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Histoire d’O

 Obama.net

- Un phénomène du web 2.0 -

 La victoire du sénateur métis de l’Illinois suscite encore incrédulité et enthousiasme, spécialement en cette période marquée par l’incertitude, l’insécurité et surtout l’absence d’un leadership crédible. La densité et la richesse de la figure d’Obama, comparée à son manque de poids électoral initial au moment de sa candidature, met le monde de la politique et de la communication internationale devant l’Homo Novus.

Un tel constat nous amène à identifier un facteur O - O comme Obama - qu’il convient à présent d’analyser et d’interpréter.

Partant de cette hypothèse d’étude, nous croyons qu’Obama constitue un élément de discontinuité par rapport aux modèles de sélection politique précédents. Pour cette raison, nous avons décidé de travailler avec des instruments de recherche sociologique et d’analyse du réseau Internet, pour mettre en évidence les conditions d’émergence du phénomène O.

Nous mènerons une enquête autour de cette hypothèse pour sonder les mécanismes, les idées, les relations et les modèles d’organisation qui, tout au long du temps d’incubation de sa candidature, ont permis la réalisation du prodige politique qu’a été le succès de Barack Obama.

Nous voulons donc lancer une provocation intellectuelle avec le but avoué de mettre en route un network de relations et de contributions qui nous permettra de définir la grille des questions autour desquelles développer notre enquête.

Un Leader transnational

La force d’attraction exercée par Obama sur la scène internationale nous offre un point de départ pour notre raisonnement.

Comme nous disions au début, Obama semble compenser un manque de leadership touchant presque toutes les sociétés occidentales.

Un premier point à signaler est donc : le déficit de charisme dans le monde.

Ou mieux encore, nous remarquons dans les pays développés un manque de reconnaissance de la légitimité des hautes sphères du pouvoir, au point que la crise du politique qui touche nos sociétés semble dépendre de leur degré de modernité.

Nous y observons un excès d’élites mais une absence de leaders. L’apparition sur la scène politique d’un personnage à la grande force de suggestion, à la biographie impeccable et fabuleuse, répond sans doute à l’anxiété d’appartenance dans le monde.

Obama se présente donc comme le premier leader mondial moderne. Il conviendra de voir s’il se rend compte ou non de l’espace toujours plus grand qu’il occupe sur l’échiquier mondial.

Nous remarquons également que les zones où l’innovation techno-sociale désintermédie la politique, les couches sociales les plus évoluées, tout particulièrement les jeunes, se détachent des formes d’appartenance et de représentation politique traditionnelle.

Ce processus, par une relation de cause ou d’effet, est l’objet de notre recherche. Il produit un affaiblissement des figures charismatiques, ou en tous cas, de maîtrise du pouvoir. Obama semble inverser cette tendance et il semble que sa figure réponde à une demande mondiale de représentation et - pourquoi pas ? - d’espoir. En termes de marketing, le produit Obama répond à une vague montante de nécessités spécifiques au marché politique.

Nous pouvons synthétiser les premières questions de cette manière : pourquoi Obama est-il devenu le leader moderne ?

Pour son style, pour le contenu de ses idées ou pour sa valeur symbolique ? Quels sont les processus qui ont amené le nouveau président à satisfaire le besoin de représentation propre à nos sociétés turbo-capitalistes ?

Obama comprend certainement ce phénomène - et cela est la première thèse que nous voulons utiliser en guise de provocation - parce qu’il opère une rupture dans le modèle de représentation sociale de la politique occidentale, où se confrontent les conservateurs, largement supportés par les riches et votés par le pauvres ; et les réformateurs, soutenus par la classe intellectuelle moyenne et, en général, privés d’un vaste consensus.

Obama est monté en puissance et s’est placé au centre de la scène politique américaine parce qu’il a choisi une nouvelle base sociale à représenter : l’individualisme numérique, comme il peut être défini dans cette phase de théorisation inductive encore pure - en jouant transversalement sur le scénario social américain.

Mais Obama, et cela est la deuxième considération qui complète la première thèse à vérifier, arrive à interpréter ce rôle inédit de leader solitaire mondial, en adoptant et en élaborant, d’une manière cette fois sûrement consciente, un modèle de communication transnationale en mesure de parler simultanément à une scène mondiale. Il est arrivé de cette façon non seulement à attirer l’attention d’un public très vaste, mais aussi à engager, à solliciter et à faire adhérer de manière transnationale des gens qui, à travers le consensus autour de lui, se sont découverts d’avoir des intérêts et des cultures similaires.

