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Google et les éditeurs

Google et le monde de l’édition sont en bagarre depuis longtemps à travers de multiples sujets, notamment Google Print et Google News. Les formes de la polémique sont diverses mais le fond reste toujours le même : c’est la violation des droits d’auteur sous une forme ou une autre qui est à chaque fois en question.

Systématiquement, malgré tout, les éditeurs sont partagés. En effet, le revers de la médaille est toujours positif : être bien référencé sur Google amène toujours beaucoup d’audience sur son site ! (et donc des revenus supplémentaires...)

Ce flirt avec la "ligne jaune des droits d’auteurs" est inéluctable : la mission de l’entreprise Google est ainsi décrite sur google.fr  : "Google a pour mission d’organiser à l’échelle mondiale les informations dans le but de les rendre accessibles et utiles à tous". Pour remplir cette mission, il faut au minimum copier ces données présentes sur le Web afin de pouvoir les indexer et les structurer pour retourner ensuite les meilleures réponses aux internautes en quête d’informations de qualité. Il est pas nécessaire de leur montrer directement cette copie à but d’indexation mais seulement les URL des pages intéressantes.

Mais cette copie cachée existe et elle représente potentiellement une violation de droits d’auteurs. Associée à un référencement parfois peu clair (absence de photos, de crédit clair, etc.) dans Google News , cette copie a donc déjà été utilisée à de multiples reprises par les éditeurs pour "tenir Google en respect". Le plus offensif des médias traditionnels est, à ce jour, l’AFP qui a engagé une action judiciaire contre Google sur ce thème du "pillage de contenu rédactionnel".

Ensuite, quand Google, toujours fidèle à sa mission, cherche à transférer en ligne des livres "du monde physique" en les numérisant, la riposte des éditeurs est massive : c’est en effet le "core business" historique qui est en jeu !

La fronde a donc vite grondé, s’est amplifiée pour arriver à son apogée il y a quelques jours : un autre procès par la Guilde des Auteurs toujours sur le thème des droits d’auteurs ("violation massive").

Non content de cette situation, selon le site PaidContent, Google ouvre aujourd’hui la bataille sur un autre front : celui des annonces classées, qui est un business très lucratif. Il représente en effet en général plus de 40% des revenus d’un journal papier traditionnel et quasiment 100% des revenus d’une plate-forme d’annonces classées en ligne. Il s’en prend donc maintenant au "nerf de la guerre". Mais il a tiré les leçons de l’expérience Google Print où il a appris à faire des concessions et à "être poli". Selon le site PaidContent, Google se limite pour l’instant à "demander" leur contenu (par transfert de fichiers) aux grands sites d’annonces classées.

Bien sûr, vu le "climat" (cf. ci-dessus), les éditeurs semblent initialement - toujours selon PaidContent - plutôt enclins à refuser ! La coupe serait-elle pleine ?

Donc, on pourrait voir très prochainement Google enclencher "de force" ses robots aspirateurs de contenus (en fait, ils sont déjà actifs) pour collecter -"crawler" selon le terme consacré - de toutes façons ces annonces sur les pages où elles sont initialement publiées afin de les structurer en un nouveau service vertical qui pourrait fort bien s’appeler "Google Classifieds" (selon le précédent choix du nom, "Google News", je prends peu de risques...).

Aux Etats-Unis, il ne serait pas le premier : Yahoo a déjà dopé son Hotjobs de cette manière il y a quelque temps, Indeed est leader de cette "centralisation du contenu" pour les offres d’emploi, Oodle se développe à vitesse explosive sur l’ensemble des segments d’annonces classées, etc. Si Google "passe en force", on verra si un procès lui est intenté (alors que les pionniers US ci-dessus ont été "autorisés" même implicitement) pour ce futur Google Classifieds. Je parierais que oui ! Ce sera l’occasion de tester définitivement le sujet sur le terrain juridique.

Dans les pays francophones, le sujet du crawling et la centralisation sur un seul site des annonces classées d’un marché a été testé au moins 2 fois au cours de ces dernières années :

  • En France, le "collecteur" Keljob a été déclaré coupable face au "collecté" (contre son gré) Cadremploi. Le "pillage illicite de contenu" a été retenu.
  • En Suisse où le Tribunal Fédéral a été plus favorable début 2005. Il a permis à la (petite) société Nexpage de continuer à centraliser les annonces immobilières en ligne du marché suisse à la condition qu’elle contine à leur apporter une valeur ajoutée par enrichissement du contenu original.

Donc, on voit que la vision juridique sur ce sujet n’est pas encore unifiée et que des batailles juridiques aux formes diverses et aux résultats multiples et incertains se préparent en cas de "passage en force"...

Mais, finalement y aura-t-il jamais une bataille juridique sur le sujet ?
En effet, la différence entre les articles éditoriaux et les annonces classées est que ces dernières mettent en jeu une tierce partie, l’annonceur, dont le seul but est d’avoir une annonce la plus visible plus possible. Il s’agit seulement au fond pour lui afin d’aboutir au plus vite à la meilleure transaction sans question métaphysique sur l’appartenance du contenu... Cet annonceur sera-t-il donc enclin à continuer à travailler avec une plate-forme qui tente d’empêcher (éventuellement par voie juridique) la découverte de son contenu par les internautes qui partent des grands noeuds de trafic que sont les grands moteurs de recherche ?

Mon avis est que les annonceurs fuiront, d’autant que des plates-formes gratuites d’annonces comme Kijiji (de Ebay) , Craigslist ou Vivastreet permettront de contourner sans peine les récalcitrants au crawling d’annonces !

L’entrée inéluctable (à mon avis) de Google à court terme dans le crawling global des annonces d’un marché et leur structuration en service vertical va donner un coup d’accélérateur formidable à la mutation en cours du marché des annonces classées. Surtout quand le terrain a été préparé par les autres grands Ebay avec Kijiji et Craigslist, Yahoo avec HotJobs et même le New-York Times avec Indeed.com (un paradoxe ?) etc. Une partie de cette mutation profonde sera commerciale : publication gratuite, position à la place de publication, prix à la performance, etc. Ce sera le sujet d’un prochain billet !

PS : il y a une corporation qui doit adorer Google : les avocats ! ;-)

[Via N. Weinberg]


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