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Google bulle

Tout ce qui touche à Google semble désormais relever de l’excès. Ca vous rappelle quelque chose... ? Bill Gates ne dit pas toujours des bêtises ; ainsi, lors du Consumer electronics show de Las Vegas - grande messe de l’électronique grand public - qui a lieu en ce moment, il répondait aux journalistes qui lui posaient une question sur Google : "Nous constatons que les gens ont toujours tendance à se focaliser à l’extrême sur l’un de nos concurrents", et en effet, en ce début d’année, Google semble monopoliser l’attention au point qu’on peut évoquer un phénomène de bulle à son propos, tant sur le plan médiatique que sur le plan boursier.

En fait, depuis l’introduction de la société en bourse, en août 2004, Google a réussi à capter l’attention de façon tout à fait saisissante. La société maîtrise la communication à merveille, distillant tour à tour annonces fracassantes, silences assourdissants et démentis timides. Dans cette saga Google, on pourrait citer : l’orchestration des annonces autour de l’IPO (introduction en bourse) et de la méthode de cotation choisie, les lancements de Google Earth et Google Talk, le projet de numérisation des contenus Google Print, l’arrivée éventuelle sur le marché du PC... Nous en sommes au point où la moindre rumeur concernant la firme californienne prend une ampleur inédite, comme l’a montré l’exemple récent lié à l’éventuel rachat du browser Opera (voir à ce propos le blog de Pierre Chappaz).

En matière de parcours boursier (tous les chiffres sur Yahoo Finance, symbole GOOG) l’évolution de Google est totalement incroyable : l’action a clôturé vendredi 6 janvier 2006 à plus de 465 dollars, soit plus de 5 fois le cours d’introduction en août 2004 ! La société vaut 137 milliards de dollars, soit un ration cours/bénéfice (PER) supérieur à 100. Pour situer ces ordres de grandeur, Microsoft vaut 286 Milliards de dollars, mais avec un PER de 22, Yahoo vaut 60 milliards de dollars avec un PER de 40 (ce qui veut dire qu’il y a une prime de valorisation d’un facteur 2,5 en faveur de Google !), et Total, la plus grosse entreprise française, vaut 133 milliards d’euros avec un PER de 10. Continuons la comparaison avec Total, puisque les deux entreprises ont une valeur comparable : l’entreprise pétrolière a réalisé au 3e trimestre 2005 un résultat net supérieur à 3 milliards d’euros, à comparer aux 381 millions de dollars pour Google sur la même période. Comme un écart pourtant...

Ces quelques chiffres ont simplement pour but de montrer que nous sommes entrés dans l’ère de l’irrationnel en matière de valorisation de Google, comme au bon vieux temps de la bulle Internet. D’ailleurs, on retrouve les mêmes prédictions/conseils d’analystes typiques de ces phénomènes de bulle en ce début 2006 : Bear Stearns, société importante de courtage, annonce par exemple l’action à 550 dollars fin 2006 (prenons le pari qu’ils vont relever leur objectif de cours, l’action ayant déjà pris 12% depuis le 1 janvier !) Ces prévisions ayant, comme chacun le sait, un fort potentiel auto-réalisateur.

Bien sûr, Google est une entreprise avec des actifs, des technologies et des atouts indéniables, et cela n’a pas grand-chose à voir avec les start-up Internet des années 1999/2000, dont l’activité essentielle se limitait à faire des présentations aux investisseurs, mais tout cet engouement a un air de déjà vu. En effet, on peut penser que le plus facile est passé pour Google, et cela pour des raisons mécaniques :

  • Il est plus facile de croître d’un facteur 10 en passant de 1 à 10, que de franchir l’étape suivante (de 10 à 100),
  • Google reste très dépendant du marché publicitaire, et le nouveau média publicitaire Internet deviendra tôt ou tard mature, ce qui veut dire un marché avec des taux de croissance plus faibles
  • A partir d’une certaine taille, une gestion très réactive devient quasi-impossible, car l’entreprise interagit avec un nombre croissant d’acteurs
  • La concurrence réagit, et par ailleurs Google est présent sur un marché où les « disruptions » sont fréquentes et remettent en cause très rapidement les positions établies (« Qui sera le prochain Google ? »).

Dans ce contexte, il semble clair que le vecteur de croissance passera en priorité par des opérations de croissance externes pour Google dans le futur.

Pour toutes ces raisons, on peut donc penser que Bill Gates n’a pas tort quand il parle d’excès dans le même entretien, bien qu’on soit un peu étonné qu’il identifie IBM comme son principal concurrent. Moi, je parierais bien sur Google.


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3 réactions à cet article    


  • Didier Durand Didier Durand 16 janvier 2006 09:43

    Bonjour Chem,

    L’explosion de la bulle, vous la prévoyez pour quand ? Fin Janvier à l’annonce des résultats globaux 2005 de Google ?

    En tout cas, ils font quand même tout pour « rester à flot » le plus longtemps possible : voir mon dernier billet sur la restitution des revenus AdSense aux éditeurs à

    http://media-tech.blogspot.com/2006/01/selon-new-york-times-785-des-revenus.html


    • Chem Assayag (---.---.45.60) 16 janvier 2006 10:03

      Bonne question. Si je savais la prévoir je jouerai en bourse smiley Indépendamment du cas Google les phénomènes de bulle sont liés aux intérêts des acteurs (l’entreprise, ses actionnaires, les intermédiaires financiers, les analystes) qui peuvent continuer à faire « comme si » tant que cela les sert. Il faut donc souvent un phénomène exogène pour agir comme déclencheur : avis divergent d’un gourou des marchés, gros échec commercial, choc géopolitique... Même avec des résultats médiocres fin janvier - sachant qu’on peut toujours trouver les bonnes explications... - je dirai à court terme plutôt correction que vrai éclatement. Cdt,


    • jf (---.---.255.129) 16 février 2006 12:33

      comment bill gates peut-il supporter la contradiction d’être à la fois un grand patron avec ce ue cela représnte comme imépratifs et un donateur qui promet toute sa fortune à sa mort ou presque ?

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