Obama est aujourd’hui le premier leader mondial parce qu’il s’identifie au premier medium global : le social network. 

Il s’agit d’un medium qui dépasse les frontières, les barrières linguistiques, les séparations sociales, les oppositions religieuses. Obama est devenu le premier utilisateur et le premier contenu d’un réseau unique de communication qui rejoint presque deux milliards d’individus qui l’utilisent pour travailler et pour vivre. Internet comme médium global, le social network comme forme totale.

Nous sommes à une distorsion du cadre de la théorie des médias de masse : le caractère du marché de la communication change là où la télé n’arrive pas à célébrer son propre triomphe durant les élections présidentielles américaines. 

La télévision, qui reste le médium de la quantité, semble avoir ajouté, complété et affiné un plan de communication qui s’identifie à l’organisation politique même de la campagne d’Obama. Le réseau détermine le message, le formate et le distribue ; la télé, ensuite, balise le chemin et consolide le sens commun. Est-ce tout cela qu’implique la notion de medium global ?

Ce qui nous intéresse, ce n’est pas de discuter d’une habile stratégie communicative mais d’un surprenant et imprévisible projet politique où le réseau est le sujet et le candidat, l’objet.

Dans la société du réseau, ce qui compte est celui qui écoute et non pas celui qui parle.

Il n’a pas été facile, même si l’utilisation du réseau a été massive et habile, d’identifier l’arme secrète d’Obama, sa différence, sa particularité.

Déjà Bill Clinton, en 1994, avait mis en ligne les services de la Maison Blanche ; et pendant les deux élections présidentielles précédentes, le réseau avait fait irruption dans le débat politique en faisant effleurer la victoire à Al Gore et remonter au sénateur Edwards un écart qui paraissait irréversible contre Kerry lors des primaires.

Obama est allé au-delà de l’utilisation du réseau comme raccourci : il a adopté le web 2.0 comme base sociale, en lui donnant la mission de donner forme et contenu à un projet politique accessible à tout le monde.

Voilà l’objet de notre deuxième thèse : l’approche politique qui a porté Obama à la victoire.

Obama ne suit pas le parti en réseau mais il se constitue dans un parti inédit du réseau. Il a écouté la voix d’Internet et cette écoute est devenue l’une des fonctions prioritaires du leader. C’est précisément autour de cette thèse que nous voulons organiser notre recherche, tout en prenant le risque d’être déçu ou de tomber sur une contradiction avec l’hypothèse de départ.

De toute façon, nous devons accepter les règles du réseau, sans avoir garantie de réussite.

Pour cette raison, dans le cadre de l’enseignement des Théories et techniques des nouveaux médias de l’Université de Pérouse, en collaboration avec l’Université de Bourgogne, nous essayerons d’organiser une recherche à plusieurs mains, un travail qui adopte la même méthode et le même langage que nous voulons étudier : le social network participatif.

Enfin, nous voulons solliciter une participation de ceux qui, à titre différent, veulent correspondre avec notre groupe pour mettre en évidence ce facteur O, pour raconter cette histoire d’O.

Naturellement, étant donné qu’il nous semble avoir bien compris l’enseignement du phénomène Obama, nous savons que l’engagement dans le réseau, la construction d’un social network thématique est possible seulement si nous sommes disponibles à accepter de tout remettre en question, tant la thèse de départ que la méthode de travail. 

Nous aimerions donc ouvrir une première discussion sur la thèse de départ que nous chercherons à illustrer d’une manière claire et synthétique, avec la méthode de travail que nous avons identifiée mais pas épousée.

Le point de départ, nous l’avons déclaré dès l’introduction, consiste à identifier le phénomène Obama comme premier exemple d’un leadership mondial à caractère participatif. Le niveau d’engagement et d’attention que la candidature et la victoire électorale du nouveau président ont provoqué va au-delà de la stupeur et de la sympathie que le personnage d’Obama inspire.

Nous voudrions comprendre pourquoi l’attention des internautes s’est concentrée sur le sénateur métis, presque inconnu à l’époque. Nous voulons enquêter sur la nature du consensus qui l’a entouré, et qui, dans certaines couches sociales, a rejoint des niveaux plébiscitaires : par exemple, le vote de Washington (95%) a des précédents seulement dans les consultations en Corée du Nord ou dans les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale.

