un peu de bon sens dans un débat où seul l’affect semble dominer. Il faut rappeler qu’il y’a une procédure judiciaire et administrative qui a amené à la reprise du journal par Rey (France Soir depuis de nombreuses années est un quotidien à la dérive dont je suis à eu près sûr qu’aucun des commentateurs penchés à son chevet depuis quelques jours n’a jamais lu la moindre ligne depuis le siècle dernier). Sans reprise c’est le dépôt de bilan et la fin du titre. 120 journalistes au chômage. Point. Alors on peut trouver que le projet de Rey n’a aucun intérêt, qu’il est trash, bas de gamme, populiste, démago et tutti quanti mais il a au moins le mérite d’exister. Les journalistes qui ne veulent pas rester peuvent toujours faire jouer leur clause de conscience et partir. Les belles âmes - et effectivement il était un peu surréaliste de voir Fogiel jouer son rôle de sainte nitouche hier ou Moati faire le démago - peuvent toujours verser une larme sur le France Soir de Lazareff, mais cette époque est révolue. France Soir, si il survit, sera un titre qui n’a pas grand chose à voir avec cette époque glorieuse, ou dispraîtra. Cdt,


    • jean_charles1 (---.---.211.165) 24 avril 2006 23:10

      Et si on essayait de se respecter sur la toîle ! Les rédacteurs d’Agoravox sont tous bénévoles et un article aussi bien pondu mérite pour le moins le respect. Je peux comprendre votre désaccord, les commentaires sont là pour exprimer des avis différents mais évitez ce ton haineux envers l’auteur de cet article et envers la profession de journaliste. Ca fait débile et dépassé de parler de respect, tant pis j’assume.


    • zoï (---.---.58.60) 24 avril 2006 14:34

      Il est dans la logique des choses qu’un journal de caniveau finisse dans les égouts...


      • Daniel Milan (---.---.168.150) 24 avril 2006 15:30

        Emballer le poisson avec, n’est pas très sain, ni respectueux pour les poissons, même morts ! Par contre, on pourrait utiliser ce papier pour ramasser les crottes de chiens... Ma mère nettoyait les vitres avec !


        • gem (---.---.117.249) 24 avril 2006 15:49

          Vous n’avez pas besoin de France-soir nouvelle manière, vous ! voilà un article qui qui répond parfaitement à l’objectif que vous dénoncez...

          Belle âme, vous avez été stagiaire au « Sun » ?


          • Rocla (---.---.178.31) 24 avril 2006 19:40

            Pourquoi ces journalistes si talentueux ne créent ils pas leur propre journal ? S’ils sont capables de faire d’ autres articles que ceux concernant les jeunes filles accompagnant les footbaleurs, (j’ aime pas bien le mot pute,ça manque de respect)d’ ailleurs elles,elles ne font pas souvent grêve,eh bien ,hop,on met les paroles en accord avec les actes,on crée son canard et on n’a nul besoin d’ un repreneur,

            Non ? Oui ?


            • Pascal J. (---.---.79.155) 25 avril 2006 19:15

              Tant qu’à vendre de la merde et faire vivre une cinquantaies de personnes , pourquoi Olivier REY et son compère BRUNOIS ne montreraient-ils pas l’exemple eux-mêmes en montrant leurs femmes à poil dans leur canard !

              D’ailleurs, ça serait interresant que les grèvistes leurs fassent le coup, histoire de voir leurs réactions !

              Ah oui, c’est sùr, il y a le travail ! Remarquez que c’est comme ça aussi que les proxènètes obligent les filles à faire le trottoir en leurs faisant se genre de chantage !

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