Ce consensus, Obama en a aussi bénéficié dans les zones les plus critiques mais également les plus libres par rapport aux comportements collectifs propres au peuple d’Internet.

La géographie du vote du 4 novembre est absolument complexe et nous devrions attendre encore beaucoup de temps pour en déchiffrer réellement les éléments constitutifs.

Ce qui est sûr, c’est que certains facteurs apparaissent déjà très évidents : l’enracinement dans les zones métropolitaines, la percée dans les régions tertiaires et post-fordistes, le vote des jeunes, l’apport des différentes composantes ethniques et culturelles, l’attention d’une partie non marginale de la moral majority, le retour au vote des ouvriers et des employés, la forte présence de la composante féminine.

L’ensemble de la mosaïque semble décrire l’Amérique verticale, magistralement racontée et documentée dans le livre La droite juste, écrit par deux journalistes de l’Economist, John Micklethwait et Adrian Wooldridge - qui, en 2004, expliquèrent la victoire de Bush et l’affirmation des neo-cons par la suprématie de l’Amérique horizontale sur celle verticale.

Durant ces années, expliquent les deux journalistes, l’Amérique de la Corn Belt et des foyers de population disséminés d’est en ouest, s’oppose à l’Amérique urbaine des régions élitistes et prétentieuses et des grandes villes aux gratte-ciels pointus et aux Universités glorieuses.

Si tel a été le scénario, aujourd’hui est venu le moment de se demander pourquoi, après 4 ans, cette Amérique verticale s’est retrouvée gagnante ?

Est-ce l’Amérique libérale qui, après son annihilation par le reaganisme, et mise deux fois KO par le pâle W. Bush, a retrouvé de la force pour finalement prendre sa revanche grâce aux énergies accumulées pendant le double mandat de Clinton ?

Ou devrions-nous plutôt constater que l’Amérique qui a gagné est une Amérique nouvelle et originale dont l’âme libérale et démocrate n’est qu’une partie mais pas le tout, et peut-être même pas la partie dominante ?

Plus synthétiquement : Obama est-il un Clinton bronzé, pour utiliser un terme désormais rentré dans le langage des chancelleries internationales ?! Ou alors est-il un personnage différent et même en contradiction avec le cliché du président démocrate ?

Internet comme langue

L’élément qui fait la différence, c’est le réseau comme contenant et comme contenu de la nouvelle proposition politique.

Quel est la nature du rapport entre Obama et Internet ? Quels modèles et quels comportements ont incité 28 millions de jeunes professionnels de la communication en ligne à se reconnaître dans la candidature d’Obama, à en partager les valeurs et à se lancer dans l’agora électorale ?

Ici, il s’agit d’aller au-delà des apparences. Obama a construit une Dream Team de la communication, avec les principaux gourous du réseau : du PDG de Google Eric Schmidt à l’architecte de Facebook Chris Hughes.

Bien sûr, son site mybarackobama.com projeté par le fondateur de Netscape, Marc Andreesen, représente l’exemple le plus avancé de communauté politique en ligne. En plus, sa capacité à récolter des contributions financières en open source a terrassé les adversaires. A la fin de la campagne, nous avons pu compter 500 millions de citations dans les blogs et les forums du néo-président. Mais tout ça est arrivé après, quand l’avalanche était déjà en mouvement. 

Maintenant, nous voulons, pour utiliser une métaphore typique du réseau Internet, mener une enquête non pas sur le dernier mais sur le premier mile de sa marche.

Retournons 4 ans en arrière quand, une fois faite son intervention à la convention des démocrates de 2004, au terme de laquelle John Kerry fut désigné candidat démocrate pour défier Bush, il se mit à construire sa candidature. A ce moment-là, s’ouvrit un extraordinaire chantier politique et culturel. Tout n’était pas clair au début. Les thèmes qui, aujourd’hui, constituent son programme politique n’étaient pas dans sa tête à l’époque. Et surtout le sénateur était seul, soutenu seulement par un groupe très fidèle et sa femme Michelle. Nous aimerions comprendre comment a commencé la grande marche ? Qu’est-ce qui se profilait à l’horizon du brillant et excentrique sénateur de l’Illinois ? Qu’est-ce qui lui permettait de lancer son défi, de parier tout sur lui-même ? Quel était sa carte à jouer ? En tant que débutant, étranger à l’Inner circle de la politique américaine, comment a-t-il pu survivre à la sélection naturelle, se renforcer et s’équiper jusqu’à pouvoir défier le ciel ?

Je vote, tu m’écoutes… et tu me considères

Nous voulons montrer et comprendre - et cela constitue le troisième point de notre recherche - combien et comment le monde d’Internet a pu interférer avec le projet du candidat. Nous voudrions mesurer le niveau d’impact que la galaxie des communautés ayant pris forme autour de mybarackobama.com a pu avoir sur le programme du vainqueur.

Il s’agit d’analyser les bases de données des sites où sont déposés les débats et les discussions de ces dernières années. Il s’agit de ré-éditer les premières déclarations de l’équipe d’Obama et de les confronter avec les actuelles.

Nous allons reconstruire le long voyage à l’intérieur du réseau Internet, en retraçant les processus du débat et de l’élaboration politique et en individuant les moments de connexions réciproques entre le candidat et ses militants numériques. Dans l’éventuel spread que nous retracerons (ce pourrait aussi être l’inverse et alors nous devrions à ce moment mettre en place une forme conceptuelle différente), réside le secret du succès du président : proposer un pacte inédit avec le réseau, où l’attention et le consensus s’échangent avec la participation et l’accès aux décisions. C’est dans ce processus que nous devrions trouver la nouveauté du cas Obama : non pas un nouveau magicien de la communication, un Reagan ou un Berlusconi en ligne, mais le premier leader politique qui assume le réseau comme langue, et pas seulement comme langage instrumental, ainsi que comme contenu, et pas seulement comme mégaphone.

Dans son livre sur Obama, La politique à l’ère de FaceBook, Giuliano da Empoli explique justement comment le sénateur de Chicago, par rapport aux autres candidats aux présidentielles, incarne la même différence qui existe entre Apple et General Motors, comparaison plus qu’explicite en ces temps malheureux pour la multinationale de l’automobile. Obama n’est pas seulement un virtuose du réseau mais il est aussi le premier qui en assume la représentation politique, en liant à son succès la possibilité pour les Etats-Unis de sauvegarder leur suprématie au XXIème siècle.

Avec la coordination du professeur Rocco Pellegrini, nous pousserons notre groupe de chercheurs à suivre les traces des élaborations du groupe d’Obama, en recensant les sites et les communautés qui ont hébergé le tam-tam sur Internet. Nous devrons confectionner un système d’analyse et de recherche spécifique qui se concentre sur les focus group et sur les blogs qui ont accompagné durant toutes ces années l’émergence et l’affirmation du brand politique d’Obama. Nous voulons un travail qui creuse, qui donne compte et démontre comment le réseau est aussi mémoire permanente. A l’origine de ce tam-tam participatif, nous trouverons la date charnière du 11 septembre 2001, et pendant longtemps il ne pourra pas en être autrement dans la politique américaine.

Le netwotking comme catégorie de savoir et…. militer

A la différence de l’administration Bush et des neo-cons, mais aussi d’une bonne partie du parti démocrate, et cela même est le troisième point du raisonnement que nous vous proposons, Obama ne considère pas utile et centrale la catégorie de la sécurité nationale comme réponse au terrorisme. Le raisonnement du nouveau président cherche au contraire à se mesurer à travers deux facteurs : l’inadéquation, même militaire, que les Etats-Unis ont montré devant l’attaque terroriste et l’incapacité des services secrets américains à traquer et à comprendre l’ampleur de la domination d’Al Qaida. En gros, Obama a cherché les raisons de l’infériorité culturelle de la super-puissance américaine par rapport à l’offensive du front islamique. Une infériorité qui se mesure en Irak et en Afghanistan, mais aussi dans la réaction au terrorisme intérieur. Le cœur de ce raisonnement a affleuré au mois de juillet 2006, quand la réflexion sur les équilibres au Moyen-Orient rebondit dans les médias américains. En particulier le 26 juillet quand le New York Times publia une analyse approfondie sur le dernier conflit au Liban et s’interrogea sur le fait que la guerre menée par Israël contre le Hezbollah risquait d’être la première guerre que l’Etat hébreu ne parviendrait pas à gagner.

Le débat s’étendit à tous les principaux think tank des deux formations politiques. Au centre du contentieux, la constatation que le conflit en cours au Liban était le premier qui voyait s’opposer un Etat-Nation à un network, à un système flexible, que Bauman définirait liquide, c’est-à-dire ne reposant pas sur la défense du territoire mais sur l’accumulation de technologies et de savoirs propres à une structure en réseau, où il n’est pas possible d’identifier la tête et le centre à anéantir. Comme explique John Arguilla, l’un des analystes les plus respectés de la Naval Post Graduate School, mais aussi consultant du Pentagone et aujourd’hui l’un des conseillers du nouveau président : “Le Hezbollah accède aux savoirs et aux compétences à travers le réseau. La puissance militaire est ainsi désintermédiée des états nationaux.”.

Le networking devient ainsi une catégorie géopolitique, à un point tel qu’il est devenu une puissance selon Arguilla : “Aujourd’hui, le networking est une menace pour le pouvoir américain”.

Ce constat représenta l’élément stratégique qui poussa l’équipe d’Obama à approfondir le thème.

P.W.Singer, de l’institut Brooking, le petit mais prestigieux centre de recherche qui, dès le départ, s’est agrégé à l’équipe d’Obama, synthétise ainsi le scénario qui se présente au nouveau président :

« Nous sommes dans une situation où les groupes privés peuvent disposer de grands savoirs et pouvoirs technologiques réservés auparavant aux Etats. Et aujourd’hui nous n’avons pas de réponses adéquates pour ce nouveau genre de conflits. »

Une telle considération a probablement incité Obama à s’immerger complètement dans le réseau. Non pas seulement pour pouvoir accumuler des nouveaux savoirs et de nouvelles compétences, mais aussi pour assimiler des modules et des cultures le mettant en symbiose avec l’opinion publique mondiale. Pour battre un networking, dit Singer, il faut un autre networking. Et Obama se fait networking.

Rajoutons cela : pour battre un networking, il faut interpréter au mieux la nouvelle géométrie du cloud computing qui distribue des espaces et des rôles en vue d’accumuler plus de puissance de calcul, sans pour autant figer les statuts propriétaires des ressources. Obama a présenté sa candidature en tant que président du cloud computing.

Comme dit Manuel Castells, le pouvoir des technologies devient l’instrument pour concevoir les nouvelles technologies du pouvoir. Et ici s’entrevoit un élément potentiel de friction dans le système Obama, une source de possible désillusion. Si nous devions vérifier qu’Obama a construit son ascension politique autour d’une nouvelle littérature du réseau, comme forme et comme contenu du programme politique, nous devrions alors nous demander si l’échange « attention et évaluation » du social network a soutenu la construction du consensus du peuple du réseau.

Ce que nous voudrions savoir est si cela pourrait aussi fonctionner au moment de partager des décisions stratégiques et d’interférer avec le bureau ovale de la Maison Blanche ; si le site www.change.gov lancé par Obama à seulement 24 heures de son élection pour récolter les suggestions et les discussions autour des actions du gouvernement peut réellement constituer le lieu de co-gestion du pouvoir le plus important de la planète.

Nous serions donc arrivés au cœur du problème : existe-il un nouveau modèle d’organisation du pouvoir ? Le réseau est-il seulement un instrument de verticalisation du consensus, qui étend les potentialités plébiscitaires, ou bien peut-il devenir au contraire une prothèse intelligente de l’opinion publique, capable de redessiner les voies d’afflux de l’information déterminante pour les décisions ? Quel est la limite de l’échange attention/participation dans la société du real time ? 

C’est cela que nous voulons surveiller, à partir du déchiffrage concret du phénomène Obama et de l’analyse des situations et des circonstances matérielles vérifiables.

Le militantisme du modèle Twitter

Nous voulons comprendre et analyser la modalité avec laquelle ont été utilisées, pendant les 12 derniers mois, les plateformes mobiles dans la phase de mobilisation électorale. Obama a aussi été le leader de Twitter e de l’I-Phone comme instruments pour agréger, mobiliser et conduire ses partisans. La capillarité de son essaim de supporteurs a profité, comme personne jusqu’à maintenant, des nouvelles formes de connectivité permanente, en créant en continuation des géométries communicatives qui attiraient une grande quantité de partisans dans les points chauds de la mobilisation. Nous sommes face à un parti du SMS et du micro-blogging comme forme d’activation des ressources humaines. Nous chercherons de reconstruire ce processus et de comprendre quels niveaux d’engagement et de partage ont été mis en place. Comment conquérir une dévotion électronique aussi éparpillée ? Assistons-nous au retour du militantisme engagé du siècle dernier ou bien la vitesse et la connexion continue avec le centre politique font-elle de chaque partisan un partenaire du candidat ? En outre, quel type de structure a été conçue pour gérer une ramification ainsi capillaire des rapports individuels ? Quel professionnalisme, quel apparat, quel activisme politique ?

Nous voulons effectuer ce travail au cours des trois prochains mois, de manière pleinement transparente et en rendant immédiatement accessibles nos données et nos élaborations à travers les sites mediasenzamediatori.org et agoravox en Italie et en France.

Nous attendons maintenant les premiers échos pour savoir si nous sommes ou non sur la bonne route. En faisant comme a fait le candidat O. : en écoutant et en interagissant.

D’un texte de Michele Mezza

Mediasenzamediatori.org


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6 réactions à cet article    


  • Proto Proto 9 décembre 2008 12:49

    Zut je me suis fait avoir par le titre. smiley
    Ce genre d’analyse existait déjà il y a déjà 2-3 ans (Manière de Voir N° ?).

    "www.change.gov lancé par Obama à seulement 24 heures de son élection pour récolter les suggestions et les discussions autour des actions du gouvernement peut réellement constituer le lieu de co-gestion du pouvoir le plus important de la planète."

    Alors là j’ai un gros doute.

    Bienvenue dans la technocratie.


    • max14z max14z 9 décembre 2008 15:34

      oé moi aussi jme suis fai avoierpar le titre,
      aaaa sa oui, l’entousiasme et l’incrédulité sont au beau fixe au states...mais pas pour lontemps....
      Obama, obama, oui voila un noir est devenu président, c’est un grand pas dans l’égalité, certes, mais Obama va suivre la voie de bush, qui n’était qu’un pantin, et obama n’est qu’un pantin ( je le croi mais je ne l’espere pas)...Enfin il n’est pas encore officiellement président, on verra bien ;...
      mais au sein du gouvernement américains,ce que je sais c’est qu’ il y a un gouvernement caché, occulte...ce sont eux qui prennent les décisions, pas le président !!! ( voir illuminati)
      Regardez ce qui est arrivé a Kennedy, qui n’a pas obéi a ces gens-la...hé bien oui !! son gouvernement la tué, et allé voir sur dailymotion " kennedy, 10 jours avant " un discours troublant...
      tout sa pour vous dire qu’obama n’est qu’une farce deplus, et qu’il va aller en iran et au pakistan...


      • François M. 9 décembre 2008 16:00


        Obama : le vrai changement ?

        Changement pour qui, où, quand, comment et pourquoi ?

        Voici les changements que le prochain président Barack Obama pourrait effectuer un coup en place à Washington ; des changements facilement mis en place par ordonnance présidentielle ou avec la confortable majorité que les démocrates auront au Sénat et à la Chambre des représentants américains dans le but d’améliorer dramatiquement et rapidement la situation aux États-Unis et dans le reste du monde :

        1) Appliquer à la lettre la Constitution et ainsi détruire le Patriot Act et toute les attaques contre la Constitution et la liberté des Américains.

        2) Ordonner la cessation de l’utilisation de la torture comme méthode d’interrogation puisqu’elle est contraire à la Constitution des États-unis et contre les accords de Genève ; ouvrir des enquêtes judiciaires sur les agissements (terroristes) de la CIA.

        3) Ordonner la fermeture des prisons secrètes et extra-juridiques partout dans le monde où se retrouvent plus de 28 000 prisonniers dont des femmes et enfants et où la torture y est pratiquée de façon systématique, dont la célèbre prison à Guantanamo à Cuba et Abou Ghraib en Irak.

        4) Ordonner la cessation immédiate de l’utilisation de l’uranium appauvri* et abolir la doctrine Bush de guerres préventives ainsi que toutes menaces nucléaires militaires. Démanteler le trop puissant complexe militaro-industriel qui contrôle Washington avec leur puissant lobby.

        *En ce sens, je vous invite à signer cette pétition qui sera remise à Barack Obama le 20 janvier 2009 lors de sa prise de pouvoir :

         

        Pétition contre l’utilisation d’armes radioactives - Petition against the use of radioactive weapons

         

        5) Cesser sans délais l’occupation illégale, immorale et ruineuse de l’Irak, demandé par les Irakiens, et de l’Afghanistan. Instaurer des enquêtes indépendantes concernant les mensonges pour partir cette guerre de plus d’enquêter sur tous les crimes de guerre commis au Moyen-Orient par l’Administration Bush, tels que la torture, meurtre de 1.2 million d’Irakiens et d’Afghans et pollution radioactive de la région pour des milliards d’années pour ne nommer qu’eux. S’engager à ne pas attaquer l’Iran, toutes les agences du renseignement aux É-U s’entendent pour dire dans leur rapport NIE que l’Iran n’est pas une menace et ne cherche pas à produire une bombe nucléaire, mais seulement que de l’électricité.

        6) Ordonner une enquête officielle et indépendante sur les responsabilités des firmes financières, banques, courtiers de Wall Street et de la Federal Reserve Bank quant à la crise économique qui sévit actuellement ainsi que les procédures judiciaires sérieuses qui en découleront.

        7) Entreprendre des enquêtes indépendantes et internationales sur les événements du 9/11, du cover up de la part de l’administration Bush, car la version officielle contient trop de mensonges et d’incompatibilités avec les faits réels de ces événements et de ceux-ci découle la guerre contre le terrorisme qui nous a mené à tort en Irak et en Afghanistan.

        8 ) Décentraliser les médias, le cartel pétrolier et les compagnies pharmaceutiques ; abolir la collusion entre les pétrolières et les fabriquants de voitures pour enfin bannir l’utilisation du pétrole dans les voitures d’ici 2015. Ça fait longtemps qu’on a la technologie pour y arriver.

        9) Compenser les victimes de la Nouvelle-Orléan et ouvrir des enquêtes sur ce qui s’est réellement passé là-bas.

        10) S’assurer que les élections ne soient plus volées comme elles le furent en 2000 et 2004 en obligeant les fabriquants des machines à voter électroniques de fournir une trace papier pour pouvoir recompter les votes si nécessaire, chose qui n’est pas le cas aujourd’hui ; instaurer des standards pour que les gens n’aient pas à attendre des heures en ligne pour voter.

        11) Remettre en question publiquement leur financement et appui militaire de l’Israël à la lumière des plus de 65 résolutions de l’ONU transgressés, des réseaux d’espionnage et de surveillance israélien en sol américain et de l’apartheid imposé aux Palestiniens.


        • katalizeur 9 décembre 2008 16:45

          oba mata ’est pas encore elu
          l’oligarchie a permis aux cretins tazz uniens de participer a un show gennre star’ac , mais pas a des elections ; enfin quoi de plus nornal pour des personnes qui pense pour certain avec leurs estomacs et pour d’autres avec leurs bas ventres (valable pour les males et pour les femelles et pour les agneaux)

          voir reseau voltaire : 

          La Cour suprême des États-Unis examinera le 10 décembre la recevabilité de l’assignation de Me Phil Berg exigeant que Barack Obama fasse la preuve qu’il est bien né à Hawaï et qu’il n’a jamais eu d’autre nationalité qu’états-unienne.

          Si quatre des neuf juges déclarent la requête recevable, la Cour suprême interdira à titre conservatoire au vice-président Cheney et au Congrès de réunir le collège électoral présidentiel. Celui-ci doit élire formellement Barack Obama président des États-Unis le 15 décembre.

          Selon Me Berg, M. Obama est en réalité né au Kenya et a acquis la nationalité indonésienne lors du remariage de sa mère. De ce double fait, il n’est pas éligible à la présidence des États-Unis.


          • herbe herbe 9 décembre 2008 19:32

            Merci pour l’article.

            Pour approfondir la notion de réseau (ou networking) un article qui peut être très utile :

            http://gillesmartin.blogs.com/zone_franche/2008/01/rseaux-dans-len.html


            • Philou017 Philou017 10 décembre 2008 00:09

              L’auteur s’illusionne en partie sur le pouvoir d’internet. On ne gagne pas une élection avec des technologies, mais avec un bon discours et une symbiose avec les citoyens. L’utilisation d’internet peut accentuer le phénomene. Mais tant qu’internet sera libre, il sera difficile de convaincre avec des arguments tronqués ou de la propagande. Car le net est interctif, et la critique prompte, collective et continue.

              Pas de quoi fouetter un chat(te).

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Paola


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